Réseau aquitain sur l'histoire et la mémoire de l'immigration

Les communautés immigrées en Aquitaine au XXe siècle

Au début du XXe siècle, d’importantes communautés immigrées venant d’Espagne et d’Italie sont venues s’installer en Aquitaine soit dans la zone des Pyrénées soit dans le Lot-et-Garonne et l’agglomération bordelaise. Après la Seconde guerre mondiale, de nouvelles vagues migratoires sont arrivées en provenance d’Espagne, du Portugal, d’Afrique du Nord, d’Afrique noire et d’Asie. Cette immigration de travail est à la fois urbaine et rurale. Elle concerne les grandes villes de la région (Bordeaux, Bayonne, Pau), mais aussi les villes moyennes voire les petites villes (Agen, Villeneuve-sur-Lot, Fumel, Bergerac, Dax, Marmande, Mourenx, Terrasson, Sainte-Foy-la-Grande). Mais elle a également une dimension rurale, notamment dans le département de Lot-et-Garonne, en Libournais, dans le Médoc et les Landes.
La Gironde, surtout l’agglomération bordelaise, a toujours été un lieu important de l’immigration dans la région du fait du port, des activités industrielles et commerciales, et de ses universités.

Les principales communautés, quelques données succinctes

Au recensement de mars 1999, les immigrés sont 158 500 et représentent 5,4 % de la population totale de l’Aquitaine. Cette part est restée stable depuis le recensement de 1968. Nés à l’étranger, ils sont de nationalité étrangère ou bien ont acquis la nationalité française.
Aux courants migratoires les plus anciens (Italie, Espagne, Portugal), a succédé celui du Maghreb, et plus particulièrement du Maroc. En Aquitaine, l’arrivée d’immigrés d’Afrique noire ou d’Asie est plus récente.
En 1999, les immigrés originaires d’un pays européen représentent 63,5 % des immigrés vivant en Aquitaine, proportion plus importante que pour l’ensemble de la France (44,3 %). Ils proviennent à près de 94 % d’un pays de l’Union européenne.
Ce sont principalement des Espagnols et des Portugais, puis des Italiens, populations issues des vagues d’immigration anciennes. Ce “bloc latin” regroupe, en 1999, 77 600 immigrés, soit 13 100 de moins qu’au recensement précédent. Il reste dominant (près d’un immigré sur deux) mais recule progressivement au sein de l’immigration régionale. Cette diminution est liée au vieillissement de cette population immigrée.
À noter : En 2010, on ne note pas de changement radical en Aquitaine, mais une nette évolution de l’immigration marocaine et une légère progression de l’immigration portugaise et de l’Afrique noire, et, dans l’agglomération bordelaise, une immigration venant des pays de l’Est (Roms).

 

Louis BURGADE, Vue Générale de Bordeaux depuis les Chartrons, 1835 ou 1836,  huile sur bois, 43 x 73 cm, Musée d'Aquitaine, Bordeaux
Louis BURGADE,
Vue Générale de Bordeaux depuis les Chartrons,
1835 ou 1836,
huile sur bois,
43 x 73 cm,
Musée d'Aquitaine, Bordeaux

La population d’origine espagnole

La venue de ressortissants espagnols en Aquitaine a commencé au tout début du 19e siècle, mais l’arrivée massive de réfugiés dans la région date de 1939 avec la conjugaison de raisons d’ordre économique et politique (guerre civile). Le recrutement ou l’arrivée spontanée d’Espagnols reprend vers 1955 en Gironde et dans les Basses-Pyrénées (Pyrénées-Atlantiques). C’est une période de forte crise agricole en Espagne.
De plus, l’interruption de la migration des Italiens induit un appel de main-d’œuvre dans l’agriculture, mais aussi dans la construction et l’industrie avec la réalisation de grands projets. En 1999, ils sont 33 750, dont une majorité de femmes. Les Espagnols sont plus nombreux que les Portugais qui, depuis 1962, avaient considérablement renforcé leur présence en Aquitaine.

La population d’origine portugaise

L’émigration est un phénomène social ancien au Portugal. Le courant migratoire vers la France s’est accentué après la seconde guerre mondiale, avec un besoin de main-d’œuvre pour la reconstruction et l’expansion économique. Dans les années 1960, l’émigration portugaise vers la France est très intense. Les départs très nombreux de Portugais sont liés à la crise agricole et aux tensions politiques (guerres coloniales). Le quintuplement des effectifs portugais en Aquitaine entre 1962 et 1968 en témoigne. Au cours de la période 1968-1975, le mouvement s’est poursuivi, avant de connaître un certain tassement dans les années 1980. En 1974, la Révolution des œillets met fin à la dictature dans ce pays. Le Portugal fait le pari du développement économique et rejoint la Communauté économique européenne. en 1986.
En 1962, le déséquilibre hommes femmes des immigrants portugais était très important, devancé seulement par celui des Algériens. En 1999, l’écart de répartition par sexe tend à se réduire pour les Portugais, du fait du vieillissement de cette communauté.

La population d’origine italienne

Le courant migratoire italien s’est renforcé dans la période 1919-1939, sur fond de crise économique et d’installation d’un régime fasciste. Il s’est poursuivi après 1945. Les Italiens se sont installés surtout en Lot-et-Garonne, pour exercer des activités agricoles. Au recensement de 1968, 15 260 immigrés italiens étaient dénombrés en Aquitaine. En 1999, ils étaient 13 100, des femmes pour plus de la moitié. Ils occupaient toujours le 4e rang parmi les immigrés européens vivant dans la région.
Les années 1980 correspondent à une mutation encore inachevée : recul de l’immigration méditerranéenne traditionnelle, espagnole et italienne, et développement de l’immigration africaine, notamment marocaine.

La population d’origine africaine

En 1999, près de 42 680 immigrés en Aquitaine sont natifs d’Afrique, dont 34 000 du Maghreb. C’est une immigration plus récente, ayant émergé de façon significative dans les années 1960. Les Marocains sont les plus nombreux, soit 64 % des Maghrébins établis dans la région. Les Algériens viennent ensuite (30 %), et les Tunisiens ne représentent que  ????????? %.
L’héritage colonial, les relations commerciales, et les liaisons universitaires institutionnalisées vers les pays d’Outre-mer, ont amené des ressortissants d’Afrique noire francophone à migrer en Aquitaine dans les années 1930. Ces années sont aussi marquées par les effets des anciennes migrations militaires.
8 800 immigrés venus d’Afrique hors Maghreb ont été recensés en Aquitaine en 1999. La détérioration rapide de la situation économique et politique, dans de nombreux territoires du continent africain, entretient cette émigration et diversifie les caractéristiques des exilés. Ces immigrés africains sont surtout installés en Gironde, et notamment dans l’agglomération bordelaise.
La présence africaine, hors Afrique du Nord, est cependant assez faible en Aquitaine (6 %). Mais le nombre d’immigrés d’Afrique noire est en augmentation depuis les années 1980.
Les ressortissants du Sénégal et de Madagascar représentent moins de 1 % des immigrés vivant dans la région, mais plus de 10 % des Africains hors Maghreb, respectivement 14,7 % et 12,4 %. On observe le maintien d’une forte représentation masculine des émigrants sénégalais. En effet, cette migration reste d’ordre économique avec peu de regroupements familiaux, alors que chez les migrants malgaches la part des femmes est très élevée tant au niveau régional que national.

La population d’origine asiatique

Les immigrés originaires d’Asie sont peu nombreux dans la région (10 400). Beaucoup sont nés en Turquie (28 %) ou au Vietnam (21 %). Ils résident surtout en Gironde. Leur présence s’est renforcée dans la région à partir des années 1980. Le nombre d’immigrés turcs a plus que doublé entre les recensements de 1975 et 1982. Les conditions socio-économiques, associées à une croissance démographique importante de la Turquie, a provoqué une émigration massive de ses ressortissants. La quasi-fermeture des frontières allemandes à l’immigration turque a entraîné un afflux plus important vers la France. Les immigrés turcs sont venus directement en France, ou ont quitté l’Allemagne pour s’installer dans l’Hexagone.

La population d’origine britannique

L’Aquitaine est historiquement liée à l’Angleterre. De ce fait, des milliers d’Anglais sont venus au cours des siècles s’installer dans la région. Ce phénomène se perpétue aujourd’hui avec un mouvement de population anglaise dans les départements de la Dordogne, de Lot-et-Garonne et du Gers. Ils ne sont cependant pas perçus comme des travailleurs migrants du fait de leur niveau de vie et de leur place dans la société.

- Source : “Les populations immigrées en Aquitaine”, Le dossier Insee Aquitaine no 48, janvier 2004, document réalisé en partenariat avec le Fasild Aquitaine, Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations.
- Le classement de la Turquie en Asie a été retenu par convention, et en se positionnant dans le cadre strictement géographique.


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