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GUERRE D’ESPAGNE ET RESISTANCE
1936-1939

 

La guerre civile d’Espagne aussi appelée guerre d’Espagne débute le 17 juillet 1936 avec le coup d’État orchestré par le général Francisco Franco et termine le 1er avril 1939. Elle oppose les Républicains aux Nationalistes.

Comme toujours dans ce genre de conflit, la guerre civile en Espagne tire ses origines d’un profond malaise au sein de la société. Durant plusieurs décennies, les conflits sociaux, économiques et politiques ont peu à peu sapé le pouvoir du gouvernement.

La Retirada se déroule après la chute de Barcelone et la victoire du général Franco qui provoque en 15 jours un exode sans précédent. Cet exil compte plus de 450 000 républicains des villes et des campagnes Espagnoles. Les Espagnols essayent d’échapper à cette dictature en passant la frontière française.

La France envoie des troupes militaires aux différents points de passage. Les Espagnols sont désarmés, fouillés, identifiés puis envoyés dans des centres d’accueil dispersés le long de la frontière pour être vaccinés et ravitaillés.

Ceux qui arrivent à passer la frontière sont mis dans des camps d’internement. Un camp d’internement est une appellation générique qui désigne tout à la fois, des centres de rétention administrative, des camps de réfugiés ou de prisonniers de guerre. Ce sont des camps de concentration au sens propre  : ils sont regroupés par milliers dans des espaces clôturés.

Les premières semaines, il dorment sur le sable ou la terre, sans baraquement pour s’abriter. Sur la plage en permanence, par tous les temps, quelle que soit la température, ils doivent lutter pour pouvoir manger, survivre, il n’y a aucune nourriture. Les décès sont réguliers car il y a un manque d’hygiène et un manque d’eau et de nourriture. Ils sont humiliés.

Ils sont incités à retourner chez eux car ils sont considérés comme dangereux. Plus tard près des deux tiers des réfugiés ont quitté la France et sont partis vers d’autres pays ou se sont engagés, pour les plus jeunes, dans la légion étrangère ou les GTE sur sollicitation du gouvernement français. Les G.T.E sont des « groupes de travailleurs étrangers ».

Ce sont des milliers d’espagnols de sexe masculin, âgés de 20 à 48 ans. Ils sont embauchés dans le but de fortifier les frontières et de participer à des travaux publics de grande envergure. Ils restent de la main d’oeuvre pour les Allemands quand ceux-ci occupent le territoire.

Quand la France entre en guerre contre l’Allemagne, les Espagnols sont encore internés dans les camps français. De nombreux Espagnols retournent en terre franquiste en 1940. Certains réfugiés essaient d’émigrer en Amérique latine car ils ne veulent pas retourner en Espagne tant que Franco est au pouvoir.

Ils restent portés par l’espoir de renverser le régime de Franco, avec l’aide des démocraties européennes. Participer à la résistance et défendre les valeurs républicaines pouvait laisser espérer un retour de la France en faveur de cette liberté en Espagne.

LE 16 MARS 1944 AU CANADIER

 

Il y a de nombreux groupes de MOI autour de Belvès comme par exemple à Veyrines-de-Domme au Canadier. On dit d’eux qu’ils sont la brigade motorisée car ils possèdent une voiture traction-avant Citroën et une moto alors que les autres brigades ne se déplaçaient qu’en bicyclettes.

Ils ont plusieurs caches comme « Le canadier » et dans la forêt de la Bessède. Pour communiquer ils utilisaient des radios appelées « biscuits ».

 

Les membres de la MOI étaient cachés depuis trop longtemps dans cette ferme à Veyrine de Dome appelée « Le Canadier ». Le 16mars 1944, cinq des sept membres de la brigade motorisée se font encercler par vingt-neuf hommes de la garde mobile de Bergerac, puissamment armés. Suite à une héroïque et périlleuse défense, quatre des républicains espagnols ne survivent pas en tombant sous les balles des hommes.

 

Seul Raphaël Finkler surnommé Ralph parviendra à sauver sa peau en fuyant et s’enfonçant vers les bois aux alentours de la ferme. Romero Desiderio Platero, un des membres qui fut capturé et emprisonné sera ensuite conduit à Bergerac puis à Limoges où il sera fusillé

Le 12 juin 1944 Paul Frydman fut tué par les troupes d’occupation. En son hommage, Ralph appel son groupe de résistant « Paul Frydman ».

Rencontre et témoignage : la Retirada

 

Pour continuer nos investigations sur la mémoire espagnole et la Résistance, nous avons eu la chance de pouvoir poser des questions à Solange Torné, témoin de l’exil lié à la Guerre d’Espagne et de la Retirada.

Notre hommage

Pour mettre en lumière ce lieu de mémoire, le Canadier, et les Résistants qui ont pu l’investir et l’utiliser pour leurs actions, nous avons mené un travail autour de la céramique.

Le but était de réaliser une forme de « mémorial », avec plusieurs oeuvres saluant les actes de ceux qui ont résisté dans ce lieu atypique de Veyrines de Dommes.

Pierres de mémoire

Des pierres vont jalonner le chemin qui mène à cette maison. Ce chemin symbolise aussi celui emprunté par les immigrés vers la France.

Puis, tout autour du Canadier, des plaques d’argile avec les noms des Résistants seront placées aux endroits où chacun d’entre eux est mort.

Isaïa, Chiara, Pédro, Romane et Yaël ont imaginé cette installation. Voici comment leurs réalisations sont disposées sur le chemin et autour du Canadier.

Un plongeon dans l’oubli

Le lieu de mémoire est de plus en plus envahi par la végétation. C’est pourquoi Mathys, Maxence,Thomas et Victor ont choisi de créer une croix de Lorraine, emblème de la Résistance.

Ils ont souhaité montrer que cette maison se recouvre de végétation d’années en années, comme le temps qui efface un patrimoine historique.

Pour faire réagir les visiteurs, cette croix végétale interpelle en poussant à se demander : « si la végétation envahissait de grands monuments, laisserions-nous celle-ci faire disparaitre l’Arc de triomphe ou l’ours de Madrid, ou la croix de Lorraine ? »

Feuilles mortes immortelles

Axel, Coline, Hubert, Lena et Marine veulent intégrer cette végétation dans l’œuvre mémorielle. Ils souhaitent installer une guirlande de feuilles d’argile autour de l’arbre devant la maison. L’arbre symbole de liberté comme celui de la Révolution française ou celui de Guernica.

« Avec les élèves de notre groupe, nous avons ramassé les feuilles qu’il y avait autour de la maison à Veyrines de Domme où Ralph Finkler et ses compagnons se sont cachés pendant quelques temps. Ces feuilles proviennent des lierres et de la végétation qui détruit peu à peu cette maison et ce témoignage de l’histoire. Nous allons imprimer ces feuilles sur de l’argile pour qu’elles ne périssent pas. Elles deviennent la mémoire du lieu. »

Sur ces feuilles, ils ont gravé quelques Haîkaï réalisés par d’autres élèves.

Voici quelques photos du travail effectué en classe, la reproduction d’empreintes de feuilles en céramique, qui ont ensuité été émaillées (mais vous ne le verrez pas sur les photos 😉 )

 

Voici enfin comment nous avons disposé cette guirlande dans le Canadier, pour qu’elle y trouve toute sa place, de manière « naturelle »…

Les objets du souvenir

Elia, Emy, Camille, Gabriel et Robin ont proposé de retrouver des objets qu’auraient pu posséder les résistants du Canadier.

Ils rappellent les vies fauchées par cette fusillade et les actions menées par ces résistants. Il est d’ailleurs important de disposer ces objets en tas, comme un tas de pierres tombées de cette maison détruite…

Ce projet en céramique représente aussi des moments clés pour un résistant. Un pistolet pour rappeler la guerre, une horloge pour rappeler le temps qui passe et , pour finir, nous avons fabriqué une boite de conserve pour rappeler les conditions de vie qui étaient vraiment dures. Ils ont crée ces objets avec de la céramique, puis Clara Lopez (artiste céramiste) les a fait cuire. Les élèves en ont ensuite emmaillé certains : le pistolet, et l’horloge (juste les aiguilles).

Les objets ont finalement été disposés dans le Canadier, près d’une porte, comme oubliés sur place…

Le pistolet dans les herbes et la végétation, l’horloge  près d’un mur,  sur laquelle les élèves ont indiqué l’heure 5h10, car c’est approximativement l’heure où les résistants on était attaqués… Enfin, la boîte de conserve reste devant une porte, à l’abandon.

Colombe résistante

Camille, Elodie, Marina, Oriane, Torkya et Gwenaël ont également travaillé autour du thème de l’arbre de la liberté.

La paix est aussi importante à signifier pour ce groupe. C’est pourquoi ils ont eu l’idée de suspendre une colombe aux branches de cet arbre.

  • Une pierre sert à écrire l’histoire, à construire l’avenir .
  • Les pierres qui sont dans l’installation sont destinées à représenter le moment de l’attaque : la maison assaillie par les gardes mobiles.
  • Pour faire comprendre l’idée que le groupe veut transmettre, l’oeuvre sera mise en scène dans un arbre, qui l’arbre de la LIBERTÉ, représentant l’histoire du Canadier voisin où les combattants luttant pour la liberté se cachaient.

Pour l’installation, place à la créativité avec un accrochage en suspension… à l’arbre de la Liberté !

Conclusion

Le 15 juin 2021, les élèves ont exposé leurs œuvres en céramique au Canadier. Chaque groupe a expliqué son travail à des représentants de l’ANACR et du comité du prix de la résistance. Nous les remercions de leur présence. Nous remercions également monsieur Delpech, maire de Veyrines de Domme et le propriétaire des lieux, monsieur Ribéro.

Enfin, à la suite de cette exposition et de la mise en lumière de ce lieu de mémoire, il est possible que ce lieu soit officiellement reconnu comme un lieu de patrimoine et ainsi conservé de façon durable.

Bonus…

Voici un diaporama de toutes nos oeuvres céramiques avant et après la cuisson et l’émaillage !