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Mariano ALCALA SERRANO

Républicain Espagnol
Né en 1916
Fille née en 1952

Mariano ALCALA SERRANO
Mariano ALCALA SERRANO
/
Les séquences

Interviewer : Oumar Diallo
Lieu : Bordeaux
Date :11 juin 2009

Retranscription de l’interview

Oumar : Voila jeudi onze. Je reprends. Donc jeudi onze juin 2009 à Bordeaux. Dans le cadre du recueil de la mémoire pour le RAHMI et la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration, j’ai le plaisir d’être avec quelqu’un qui va témoigner en tant que témoin secondaire. Elle va témoigner de… d’Alcala Serrena… no ? Alcala Serran ah toi aussi c’est Serrano ? haaa…haaa donc tu disais c’était un jambon… d’accord. (rires) spa de comparer. (rires) d’accord d’accord. Donc Mariano Alcala Serrano, né le 31 janvier 1916 à Madrid, fils de Luis Alcala, chef d’entreprise et de Brigida Serrano, mère au foyer. Il a effectué ses études dans un lycée jésuite. Donc tout ça s’est déroulé en Espagne. Et la, je vous parlais justement d’un témoin secondaire. C’est la fille de monsieur Serrano Alcala Mariano. Bonjour Marianne.  

Marianne : Bonjour  

Oumar : Peux-tu te décliner, s’il te plait, t’identifier, qui es-tu, quel âge as-tu, éventuellement si on peut le dire, et voilà, si t’es né à Bordeaux, en Espagne ?  

Marianne : Donc, je suis la fille de Mariano Alcala Serrano, je m’appelle Marianne, et je suis née en France, donc, de mère française, et de père espagnol.  

Oumar : D’accord. Et le contexte familial? Donc votre père est venu d’Espagne, donc ici en France, et où en France exactement ?  

Marianne : Alors je vais vous raconter le début de son périple, hein, enfin un petit peu… Alors donc dès le début du conflit, en Espagne, il s’engage dans les camps républicains, dans le camps républicain, et il participe à la défense de Madrid en 36, à la bataille de « Guadalajara » Teruel, où il fut blessé puis le Front de l’Ebre. Euh officier de l’armée républicaine espagnole, il franchit la frontière à Portbou le 9 février 39. Euh il sera désarmé et transféré au camp de concentration d’Argelès-sur-Mer. Donc il y restera 2 mois, euh période au bout de laquelle il connaitra d’autres camps, Barcarés, Saint-Cyprien, Agde, et retour à Argelès. C’est à partir de ce camp, que le 4 février 1940, il sera incorporé dans la 114ème compagnie de travailleurs étrangers. Il part à Evreux, où il participera à la construction d’une usine d’aviation. En juin 40, à la débâcle, sa compagnie est évacuée en Haute-Vienne donc à Oradour euh, Saint-Junien, et Bellac, où il travaille comme forestier. Euh il n’avait jamais touché euh une hache ou… Le 27 mars 42, il est réquisitionné par l’organisation TODT et arrive à Bordeaux pour travailler à la base sous-marine allemande jusqu’en septembre 43. Préve… alors euh, à la base sous-marine je suppose qu’il devait euh.. faire quelques sabotages, ‘fin il ne se tenaient certainement pas tranquille, tous ces espagnols qu’il y avait euh… Et donc prévenu par un colonel de l’armée allemande, que la Gestapo le recherchait, il euh il s’échappe avec deux de ses compagnons, euh par le avec l’aide de de d’un réseau surement de résistants bordelais, de résistants espagnols, il détruit ses papiers et prend le train pour la Dordogne. Voilà où commence sa vie en Dordogne. Et donc, à il prend le train donc pour la Dordogne, il passe à Montpon, où il y avait à ce moment là une ligne de démarcation. Il arrive a Neuvic sur l’Isle, ils arrivent à Neuvic sur l’Isle,, euh où ils étaient attendus par un agent de liaison, c’était une femme, avec euh un journal sous le bras et ces trois hommes là devaient aussi avoir un journal sous le bras. C’était leur signe de reconnaissance. Donc ils sont tout c’est bien passé, malgrés tous les allemands qui pouvaient y avoir et donc ils sont ramenés euh euh dans le dans le maquis. Voila dans le maquis de la Dordogne. Et à partir de ce moment là, ils participent à de nombreux actes de sabotages. Et c’est à ce moment là aussi qu’il devient Manuel. Ce sera son nom de guerre, Manuel. Donc les sabotages en gare de Mussidan, une locomotive. Euh aiguillage en gare justement de Montpon-sur-l’Isle, sabotage aussi, ensuite y a eu un accrochage avec un détachement allemand, en février 44 à Echourgnac. En Dordogne einh, toujours. Ensuite en mars 44, son groupe fait mouvement vers Saint-Jean d’Hérault vers le Lot-et-Garonne. Puis à nouveau vers Villefranche-du-Périgord, où ils opèrent de nombreux sabotages. Ils réceptionnent un para-parachutage sur Biron, dans c’est dans le canton de Montpazier, en Dordogne toujours. Euh fin avril 44, euh alors que sa compagnie regagne Saint Georges de Blancaneix, Manuel rejoint le commandant Carlos, de la MOI euh dans la région de Domme. la la MOI c’était le mouvement ouvrier euh de main d’oeuvre euh ouvrier en fait euh international, c’était le Mouvement Ouvrier International, MOI. Et c’est avec ce groupe qu’il participera à plusieurs opérations de récupération d’explosifs, dans les carrières de la région, donc là bas, ainsi qu’à la récupération de trois parachutages. Euh donc c’était des armes, dans ces parachutages c’était des armes, euh que le commandant Carlos avait obtenu de la mission interalliée. Alors ils avaient des des messages, donc, c’était les français parlent aux français. Alors les messages répondaient, c’était les trois parachutages, répondaient aux trois messages suivant : le drôle il peut attendre, nous n’iront plus au lac Saint-André, Dolores est gentille. Ensuite il y a eu d’autres actes de résistance, autres euh… Un sabotage du tunnel de Gourdon dans le Lot, euh juin 44, 17 et 18 juin 1944, sabotage de la ligne Cahors-Lèches. 27 juin, combat de Castelnaud-Feyrac en Dordogne. 28 juin, combat contre une unité allemande dans la région de Groléjac en Dordogne toujours. Et jusqu’au débarquement, l’unité à laquelle il appartient en liaison avec le 4ème régiment FTPF, participera au contrôle des voies de communication dans le sud du département de la Dordogne. Ensuite, voila pour ces faits d’armes en France en tout cas et un petit peu en Espagne mais en Espagne, je connais pas très bien son parcours…  

Oumar : Donc en France euh ces actes se sont déroulés à Bordeaux, donc euh voila dans la base sous-marine, dans le Lot- et-Garonne, et en Dordogne.  

Marianne : Et en Dordogne, oui. Et donc ensuite en octobre 1944, il fait partie de ceux qui sont repassés en Espagne par le Val d’Aran, pour la reconquête de leur pays. Ils étaient assez assez nombreux, 35 à enfin je sais.. je vous dis pas le chiffre parce que je sais pas exactement, mais euh il n’en ai pas rentré beaucoup parce qu’ils étaient attendu par les troupes franquistes et une population qui n’était plus prête à les aider je pense, qui avait tellement souffert et… Donc ils sont revenus en France, peu nombreux, et mon père donc sera démobilisé euh à Tarbes le 26 mars 1945.   

Oumar : D’accord mais tout à l’heure vous avez parlé de groupe. Est-ce que c’est des groupes très importants ou c’étaient des groupuscules parce qu’ils pouvaient pas être.. c’était pas une armée c’était des résistants  

Marianne : oui oui, c’était des résistants, c’était par petits groupes qu’ils agissaient hein, oui.   

Oumar : D’accord. Voila mais… mais justement est ce que parmi ce… les gens de ce groupe, ces résistants, y avait que des espagnols ou c’était mélangé avec des français, ou d’autres nationalités peut-être?  

Marianne :Euh je pense qu’il devait y avoir d’autres nationalités euh des français certainement hein, mais euh ils étaient en nombre quand même les espagnols, en Dordogne, hein dans les maquis. Parce qu’ils avaient forcément la l’expérience d’une guerre de trois années déjà et.. ils savaient manier les armes euh et comment se comporter au combat aussi, c’était très important.  

Oumar : Ne serait-ce que, peut-être l’hébergement aussi, parce que c’était des gens du cru qui pouvait les héberger, les cacher dans des fermes éventuellement.   

Marianne : Voilà, tout à fait, ils avaient l’aide de la population hein, en Dordogne, c’est sur qu’ils avaient l’air… l’aide de la population.  

Oumar : Seulement on a parlé de ces faits d’armées. Qui étaient ils exactement ? Etaient-ils issus d’une famille nombreuse, d’une famille bourgeoise ou d’une famille prolétaire parce que c’était dur euh dans dans les années 30?  

Marianne : Oui c’était dur mais bon il avait… c’était une famille de 5 enfants euh assez aisés, assez aisés, mais il n’empêche que ils se sont tous rangés dans le camp euh républicain, c’est à dire euh… en Espagne à cette époque là, le camp de la justice surement, justice sociale. Donc lui, il a eu de la chance, ainsi que ses frères et soeurs puisqu’ils ont fait des études, mais il faut savoir qu’en Espagne à ce moment là, il y avait beaucoup de gens qui ne savaient ni lire ni écrire. N’allaient à l’école que les gens qui n’avaient qui avaient de l’argent.   

Oumar : Donc, c’était un engagement id…, plutôt idéologique qu’autre chose.   

Marianne : Idéologique, ouais. Oui oui. Et d’ailleurs il a perdu un frère euh à Guadalajara là, pendant la bataille avec euh contre les italiens. euh une soeur à Madrid, aussi, pendant la guerre, et un autre frère qui a disparu après la guerre d’Espagne. Et dont il n’a plus jamais entendu parler. Dans les années 50 je pense.  

Oumar : ??  

Marianne : Voilà  

Oumar : Donc vraiment vous avez payé des (souffle) cher (souffle, rires)  

Marianne : ben oui  

Oumar : Très chère, très chère cette guerre. Oui, tout à l’heure vous avez parlé de TODT. C’était quoi exactement TODT ?  

Marianne : L’organisation TODT était une organisation allemande qui faisait travailler euh, qui faisait travailler les, les français en fait hein. Les français et les allemands surement, mais… Les français et donc tous ces espagnols qu’ils pouvaient récupérer, qui étaient dans des camps euh d’Argelès, Saint-Cyprien euh…  

Oumar : D’accord mais une fois la guerre terminée ici en France, ils sont repartis en Espagne et vous avez dit tout à l’heure, je savais pas si la guerre était terminée ou pas mais après ils ont voulu y rentrer en Espagne, ils ont été très mal reçu à ce que j’ai compris. Et q.. pourquoi ?  

Marianne : Ben je sais pas trop. Très mal reçu c’est p’têtre pas le mot mais euh la population n’était pas prête à refaire une autre guerre, en Espagne. Parce qu’il faut savoir que la guerre civile de 36 à 39 a été euh terrible. Donc euh je pense qu’ils n’étaient pas prêts à refaire une autre guerre. Donc à les aider.  

Oumar : mmh.. d’accord. Et aussi Franco qui les euh Franco qui les attendait aussi  

Marianne : Tout à fait. L’armée, apparemment, ils étaient bien renseignés de leur passage et ils les attendaient oui.   

Oumar : Euh donc lui après il n’est, il n’est plus revenu en Espagne.   

Marianne : Non il n’est plus revenu en Espagne. Il est revenu en Espagne en 66. En 1966, quand il a eu la nationalité française.   

Oumar : Ah justement y’avait ce problème où les gens voilà qui n’avaient pas la qui, qui avaient l(souffle) la nationalité espagnole, que la nationalité espagnole, étaient pratiquement interdits de séjour ou, ou, ou craignaient pour leurs vies.  

Marianne : Ah oui. Interdits de séjours pour lui non, mais ils craignaient pour le, leur vie c’est sur, oui, oui. Oui.  

Oumar : D’accord  

Oumar & Marianne : Donc  

Oumar : Donc avec le passeport ou avec la carte d’identité française ça les couvrait quoi.  

Marianne : Euh oui, quand même. Ils avaient   

Oumar : Ils étaient citoyens français avant avant d’être espagnols.  

Marianne : Voilà. Ils étaient, il était citoyen français oui oui.   

Oumar : D’accord. Beh on va continuer Marianne, si tu veux souffler un peu.  

Marianne : mmh  

Oumar : Est-ce qu’il vous a parlé de la vie dans les camps? et parce que par pudeur certainement y’en a beaucoup qui n’en ont pas parlé. Est-ce que t’as eu la chance, j’sais pas, euh, d’avoir son récit sur les camps ? Comment ça s’est passé ?  

Marianne : Alors la vie dans les camps, non, très peu. Si ce n’est qu’il m’a raconté qu’il apprenait à lire à ses compagnons de d’infortune. Mais sinon pour le reste non. Euh par contre euh, je me souviens aussi qu’il y avait eu des appels pour rentrer dans la légion ou les régiments de marche. Mais ça il n’a pas voulu, mais sinon c’est tout.   

Oumar : D’accord, euh mais quand est-ce qu’il est arrivé à Bordeaux ? parce que là , vous m’avez parlé de Montpon de… ouais il est arrivé à Bordeaux, non non, sur le retour ? parce que…  

Marianne : En 42.  

Oumar : En 42 il est revenu sur Bordeaux.  

Marianne : Oui  

Oumar : D’accord. et c’est là qu’il a fondé une famille.  

Marianne : Ah non, non non, non, non, en 42 il était à la base sous-marine euh mais…  

Oumar : Ouais d’accord mais au retour après  

Marianne : A son retour d’Espagne alors, du Val d’Aran  

Oumar : A son, voilà à son retour d’Espagne  

Marianne : Voilà, donc là il passe à Tarbes, pour être démobilisé puisqu’ils étaient euh je pense considéré comme des, des militaires einh, c’était des militaires. Et après il est revenu a en Dordogne, à Neuvic-sur-l’Isle, en fait, son premier séjour euh l’avait surement euh (souffle). Donc il est revenu à Neuvic-sur-l’Isle et c’est là ou il a fondé euh sa famille euh dans les mois qui ont suivi.  

Oumar : Donc il s’est marié et… donc ta mère est était française.  

Marianne : Voilà, oui oui, ma mère est française.  

Oumar : D’accord. Et dans la famille vous étiez combien ?  

Marianne : Et on est deux, dans la famille. Deux filles  

Oumar : Deux filles  

Marianne : Ouais  

Oumar : Mais ouais est-ce que ta soe.. ta soeur est au courant aussi de ça parce que t’as l’air un peu de d’être au courant, contrairement à d’autres es.. espagnols qui sont vraiment (souffle), qui n’ont pas eu cette chance euh voilà, de savoir comment ça s’est passé, beaucoup de parents ont raconté leur histoire. Parce qu’il y en a très peu. 

Marianne : Alors moi je, ma soeur non, parce que euh on ne s’y est pas peut-être très interressée, moi par contre j’ai eu la chance d’aimer l’histoire et cette période notamment donc j’ai quand même questionné mon père même si il parlait pas trop mais enfin… Et… je sais, oui, certaines choses.   

Oumar : mmmh (silence) Seulement as-tu gardé euh des contacts avec la famille, en Espagne ?  

Marianne : Oui tout à fait. J’ai encore une tante qui est là bas et deux c.. deux cousins. Donc j’ai peu de famille, mais on est toujours euh en relation.  

Oumar : Mais est-ce que t’es vu comme une français ou t’es vue comme une espagnole ?  

Marianne : Non comme une française. (rires)  

Oumar : Pourquoi parce que t’es née là et ta mère est française peut-être ?

Marianne : Oui oui, puis moi je suis je suis française moi euhh  

Oumar : Oui oui mais mais mais je comprends mais mais encore, je sais que tu es française! Mais française ouais, euh parce que des fois aussi, ya des jeunes issus de l’immigration, quand ils rentrent au pays, quand ou quand ils vont au pays, ils sont pas vus comme des frères ou des cousins, ils sont vus comme l’étranger, le français quoi, qui arrive, comme l’étranger, entre guillemets.  

Marianne : Non non moi je me souviens de notre première euh notre premier séjour en Espagne à Madrid donc c’était, quand on a été reçu par la famille et tous les voisins autour euh ils ét… c’était vraiment la grande fête. Donc c’était euh le frère donc de ma tante qui arrivait, avec sa famille bon, non j’ai pas du tout perçu qu’on était euh, qu’on était des étrangers einh mais bon moi avant tout, je suis née en France, ma mère est française, mon père parlait français il s’est complètement intégré dans la société et moi je suis et je reste française.   

Oumar : Est-ce qu’il a fréquenté donc après, bien après ses péripéties, est ce qu’il a fréquenté la communauté espagnole ?  

Marianne : Oui oui, y avait en Dordogne une communauté espagnole très soudée, peu nombreuse mais très soudée. Mais moi bon je me rappelle pas trop parce que bon j’étais quand même enfant et je pense que mon père devait avoir certaines responsabilités euh politiques ou syndicales et … je crois qu’ils se réunissaient pas mal chez chez lui. Mais il avait de nombreux nombreux amis très soudés. Ils étaient très soudés. Comme tous ces espagnols qui ont euh notamment euh fait la guerre, fait la guerre d’Espagne et après en France ils étaient très solidaires. Dans le combat et après. Moi, c’est ce que j’ai toujours entendu dire. Même s’ils étaient pas tout à fait tous du même bord parce qu’il y avait différents euh partis euh, différentes idéologies, mais euh ils étaient très soudés quand même.   

Oumar : oui justement c’est la résistance qui, qui les réunissait parce qu’il y avait des communistes, y avait des anarchistes, euh ainsi de suite, y avait des socialistes ouais mais c’est vrai quand même comme le fait d’appartenir à la résistance les soudait  

Marianne : Ouais  

Oumar : Ouais (silence) bon. L’amicale des espagnes en France. mmmm  

Marianne : Ouais ça il en a fait parti aussi  

Oumar : il en a fait parti ouais  

Marianne : mmh  Oumar : on peut en parler non  

Marianne : euh oui m’enfin bon, je sais qu’il en a fait parti mais c’est tout quoi hein j’ai pas de (souffle)  

Oumar : mmh mmh  

Marianne : Puis c’était plus ou moins euh caché hein (mmh mmh) parce que bon euh, il faut savoir quand même qu’après la guerre, ici, en France, euh ils étaient pas euh, ils étaient pas fin si y’en avait qui étaient poursuivis quand même einh là  

Oumar : Par les français  

Marianne : Bah oui. Par la police euh  

Oumar : Par la police française oui oui  

Marianne : Ah bah oui einh  Oumar : mmh mmh  

Marianne : Bon ça je vais peut être pas le dire einh, d’abord parce que je n’ai pas assez de renseignements  

Oumar : ouais ouais, mmh mmh  

Marianne : mais c’était ça einh,(mmh mmh) il fallait quand même qu’il se méfient einh euh et puis par la police franquiste aussi   Oumar : mmh mmh  

Marianne : Ils intervenaient sur le territoire français aussi  

Oumar : sur le territoire français oui oui  

Oumar : Ah oui  

Oumar : oui oui (silence) oui (bafouille)  

Marianne : Alors le silence, bon, le silence, euh. moi c’est à dire que c’était différent dans la mesure ou j’avais ma mère française (mmh mmh) donc euh c’était pas pareil.  

Oumar : mmh mmh. (silence) ouais ouais c’est ça ouais toi ouais toi  

Marianne & Oumar : moi j’ai pas vécu la la même histoire   

Oumar : la même histoire que certains ouais (bruits micro) oui parce que t’étais ouais (bruits micro)Ouais y’avait ça et… en plus t’étais jeune quoi  

Marianne : Et puis voilà, c’est que j’étais jeune oui oui. Donc euh mon père a aurait 93 ans, moi j’en ai 57 euh regarde oon avait 36 ans d’écart quand même einh. Donc c’est sur que…  

Oumar : mmh mmh  

Marianne : Moi je suis née bien après la guerre quoi en fait.  

Oumar : ouais ouais, ouais ouais. Ouais. (bruits micro) Si tu veux qu’on … qu’on parce que y a plein de points là qu’on peut. Oh y a des points quon peut….  

Marianne : sur quoi on peut revenir ?  

Oumar : Ouais sur quoi la, justement c’est ce que je cherche sur ce que tu as, tu as écris là, quoi sur ce qu’on peut revenir  

Marianne : mmh. Ouais parce que là j’ai dit ça la parce que j’aurai pu mettre avant justement qui devait… Alors ce qu’il se passait dans la base sous-marine, c’était ça je pense il devait saboter des trains ou…  

Oumar : ouais ouais ouais ouais ouais ou de ou….ou il était cité comme comme  

Marianne : voilà  

Oumar : comme Angel  

Marianne : oui oui faire que ça ne marchait pas voila  

Oumar : et faire de ça ne marche pas voila  

Marianne : pour que… pour qu’il soit prévenu justement, et ça c’est vrai, ça ça il me l’a dit ça. ça je me souviens parce que  

Oumar : a savoir comment comment si… (silence, bruits micros) euh tout à l’heure euh tu m’a parlé des sabotages effectués à Mussidan, à Montpon, à Echourgnac, ainsi de suite ça c’est des sabotages de ponts, de gares, de détachements allemands ainsi de suite, mais par contre dans le cadre donc, euh justement, euh de la base sous-marine, mais comment, faisait-il, de la résistance intérieur ? parce que ça c’est de la résistance intérieure, parce que, il n’avait pas d’armes, ils étaient, c’est presque un camp de , ils étaient dedans quoi, et comment ils arrivaient à saboter quech ?   

Marianne : Alors comment ils arrivaient à saboter j’en sait rien du tout, ils devaient mettre en panne peut-être les trains, euh euh je sais je sais pas, le réseau électrique euh je sais pas exactement. Mais bon, le fait est que la Gestapo en recherchait quelques uns, ceux qui étaient peut-être le plus engagé, les plus engagés, et que c’est là qu’il a été prévenu justement par un officier de l’armée de de partir.   

Oumar : d’accord, allemand, hein ?  

Marianne : Allemand, tout à fait, un officier allemand  

Oumar : Donc y avait quand même certains allemands qui n’étaient pas du tout méchants comme les autres ?  

Marianne : Oui, certainement mh (souffle) Heureusement d’ailleurs.  

Oumar : Comme cet allemand lui a probablement sauvé la vie.  

Marianne : Ah surement, parce que il aurait été pris dans les griffes de la Gestapo, je pense que soit il était tué, soit il était déporté en Allemagne. C’était, c’était, y’avait pas trop de choix quand même, hein.  

Oumar : Donc ici il était pff (souffle), parce que je pense qu’ils étaient à .. à Niel, dans la caserne Niel ils les hébergeait là-bas, quand, pour aller travailler le matin et rentrer le soir euh, est ce qu’il avait gardé des contacts avec euh avec la ba avec avec euh avec des résistants quoi ?  

Marianne : Euh je sais pas. ça je je ouais, je sais pas. Ouais. Euuh il devait en avoir puisque regarde, la si il s’est échappé il s’est pas échappé de la base comme ça si tu veux, il devait avoir euh euh   

Oumar : un relais  

Marianne : un relais  

Oumar : ou bien ou bien  établi  

Marianne : oui, oui oui, il devait être en contact avec des résistants de de la ville de Bordeaux  

Oumar : mmh mmh  

Marianne : qui euh qui arrivaient à leur faire passer peut-être des messages sur la base sous-marine euhn certainement parce que il s’est échappé vraiment grâce à ce réseau là.  

Oumar : mmh mmh  

Marianne : mmh, s’il a pu prendre le train pour la Dordogne, euh il l’a pas pris comme ça le train pour la Dordogne, il connaissait pas du tout Bordeaux hein.  

Oumar : Est ce qu’il vous a parlé de Carlos, du commandant Carlos ?  

Marianne : Ah beh oui. Il faisait partie de son groupe d’ailleurs, hein. Oui oui  

Oumar : Justement j’ai vu qu’il est en en 40 en 1944, il a rejoint le commandant Carlos, de la MOI. Et qui était ce Carlos, si, si il t’en a raconté ?  

Marianne : Mais, pas vraiment mais je sais que c’était un combattant de l’armée républicaine aussi einh, mais bon c’est tout, après euh… Je n’sais pas trop. (Rires)  

Oumar : Donc votre père a toujours vécu à… en Dordogne, cum??, ouais c’est une région qui a beaucoup beaucoup plu surement, donc passage au début c’était dur mais après la fin je pense que ça a été super pour lui. Il est décédé quand ? à quelle année, et à quel âge ?  

Marianne : Alors il est décédé en janvier 2003 à presque 87 ans.

Oumar : Toujours en Dordogne  

Marianne : Toujours en Dordogne à Périgueux.  

Oumar : Qu’il n’a jamais quitté depuis.  

Marianne : Beh non, il a toujours vécu là-bas, c’est, ouais. Enfin c’était quelqu’un qui aimait quand même beaucoup voyagé einh. Il a fait beaucoup de, de déplacements. Mais il a toujours vécu en Dordogne. Auprès de sa famille. Et de ses amis parce qu’il avait beaucoup d’amis français aussi.  

Oumar : Il était presque devenu notable.  

Marianne :Oh, pas notable, non mais … bien intégré on va dire (rire). D’ailleurs le jour de de ses obsèques, le maire maire de village a fait un discours et c’était très très émouvant.(silence) Parce que comme il…non vas-y. Comme il a eu.  

Oumar : Mais Marianne pour terminer, je voudrais juste te poser une question parce que comme ton père n n n’a pas beaucoup parlé, n’a pas tout dit, et comment t’as fait pour avoir euh tous ces renseignements, là je vois par exemple les trois parachutages répondez aux trois messages suivants : le drôle il peut attendre. Nous n’irons plus au lac Saint-André, Do Dolores est gentille. Et comment as-tu pu avoir tout ça, tous ces renseignements ?  

Marianne : Alors j’ai une carte d’ancien combattant de mon père donc, et avec cette carte j’ai pu me renseigner à l’ONAC de la Dordogne, l’Office Nationale des Anciens Combattants donc qui m’a euh transmis tous ces renseignements.  

Oumar : Donc, ton père a ét.. est répertorié là-bas.  

Marianne : Oui, mon père est répertorié, tout à fait.  

Oumar : Vous êtes donc reconnu ancien combattant, ancien Guérilleros aussi.  

Marianne : Mmmh mmh. oui oui, ben oui. Et ancien combattant français.  

Oumar : Ancien combattant français bien sur. Mais ça touche à sa fin je pense que tu nous a tout raconté, euh. ttut ben t’as été bien documentée, très bien documentée et je te laisse le mot de la fin.  

Marianne : Le mot de la fin : c’est que c’était un père formidable. (silence)

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Interviewer : Oumar Diallo
Lieu : Bordeaux
Date :11 juin 2009

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