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Isabel VINCENT (Partie 2)

Isabel Vincent
Portugaise en Aquitaine
Née en 1960

Isabel VINCENT (Partie 2)
Isabel VINCENT (Partie 2)
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Les séquences

Interviewer : Raymond Arnaud

Lieu : Bordeaux (33)

Date : 1er avril 2009

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès de l’immigration portugaise en Aquitaine, un entretien avec Mme Isabel Vincent a été enregistré le 1er avril 2009 à Bordeaux. Vous trouverez un résumé synthétique de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale de cette interview en cliquant sur bouton ci-dessous.

Retranscription intégrale

 

Résumé de l’interview

ISABEL VINCENT –Puis, j’ai essayé de me faire muter sur Bordeaux, mais ça n’a pas marché, car il n’y avait pas de postes en adéquation. Il y a eu un plan social et là, j’ai tout fait pour qu’ils me licencient, car je voulais revenir à Bordeaux. La procédure a duré deux mois, mais comme c’était dans le cadre d’un plan social, j’avais deux salaires, car je travaillais aussi désormais à l’Aérospatiale ! C’était en 1986, je suis restée presque un an, mais j’ai dû ensuite rechercher un autre travail. Malheureusement, dans la région, c’était souvent des emplois pour diriger des équipes d’hommes et en tant que femme c’était un handicap. Ne voulant pas retourner dans la région parisienne, je me suis dit que c’était peut-être le moment de réaliser ce vieux rêve de devenir institutrice ! J’avais 27 ans. Je passe donc le concours et me retrouve en liste d’attente. J’ai finalement trouvé un poste en Lot-et- Garonne, c’était en 1987, j’étais rattachée à une école à Marmande. J’ai fait des remplacements et ça s’est plutôt bien passé, puis je suis partie deux ans en formation à l’École normale. Avec du recul, je trouve que ça a été une très bonne formation d’avoir été sur le terrain avec les enfants.

Ma perception du Portugal a évolué lorsque le pays est rentré dans la Communauté européenne. On a vu arriver à vitesse grand V la société de consommation… mais aussi des infrastructures routières ou le téléphone portable !

RAYMOND ARNAUD – Et durant cette période vous continuiez à retourner pendant les vacances au Portugal ?

Oui, j’ai continué à y retourner tous les ans et lorsque le Portugal est rentré dans la communauté européenne, on a vu très vite une évolution. On a vu arriver rapidement la société de consommation, les hypermarchés, au niveau des routes aussi c’était impressionnant.

Revenons à l’École normale et à votre action au niveau de “O Sol de Portugal” à ce moment-là…

je suis intervenue par rapport à l’immigration portugaise parce qu’à l’époque déjà, l’association faisait de l’accompagnement scolaire et il n’y avait pas encore de sensibilisation aux problématiques et à la scolarisation des enfants d’immigrés. Aujourd’hui encore, je suis en poste dans un quartier sensible avec un gros pourcentage d’enfants issus de l’immigration. Lorsque l’association a été créée en 1981, j’avais 21 ans et je suis restée 13 ans présidente. J’ai découvert la vie associative avec ce centre d’animation qui était au départ tourné vers la danse. Les trois quarts des adhérents étaient alors des enfants de Portugais, puis vers 1987, on a créé pour la première fois des activités autour de l’accompagnement scolaire. Au départ, c’était avec des enfants d’associations et puis très vite il y a eu des enfants maghrébins du quartier Saint-Michel à Bordeaux. L’objectif n’était plus de créer un bout de Portugal à Bordeaux, mais d’être un acteur de quartier et travailler un peu dans un esprit interculturel. On a ensuite commencé à faire pas mal de travail sur le conte et on a participé à la création de l’association des Arts de la Parole sur Saint-Michel. Il y avait deux associations, “O Sol de Portugal” et l’Association des Tunisiens, c’est à partir de là qu’on a commencé à faire des recherches autour des contes traditionnels portugais. Tout ce travail est né de cette rencontre.

L’objectif avec O Sol de Portugal, c’était pas de créer un bout de Portugal à Bordeaux, c’était d’être un acteur de quartier et travailler dans un esprit interculturel.

Et parallèlement tu menais une carrière d’enseignante…

j’ai réussi à me faire muter en Gironde et j’ai travaillé un an en faisant des décharges de direction sur Ambarès, Carbon-Blanc et Bassens, j’ai fait aussi un an dans une maternelle à Bègles, et au fur et à mesure je rencontrais des collègues un peu aigris et je me disais : “Ben, dis donc, si je suis comme ça dans dix ans !” J’avais entendu parler de l’école Jules Michelet à Talence qui était un observatoire pour l’enseignement des maths, j’en avais entendu parler pendant ma formation et j’ai passé un entretien. C’était une école qui fonctionnait de manière un peu différente des autres et c’est vrai que c’est là que j’ai compris le pourquoi des difficultés de certains élèves à l’école. Puis on est devenu une école ordinaire, on essaye de travailler dans cet esprit, mais ça n’a plus rien à voir.

Quel lien faites-vous entre votre travail, votre profession d’enseignante et vos responsabilités associatives ?

Je trouve que c’est complémentaire. D’ailleurs, j’ai passé mon diplôme de directrice de centre de vacances et depuis 1987, je travaille avec l’Aroeven qui est l’association régionale des œuvres éducatives et de vacances de l’éducation nationale où il y a certains professeurs détachés. On voit les jeunes dans un autre cadre et je trouve que c’est très formateur, ça vous donne d’autres perspectives. Dans l’association, pendant neuf ans j’ai été personnel qualifié auprès de la commission régionale d’Insertion des Populations Immigrées. Je m’occupais de la communauté portugaise. Cette commission d’insertion attribuait des financements publics aux associations dans le domaine de la culture, du logement, etc. On donnait notre avis par rapport à tous ces dossiers de subventions et on avait aussi un avis un peu consultatif sur les politiques liées à l’immigration. C’était une commission paritaire où il y avait à la fois des gens représentants de l’administration, de la DASS, des élus, des représentants syndicaux et des associations. On avait une vision d’ensemble sur la politique liée à l’immigration et les applications sur le terrain.

En faisant de l’animation de séjour pour les jeunes en été, cela permet d’enrichir sa façon d’enseigner avec des activités et une meilleure connaissance des blocages de certains jeunes. C’est très complémentaire du métier.

Vous avez toujours conservé des liens très étroits avec le Portugal. Vous sentez-vous plus française ou portugaise ?

Disons que je me suis toujours bien sentie dans cette double culture. J’avais rencontré des jeunes, à une époque, qui avaient été coupés du milieu portugais et ça leur avait manqué. Je suis une Européenne franco-portugaise, j’ai d’ailleurs deux cartes d’identité, et je vis très bien avec ces deux appartenances culturelles.

Depuis 2008 vous êtes conseillère municipale.

C’est un peu nouveau pour moi. Je suis conseillère municipale déléguée à la vie associative à Pessac et à ce titre je suis aussi présidente de la Maison des associations qui regroupe 210 associations sur Pessac. Cette maison offre des services, les associations adhérentes peuvent venir y faire des photocopies, il y a du matériel vidéo, de loto, etc. On a aussi un journal qui sort chaque saison, on organise un forum des associations, mais je souhaiterais que ça aille plus loin et que ce soit vraiment un lieu où les associations qui ont des problèmes, des questions puissent trouver des ressources.

Beaucoup de Portugais ne votent nulle part. Ni en France, ni au Portugal… Il y a un gros boulot d’éducation pour qu’ils ne soient pas à l’écart de la vie de la cité !

Ce que je regrette, peut-être, c’est qu’au niveau associatif, le Portugal a une image folklorique, qui essaye de recréer la tradition portugaise. Cela manque d’initiatives au niveau de la vie locale. Peut-être parce que c’est une communauté qui n’ose pas trop se mettre en avant, je ne sais pas. La communauté maghrébine par exemple a un rôle beaucoup plus fort dans la vie de la cité. Il y a peut-être un tournant qui est en train de s’amorcer, une espèce de conscience politique qui se crée, mais il reste encore beaucoup à faire puisque dans les faits il y a encore trop peu de Portugais qui votent.

Souvent le souhait d’un immigré, c’est de revenir au pays. Est-ce que c’est un sentiment qui vous concerne ?

C’est vrai qu’il y a beaucoup de Portugais qui se sont dit qu’ils allaient partir là-bas quelques années, pour finir de payer la maison. Certains sont repartis au pays, pour finalement revenir en France après avoir tout vendu. Ils ont eu du mal à s’adapter. Moi-même, je ne me vois pas aller vivre au Portugal alors que j’adore y retourner régulièrement.

J’ai jamais caché que j’étais d’origine portugaise, au contraire, je suis très fière de ma double culture !

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