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« Mémoires en images » au Musée d’Aquitaine |
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Depuis octobre 2008, le Rahmi, en partenariat avec le Musée d’Aquitaine et France 3 Aquitaine, a lancé une opération appelée “Mémoires en images”, cycle de films et de conférences qui ont lieu une fois par mois, sur une thématique et avec un témoin, et le plus souvent possible avec le réalisateur du film. Chaque film est suivi d’un débat. Films présentés
En 1956, 30 000 rapatriés d’Indochine – surtout des épouses, compagnes ou veuves de militaires et leurs enfants – arrivent en France. Certains sont accueillis dans des camps de transit, notamment à Sainte-Livrade, en Lot-et-Garonne, dans un ancien camp militaire désaffecté. Dans ce Centre d’accueil des rapatriés d’Indochine (CARI), qui deviendra plus tard le CAFI – le mot « rapatriés » étant remplacé par « Français » –, près de 1200 personnes dont 740 enfants sont installés de façon très précaire dans 300 logements installés dans des baraquements sans âme, sans sanitaires ni eau chaude. Pour survivre, femmes et enfants doivent aller cueillir et équeuter les haricots aux alentours. Sous-payés, exploités, jamais déclarés, ils n’ont aujourd’hui droit à rien. Quant aux hommes, ils travaillent dans les conserveries ou dans une usine de chaussures installée dans le camp. Peu à peu, ces familles qui ont tout perdu vont recréer leur propre univers, un Vietnam miniature. Si aujourd’hui la plupart sont partis, il reste encore une centaine de personnes oubliées par les pouvoirs publics pendant 50 ans dans cet hébergement « provisoire ».
« Ce film dresse le portrait de Mohammed Mechti, ancien combattant marocain, engagé à 18 ans dans l’armée française, ayant servi toutes nos guerres depuis 39/45, et qui finit sa vie, ici, à Bordeaux loin des siens. Mohammed Mechti est décédé en février 2010, à l’âge de 92 ans, au lendemain de la décision du tribunal administratif de Bordeaux permettant à ces combattants d’obtenir la revalorisation de leur retraite, qui devrait passer de 79 à 847 euros par mois. Aujourd’hui, ils sont quelque 80 000 à attendre comme lui une juste reconnaissance de la France. Mais tous très âgés, ils s’éteignent peu à peu.
Poussés à l’exil en France par la victoire de Franco en février 1939, comme des centaines de milliers de leurs compatriotes, Francisco Serrano et José Rubiella ont construit leur identité « entre idéaux, espoir et nostalgie ». D’abord vécu comme provisoire, « espace d’attente et d’espoir », l’exil est devenu pour eux, à partir de 1947, un temps indéterminé, celui d’une « douloureuse désillusion » dans l’attente de pouvoir revenir vivre un jour dans leur pays. Mais, après la mort de Franco en 1975, qui rendit enfin possible leur retour définitif, ils ont rencontré une nouvelle désillusion : ils se sont sentis étrangers aussi dans leur pays d’origine. « Quand le retour devient possible, les exilés peuvent certes abolir l’espace qui les sépare de leur territoire géographique, mais ils ne peuvent en revanche abolir le temps qui a passé depuis leur départ. Le désir secret de l’exilé est de revenir dans son pays tel qu’il l’a quitté. Ce retour tant rêvé s’avère impossible, car on ne rattrape pas le temps perdu. […] … la patrie des exilés républicains espagnols n’existe plus que dans leur passé : c’est cette Espagne de leur jeunesse, un territoire intime où il leur est impossible de revenir autrement que par l’évocation de leurs souvenirs. »
Surtout connu pour son film Fraise et chocolat (1993), Tomás Gutiérrez Alea (1928-1996) était un réalisateur cubain engagé. Inspiré d’un fait divers ayant eu lieu dans la Cuba esclavagiste de la fin du 18e siècle, le film La ùltima cena, fortement influencé par Buñuel et Brecht, met en scène, dans une grande plantation de canne à sucre, un aristocrate, catholique pratiquant, qui lors de la Semaine sainte convie douze de ses esclaves noirs autour d’une table bien garnie pour « sanctifier » son Jeudi saint, en réalité pour renforcer son pouvoir face au danger de soulèvement des esclaves. Au cours du repas, le « maître » raconte un épisode de la vie de saint François, se montre humble, paternaliste, plein d’apparente bonté et de fausse générosité, et va jusqu’à laver les pieds de ses esclaves comme le Christ avec les apôtres. Mais, les jours suivants, les esclaves refusent de travailler et, face à la répression, incendient la plantation, la maison du « maître » et les baraques. Le vrai visage du système esclavagiste va alors se montrer : à l’exception d’un seul, ils seront capturés, assassinés et décapités.
Un couple de coopérants ramène en France, à Antibes, Diouana, la bonne qu’ils avaient au Sénégal. Mais, au lieu de s’occuper des enfants comme prévu, celle-ci se retrouve domestique, cantonnée aux tâches ménagères, non rémunérée et sans cesse harcelée par la maîtresse de maison et les commentaires racistes de ses patrons comme des invités. Désespérée, elle qui a tout quitté pour découvrir la France finit par se trancher la gorge dans la baignoire.
Ce court-métrage relate la drôle de journée d’un « borom sarret » (bonhomme charrette) qui transporte clients et marchandises dans une charrette tirée par un cheval. Aux prises avec toutes sortes de problèmes, il se voit finalement confisquer son moyen de travail par un policier après une course dans les quartiers bourgeois de Dakar, où ce genre de véhicules est interdit, et rentre chez lui sans argent. À travers ce film, Sembène (1923-2007) a montré la misère de l’après-indépendance.
Au début du 19e siècle, un marché de brousse en Afrique de l’Ouest est attaqué par des cavaliers noirs esclavagistes cherchant leurs « marchandises » pour aller les vendre aux comptoirs de la côte où les attendent les bateaux occidentaux en partance pour les Amériques. Trente hommes et femmes sont capturés, et parmi eux, un jeune chef très respecté. Un homme mystérieux, qui s’est laissé capturer volontairement, va initier ce jeune chef à la magie et lui donner la force de mener ses compagnons vers la révolte. À la fin du film, il donnera son fétiche, un scorpion, à un jeune pour qu’il puisse inciter à la résistance les habitants des villages.
Fuyant la montée du fascisme dans leur pays dans les années 1920, quelque 83 000 Italiens se sont installés dans les campagnes désertifiées de Gascogne.
Au début des années 1960, la féroce dictature de Salazar, la misère, le service militaire pour les guerres coloniales dans lesquelles le Portugal s’enlise, poussent des dizaines de milliers de Portugais à fuir leur pays clandestinement, souvent au péril de leur vie. En France, beaucoup se retrouvent à vivre misérablement dans des bidonvilles de la région parisienne, exploités sur des chantiers et en butte à l’indifférence voire au mépris des Français, alors qu’ils vont participer largement à la reconstruction du pays.
La vie de Virgilio Peña est celle d’un homme qui a traversé les pires pages du 20e siècle. Il est né en 1914 à Espejo dans la province de Cordoue dans une famille d’ouvriers agricoles très pauvres. Très jeune, il adhère à la Jeunesse communiste, s’engage dans l’épopée républicaine et participe à toutes les batailles pour défendre la République contre Franco. En février 1939, avec la Retirada, il doit fuir en France et se retrouve à Barcarès et Saint-Cyprien, dans ces « camps de la honte » d’un pays qu’il croyait être celui de la liberté. Début 1942, il s’engage dans la Résistance à Bordeaux et participe au sabotage des machines servant à la construction de la base sous-marine où les Allemands font travailler surtout des Républicains espagnols. Mais en mars 1943 il est arrêté et torturé par la police de Vichy puis livré à la Gestapo qui l’enferme à Compiègne en septembre 1943 avant de l’envoyer au camp de Buchenwald où il va porter le triangle rouge des « terroristes politiques ». Il y participe au comité de solidarité et de résistance, celui qui libèrera le camp le 11 avril 1945. Accueilli par la France, il s’est installé à Pau où il continua à militer et à combattre le franquisme en soutenant les maquis, les prisonniers politiques et leurs familles.
Aristides de Sousa Mendes est consul du Portugal à Bordeaux lorsque l’Allemagne envahit la France en juin 1940. Devant son consulat, comme devant beaucoup d’autres, des milliers de personnes fuyant l’avancée des troupes du Reich font la queue, dans l’espoir d’obtenir un visa pour le Portugal, pays resté neutre d’où elles pourraient embarquer pour l’Amérique. Mais Salazar, qui dirige alors le pays d’une main de fer, et qui a des sympathies pour Hitler et Mussolini, interdit à tous ses diplomates de délivrer des visas. Aristides de Sousa Mendes, en refusant d’obéir à ces ordres iniques qui vont à l’encontre de sa conscience de catholique et d’humaniste, va permettre en quelques jours le sauvetage de près de 30 000 personnes dont 10 000 Juifs. Salazar ne le lui pardonnera jamais, et Sousa Mendes finira sa vie dans la misère, loin de ses nombreux enfants dispersés à travers le monde, et mourra en avril 1954. C’est seulement en 1966 qu’il sera nommé « Juste parmi les Nations ».
Ce film raconte l’extraordinaire ascension sociale de deux immigrés turcs, Hülya Günes qui vit en Allemagne et Mustafa Feroglu qui vit en France, ayant créé une entreprise de fabrication de broches de kebab en 2003 qui en 2 ans est devenue 5e sur le marché européen et s’est imposée comme une dangereuse concurrente pour les chaînes de fast-food. Leur société, nommée « Lezzet » (le goût, en français), installée dans les anciens abattoirs de Pirmasens, en Allemagne, à la frontière de la Lorraine et de la Rhénanie-Palatinat, fait travailler aujourd’hui 30 personnes qui produisent 120 tonnes de kebab de veau et de volaille par mois. Elle fonctionne grâce à un vaste réseau d’entrepreneurs turcs dont le secret semble être la confiance, la plupart des accords entre Lezzet et ses clients se faisant hors contrat. Le turc est la langue commune de ce commerce à l’échelle européenne, mais les membres de cette communauté ne sont pas pour autant repliés sur eux-mêmes. Ils sont au contraire très bien intégrés, parlent le français et l’allemand, et évoluent très à l’aise dans la plupart des pays européens où ils ont de nombreux relais.
Ceyda, jeune femme turque d’origine aisée, arrive en France, à Clermont-Ferrand, pour rejoindre l’homme qu’elle aime. Très vite, elle doit faire face à des problèmes et à une solitude auxquels elle ne s’attendait pas. Elle rencontre, sur un chantier près de chez elle, Ahatjan, un vieil homme, ouvrier sans-papier. C’est un séparatiste ouïgour réfugié de Chine et traqué par un ministère de l’Intégration qui fait du chiffre. Découvrant qu’ils parlent presque la même langue, ils vont sympathiser ce qui apportera à la jeune femme un peu de chaleur humaine.
« Février 1939. La frontière espagnole tombe aux mains des franquistes. Dans un froid meurtrier, exténués, des centaines de milliers de femmes, d’enfants, de combattants, traversent les Pyrénées afin de trouver un refuge en France. Ils viennent chercher la liberté. Ils y trouveront des camps de concentration. L’Europe s’embrase. En 1942, dans les vallées des Pyrénées, dans les forêts qui surplombent, dans les villages du Béarn, les guerilleros s’organisent. Ce seront les premiers à mener la lutte armée contre l’occupant. Un seul but : libérer la France afin de pouvoir, un jour, retourner en Espagne ; la libérer du fascisme et y rétablir la République. Ce film est le témoignage de ces engagements, de ces luttes et de ces combats, mais aussi de l’espoir de ces femmes et de ces hommes. » (D. Gautier et J. Ortiz)
Cité de Saige-Formanoir à Pessac en Gironde. Dans les tours de 18 étages vivent plus de 5000 personnes. Un bon millier vient des quatre coins du monde, représentant une quarantaine de nationalités, dont une majorité d’Afrique du Nord et du Chili.
La Nueve était la 9e compagnie de la 2e division blindée dirigée par le général Philippe Leclerc. Constituée principalement de Républicains espagnols, elle était dirigée par le capitaine Raymond Dronne, gaulliste de la première heure et qui parlait leur langue. Elle fut la première à entrer dans Paris jusqu’à l’Hôtel de ville au soir du 24 août 1944, dans des chars baptisés de noms de batailles de la guerre civile espagnole – Madrid, Guernica, Guadalajara, Brunete, Ebro, Teruel… La Nueve fut aussi celle à qui le général de Gaulle confia sa sécurité lors du défilé sur les Champs-Élysées le 26 août. Ces vétérans de la guerre d’Espagne, passés par les camps d’internement de la République française puis engagés volontaires dans la Légion Étrangère pour échapper à l’expulsion vers l’Espagne franquiste décidée par Pétain, rêvaient de ramener la liberté en Espagne après avoir libéré la France. Mais le rêve de Amado Grande, Fermín Puyol, Ramón Gualda et de tant d’autres s’est brisé sur la logique de la guerre froide, et l’Histoire n’a pas voulu apprendre leurs noms. Oubliés et trahis, ils furent pourtant des héros de la victoire contre la barbarie nazie.
« Le pays où l’on ne revient jamais, c’est le pays de son enfance, de sa jeunesse que l’on a quitté et où l’on a imaginé retourner un jour. Et lorsque le jour du retour arrive, s’il arrive un jour, il ne s’agit plus de revenir mais de repartir, de s’arracher. José Vieira montre l’histoire de gens rentrés dans leur pays après une longue absence, qui voulaient en terminer avec l’exil, et que le retour n’a fait que rendre plus définitif. Trop souvent, l’émigration détruit les rêves de ceux qu’elle emporte avec elle. C’est l’histoire de José Maria et Carolina qui avaient fait vœu de retour sur leur terre natale et qui, une fois rentrés, se retrouvent dans un monde qu’ils ne peuvent aimer comme leur pays. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui, partis un jour pour faire une vie meilleure à leurs enfants, sont pris au piège de l’immigration. C’est l’histoire de mon père revenu en 1980, après 16 ans d’absence. Les gens ont cru qu’il avait accompli le rêve de l’émigrant : partir, devenir, revenir. Ils l’imaginaient “Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage”. Ils ne se doutaient pas que l’immigration est une rupture qui ne se referme pas. Le pays où l’on ne revient jamais, c’est ici le Portugal, mais ça pourrait être n’importe quel autre pays. On n’émigre jamais impunément. Le lieu où l’on revient est toujours un autre. » (José Vieira) Juin et octobre 2010 : Les deux premiers volets ont été projetés :
En juin 1942, une ordonnance allemande rend obligatoire le port de l’étoile jaune pour tous les Juifs dès l’âge de 6 ans. En réaction, des Français, à Paris et en province, ont arboré des étoiles fantaisistes sur lesquelles on pouvait lire « zazou » ou « auvergnat », « swing », « potache » ou encore « J3 » (qui signifiait “adolescents” sur les cartes d’alimentation). Mais ces actes courageux, guidés par leurs sentiments anti-nazis et anti-Vichy pour la plupart, donnent lieu à des arrestations par des policiers français ou des soldats allemands. On ignore combien ont osé braver cette ordonnance honteuse, on ne connaît que ceux qui ont été interpellés. Ceux qui ont été internés à Drancy en ont rapporté des témoignages poignants notamment de l’arrivée des enfants de Pithiviers « qui ne pouvaient plus pleurer ». Le 31 août les « amis des Juifs » seront finalement libérés, et certains rejoindront la Résistance.
« La France a interné des Tsiganes de nationalité française durant la seconde guerre mondiale. Plus de 25 camps, disséminés dans tout le pays, ont emprisonné de 5 000 à 10 000 Tsiganes de mai 1940 à mai 1946. Les dates de cet internement qui a largement débordé le temps de la guerre interrogent : pourquoi, alors que toutes les victimes de la guerre étaient libérées, l’État a-t-il maintenu les Tsiganes derrière les barbelés ?
Ce documentaire qui donne la parole aux Roms a été réalisé, pour la MOUS (Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale), dans l’agglomération bordelaise dans le cadre de la Journée mondiale des Roms en 2010. « Ce sont des migrants économiques, discriminés dans leurs pays, Roumanie, Bulgarie. Ils viennent ici pour travailler et mieux vivre, ce ne sont pas des nomades. Les communautés Rroms bulgares ou roumaines s’installent dans des “squats” en région bordelaise. Nous sommes allés les rencontrer. Notre seule intention était de leur donner un temps la parole pour qu’ils expriment leurs chants et leur mode de vie. Les chantiers du Rahmi :
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