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Françoise ROYS-CABALLERO

Françoise Roys-Caballero
Républicaine Espagnole
Née en 1923

Françoise ROYS-CABALLERO
Françoise ROYS-CABALLERO
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Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
LieuFoyer ADOMA, Bordeaux
Date : 15 avril 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Alors je fais comme la dernière fois je me présente est ouais … Alors attend …. Marianne Bernard euh, nous sommes le 15 Avril 2009 chez Madame Françoise Ros pour recueillir la mémoire des anciens républicains espagnols résistants. Donc je vous présente Madame Françoise Ros, qui est née à Bordeaux en 1923, son père Alfonso Caballero et sa mère Angela Almeida Donc ses parents sont arrivés en France pendant la première guerre mondiale avec un contrat de travail tout au moins pour son papa, parce que sa mère était beaucoup plus jeune. Donc je vous donne la parole madame, et vous nous allez raconter un petit peu eux … ce qu’on fait vos parents et vous-même.

Françoise : Bon alors moi en ce qui concerne mon père il est arrivé donc d’Espagne avec un contrat de travail avec ses trois frères plus son père ce qui faisait cinq et euh .. à la suite de ça donc il a appris un métier euh de tailleur de pierre et il était donc euh .. ouvrier tailleur de pierre maçon. Il a connu ma mère qui elle était venue avec sa soeur pour l’aider pour euh … avec ses enfants et elle était employée comme bonne à tout faire. Ensuite, elle a connu mon père donc ils se sont mariés et je suis arrivée moi en 1923.

Marianne : Vous êtes nées en 1923.Il faut qu’à ce moment là c’était la guerre de 14 -18 et il n’y avait besoin de main d’oeuvre, je suppose que vos parents sont venus dans ce cadre là, de main d’oeuvre économique (voilà) euh.

Françoise : Ils sont arrivés parce que évidemment les sol, les hommes étaient partis au front et il manquait de main d’oeuvre. Il était obligé donc de … mais il n’y avait pas que des Espagnols, il y avait des Italiens, il y avait des Belges, il y avait de tout hein… et même des polonais je crois. Ce qui fait que euh … ils étaient là pour le travail et pas pour autre chose et ma fois, ils sont restés. Ils sont restés, ils ont fait un foyer et ils sont restés.

Marianne : Et donc quand la guerre de 1939 s’est déclenchée euh … qu’a fait votre père notamment, il sait engagé euh… ?

Françoise : Avant…avant la guerre de 39 non, les espagnols qui étaient ici à Bordeaux, euh se sont réunis et ils ont fait une , ils ont fondé la fédération des républicains espagnols et ils se retrouvaient régulièrement pour aider , envoyer de l’argent au républicain qui à l’époque donc était euh .. en guerre civile puisque ça a commencé par une guerre civile qui n’a pas été après une guerre civile hein mais euh donc pour les aider et ap après quand il y avait donc l’exode malheureusement lorsque parce que la je suis entrain de penser euh .. y a les allemands parce que Franco lui il voyait qu’il été perdu parce que tout seul il aurait pas gagné. Alors, il a appelé euh à l’aide, les Allemands, les Italiens et les Français qui les ont aidé aussi d’ailleurs hein. Alors, donc euh ils ont perdu la guerre pour ça autrement certainement qu’ils auraient gagné. Bon, alors donc, à l’exode moon mon père lui … mon père donc oui, nous avons fait avec ma mère et beaucoup d’espagnols d’ailleurs lorsque les trains arrivaient chargé de réfugiés parce qu’il y avait des trains qui arrivaient chargé de réfugiés, de femmes, de d’enfants, de et on allait à la gare ( à Saint-Jean, à la gare Saint-Jean) à la gare Saint-Jean pour euh pour les leur donner de quoi .. un peu de à manger, on leur portait des sandwich, de quoi boire etc .. et les trains ne s’arrêtaient pas, ils allaient plus loin, ils allaient plus loin mais il y a un train qui c’est arrêté à Bordeaux. Nous avons nous en tant que particulier nous avons pris une personne, une dame chez nous nous l’avons aidé, mes parents l’on aidé à à retrouver ces enfants parce qu’on avait séparé les enfants de de la mère. Alors les enfant étaient dans les colonies parce que c’était pendant les vacances euh ils sont arrivés ici, c’était au mois de juin ou juillet je ne me souviens plus, la guerre, l’exode quoi , quand ça a été fini.

Marianne : fini oui (oui) oui, ça a commencé, ça a commencé en 38 déjà il y en avait mais euh(en 36) en même en 36 oui (en 36) et là c’était en 39 vous parlez de 39 …

Françoise : 39 lorsque la guerre hein oui lorsqu’ ils ont perdu la guerre. Alors donc nous avons aidé cette dame là, à retrouver ces enfants parce qu’elle voulait les retrouver et retrouver son mari. Alors euh, la fédération a fait des démarches tout ce qu’il fallait pour retrouver son mari mais il s’est avéré que son mari été mort dans le front. Alors elle est repartie en Espagne avec ses trois enfants parce qu’elle avait 3 enfants. Et comme nous et bien il y en a d’autres qui ont fait la même chose éh. Les enfants étaient alors euh les femmes et les enfants étaient ici à parquer alors dans les écoles et bé ça il faut que je le dise parce que c’est terrible, euh .. il y avait une, une petite, une jeune qui était dans dans la cour de l’école là où j’avais été à l’école, moi puisque c’était les vacances, j’étais en vacances et … et je la voyais qu’elle avait les mains, la tête prise dans les mains et je lui dis à une dame , je lui demande mais qu’est ce qu’elle a pour pour qu’elle soit comme ça ? elle me dit oh lala. Elle a vu, elle a vu sa soeur mourir, il y a un soldat qui l’a violé et en plus lui a coupé les seins, mais vous vous rendez compte, c’est terrible mais c’est terrible. Et alors .. mais tout ça je le dis parce que ça me fait mal au coeur , y a aussi un monsieur, un monsieur qui était républicain , il était réfugié, euh réfugié euh en France comme mon mari, qui était euh … avec eux avec euh, ils étaient ensemble quoi et, et alors il dit : il a fait venir, il a fait venir sa femme toute seule et il a laissé donc ses enfants, c’est-à-dire sa fille et son fils qui a, qui donc, qui sont restés avec une tante et y a un chirurgien qui a pris la fille, qui lui a crevé les yeux, vous ne le saviez pas ça, c’est dur ça, c’est dur hein, et bien, elle est arrivée, c’est vrai ça, j’ai vu j’ai vu le père là et alors la la fille, je l’ai vu, elle est reve.. la mère l’a réclamé à la tante, enfin ses deux enfants quoi, elle les a réclamé et elle euh .. Elle le lui a dit la tante va tout droit, oh ça me fait mal au coeur, je ne peux pas ça me fait mal (larmes), va trouver ta mère elle était en face et elle est allée trouver sa mère (en pleurant).

Marianne : Pour en revenir au chirurgien dont vous parlez là, c’est un médecin espagnol, c’était ?

Françoise : Oui, oui c’était un médecin espagnol, ‘était, a bein oui c’était à l’hôpital là, bein bein c’est lui qui la fait ..

Marianne : quel hôpital, quel hôpital ?

Françoise : Ah bein je sais pas, en Espagne mais je ne sais pas lequel. C’était à l’hôpital là ou il habitait certainement moi je peux pas vous dire là, alors là je le connais pas hein.

Marianne : La ville non plus vous pouvez pas nous dire où c’était ?

Françoise : Non, non pas du tout,(c’était en Espagne),non c’était en Espagne mais je ne peux pas vous dire la ville ça non bein je ne lui ai pas demandé de toute façon eeeet et le garçon, je vous dis, voulait faire la même chose et l’infirmière lui a sorti des mains hein

Marianne : C’est-à-dire le mutiler, le mmutiler aussi euh ce garçon ?

Françoise : Oui oui oui, il voulait le faire aussi au garçon, alors le garçon non le garçon et donc ils sont revenus tous les deux ici en France et le garçon s’est marié béh je les ai perdu de vu et la fille aussi je l’ai perdu de vu, le père est mort d’ailleurs, voilà alors là ça c’est bon, mais je ne sais plus ou j’en étais après là.

Marianne : Vous avez aidé ces gens qui arrivaient d’Espagne en tant que réfugiés, vous leur avez porté assistance ?

Françoise : Voilà, on leur a porté assistance et après donc ça a été la résistance, alors la

Marianne : A partir de quelle année vous êtes entrées en résistance ? (42) A partir de quelle année, en 42 ?

Françoise : Oui en 42,parce que moi euh … je suis sortie de l’école en 42, j’ai appris mon métier et je suis sortie de l’école en 42, j’ai trouvé un emploi, le premier que j’ai trouvé parce que quand on est débutante, on prend ce qu’ on peut hein et là donc euh euh .. on m’a demandé, alors le les les personnes qui, est-ce que je peux donner les noms de ces personnes… Alors,les personnes qui étaient avec avec notre groupe, c’était donc un nommé Pastrana, Sixto, El Argentino que je ne sais pas son nom je croyais que c’était Quesada mais je n’ai ça,j’en sais, je je ne sais pas si c’est lui, j’en sais rien et alors celui qui a été torturé, qui était le chef certainement du réseau, Joaquin on l’appellait Roiquim mais c’était pas son nom non plus et j’ai su y a deux mois peut-être qui s’appelait Andrés Serrano Il a été torturé à mort c’est avec celui là que j’avais des contacts moi

Marianne : Et torturé, et torturé par les allemands ou la police France ?

Françoise : Française ou les Allemands j’en sais rien, ici au camp de Souge, au camp de Souge et

Marianne : Quel métier, quel métier vous faisiez quand ?

Françoise : Secrétaire, oui. Alors donc, il voulait que j’aille travailler ça il faut que je le dise aussi, mon mon il voulait, mon père me dit : il faut que tu ailles travailler samedi après-midi parce qu’on travaillait le samedi matin hein quand euh … il y a longtemps. On faisait la semaine anglaise, on travaillait le samedi matin alors, mon père me dit samedi après-midi il faut que tu ailles travailler et que tu ailles faire du courrier là chez Pastrana parce que la machine, la Féderation des des Républicains Espagnol avait une machine à écrire. Mon père était trésorier de, de la, de cette Fédération là et on avait la machine mais maintenant, Edouard m’a demandé ou était euh le siège alors là je suis incapable de lui dire je ne m’en souviens pas, je crois qu’ils se réunissaient dans un bar mais je n’en suis pas certaine. Et la machine à écrire donc euh… il l’on amenait chez Pastrana et je devais aller le samedi après- midi, travailler chez eux, mais le patron me dit euh petite il me fait : il faut que tu viennes cet après-midi, j’ai un travail urgent à faire, j’étais dans une colère.

Marianne : Quel était ce travail ? Quels étaient ce genre de travail ?

Françoise : ah béh le travail de secrétaire (de secrétaire)oui, alors donc je je suis allée travailler mais il m’a sauver la vie parce que justement ils ont été arrêtés Alfresco qu’on appelle, c’était un bar qui s’appelait comme ça, il existe toujours mais il ne s’appelle plus comme ça euh .. place Gambetta euh … presque au monument là, vous voyez là la porte, pas loin là et ils se réunissaient là. Alors, là il y avait donc Pastrana il y avait Joaquin Serrano il y avait Sixto et il y avait l’Argentino hein !!

Marianne : Alors ça, c’était des personnes qui avaient fait la guerre d’Espagne, ça ?

Françoise : Ah oui,ça c’etait des personnes ah oui ce sont des ah c’était des réfugiés espagnols ça , les les tous ..tous. Y’ a que mon père qui ne l’était pas mais mon père n’était pas là, il était pas là mon père. Non, il a été arrêté 8 ou 10 jours après parce que y’ en a un qui a parlé Sixto. Il a parlé mais est-ce qu’il savait que moi j’en faisait partie je ne le sais pas, toujours est-il que à moi hein de moi il n’en n’a pas parlé, heureusement.

Marianne : Vous n’avez pas été inquiétée à ce moment là ?

Françoise : A ce bou , alors bon je je me présente le dimanche matin eeet la femme de Pastrana descend, alors c’était une grande porte cochère euh rue Montgolfier, je crois que ça s’appellait rue, un nom comme ça et à la place Picard pas loin de la place Picard, la place euh .. enfin c’est dans les parages là. Et, je suis allée là et j’a et j’appelle voilà qu’elle descend, alors la porte vous voyez une porte cochère !! elle l’a ouverte comme ça juste comme ça voyez pour que pour que pour pouvoir parler et elle me dit :en espagnol bien sur : »dépêche toi àvise, à aviser les autres parce que on les a arrêté hier ». Vous vous rendez compte ? On les a tous arrêté, alors moi mais c’est drôle, quand même comme on a des instincts, je me suis pas mise à courir, rien du tout, mais il y avait, il devait y avoir quelqu’un quand même qui devait être là, y a pas à tortiller là, qui devait certainement regarder la porte hein !! moi je crois, j’en sais rien, toujours et il que je suis partie tranquillement et j’ai pris mon tramway à l’époque c’était des tramways mais pas ce qui existe maintenant. Alors bon, je prends le tramway puis je dis je vais m’arrêter chez le cordonnier Barras il s’appelait, parce que c’était sur le chemin et puis réflexion faite je me dis au non, je m’arrête pas je vais chez moi. J’arrive chez moi et je lui dis a mon père alors mon père me dit : t’afolles pas, je vais aller lui dire et puis ma foi, s’est resté comme ça . Et ma mère, ma tante, mon père évidemment, on était tous suivi, on avait tous la Gestapo derrière, et au bout de 8 ou 10 jours, quelque chose comme ça, on est venu arrêter mon père. Il aurait pu partir, il aurait pu s’en aller hein mais il a eu confiance béh le cordonnier ça a été pareil, il est resté chez lui et on les a arrêté tous les deux. Mon père donc est parti et nous 3 parce que je dis 3 parce qu’il y avait ma tante qui habitait avec nous hein, on était suivi et j’ai je partais travaillé le matin, j’avais le gars de la Gestapo derrière mais j’étais pas impi impressionnée, pas du tout béh c’est bizarre ça . Ca c’est, ça c’est, ça moi je dis que c’est de la naïveté hein

Marianne : Quelle âge aviez-vous à ce moment là ?

Françoise : J’avais 19 ans alors euh je ne je pensais pas du tout alors je voyais ce bonhomme, je savais qu’il me suivait pour la cause mais je n’y faisait même pas attention mais un jour il y a mon patron qui me dit : dis petite tu vas aller faire une course et tu vas passer par le cour de la Marne. Je me dis pourquoi il me dit ça ? j’en sais rien j pour moi c’était quelque chose de éh alors je passe cour de la Marne, qu’est-ce que je vois El Argentino alors mon père m’avait dit parce qu’il avait été les voire, il avait été à la prison là pour voir ce qu’on avait fait avec les autres et il a dit El Argentino on l’a amené en Espagne et je vois El Argentino là au coin, je dis :mais qu’est-ce , c’est pas possible qu’il soit là, il est là, alors j’allais m’approcher moi, mais inconsciemment hein, alors il sait précipité sur son … Il a pris une cigarette, son briquet et il ma fait ça . Alors moi, j’ai suivi mon chemin. J’arrive au bureau, il y avait un un militaire allemand, mon patron et la Gestapo et la Gestapo qui elle, le bonhomme là en question commence à vouloir me poser des questions. Alors mon patron qui dit : non ici c’est chez moi, c’est moi qui pose les questions. Alors il m’a posé les questions bein évidemment j’ai dis non partout hein, tout non, et il lui dit à la alors la Gestapo le gars me prend la main parce qu’il voulait m’amener hein il voulait m’amener et le patron lui dit non, il lui tape sur sur la main et puis il lui dit non, je vais voire votre chef d’abord je ne sais pas ce qu’il faisait mon patron pour qu’il puisse faire ça je n’en sais rien

Marianne : C’était risqué, c’était risqué pour lui d’ailleurs là (éh oui, c’était risq). Avait-il un rôle dans la résistance ?

Françoise : Ah ça, j’en sais rien justement ah oh j’ai pas voulu en parler parce que je ne savais pas de quel bord il était moi, ah c’était très délicat ça (à ce moment là oui). Alors moi, ce que je faisais je tapais à la machine ça je l’ai pas dit, je tapais à la machine euh .. ce qu’on me donnait à faire, il me dit Bernard mais qu’est-ce que c’est que tu faisais mais je ne rappelle plus moi je m’en rappelle plus. Alors y av y avait donc ce fameux Joaquim qui venait me retrouver alors il était très étonné Edouard parce que je lui dis ça et pourtant c ‘était comme ça. Il venait me retrouver à une place qu’il y a euh .. la jonction du cour de la Marne et la rue Saint-Vinvent de je ne sais quoi là. Vous voyez là y’a pour aller à la gare parce que je travaillais rue de la Gare, alors à cette place là à midi , il m’attendait, je sortais mon enveloppe de mon sac je lui donnais, il la mettait dans son bidule et il partait .

Marianne : En faite, vous faisiez passer du courrier, vous faisiez passer su courrier, euh vous étiez agent de liaison ? (béh voilà … béh voilà) c’était, c’était très risqué aussi ?

Françoise : Béh j’en sais rien si c’était risqué, je dis j’aime mais j’ai jamais essayé d’approfondir (à 19 ans on y pense pas ?)

Françoise : Non, pas du tout. Je faisais ça inconsciemment béh ça et puis et puis je pensais pas faire mal moi, pas pas du tout et alors le patron lui il m’a sauvé la vie une seconde fois et c’est comme ça que je suis là d’ailleurs

Marianne : Et que sont devenus vos vos compagnons de de résistance en tout cas ?

Françoise : Alors mes comp Ah oui ah béh alors ce qui sont devenus alors Barras il est resté à Compiègne, mon père

Marianne : C’était un quand de concentration Compiègne ?

Françoise : Ah béh Compiègne béh oui. Mon père lui arrêté, a été arrêté 10 jours après les autres, il a été amené à Oranienburg de là, transféré à Ravensbruck, qui était une annexe de Buchenwald euh .. Sixto lui, il était à Oranienburg aussi et alors Joaquin Serrano, lui il a été tué lui sous la torture. Il a pas parlé il avait environ 25 ans. Un, un bonhomme qui devait faire au moins 1m80 hein costaud, un basque voilà, il a été tué celui-là et on en parle pas.

Marianne : C’était des gens très courageux hein euh ?

Françoise : Je crois que personne ne faisait, je crois que on faisait ça parce que, parce que il fallait sortir le vert-de-gris de là, voilà. Il fallait le sortir de là, mais mais mais vous savez je ne suis pas la seule, il y en a beaucoup hein, il y en a beaucoup qui ont fait parce que ce que j’ai fait moi c’est trois fois rien à côté de ce parce qu’il y en a qui on fait pas mal et qui on risquait leur peau.

Marianne : Mais vous aussi ?

Françoise : Moi je ne me rend pas compte (silence)

Marianne : Alors vous dites que personne ne parle de ces gens qui ont travaillé dans la résistance, ils sont retombés ils sont tombés …,

Françoise : Dans l’ombre, on en parle pas de Joaquin Serrano, moi je l’appelle Roiquim mais ce n’est pas son nom puisque je sais maintenant que c’est Andrés mais son vrai nom c’est Andrés eh mais on en parle pas de lui et donc pourtant dieu c’est que c’est lui, c’est lui qui menait tout enfin notre notre groupe à nous hein après ce qu’il avait après je sais pas hein

Marianne : Et donc tous ces gens, on était déporté là, tous ceux et votre père et votre père également ?

Françoise : Mon père, il est resté 2 ans et demi, lui il est arrivé le 8 avril 45 après avoir passé un mois à l’hôpital à Paris mais je ne sais pas lequel ?

Marianne : On pourrait peut-être parlé du rôle de votre père dans la résistance justement ?

Françoise : Et bé oui, mais le rôle du père de mon père je peux pas en parler parce que lui ne le disait pas et le racontait pas et sss ça c’est quelque chose que l’on ne peut pas dire aux autres parce que si moi je suis arrêté hein je suis je dis bon oui mon père faisait si mon père faisait là mais non je peux rien dire je sais pas, Je sais qu’il prenait la bicyclette et fa et puis il allait j’en sais rien ou !! et il ne l’a jamais dit d’ailleurs hein

Marianne : Mais même après, quand il est rentré des camps ? il n’a vous il vous en a pas parlé à ce moment là ?

Françoise : NON, il en parlait, il ne parlait même pas des camps pour lui savoir pour lui faire dire quelque chose c’était dure hein

Marianne : C’est-à-dire que c’était un traumatisme pour ces gens là, d’avoir été déporté et torturé pour la plu beaucoup quand même

Françoise : C’était une loque, c’était une loque quand il est revenu d’ailleurs il a pas pu reprendre son boulot hein pas du tout hein

Marianne : Donc il n’a pas retravaillé après son son retour ?

Françoise : Il a essayé mais non il peut pas il pouvait pas . On lui a fait des opérations, il a fait une thoracoplastie, on lui a fait … je ne sais plus tous ce qu’on lui a fait, j’en sais rien parce que il a été tellement malade puis il est mort d’un cancer alors …

Marianne : Mais il avait été torturé dans les camps là, il a été maltraité ?

Françoise : Il a été torturé ici au fort du Hâ, au Fort de Hâ, il a été torturé maintenant là-bas dans les camps alors là je n’en sais rien du tout hein

Marianne : 2 ans et demi de déportation dans les conditions que l’on connait quand même hein donc euh ..

Françoise : Des conditions que l’on connait et on peut pas dire qu’on les connait parce que, on les suppose c’est tout parce que eux ils savent, oui, mais ils ne le racontaient pas hein.

Marianne : Sans manger à leur faim, sans manger à leur faim sans soin s’ils étaient malade

Françoise : Ouais et encore si il était malade hein il s’était, il s’était dans les chambres à gaz là ..ohhh c’est terrible ça !!

Marianne : Et votre engagement dans la résistance comment ça c’est, comment ça a débuté en faite ?

Françoise : Ca a débuté par mon père (c’est votre père qui a)c’est mon père qui m’a demandé, est-ce que tu voudrais alors .. j’ai dis pourquoi pas… mais toujours sans .. je pensais jamais que ça pouvait (rire) (qu’il y avait un danger) non (il y avait pas un danger pour vous) non pour moi c’était tellement normal

Marianne : Et vous aviez à l’époque un engagement politique ou non ?

Françoise : Ah, j’étais bien partie oui oui, là c’était-à-dire, c’était l’ambiance dans la maison ça , mon père lui il était vraiment de gauche ça, il avait toujours milité lui, alors on était tous, on était tous du coté de gauche ça y a pas à tortiller

Marianne : Et vous vous êtes née donc en France mais vous vous sentiez quand même concerné par tout ce qui c’était passé en Espagne

Françoise : Ah je le suis toujours d’ailleurs , je le suis toujours ça moi l’Espagne c’est tout pour moi.

Marianne : Votre famille et c’est les origines en fait

Françoise : Oui c’est les origines, mon mari était espagnol hein ah je me serais jamais marié avec un français moi.

Marianne : Et pour en revenir à votre père, comment s’est passé son retour dans la vie civile on va dire puisqu’il a pas travaillé, il a pas pu travaillé ?

Françoise : Il a essayé, il a essayé de reprendre son travail mais ça n’a pas durée, il a pas pu. Parce que là, il a fallu qu’il s’arrête on lui a fait une thoracoplastie hein. A l’époque, on faisait ça maintenant je crois pas qu’on le fasse ça hein!! Vous savez ce que c’est que la thora

Marianne : Expliquez peut-être ? Expliquez ce que c’est ?

Françoise : La théro, la bon alors là c’est couper les côtes , couper les côtes et puis alors on lui avait coupé aussi uh un poumon voilà et il vivait avec un seul poumon et l’autre poumon il était quand même pas .. . pas brillant et puis qu’est-ce qu’il avait encore, il a eu tellement de chose le pauvre homme que …

Marianne : Il était, il était en contact avec d’autres espagnols à Bordeaux là ?

Françoise : Oui alors ils ont formé non .. d’autres espagnols peut-être pas parce que euh il y avait les Français avec c’était aux combattants et déportés qui avait leur siège rue du Cloître, je ne sais pas si vous le savez, ils avaient leur siège là et ils se retrouvaient là alors bien sur il y avait les Espagnols et puis ils se réunissaient et ils faisaient des repas, des sorties etc …ils avaient

Marianne : Il avait une vie donc après de peut-être pas de militant mais enfin il se retrouvait entre …

Françoise : Si de militant, ils se retrouvaient oh oui oh oui alors il y avait toujours ce Pastrana sa femme bien sur qui elle était une combattante en Espagne, elle, alors soit disant ça c’est le fils qui le disait elle était une pasonaria la mère, la femme de Goino, vous le connaissez Goino ? hein c’était une hein !! alors elle était aussi là dans les combattants avec son mari parce que lui aussi il a été déporté , déporté à lui on l’a arrêté dans la rue lui, mais ca je l’ai su après parce que beaucoup de chose moi maintenant que je sais ,je, je ne savais absolument rien, absolument rien je n’ai su tout que lorsque les allemands sont partis et que tout c’est déchaîné là on s’est réuni, on a retrouvé tous les Espagnols qui avaient, qua avaient fait la résistance alors là j’ai appris tout ce qui avait fait de la résistance alors il y avait Alvarez, il y avait Paralés, il y avait qui encore je sais pas parce que on était tellement nombreux il y avait lacos, Acosta, Acosta , il y avait aussi celui là aussi il a été déporté on en parle pas de celui là ?

Marianne : Et après l’arrestation du groupe de votre père vous avez continué vous même dans la résistance ou ?

Françoise : Je pouvais pas moi, ah non je n’avais plus aucun contact on pouvait pas me contacter, j’étais, je vous dis j’étais suivie hein et en suite euh .. si j’avais eu un contact avec quelqu’un ça se serait vu hein non c’était pas possible

Marianne : Vous n’avez pas repris contact avec un autre groupe par exemple pour continuer votre votre action ?

Françoise : Je ne risquais pas, je ne connaissais personne, je ne connaissais personne puis ça ne me venait pas (bruit de téléphone).

Marianne : Votre mère était-elle dans la résistance aussi ?

Françoise : Non… pas du tout …

Marianne : Est-ce qu’elle avait peur de, est-ce est-ce qu’elle savait votre engagement dans la résistance ?

Françoise : Oui (elle avait peur) Elle avait peur elle avait dit à mon père si jamais on m’arrête la fille tu vas voir un peu, elle lui avait dit à mon père (en riant) mais on avait pas réalisé bah ff on n’a pas fait attention à ça

Marianne : C’était un engagement et vous ne pensiez pas au danger

Françoise : Pas du tout non ,non non , il faut dire que vraiment je sais pas si je le referai maintenant j’en sais rien mais euh … j’ai fais ça moi, j’étais j’étais naïve certainement j’étais trop jeune

Marianne : Comme beaucoup a cette époque là, il y en avait encore plus jeune que vous même qui …

Françoise : Oui, oui parce que y a Ariasje ne sais pas si vous en avez entendu parler de Arias il est mort deux jours avant qu’on lui remette la médaille, vous l’avez pas entendu là . celui il devait avoir 16 ans lui

Marianne : Et vous n’avez jamais pensé à votre retour en Espagne, par exemple, vos parents tout au moins n’y ont jamais pensé (de) de repartir en Espagne ?

Françoise : Alors là, je vais vous dire une chose ma mère elle avait les valises et elle mettait tout dans les valises, c’était pas des valises, « les baules » elle disait, elle mettait tout dans les valises, ça c’est pour quand on partira, on est jamais parti, on est jamais parti.

Marianne : Chaque an, chaque année vous disiez ça d’ailleurs ?

Françoise : Non pas moi ma mère (votre mère) oui ma mère elle disait ça on s’en va, on s’en va mais on est jamais parti

Marianne : Donc aprés toute cette période là, je suppose de guerre donc, je suppose que vous vous êtes mariés aprés la guerre ?

Françoise : Je me suis marié en 46 oui avec mon mari là,euh … qui lui aussi était Espagnol bien sur

Marianne : Et il a fait la résistance aussi votre mari ?

Françoise : Ah houla oui ,bein ouais béh il pouvait pas faire autrement d’ailleurs,

Marianne : Tout le monde s’était pas engagé ?

Françoise : Ah oui béh lui il pouvait pas faire autrement parce que il était parti .. vous savez bien qu’ils étaient dans les camps alors moi le Camp de Gurse, je ne le connaissais pas hein mais par contre le camp de Argelés, mon mari en parlait assez souvent hein de ça,

Marianne : Il était là-bas votre mari dans le camp d’Argelés-sur-mer

Françoise : Oui, au camp d’Argelés et alors je sais pas si vous le savez, Franco il avait demandé au gouvernement français de prendre les espagnols qui était en France et de les amener en Allemagne et alors mon mari avec euh .. 3 ou 3 copains là, ils sont partis dans un wagon à bestiaux là et à un moment donné je ne sais pas comment ils ont pu faire moi ça j’en sais rien mais ils se sont échappés tous les 4 et mon mari est parti donc avec un Monsieur qui était cordonnier de métier lui, il était cordonnier de métier c’était un bon cordonnier et alors euh .. arrivés à un certain endroit il y a un allemand qui dit il nous faudrait un cordonnier alors bon celui qui était vraiment cordonnier, il s’est présenté et puis mon mari a dit moi aussi je suis cordonnier alors qu’il n’était pas cordonnier du tout alors ils sont rentrés donc au camp de NENBOUR ??? là, et là il a fait le mé, oui mais ils ont fait de la, il y avait de la résistance là dans ce camp et mon mari avait la possibilité comment il a fait ça alors là là je le sais pas , de louer , il avait loué une chambre et il était donc dans le camp la journée comme cordonnier et puis la le soir, il rentrait chez lui et un et une nuit ça c’est lui qu’il me l’a raconté hein, une nuit il y a un policier Français qui est arrivé à 4 heures du matin et qui lui dit tu fous le camp de suite parce qu’ils viennent te chercher, il n’a pas eu le temps de ramasser quoi que ce soit il est passé par la fenêtre parce qu’il ne pouvait pas passer par la porte au cas ou il arrivait et il est parti, il a pris le premier train venu et c’est là qu’il est venu à Bordeaux

Marianne : Comme ça qu’il s’est retrouvé donc à Bordeaux,(voilà) et que vous l’avez rencontré, vous vous êtes marié ..

Françoise : Alors non lui euh je faisais parti alors la quand les allemands sont partis ça a été une liesse alors ici à Bordeaux tout le monde était content parce qu’ils étaient plus là etc … et on a fondait une une association qui s’appelait Juventud combatiente, la juventud combatiente et là on était donc Villar vous le connaissez il y avait Arias, il y avait les 3, les 3 Arias, il y avait Louisa, il y avait Angel et il y avait Antonio, les 3 fin on était une bande de jeunes, il y avait la femme de Casado

Marianne : C’était la jeunesse combattante

Françoise : La jeunesse combattante et là, et là évidemment on faisait des fêtes et on envoyait de l’argent au républicain alors pour en revenir à ce que vous disiez l’autre jour El valle de Aran, là on ramassait de l’argent pour eux, ça c’était de l’utopie parce que là, ils étaient perdu là d’avance je sais pas pourquoi ils av… je voulais vous poser la question vous connaissez un monsieur qui s’appelle Carasco.

Marianne : Euh … oui…. donc vous nous parlez de votre vie après la guerre, c’est-à-dire que vous êtes mariés avec ce monsieur espagnol donc qui était, qui est arrivé en quelle année lui en France ?

Françoise : Ah béh, il est arrivé en 39 le jour de son anniversaire le 16 Février, il a fait 21 ans le jour de son anniversaire il passait la frontière, à le Boulou

Marianne : Et c’était un combattant de l’armée républicaine ça?

Françoise : ah oui oui oui

Marianne : Donc il est passé avec l’arrière garde de l’armée là ?

Françoise : il est, il est arrivé à pied depuis depuis Lloret del mar parce qui, parce qu’il était dans la marine et il est arrivé depuis Lloret del mar à pied, il a passé la frontière comme beaucoup d’autre quoi

Marianne : Et quel était son métier ici donc en France ?

Françoise : Il était tourneur oui

Marianne : Et vous avez eu des des enfants donc (3, 3 enfants) qui se sont mariés en France (ouais ouais) vous avez fait souche dans ce pays

Françoise : Et oui non de toute façon moi je ne serai pas revenu en Espagne moi, ma mère peut-être parce que elle elle avait, mais moi non je ne serai pas revenu parce que euh .. j’avais il faut dire ce qui est, on on est dans un pays on a les coutumes du pays on n’est pas, on n’est pas … par contre j’aime beaucoup y aller, j’aime beaucoup les espagnols, j’adore mais delà à vivre là-bas, je crois que je ne pourrai pas, je pourrai pas non ,

Marianne : Non, parce que vous avez pris des habitudes françaises, qui ne sont pas tout à fait pareilles euh

Françoise : Non, je ne pourrais pas mais mes enfants, mes enfants ils parlent l’espagnol trés bien tous les 3 ouais, ils ont fait des études d’ailleurs et ils pensent pas mais eux aussi ils aiment beaucoup l’Espagne hein, eux aussi ils adorent, ils y vont chaque fois qu’ils peuvent

Marianne : Et qu’est-ce qu’ils pensent de toute votre histoire là euh, à votre, vos parents euh ?

Françoise : Je vais vous dire une chose je leur ai jamais raconté

Marianne : Vous faites comme les plus anciens, vous ne parlez pas !!

Françoise : Non, je leur ai jamais raconté parce que je sais même pas si ça les intéresserait d’ailleurs, je sais pas

Marianne : Ils se sont pas intéressés à l’exposition euh du centre Jean Moulin

Françoise : Si si ils sont allés y sont allés surtout ma fille d’ailleurs, elle s’y est intéressée d’ailleurs mon fils aussi mon fils aîné a dit : quand le livre paraîtra tu m’en prendras un pour moi mais… mais de lààà ah non puis ça m’est pas venu de leur raconter non plus, c’est un histoire que là je vous raconte pourquoi parce que vous me le posez, vous me posez la question parce que autrement j’en parle à personne d’ailleurs

Marianne : C’est étonnant ça, parce que toute votre génération a été comme ça en faite, c’est-à-dire que les gens ne parlaient pas euh (non) pourtant ils ont pour beaucoup ils ont des faits d’armes importants quand même

Françoise : Non non on parlait mais c’était tellement normal de faire ça (sans doute) c’était tellement normal mais mais on on mais mais vous rendez compte bon parlons de la Ganouza, parlons de la Ganouza qui elle, elle protégeait les les les espagnols qui étaient poursuivis, elle les cachait, elle les, mais vous savez que là aussi elle risquait elle .. .

Marianne : Elle risquait oui de partir en déportation également ou de ce faire torturer ou tuer euh oui

Françoise : Bien béh non, on en parlait pas, et elle a alors quand la guerre a été finie euh en France que les allemands sont partis euh le parti communiste Espagnol n’existe euh était défendu et on pouvait pas, il était clandestin Alors, on avait des réunions, on avait des réunions alors ça chez l’habitant hein, alors tantôt c’était chez l’un, tantôt c’était chez l’autre eeeet et on continuait toujours notre bagarre, tout le temps, ce n’est que lorsque j’ai eu mes jumeaux moi que j’ai que l’on a tout arrêté

Marianne : Vous avez levé le pied comme on dit, vous savez (voilà) et que pensez-vous de la loi de mémoires qui est passé en Espagne ? (la loi) la loi de la mémoire historique

Françoise : Ils ont passé une loi, je suis pas au courant

Marianne : Oui, justement pour euh ouvrir les fausses communes et se rappeler de …

Françoise : là euh je suis bon d’accord ils vont peut-être le faire, mais je suis à me demander si ils vont dire les choses telle qu’elles le sont parce que c’est vous croyez qu’ils vont parler … de avant quand on rentrait dans une église, on rentrait dans les caves, c’était plein de squelettes de bébés, d’enfants, des squelettes (je l’ai entendu dire) ouais oui mais éh vous mon mari le disait demandez ça à Rubiela Rubiela, il est encore en vie, il pourra vous le dire lui, vous savez qui s’est Rubiela non je sais pas qui sait) non , lui il pourra vous le dire parce que lui il a vécu la la guerre d’Espagne comme l’autre là comment il se oh … où sais que je l’ai

Marianne : Pour en revenir à la résistance …(blanc)

Françoise : La Gestapo (oui), c’est la Gestapo qui a fait le plus de mal , les Français euh ils ont été …

Marianne : Parce qu’il y avait la milice quand même, la milice qui jouait un rôle euh..

Françoise : Alors la milice moi je peux vous en parlez parce que euh .. il y avait , je travaillais après j’ai quitté donc le l’entreprise où j’ai été euh arrêté enfin pas arrêté euh j’ai quitté je suis partie et là à coté de cette entreprise là il y avait euh dans une maison des miliciens là, si vous saviez comme ils étaient arrogants, ce n’est pas croyable, lorsque les, lorsque les FFI sont rentrés là, que les allemands sont partis parce que moi je travaillais sur les quais à l’époque et alors les, les allemands prenaient n’importe quoi, ils ont pris même des corbillards pour foutre le camp, des vélos, et et partout ils passaient par le pont, ils passaient par le pont, et là, la milice, ces miliciens là, ils étaient chez eux pas loin de là où je travaillais . Les FFI sont venus et les ont sorti, ils les ont sorti de là, ils étaient avec les mains derrière un peu comme ça là et la tête haute et crachaient tout le monde, sur tout le monde, vous vous rendez compte alors qu’ils étaient traqués par les FFI hein, ce n’est pas croyable alors je ne sais pas ce qu’ils sont devenus cela par exemple.

Marianne : C’est pour ça que je vous le demande parce ce que c’était quand même, ils étaient trés actifs au niveau de la répression eux aussi

Françoise : les miliciens oh c’était des des SS comme les comme les allemands hein, c’était la même chose, ils étaient même peut-être même mire, même pire

Marianne : Peut-être pire dans la mesure où c’était des français

Françoise : Voilà, non mais il y avait des allemands qui eux, ils voyaient quelque chose et pis euh ils laissaient passer. Mon père m’avait dit une fois que c’est un allemand qui lui avait donné des pommes de terre et mon mari, mon mari aussi il m’a dit là quand il faisait le cordonnier (rire) qui savait pas, alors le le le l’allemand qui était là lui lui dit demain y’a un contrôle, par un inspecteur, toi pas cordonnier alors mon mari n’a rien dit et quand l’inspecteur est venu son copain lui a passé une chaussure qu’il avait préparé déjà, il n’avait qu’à planter les clous et puis l’allemand, il a rien dit du tout

Marianne : Même s’il s’est rendu compte que, il n’était pas du tout cordonnier mais …

Françoise : Il s’était rendu compte qu’il n’était pas cordonnier mais à la fin quand même il savait faire les chaussures !!! (rires)

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Interviewer : Marianne Bernard
LieuFoyer ADOMA, Bordeaux
Date : 15 avril 2009

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