Réseau aquitain sur l'histoire et la mémoire de l'immigration

De la Renaissance au XVIIe siècle

Cénotaphe de Montaigne - Ph. B
Cénotaphe de Michel de Montaigne
par Prieur et Guillermain,
vers 1593
calcaire
Musée d'Aquitaine, Bordeaux
La reconquête chrétienne en Espagne contre les Maures installés depuis le début du VIIIe siècle dans la péninsule ibérique, suivie de conversions imposées, affectent plus particulièrement l’Aquitaine qui voit s’implanter les familles juives marranes fuyant l’Espagne, puis le Portugal pour Bayonne et Bordeaux. Des traces très visibles de leur présence comme les cimetières, les lieux de culte, les domaines viticoles attestent de la rapide intégration de la « Nation portugaise » dans la cité. Également, des familles jacobites originaires d’Écosse, stuardistes et très probablement protestantes, s’installeront jusqu’à la fin du XVIIIe siècle et contribueront, tout comme la communauté juive sépharade, à l’essor de l’économie bordelaise. Michel de Montaigne, d’origine marrane, est l’exemple de cette rapide intégration à une ville déjà cosmopolite.

Les Hollandais

Le cabotage, qu’il soit européen ou national, reste la principale activité sur l’estuaire. Au XVIIe siècle, les Hollandais dominent ce trafic. Les débouchés se diversifient. La Flandre, les Pays-Bas, les villes de la Hanse sont, toujours avec l’Angleterre, les principales destinations. Les marchandises transportées sont plus variées.
Des produits sont importés du Nord : le poisson salé ou fumé, le drap, le bois. Le sel vient des îles et des rivages de la Saintonge toute proche. Le fait marquant du XVIIe siècle, c’est la prépondérance des Hollandais dans ce trafic. Beaucoup d’entre eux s’installent à Bordeaux, constituant ainsi la colonie étrangère la plus importante. Vers 1650, les bâteaux des Provinces-Unies représentent le quart des navires fréquentant le port de Bordeaux et 70 % des tonnages. À la fin du XVIIe siècle, ils assurent plus des deux tiers des exportations de vin, grâce à la supériorité de leurs navires plus grands et plus économiques.

Pierre tombale
Pierre tombale
1605
Musée d'Aquitaine
De FRANCA MENDES MORADORES ENESTA VILLA DE BORDEOS
L'inscription en castillan rappelle la présence à Bordeaux d'une communauté juive espagnole et démontre que, dès 1605, Franca Mendes était enterré sur ce site. Il s'agissait de marranes, catholiques nouvellement convertis, dont on sait qu'ils pratiquaient en secret les rites juifs.

Les Allemands

Au XVIIe siècle, de plus en plus de négociants issus des villes portuaires du nord de l’Allemagne viennent s’installer à Bordeaux. À partir du XVIIIe siècle, les nouveaux venus ne sont pratiquement plus que des négociants. En 1715, la communauté allemande, aussi nommée « colonie allemande », compte 19 négociants. La plupart d’entre eux sont issus de familles protestantes allemandes d’une certaine aisance ce qui entraîne une grande solidarité parmi les membres de cette communauté. Nombreux sont ceux qui entrent dans des familles bordelaises par alliance, sans pour autant oublier leurs propres origines. Par leur solidarité et leur ouverture envers la culture locale, ils marquent la société bordelaise de l’époque.

Les Italiens

Au XVIe siècle, la présence italienne en France est surtout réputée dans certains domaines prestigieux, comme l’art, la science ou les armes. Cette influence découle de l’implication française dans les différentes campagnes d’Italie, qui a placé les souverains français au contact d’artistes italiens de talent. À Bordeaux, le talent de cette immigration, due également à la diffusion de l’influence catholique et à l’essor du commerce européen, s’exprime plus particulièrement dans le domaine du négoce et de la finance.

Arrivées en Guyenne pour y travailler ou contraintes à l’exil politique, de grandes familles prospèrent dans la région, comme les Salvy ou les Parency, qui contrôlent le commerce du pastel entre Toulouse et l’Atlantique, ou encore les Cerrenati, famille éminente de la vie économique bordelaise dans les années 1570. Outre la classe des négociants, l’immigration italienne en Aquitaine a aussi fourni les rangs de l’administration ecclésiastique : 80 % des diocèses du Sud-Ouest étaient à l’époque dirigés par des Italiens. Ainsi, on les retrouvait dans les évêchés d’Auch, de Cahors, de Bazas ou encore d’Agen, à tous les postes de la hiérarchie religieuse. Cependant, la crise monétaire à la fin du XVIe siècle et les différentes guerres de religion mettront progressivement fin à cette immigration italienne au début du XVIIe siècle.


Sommaire de l'histoire de l'immigration en Aquitaine 

   

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