Travail forcé & Résistance

Le pouvoir allemand contraint ses ennemis à contribuer à l’effort de guerre par le travail forcé.

Mais résister alors que l’on est plongé dans l’effort de guerre ennemi reste un acte fort et un bon moyen de saborder la tactique ennemi…

Travail forcé & Résistance

L’occupation est bien organisée, elle contrôle la population au niveau militaire et sécuritaire et l’utilise aussi au niveau économique et social avec le STO ou les compagnies de travail.

La surveillance est élevée, la charge de travail extrêmement lourde et les conditions très difficiles. Mais avec beaucoup de solidarité républicaine, nombre de femmes et d’hommes ont pu participer à la résistance, que ce soit en s’évadant ou à l’intérieur des chantiers ou des camps de travail.

Dans le Sud-Ouest, deux grands pôles vont concentrer toutes les attentions de l’ennemi : la construction de la base sous-marine de Bordeaux et l’édification du « Mur de l’Atlantique ».

Travail forcé & Résistance

La Base sous-marine fut construite de 1941 à 1943 par la marine allemande pour aider à mieux protéger les sous-marins de la 12ème flottille allemande.

Impressionnante bâtisse de 42 000m2, sa vitesse de construction ne repose bien sûr pas sur les seules forces allemandes. Le STO fournira une quantité de main d’œuvre très importante.

Ainsi, sur les 6000 ouvriers, 3000 sont des républicains espagnols qui sont contraints et forcés de contribuer à la constitution de l’édifice dans des conditions extrêmement difficiles, en étant, bien entendu, payés une bouchée de pain (environ 80 francs la journée de 12 heures…).

Plus d’une soixantaine d’eux sont morts à la tâche, parfois emmurés vivants… Mais beaucoup ont tout fait pour saborder et ralentir ces travaux.

Travail forcé & Résistance

Tomas Villar

 

Tomas est le frère aîné d’Angel Villar.

C’est un résistant qui a connu la base sous-marine jusqu’à sa fermeture.

Son engagement en tant que guérillero est total, on peut le tenir comme un porteur d’une tradition familiale d’implication républicaine antifasciste.

Tomas Villar / 1er à gauche

Tomas est né le 1er janvier 1921 à Moreda de Aller dans les Asturies. Il est le fils d’un employé des Postes engagé dans des activités syndicales.

Pour cette implication, il sera sanctionné d’une mutation en Galice puis en Catalogne, près de Barcelone (Igualada).

Là-bas, il était administrateur du bureau de poste de la ville. La surprise du coup d’état franquiste le propulse secrétaire de l’U.G.T. à Igualada.

Tomas, le fils, se porte alors volontaire pour la lutte face à Franco.

Il a 16 ans. Il reçoit donc une formation militaire accélérée puis part pour le front. Il participe notamment à la bataille de l’Ebre.

Il passe en France en 1939 à la défaite. Il est immédiatement interné au camp de Barcarès.

 

 

Il s’évade de ce camp et entre dans une Compagnie de Travailleurs Espagnols (C.T.E.).

Il se retrouve ainsi très vite engagé dans la résistance, à Luz-Saint-Sauveur dans les Hautes Pyrénées.

Il passe ensuite dans les maquis du Périgord près de Souillac mais changeant souvent de lieux pour ne pas être repéré.

 

 

Apprenant que son père est malade, il revient à ses côtés à Bordeaux.

Il travaille alors comme électricien à la Base sous-marine.

 

En juillet 1944, à l’arrêt des travaux sur la base, il rejoint de nouveau les maquis de la Dordogne.

Son unité et d’autres renforts, prennent la direction de Bordeaux, de nouveau, et attaque une importante troupe allemande à Caudrot.

Tomas et ses camarades résistants en sortiront vainqueur et libèreront cette ville de l’occupant.

 

 

Il se dirige ensuite vers Libourne pour aider à sa reprise, puis à Bordeaux pour rejoindre les troupes du commandant Casado au moment de la libération de la ville. 

Il est ainsi intégré à la 24ème division des guérilleros espagnols et fut finalement engagement sur le front du Médoc. Il fit plus tard partie du 9ème bataillon de Sécurité.

 

Démobilisé, il s’installe à Bordeaux et y travaille.

Il décédera le 21 octobre 1981 après une vie pleine d’un engagement résistant mouvementé.

 

 

 

Travail forcé & Résistance

Jesus Fuentes

 

Ancien officier d’artillerie de l’armée républicaine espagnole.

En 1941, il arrivera à Bordeaux et travaillera à la Base sous-marine comme tant d’autres.

Il possède de faux papiers et intègre rapidement les groupes armés espagnols de la Résistance (sous le nom de Pedrito).

Début 1943, à la chute d’un important groupe de guérilleros espagnols dont les chefs étaient Jose Goytia et Carlos Guano, il devient, avec Juan Castillo et Angel Arias (dit « Lisboa »), un des chefs de la Résistance espagnole à Bordeaux et dans la région.

 

Bien que mal armés, ils participent à la libération de Bordeaux en août 1944 avec l’aide des guérilleros espagnols du groupe Casado venu de Casteljaloux.

Le 29 août 1944, le capitaine Jesus Fuentes est le lien des guérilleros avec l’Etat-major du colonel Druilhe.

 

La guerre finie, il est démobilisé.

Il travaillera dans l’industrie métallurgique et passera presque toute sa vie à Bordeaux.

A la fin de sa vie, gravement malade, il sera rapatrié par son fils à Madrid.

Travail forcé & Résistance

Eduardo Garcia Perez

 

Né le 4 octobre 1914 à Corpa près de Madrid, il a fait partie de la fameuse 43ème division de l’armée républicaine.

Il a ainsi participé aux différentes batailles des fronts d’Aragon, des Pyrénées et du col de Monrepos (Huesca). À la Retirada, il vient en France et connaît plusieurs internements dans différents camps.

Il s’évade finalement en 1941 du camp d’Arles sur Tech.

Il est finalement arrêté par la Gestapo et envoyé à la caserne coloniale de Bordeaux.

Il est ainsi forcé de travailler à la base sous-marine jusqu’en 1943.

 

 

Ensuite, il va être envoyé dans différentes organisations travaillant à la constitution du mur de l’Atlantique dans la région bordelaise.

Il faisait partie d’un groupe de résistants mais ne fut armé que peu avant la libération de Bordeaux.

Il était aussi un des responsables de la U.N.E. (Union Nacional Española) à Bordeaux en 1944.

Après sa démobilisation, il vécut avec sa famille à Floirac.

 

 

Travail forcé & Résistance

Francisco Sicilia Ruiz

 

Francisco Sicilia Ruiz fut un résistant au parcours mouvementé.

Amené de force de régions en régions, de camps en camps, puis passant de son propre chef de maquis en maquis et de villes en villes, il porte en lui ce désir de liberté et ce refus du fascisme.

Entre obligation vitale d’évasion ou de clandestinité et engagements sincères, les guerres ont fait de lui un résistant profondément attaché à la République, à la liberté et à la paix.

Voici quelques moments de cette vie de combattant de l’ombre.

Francisco Sicilia Ruiz (à droite)

Francisco Sicilia Ruiz est né le 18 juin 1917 à Pedroche (Cordoue). 

Après le coup d’état franquiste, il s’engage dans l’armée républicaine où il recevra une instruction militaire et participe à diverses opérations dont le front de l’Ebre dans la 140ème Brigade, 44ème Division du 12ème corps d’Armée Républicaine. 

 

 

Le 9 novembre 1938, au cours de combats il est gravement blessé par un obus à divers endroits.

Il sera successivement évacué des hôpitaux d’Espagne vers les hôpitaux français.

Lui comme ses compagnons d’armes gravement blessés sont mal soignés, mais seront tout de même envoyés au camp de concentration d’Argelès sur Mer.

 

Il survécut à ces conditions dramatiques de malnutrition, de manque de soins et de médicaments.

Alors que la guerre éclate en 1939, il sera mobilisé et envoyé vers une Compagnie de Travailleurs à Lacanau (Gironde) où leurs tâches consistent à déboiser et construire des voies de chemins de fer pour transporter du matériel militaire.

 

Pendant l’occupation ils furent tous envoyés de force à Bordeaux pour prêter main forte à la Base sous-marine.

Un certificat médical établi par un médecin français résistant lui évitera un travail forcé à la Base sous-marine, mais il n’échappera pas au camp d’accueil de Sereilhac près de Limoges où était affecté en général les hommes blessés, des personnes âgées, femmes et enfants et les inaptes au travail.

 

La police de Vichy mettra fin à un début d’organisation de résistance dans ce camp en arrêtant toute la population masculine y compris les blessés graves.

Ces prisonniers furent internés au camp de prisonniers politiques à Saint Paul Dijeau.

 

Travail forcé & Résistance

3ème haut en partant de droite

Peu de temps après, ils furent amenés, en guise de punition à la « Caserne Coloniale » à Bordeaux, afin de travailler à la Base sous-marine.

Le régime disciplinaire de cette caserne était particulièrement rude, celle-ci accueillant des « terroristes ».

À l’époque de la construction de la Base sous-marine, la force de travail était constituée de prisonniers espagnols mais aussi des français et des italiens.

 

Francisco et ses compagnons travaillèrent dans la dite « Cloche », immergée sous la Garonne, à extraire de la terre et de la vase.

Cette cloche était alimentée avec de l’air comprimé, permettant aux reclus de travailler douze heures par jour, dans des conditions précaires et extrêmement difficiles.

Au moment de la relève des équipes de prisonniers, Francisco Sicilia s’échappa avec un compagnon de confiance en déjouant l’attention des gardes allemands.

 

 

Il put rejoindre Limoges où très vite les contacts de Francisco lui permirent d’intégrer le maquis F.T.P. (Francs-Tireurs et Partisans).

Sous le commandement du Colonel Guingouin son groupe armé était une organisation de militaires composé d’une dizaine d’Espagnols sur les cinquante que comportait le groupe.

Francisco Sicilia participa aux prises et libération de Limoges, Angoulême et Cognac.

Il sera démobilisé en 1946, où il s’installera à Bordeaux en 1947 près du Marché des Capucins.

 

 

En 1978 il est élu président de l’association des Anciens Guérilleros Espagnols de la Gironde ainsi que plus tard, Président de l’Association L.I.M.I.G.E. (Mutilés et Invalides de la Guerre Civile d’Espagne) pour la Région Consulaire Espagnole de Bordeaux.

 

Sicilia Francisco mourut il y a peu de temps à Talence (Gironde).