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Frédéric ALFOS
Frédéric ALFOS
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Les séquences

Interviewer : Fara Pohu
Lieu : Bordeaux
Date : 26 février 2014

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès des défenseurs de l’accueil et des droits des personnes migrantes, un entretien avec M. Frédéric Alfos (ASTI), avait été réalisé le 26 février 2014, à Bordeaux. Vous trouverez un résumé de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale en cliquant sur bouton ci-dessous.

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

FREDERIC ALFOS – Mon militantisme a vraiment démarré en quatre-vingt… 83, 84, quand j’ai fait mon année de service civil à l’ASTI. On tenait des permanences pour renseigner les gens sur toutes les questions qu’ils pouvaient poser !

Pour la première génération, il y avait des problèmes d’intégration, des soucis de compréhension de nos systèmes administratifs. Mais en gros, à l’époque, on rencontrait facilement la Préfecture et on parvenait à aller au-delà du droit, c’est-à-dire qu’on demandait la régularisation de gens qui n’avaient pas à être régularisés d’après les textes. Or, actuellement, on en est à se battre pour que les textes soient appliqués. Donc l’évolution est, quand même, assez impressionnante et plutôt négative.

FARA POHU– Et quel recours on a aujourd’hui pour se battre pour que les textes soient appliqués ?

On n’a pas beaucoup de recours, c’est ça le problème ! On peut aller au tribunal pour faire appliquer les textes. Mais pour les demandeurs, c’est néanmoins trois ans de situation irrégulière, d’inconfort, en attendant que le tribunal administratif se prononce (un an), que la cour d’appel se prononce (encore un an), puis que les préfets fassent appel au Conseil d’État pour statuer définitivement (de nouveau un an). Donc trois ans, trois et demi, minimum !

Pour une régularisation, il faut de l’acharnement, amener toujours plus de papiers, insister… Car le droit écrit n’a rien à voir avec le droit pratiqué, en raison des décrets d’application, d’un certain nombre de contraintes qui viennent de la région… Enfin, depuis Sarkozy les préfets sont notés non seulement au nombre de gens qu’ils expulsent, mais aussi à la minoration du nombre de titres de séjours distribués. Avec ces politiques, on en arrive à des choses aberrantes, comme des gens qui ont des pleins droits en matière de titres de séjours, qui se voient parfois attendre plus de six mois, histoire de changer d’année civile, pour que les compteurs soient remis à zéro, avant d’obtenir une réponse positive. C’est vraiment un mépris, des situations des gens, ils s’en foutent, mais c’est infernal quoi !

La libre circulation me paraît quelque chose de primordial et d’important

Et au sein de l’ASTI, pour les gens qui accompagnent ces familles, comment on continue à se mobiliser et à les accompagner ?

Moi je dis souvent aux nouveaux arrivants, « Faites attention !… Moi je défends des idées ! Je défends pas des gens. Parce que si vous défendez des gens, vous allez prendre des coups, ça va être infernal quoi. Infernal… ». Donc moi je dis défendre l’idée de la libre circulation.

La complexification des textes fait qu’on a quand même quelques difficultés à avoir le même type de collaborateurs que ceux qui étaient à l’ASTI y’a vingt-cinq ans. Ils n’avaient pas fait d’études, éventuellement, n’avaient pas été scolarisés. Maintenant, ce sont des activités un peu pointues, qui demandent un certain savoir, des pratiques, des recherches, enfin des choses qui sont pas forcément habituelles. À l’époque, on organisait des matches de foot, on faisait des camps de vacances, c’était quand même plus simple que de faire du juridique et d’argumenter sur des textes de loi…

Ce qui fait qu’on reste, c’est que on pense que le combat est juste et, qu’effectivement, il y a des choses à faire !

Y’a des gens parmi les usagers qui sont devenus des proches ?

Lors des grands mouvements, par exemple, la grève de la faim de 91, les Turcs qui avaient été régularisés à Bordeaux, moi je suis très proche d’un certain nombre d’entre eux, grévistes ou pas, mais qui ont participé pendant les cinquante-trois jours à l’action quoi, et qui les ont aidés.

Moi le bilan que je peux faire quand même, c’est que c’est assez catastrophique. C’est que les choses n’ont fait qu’empirer, depuis que je milite. Le côté positif, c’est qu’il y a plein de gens qui ont obtenus des choses qu’ils n’auraient pas eu, très probablement, s’ils avaient été seuls.

Voir le racisme et la xénophobie progresser, l’extrême droite, pfff [souffle]… je me suis toujours battu contre l’injustice, donc, globalement, tant que ce sera injuste, ça sera pas compliqué pour moi…

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Interviewer : Fara Pohu
Lieu : Bordeaux
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