— Homepage / Éclairages historiques / Anciens combattants marocains /

Indépendances et gel des pensions

Partager :

La guerre s’achève en Europe, les « troupes indigènes » sont de nouveau appelées pour réprimer les soulèvements de Sétif en Algérie en 1945 puis de Madagascar en 1947.

Plus de 60 000 hommes recrutés à travers l’AOF et l’AEF participent à la guerre que mène la France en Indochine contre le mouvement nationaliste vietminh. Les soldats marocains vont également être engagés lors de ce conflit, notamment lors des batailles de la RC4, en 1950, et de Dien Bien Phu en 1954.

En marche vers leur propre indépendance, acquise en 1956, refusant de s’engager contre leurs “ frères ”, peu de militaires marocains participeront à la guerre d’Algérie.

Les dates clés pour comprendre

1945 : Début de l’engagement en Indochine (jusqu’en 1954).
1950 : Bataille de la RC4 en Indochine (engagement de soldats marocains).
1954 : Bataille de Dien Bien Phu en Indochine (engagement de soldats marocains).
1954 : Début de la Guerre d’Algérie.

Si les balles et les obus allemands ne faisaient pas de distinction entre Français et indigènes, une fois la souveraineté recouvrée, la République en décide autrement.

Entre 1954 (Indochine) et 1960 (Afrique sub-saharienne), les indépendances amènent l’État français à progressivement geler (loi de cristallisation) les pensions des tirailleurs de son ex-empire colonial ou à transformer en “ pécule ” fixe (comme dans l’ex Indochine) les dites pensions et retraites futures.

 

Les dates clés pour comprendre

1954-1962 : Guerre d’Algérie.
1954-1955 : Premières mesures concernant les pensions en Indochine.
1956 : Indépendance du Maroc et de la Tunisie (mars).
1956 : Dissolution des Goums marocains (juin).
1958 : Les unités de tirailleurs sénégalais sont dissoutes.
1959 : Cristallisation progressive des pensions des anciens combattants.
1964 : Dispersion des tirailleurs de la dernière unité africaine.
1965 : Dissolution du 1er Régiment de tirailleurs marocains (RTM)

Différentes lois (ordonnance du 30 décembre 1958, loi du 26 décembre 1959 et loi de finance rectificative pour 1981) transforment les pensions et les retraites des soldats coloniaux en indemnités non indexables sur le coût de la vie. Ces anciens français devenus étrangers avec l’indépendance de leur pays perdent ainsi le droit aux prestations dues aux militaires français…

Cette distinction finissait d’établir une véritable discrimination entre anciens combattants étrangers et français. Une spoliation en bonne et due forme, un ultime réflexe colonialiste diront certains.

En effet, la discrimination entre soldats indigènes et européens était la règle, les avancements étaient par exemple « plafonnés » au grade de capitaine pour les soldats indigènes, leur solde était bien inférieure à celle des soldats français de même rang et finalement, leur retraite en était forcément impactée et demeurait bien moindre comparée à celle d’un ancien combattant français…

Malgré l’existence au sein de l’institution militaire d’un courant dit «indigènophile» – dont le Maréchal Franchet d’Esperet dans les années 20 – favorable à la suppression de toutes les inégalités entre militaires indigènes et français, la parité des soldes entre européens et indigènes ne fut instaurée qu’en pleine mobilisation d’août 1943.

De façon incompréhensible, c’est également sous la présidence du général de Gaulle que furent prises les premières mesures de cristallisation des pensions des anciens combattants issus des colonies. Ce qui lui donne un caractère anachronique, un relent du passé qui justifie, à posteriori, l’accusation des intéressés selon laquelle la République s’est servie d’eux comme « chair à canon ».

Depuis une dizaine d’années, de nombreux témoignages révèlent au grand public cette injustice de l’histoire.

Le photographe Loïc Le Loët a organisé l’exposition L814 en février 2001 à partir de ses photographies d’anciens combattants réalisées en 1999. La même année, le journaliste Dominique Richard leur consacre plusieurs articles dans Sud-Ouest.

En 2003, le réalisateur Neus Viala dresse un portrait sans concession de la situation avec son film « D’un pays à l’autre, les anciens combattants marocains ».

En 2005, le réalisateur Jean-Claude Cheyssial offre un portrait engagé d’un de ces anciens combattants avec « Mechti le dernier combat ».

Enfin, en 2006, c’est le film « Indigènes », de Rachid Bouchareb, qui dénonce l’injustice dont sont victimes ces anciens soldats, et qui relance avec vigueur le débat sur la revalorisation des pensions d’invalidité et des retraites des combattants, obligeant le président de la République à s’engager.

Douze portraits de Chibanis, photographie de Loïc Le Loët, 2001
Douze portraits de Chibanis, photographie de Loïc Le Loët, 2001
"