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Vitor MARIANO

Vitor Mariano
Portugais en Aquitaine
Né en 1946

Vitor MARIANO
Vitor MARIANO
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Les séquences

Interviewer : Raymond Arnaud

Lieu : Bordeaux

Date : 2 décembre 2009

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès de l’immigration portugaise en Aquitaine, un entretien avec M. Vitor Mariano a été enregistré le 2 décembre 2009 à Bordeaux. Vous trouverez un résumé synthétique de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale de cette interview en cliquant sur bouton ci-dessous.

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

VITOR MARIANO – Je suis né le 17 février 1946, dans une petite ville du Carvalho, à côté de Covilhã, dans la partie centre, près de Castelo Branco et Guarda. Fils d’agriculteur, mes parents cultivaient un petit peu de pommes de terre, du maïs et ils récoltaient aussi du raisin pour faire du vin. À l’âge de 11 ans, je prenais mon sac le matin pour aller gagner ma journée et je faisais 14 kilomètres par jour à pied, jusqu’à l’âge de 20 ans. Je travaillais dans la filature, le tissage dans les usines où j’ai eu la chance de trouver du travail. Mais les salaires étaient trop bas et pour améliorer mon avenir j’ai décidé de partir, d’émigrer dans un autre pays et je suis arrivé en France. Je n’avais alors aucune connaissance du français, ayant quitté l’école à 11 ans. Les gens partaient beaucoup vers la France, alors j’ai fait comme eux, je suis parti à l’aventure. Un voyage pénible, terrible, 9 jours à pied. On a roulé juste une nuit en camion à bétail, on était 103 hommes, pour rejoindre la gare d’Austerlitz.

Je suis parti un petit peu à l’aventure… un voyage terrible. 9 jours à pied ensuite une nuit dans un camion de bétail jusqu’à la gare d’Austerlitz à 103 bonhommes. Et je suis arrivé dans les baraques de Champigny, comme beaucoup d’autres…

En arrivant, il y avait des taxis en lien avec les passeurs qui nous emmenaient à Champigny, où il y avait beaucoup de Portugais. J’ai dû rester une petite semaine dans une baraque où il y avait une famille de 8 personnes, des gens que je ne connaissais même pas, qui m’ont accueilli et ont réussi à me loger. Grâce à Dieu, les Portugais ont le sens de l’accueil ! Ensuite, on m’a dit qu’il y avait du travail dans l’Est de la France et comme j’avais une adresse, je suis parti à côté de Vesoul où je suis resté 6 mois, puis dans le Nord de la France à Aulnoye. À Vesoul, je travaillais dans une usine de meubles et dans le Nord j’ai travaillé dans la ferraille, je suis devenu soudeur puis maçon comme beaucoup d’autres, c’est un peu le destin des Portugais !

Par contre, je suis quand même rentré dans une école pendant 7 mois à Maubeuge où j’ai appris à faire tout ce que l’on appelle maçonnerie fine parce que j’avais dans la tête de m’installer à mon compte. Puis arrivé dans le Loir-et-Cher, une fois marié avec deux enfants, je me suis fait embaucher comme chauffeur dans une brasserie maison de commerce où je suis plus tard devenu commercial pendant 9 ans. Dans les années 80, je me suis mis à mon compte et j’ai créé une société dont j’ai transféré le siège dans le Loiret et qui emploie aujourd’hui une cinquantaine de personnes. On achète tous les produits du Portugal, vins, huiles, etc.

RAYMOND ARNAUD – Est-ce que vous avez gardé le contact à votre arrivée en France avec le Portugal ?

Pendant quelques années, je n’ai pas pu retourner au pays. Je ne suis pas parti en bons termes avec tout le monde, le régime notamment qui était alors en place. Je suis parti juste avant de faire mon service militaire, la politique menée par Salazar était dramatique. Je suis resté pendant 10 ans sans voir ma famille. C’est eux qui sont venus me rendre visite, quand j’ai décidé de me marier. Ma femme est Portugaise et nous avons deux enfants et cinq petits-enfants aujourd’hui.

Je suis pas parti du Portugal en bons termes avec tout le monde, surtout pas avec le régime de Salazar !

Pendant les premières années de votre séjour en France, comment avez-vous fait pour apprendre le français et quelles étaient vos relations avec les Portugais en France ?

J’avais une telle volonté de m’intégrer que je n’ai pas senti énormément de difficulté à apprendre, à me débrouiller au niveau du français alors forcément ce n’était pas un bon français, je ne l’ai pas encore aujourd’hui, mais en ce temps-là c’était plus difficile qu’aujourd’hui, peut-être du fait, qu’il y avait beaucoup moins de Portugais qu’à l’heure actuelle. On essayait de se rencontrer le week-end et de vivre un petit peu comme au pays… On cherchait à trouver de la musique portugaise, des bals, parfois on faisait des kilomètres, c’était la nostalgie du pays et quand on se retrouvait entre nous on faisait la fête !

Depuis 1980, mes liens avec le Portugal ont changé, j’y vais beaucoup plus souvent, pour le commerce, je me suis créé des relations avec toutes les maisons qui nous fournissent et j’ai de très bons contacts. Ma clientèle est bien ciblée, traditionnelle. Ce sont nos compatriotes portugais, qui vivent en France et qui cherchent à trouver aussi des produits du pays. Il y a énormément d’épiceries qui sont spécialisées dans ces produits en provenance du Portugal. Nous arrivons à couvrir le territoire français et on fournit aussi les restaurants, associations et collectivités. Plus on va vers le sud, plus les clients sont attirés par nos produits, même les Français. Je vends très bien nos vins du Portugal ici dans une région comme Bordeaux !

Est-ce que vous avez le temps d’avoir d’autres activités ?

Il faut s’organiser ! J’aime bien l’immobilier, la pierre et quand je peux investir un petit peu là-dedans je le fais, j’ai un petit peu d’immobilier au Portugal.

Est-ce que vous avez l’intention par la suite de revenir vous installer au Portugal ?

Non, ma famille est en France, je me plais énormément en France, au Portugal aussi, mais j’y retourne pendant mes vacances et dès que je peux. La France pour moi, c’est une terre d’accueil, un pays merveilleux que j’adore et maintenant que je suis à la retraite, j’espère avoir la possibilité de prendre un peu de temps pour pouvoir découvrir encore plus le pays avec ma femme et ma famille. Le Portugal, j’adore y aller pour les vacances, mais les conditions sont difficiles, encore pires qu’en France pour l’emploi, les salaires stagnent. Je me sens fier d’être portugais et fier d’être dans un pays comme la France. Les relations entre nos deux pays sont excellentes et nos deux peuples sont pleins de bonnes intentions.

C’est très important qu’on essaye de s’intégrer, aussi bien d’un côté que de l’autre. C’est ce que tout le monde devrait faire. Penser plutôt à l’intégration, à vivre plus ensemble et plus en paix.

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