La libération de Bordeaux & de sa région

Libérer Bordeaux après 4 ans d’occupation était un signal puissant pour une fin de guerre proche.

Mais comment les Républicains espagnols ont-ils aidé à finaliser cette victoire ?

La libération de Bordeaux & de sa région

Les républicains espagnols ont plus que contribué à reprendre Bordeaux à l’ennemi.

Entre actes de résistances à l’intérieur de la ville, communication d’informations stratégiques ou mobilisation de bataillons de la région pour combattre aux portes de la ville, aucun d’entre eux n’a ménagé ses efforts pour rendre la ville aux bordelais.

Les républicains ont donc pris une part très active dans cette reconquête héroïque de la ville

La libération de Bordeaux & de sa région

« Enfin sonne l’heure si longuement, si anxieusement, si douloureusement attendue !

(…) France, France la douloureuse, France la crucifiée, voici qu’enfin peu à peu ton supplice se termine. Voilà que jour après jour, membre par membre, tu te sois détachée de l’instrument de torture et d’ignominie où l’on t’avait clouée.

(…) Chaque coup que tu recevais, nous le recevions dans notre cœur. Quand ton beau visage apparaissait meurtri sous les soufflets et les crachats de tes enfants sacrilèges, nous détournions le nôtre pour essuyer nos yeux, ravaler nos larmes de rage, de honte et de dégoût et te dire tout bas la litanie de notre amour. »

— Jacques Lemoîne,
Fondateur de Sud-Ouest, 29 août 1944
La libération de Bordeaux & de sa région

 

Bordeaux n’est pas épargnée par la guerre.

Entre bombardements alliés et sabotages nazis, la ville ne sort pas indemne de l’Occupation.

Il faut bien sûr aussi noter les combats violents qui auront lieu au moment du départ des troupes du Reich.

Car, si certaines destructions n’ont pu être évitées (dépôts d’essence, navires coulés), d’autres ne sont en fait que des sabotages qui ont permis d’affaiblir les allemands et d’accélérer leur départ.

Le 19 août 1944, l’état-major nazi donne l’ordre de détruire massivement le port et les ponts de Bordeaux avant de quitter la ville le 26 août.

Bien que les négociations entre différentes autorités (municipalités, FFI) pour éviter un tel drame n’aboutissent pas, un acte de sabotage va condamner ce plan et surprendre l’ennemi.

Le blockhaus de la rue Raze saute le 22 Août 1944, il contenait les réserves d’explosifs nécessaires aux destructions prévues.

Cet acte, aussi soudain que déterminant, va pousser les allemands à quitter la ville au plus vite… Mais les derniers jours des allemands à Bordeaux resteront marqués par la destruction, la panique, la violence et les combats.

Qui a bien pu faire sauter ce dépôt ? Un résistant ? Pas officiellement…

 

 

 

Il s’agit d’Heinz Stahlschmidt, artificier-démineur de la marine allemande.

En août 1944, il est chargé de stocker puis d’installer les explosifs qui doivent servir à la destruction du port de la Lune.

Mais face aux potentiels 3000 bordelais que cet acte barbare pourrait tuer, sa conscience lui dicte de ne pas s’exécuter.

Malgré ses tentatives de contacts, les résistants ne saboteront pas l’opération à sa place.

Il fait donc lui-même sauter le dépôt de la rue Raze, le 22 août. A 20h, il amorce les explosifs, puis part en vélo. Le port est sauvé !

 

Les allemands n’envisagent pas une seule seconde la trahison d’un des leurs.

Ils croient ainsi à un coup de force de la résistance et sont matériellement dans l’impossibilité de réaliser leur plan… Deux éléments qui vont clairement accélérer les négociations pour leur départ de la ville.

Heinz Stahlschmidt devient Henri Salmide, citoyen français, en 1947… Mais son acte restera anonyme durant de longues années, jusqu’en 1993.

Le siège du port de Bordeaux porte maintenant son nom et le patrimoine de cette ville qu’il aimait tant, qui l’a accueilli, lui doit certainement beaucoup.

 

« Au-dessus de la discipline militaire, il y a la conscience : quand on reçoit un ordre que la conscience ne peut admettre, il ne faut pas l’exécuter »

Henri Salmide

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« Pili » libère des alliés…

 

« La Piluca », de son nom Pilar Claver, fut officier dans l’armée républicaine espagnole puis une des chefs de groupe de résistants espagnols.

Peu avant le retrait des occupants allemands de Bordeaux, celle-ci travaillait dans les cuisines de la caserne Luze et décida, avec beaucoup de courage et avant qu’ils ne soient exécutés par les nazis, de faire évader et de cacher des prisonniers soviétiques ainsi qu’un aviateur américain.

Mission accomplie !

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Victoire !

 

A la libération de Bordeaux, la troisième brigade de « guérilleros » espagnols défila au Stade Municipal (Parc Lescure).

Drapeaux français et républicains espagnols ouvraient la marche du défilé.

La ville n’est plus occupée, mais son futur n’en demeure pas moins brumeux en raison des sabotages allemands qui handicapent son approvisionnement, mais aussi des difficiles reconstructions (matérielles, économiques, sociales et politiques) à venir.

Les cloches sonnent et les bottes ne claquent plus…

 

Les scènes de liesses et les effusions de joies à l’entrée des FFI sont légions.

Puis vient le temps pour le peuple de rendre sa justice.

 

Des collaborateurs sont pris à parti, des femmes accusées à tort ou à raison d’avoir fraternisées avec l’ennemi sont tondues puis défilent, parfois nues.

La barbarie a, comme toujours, engendrée une autre barbarie, plus symbolique certes, mais toujours brutale…

 

 

Au lendemain du défilé de cette unité, leurs effectifs avaient doublé par l’apport des unités structurées à Bordeaux et celles arrivant de Casteljaloux.

 

 

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Charles De Gaulle, le 22 avril 1945, s’adressant à Kepa Ordoki et au bataillon Gernika.

« Commandant, la France n’oubliera jamais les efforts et les sacrifices accomplis par les basques pour la libération de notre sol »

— Charles De Gaulle, le 22 avril 1945, s’adressant à Kepa Ordoki et au bataillon Gernika.
Malheureusement, ces mots ne furent jamais accompagnés d’une aide militaire européenne pour aider à la reconquête républicaine de l’Espagne franquiste et ce, pour différentes raisons politiques et géo-stratégiques liées à l’après-guerre et l’avènement de la Guerre Froide.
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Conclusion // sacrifices et liberté

 

L’histoire de la libération de Bordeaux et de sa région est très largement tâchée de sang…

Le départ des troupes de la ville n’a pas empêché les affrontements violents. Et c’est bien la 24ème division de guérilléros qui se tenait en première ligne pour aider les maquisards à entrer par le Nord…en protégeant par la même le pont de pierre. Pablo Sánchez a d’ailleurs payé de sa vie la sauvegarde de ce pont si symbolique de Bordeaux…

La libération prend fin avec la reprise des « poches de l’Atlantique » le 20 avril 1945. Le dernier baroud nazi est violent, acharné. Ces opérations doivent leur succès aussi à l’implication héroïque des contingents étrangers, dont les bataillons Libertad et Gernika.

Ce dernier a porté haut le drapeau basque et définitivement prouvé que les basques savaient lutter et mourir pour la liberté, une constante chez l’ensemble des républicains espagnols…