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Paulino PEREZ

Paulino Perez
Républicain Espagnol
Né en 1915

Paulino PEREZ
Paulino PEREZ
/
Les séquences

InterviewerLaure Lataste
LieuOumar Diallo
Date : 17 septembre 2009

Retranscription de l’interview

Laure : Vous allez me dire votre date de naissance, votre lieu de naissance et, comment vous avez vécu euh, le début de cette guerre d’Espagne. On vous écoute.

Paulino : Je suis né le 23 janvier 1915, euh dans les Asturies, c’est à dire dans le département Oviedo. Et la suite, je peux pas…

Laure : A… quand est-ce que vous vous-êtes engagé… est-ce que vous vous- êtes engagé dans l’armée républicaine ? Et à quel âge ?

Paulino : Euh… c’était la guerre

Laure : Oui

Paulino : Oui, je me suis pas engagé, j’ai fait la guerre en Espagne

Laure : Oui

Paulino : Et après, je suis passé en France, pardi !

Laure : Oui

Paulino : Je suis déserté là-bas de Franco, et je suis venu en France. Et c’est là que… j’avais… par hasard trouvé Alvarez… son père… et… il y-a beaucoup de, de choses… que… que j’ai oubliées, pardi !

Laure : Mais, est-ce que vous pouvez me dire par où vous êtes rentré en France ?

Paulino : Par Saint-Jean-de-Luz

Laure : Ah, côté Basque, côté Basque. Et… à quel moment, en quelle année ? En quelle année ?

Paulino : En 1940 !

Laure : Bien, 1940… d’accord. Et là qu’est-ce qu’il vous est arrivé quand vous êtes arrivé en France ?

Paulino : Et beh… ça m’a arrivé que… il m’a envoyé au camp de concentration !

Laure : Lequel ?

Paulino : A Gurs

Laure : Trés bien ! Vous êtes allé à….

Paulino : (Saint-Jean) Pied-de-Port par là

Laure : Voilà. Et vous y êtes resté combien de temps ?

Paulino : Je peux pas me…vous… pas, pas longtemps !

Laure : Pas longtemps

Paulino : Et aprés là, ils ont préparé… comme une expédition, si on veut !

Laure : Oui pour…

Paulino : Les volontaires qui allaient à la Légion Etrangère

Laure : Voilà !

Paulino : Et alors, moi, pour ne pas être dans un camp, comme je venais d’être prisonnier en Espagne, j’en avais marre. Je me suis engagé à la Légion. Et je suis parti… à Marseille, de Marseille… à Oran, à Sidi-Bel-Abbès. Parce que, Sidi-Bel-Abbès, c’est le… c’est la caserne où c’est qu’ils passent, tous les, les légionnaires. Ca c’est, c’était pour la Légion Etrangère

Laure : Est-ce qu’on vous a donné le choix ? Est-ce qu’on vous a dit, c’est ou la Légion, ou autre chose ?

Paulino : Ou la Légion ou l’Espagne

Laure : Voilà, le retour en Espagne. Voilà !

Paulino : Et alors là j’ai dit, j’avais rien à faire, parce que si je retourne en Espagne, en étant prisonnier, on me fusille, on me fusille tout de suite !

Laure : Trés bien. Est-ce que vous avez fait… alors donc… euh, euh… vous n’avez fait que le camp de Gurs ?

Paulino : Oui !

Laure : Euh, seulement. Et donc après vous êtes parti à la Légion. Et la Légion, vous avez fait alors toute la guerre dans le cadre de la Légion ?

Paulino : Oui !

Laure : Et, à la fin de la guerre alors ?

Paulino : A la fin de la guerre, quand la guerre s’était finie à Berlin, parce que j’ai fait toute la guerre

Laure : Oui

Paulino : On a, on a, on a retourné à, à Sidi-Bel-Abbès. Et c’est là le camp, où c’est qu’on démobilise, parce qu’après tout, j’étais étranger. Je m’avais engagé dans l’armée française et tout ça, mais à titre étranger.

Laure : Et est-ce qu’on vous a donné la nationalité française à la fin de la guerre ?

Paulino : Non !

Laure : Au moment de la démobilisation ?

Paulino : Non !

Laure : On vous a pas proposé ?

Paulino : Non ! J’ai fait la demande

Laure : Vous avez, vous vous êtes fait naturaliser français ?

Paulino : Oui !

Laure : Voilà, mais on ne vous a pas proposé automatiquement la, la, la nationalité française ?

Paulino : Je ne sais pas…

Laure : Vous ne vous souvenez pas ?

Paulino : Je ne crois pas

Laure : Euh, est-ce que vous pouvez me dire les campagnes que vous avez faites en France, pendant la guerre ?

Paulino : Pendant la guerre ?

Laure : Ici en France, en France, vous êtes allé jusqu’où ? De Sidi-Bel-Abbès vous êtes revenu en France ?

Paulino : Oui !

Laure : Et là, qu’est-ce que vous avez fait ? Quel type de front vous avez fait ? Vous êtes parti dans, vers l’Est, vers Berlin ? Vers le Nord ?

Paulino : Je suis parti… ça, je ne me rappelle pas bien

Laure : D’accord, bon, c’est pas grave, c’est pas grave, euh… Est-ce qu’on peut revenir un peu sur cette guerre d’Espagne ? Vous étiez militaire quand même de la… vous étiez en tant que militaire républicain ?

Paulino : Oui !

Laure : Et vous êtes arrivés à la frontière de Gijon, avec vos armes ? Est-ce que vous étiez armé quand vous êtes arrivé à la frontière ?

Paulino : Non !

Laure : Vous n’étiez pas armé ?

Paulino : J’étais prisonnier !

Laure : Ah, vous étiez prisonnier ! De qui ?

Paulino : Chez Franco !

Laure : Des franquistes ! Et où c’est que vous aviez été fait prisonnier ? Vous vous souvenez ?

Paulino : J’étais à…

Laure : Au Pays Basque, à … ? Non, vous vous souvenez plus ? Et donc vous vous êtes échappé ? Vous avez réussir, réussi à vous échapper ?

Paulino : Oui, oui je suis parti, et j’ai passé la frontière clandestinement

Laure : Très bien, parfait !

Paulino : A Saint-Jean-de-Luz

Laure : Très bien !

Paulino : Et là, il m’a envoyé à Bayonne

Laure : Très bien, et vous étiez tout seul ou il y-avait d’autres copains avec vous ?

Paulino : Non à ce moment j’étais tout, tout, tout seul

Laure : Vous étiez tout seul, et c’est quand vous êtes arrivé en France, que vous avez fait des connaissances d’autres copains, républicains, comme vous ?

Paulino : Oui !

Laure : Voilà, très bien, très bien… Vous avez fait la guerre, en France, toute la guerre, puisque, euh… ça a commencé, vous vous êtes engagé en 1940 ?

Paulino : Oui, en 40 !

Laure : Bien ! Et, donc, en 40 vous faites la guerre, et elle se termine en 45

Paulino : 45 !

Laure : Voilà ! Est-ce que, à la fin de la guerre, est-ce que vous avez eu une pension d’Ancien combattant, ou quelque chose comme ça ?

Paulino : Non !

Laure : Est-ce que ça a été reconnu ?

Paulino : Rien du tout. Parce que j’avais été engagé à titre de l’étranger, donc j’avais, signé un contrat de cinq ans, parce qu’on pouvait choisir cinq ans, ou la durée de la guerre. Mais moi, je sais pas pourquoi, j’ai dit cinq ans. Une folie comme une autre ! Et d’un côté, j’ai bien fait, parce que y’en a qui sont, pris pour la durée de la guerre, ils les ont envoyés dans des bataillons de travailleurs. Y’a eu, y’en a beaucoup qui sont morts dans des camps de concentration, ou sur les routes. Et moi, j’étais à la Légion, c’est à dire j’étais militaire… je, je me suis sauvé, et j’ai fait la guerre !

Laure : Bien sûr ! Alors, après la guerre, euh… vous êtes resté en France, et vous vous êtes, vous vous êtes marié ? Vous avez eu des enfants ?

Paulino : Non, pas d’enfant. Mais j’ai eu… je me suis marié.

Laure : Vous êtes marié, bien !

Paulino : Avec elle, elle était de nationalité espagnole aussi.

Laure : Oui

Paulino : Presque du même pays que, que vous êtes « chez vous » né

Laure : Et, est-ce que vous êtes revenu en Espagne ?

Paulino : Euh… trois fois, dans toute la, la durée, trois fois ! Mais juste de passage.

Laure : Et, à quelle période, avant ou après la mort de Franco ?

Paulino : Ah non, après la mort de Franco ! Quand il-y avait Franco, j’ai, j’ai pas mis les pieds en Espagne. Même que, que j’étais pas, de la politique, mais j’étais républicain, et Franco il était pas républicain ! (rires)

Laure : Et, vous… est-ce que vous a… avez fait les grandes batailles de Teruel, de Carabanchel, à Madrid ?

Paulino : Non ! Laure : Non

Paulino : Pas du tout !

Laure : Vous êtes resté du côté de… on va dire les Asturies et le Pays Basque ?

Paulino : Oui !

Laure : Voilà ! Mais donc, vous avez eu, vous avez eu connaissance du bom… des bombardements, de Guernica ? Les bombardements de Guernica, vous, vous y-avez… vous, vous l’avez su, vous avez participé, enfin… vous y étiez à Guernica, vous y-êtes passé, non ?

Paulino : A Guer… Guernica ?

Laure : Si !

Paulino : Non, j’y ai passé là, et j’étais au courant de beaucoup de choses, mais j’ai pas fait la guerre

Laure : Bien ! Mais vous étiez au courant ?

Paulino : Oui !

Laure : Bien. D’accord. Très bien !

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