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FUGIR DA GUERRA PARA VIVER EM PAZ
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Fuir la guerre pour vivre en paix…

Ce projet des élèves étudiant le portugais au lycée Camille Jullian de Bordeaux d’appréhender l’histoire de l’immigration portugaise au travers d’un de ses déterminants : la politique coloniale. Parler de la culture portugaise, des guerres coloniales, de l’exil, avec en toile de fond, le pacifisme… Un sujet épineux… mais passionnant !

Pour rendre leur travail en classe concret, le Rahmi et l’équipe pédagogique leur ont donc proposé de réaliser des entretiens avec des personnes immigrées portugaises ou venant d’anciennes colonies portugaises. Cette collecte de parole devant ensuite servir à une création théâtrale jouée par les élèves, le moment fort du projet.

Menina dos olhos tristes
O que tanto a faz chorar
O soldadinho não volta
Do outro lado do mar

Reinaldo Ferreira 

Première étape : comprendre le contexte historique des guerres coloniales et de l’exil qu’elles ont provoquées. Démarrage en douceur, avec l’étude du poème de Reinaldo Edgar de Azevedo e Silva Ferreira (1922-1959) « Menina dos olhos tristes » (« La demoiselle aux yeux tristes »).

Ce poème a aussi été décliné en chansons, notamment sur le disque « Portugal résiste », de Luis Cilia, déserteur en France et farouche opposant au régime de Salazar et à ces guerres meurtrières et inutiles. José Afonso ou encore plus récemment Valete, ont aussi repris ce poème sur la guerre et les veuves que les soldats morts laissent dans l’attente…

 

Manuel Dias-Vaz, ancien Président du Rahmi, est ensuite venu rencontrer les élèves en classe pour présenter l’histoire coloniale portugaise et les guerres d’indépendances qui en ont découlées. C’était aussi un moment pour se raconter, puisqu’il a lui même fuit le Portugal par refus de participer à des guerres auxquelles il s’opposait.

« Je suis le fils, je suis parti en France , j’ai dit m…. à la guerre ! »

Manuel Dias-Vaz

Maintenant que les aspects historiques étaient plus clairs pour les élèves, ils pouvaient se lancer dans la préparation de leurs entretiens. Johan Hiriart, médiateur culturel du Rahmi, est donc intervenu pour discuter de la méthode de collecte de la mémoire orale et transmettre quelques bonnes pratiques. Après cette intervention, tout le monde a pu participer à la rédaction d’un guide d’entretien.

 

Les élèves étaient donc prêts pour rencontrer les témoins et les interroger. Trois rencontres ont été organisées avec Olivia Avelares, Manuel Meahla et Carlos Dasilva Co.

Le premier entretien a eu lieu au lycée avec Olivia Avelares. Ce premier échange était d’autant plus fort qu’Olivia est la grand-mère d’une des élèves. Elle a pu nous parler de son enfance dans un Portugal très rural, peu développé et très pauvre. Le fascisme était aussi omniprésent, notamment à l’école, poussant son mari à fuir en France pour ne pas aller faire la guerre en Angola, une guerre vécue et racontée par son oncle à Olivia. Elle est finalement arrivée en France à 27 ans pour y trouver une vie meilleure…

Le deuxième entretien s’est déroulé avec Manuel Melha à la bibliothèque Bordeaux-Mériadeck le 13 décembre 2018. Avec l’expérience d’une première rencontre derrière eux, les élèves ont gagné en assurance et se sont entretenus avec ce témoin pendant près d’une heure, n’hésitant pas à rebondir de manière spontanée aux propos de M. Melha.

Il a raconté à ses interviewers qu’il est parti en France pour fuir les guerres coloniales et éviter d’y être envoyées. Alors qu’il menait ses études au moment de ces guerres coloniales, son père l’a fait venir en France à 15 ans, conscient de la réalité de la guerre en Angola pour y avoir vécu. Il a aussi parlé de son adaptation à ce pays d’accueil qu’a été la France, notamment au travers de la langue et de son apprentissage. Et il a appris une expression intéressante aux élèves : « le passeport de lapin »… qui signifiait passer la frontière clandestinement, sauter la frontière…

Enfin, un dernier entretien s’est tenu au lycée avec Carlos Dasilva Co, musicien originaire de Guinée-Bissau qui habite à Bordeaux. Cette rencontre a été dynamique, placée sous le signe de la musique et de l’échange interculturel, mais aussi de la connaissance historique. Carlos a profité de ce moment pour donner beaucoup de précisions sur l’histoire de la guerre coloniale en Guinée-Bissau avec une grande pédagogie. Les élèves ont appris sur ce moment et sur l’exil, une composante de la vie de Carlos Co, depuis Biombo, en passant par Nouakchott, Alger, Madrid, le Portugal et enfin Bordeaux…

Après la réalisation de ces 3 entretiens, les élèves ont pu travailler sur les retranscriptions, les traductions et le contenu même de ces belles rencontres. De manière naturelle, le texte théâtrale s’est imposé à eux : il s’agira d’un mélange entre une scène du film « Adeus Pais » de Luis Filipe Rocha, d’un extrait de « Português, Escritor, 45 Anos de Idade » de Bernardo Santareno, et de certains moments choisis des entretiens.

C’est ensuite le metteur Jérémie Samoyault qui a encadré la troupe nouvellement créée. L’objectif étant de jouer cette pièce complète en mai 2019 au Nouveau festival (organisé par le Conseil Régional Nouvelle-Aquitaine), les séances de travail et de répétitions se devaient d’être efficaces… Heureusement, les élèves ont été motivés et rapidement portés par le texte puissante de cette création théâtrale !

Puis vinrent les jours des représentations. Tout d’abord au Nouveau festival, face à d’autres lycéens menant des projets culturels. Un moment fort.

Puis, face aux parents et amis, à la Théâtrerie, à Bordeaux, pour une restitution mettant un point final à cette belle aventure.

Il s’agissait aussi de faire honneur aux témoins avec cette créations, certains étant présents pour assister à la pièce et saluer les acteurs… Retour sur ce très beau moment avec le montage vidéo final de cette création : « Fugir da guerra para viver em paz »