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Francisco BAJEM-BAILE

Républicain Espagnol
Né en 1916
Fille née en 1949

Francisco BAJEM-BAILE
Francisco BAJEM-BAILE
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Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Bordeaux
Date : 30 septembre 2009

Retranscription de l’interview

Marianne Bernard : Bonjour Mesdames, nous sommes à Bordeaux le 30 septembre 2009, euh j’interviens je suis Marianne Bernard j’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale des républicains espagnols résistants en France pendant la seconde guerre mondiale donc. Je suis chez mesdames Denise Bajem et Anita Bajem respectivement épouse et fille de combattant républicain et résistant. Donc je vais m’adresser euh en premier à Mme Bajem Denise euh qui va surement nous raconter euh l’engagement peut-être de son mari pendant la deuxième guerre mondiale. Votre votre votre mari était donc euh a fait la guerre d’Espagne il était euh officier de l’armée républicaine

Denise Bajem : oui oui oui il est sorti capitaine, il a été à l’école militaire de Barcelone pour le former il a fait la guerre et il est rentré en trenteuh neuf, il est rentré en France. Et alors là il c’était il a été au camp de concentration de Septfonds. Et je crois qi’il est resté un peu à peu près un an puisqu’à ce moment là je ne le connaissais pas c’était trente neuf. Et à la et quand la guerre s’est déclarée en France, ils ont ils ils sont sortis du camp. On les a ils ont ils avaient besoin de gens parce que les français partaient à la guerre et il a été (pt) il a été je crois mais alors là j’en suis pas sûre à Tarbes. Ils l’ont envoyé à Tarbes il lui devait y avoir comme une manufacture de de d’armement comme à Cha.. parce qu’à Châtellerault il y en avit une aussi et il est resté là je peux pas peut être euh un an ou six mois je ne sais pas et à Tarbes quand il est parti ah non il a été à Septfonds un an

Anita Bajem : oui oui tu l’as déjà dit

Denise Bajem : Je l’ai déjà dit oui voilà et après à Tar… il aurait été à Tarbes dans euh travailler parce que de de sa profession il a commencé dessinateur il avait appris en Espagne déjà « pst » (onomatopée) et à Tarbes il était avec d’autres amis c’était pas vivable. La la police française était toujours euh ils rentraient dans un bar ça y est euh ils se ils les arrêt… ils ils questionnaient tout le monde et tout ça contr… très contrôlé. Et alors à ce moment là ils ont décidé ils était 2 ou 3 je peux pas vous dire que je sais même pas leurs noms ils sont partis à Marseille ils devaient avoir un a… quelqu’un à Marseille un contact alors là à Marseille ça a été terrible parce qu’ils avaient ils avaient pas de travail ils avaient fai… ils avaient pas d’argent et alors là ils sortent de Marseille à un à un moment parce que je vous raconte ça je le connaissais pas à ce moment là c’est lui qui me l’a raconté. (sonnerie de téléphone) Bon va de l’autre côté. C’est lui qui me l’a raconté quand le l’ai connu alors (fin sonnerie de téléphone) à Marseille a il je sais qu’il a fait, parce qu’on en riait, le bucheron qu’il n’avait jamais t-travaillé de ses mains alors je ne sais pas si c’était avec une compagnie ou si c’est eux-mêmes, j’crois qu’ils étaient livrés à eux-mêmes j’crois qu’ils avaient pas de contact tellement avec les gens avec euh… là je peux pas vous bien dire. il avait a a fait tombé faisait le bucheron et

Marianne Bernard : il faisait pas parti de compagnie de travailleurs espagnols non ça vous savez pas

Denise Bajem : je crois qu’ils sont qu’ils ont essayé de s’en aller avec ses amis parce que ça allait très mal et au bout de alors ça c’était donc quarante euh trent n… 41, 42, 41. Et en 42 il est il est parti parce que ça allait pas bien ils avaient pas de travail et tout, il avait un ami à Châtellerault où je où je vivais moi j’étais là il avait un ami à Châtellerault qui lui a dit viens tu on on va te trouver du travail ou tout ça et il a atterri à Châtellerault je crois parce que moi je l’ai connu en 42, il était arrivé fin 41 ou comme ça voilà. Et alors là et bien 42 ça commençait beaucoup d’espagnols à Châtellerault, il a commencé se mettre euh des contacts avec tous les espagnols bien sur et là ils ont dû rentrer avec des ils ont eu des contacts avec des français donc à Poitiers et ils ont fait de la résistance parce qu’il a fait du maquis. Il changeait de d’endroit pour euh suivant les endroits suivant où il fallait qu’il aille je crois qu’ils ont même combattu des des allemands ils en ont tués je crois hein. Et ça c’est si vous voulez c’est 42 là je l’ai connu moi en 42 il a dû arrivé en 41 f… par le… à Châtellerault. Alors 42 43 44 résistance contre les allemands alors là j’peux pas vous bien vous expliquer. Moi je des français il avait des contacts avec les français de Poitiers (silence) et et là il a trouvé beaucoup d’espagnols et là ils ils étaient dans ils faisaient de la résistance ils étaient commandés par Poitiers. ? : Ils étaient intégrés à des groupes franç… de français

Denise Bajem : Et à ce moment là 42 voui ça a commencé ? : Y avait déjà des groupes euh

Denise Barjem : voilà ? : de maquisards qui s’étaient formées

Denise Barjem : voilà voilà oui. Et ça ça a duré donc jusqu’à la libération de ca… euh en 44 j’crois Châtellerault euh-ils-ont-été-libres je peux pas vous dire exactement hein. (silence) Puis nous nous sommes restés à Châtellerault toute façon jusqu’à 1950 puisqu’il a trouvé du travail il a travaillé chez comme ça ça a été libéré Châtellerault il jusqu’en 1950 et après on est parti à Bordeaux

Marianne Bernard : J’aurais aimé avoir le lieu de naissance de votre mari

Denise Barjem : A Barcelone le 29 mai 1916 Marianne Bernard : donc il s’appelait Francisco Bajem Baile mmh. Et est-ce que vous connai… vous avez connaissance de son engagement politique pendant la la guerre d’Espagne ?

Denise Bajem : beh ou… il a f… au dé… il était jeune donc il est parti il avait 20 ans je sais qu’il a fréquenté beaucoup d’anarchistes lui il a jamais il a pas participé il aimait pas ce qu’ils pensaient ? : il a pas adhéré

Denise Bajem : non non mais il a eu oui des il y avait beaucoup d’anarchistes de mouvements à l’époque oui et puis après bon il est il a adhéré au parti communiste espagnol et…

Marianne Bernard : Et il a fait la guerre dans quelle arme ?

Denise Bajem : euh comment ça s’appelle l’infanterie l’infanterie

Marianne Bernard : Et donc là là il est sorti officier d’infanterie.

Denise Bajem : Ouais voilà oui

Marianne Bernard : Et les batailles est-ce qu’il vous a dit les batailles auxquelles il avait participé ?

Anita Bajem : il était sur le front de l’Ebre. Oui c’était l’EBRO

Denise Bajem : oui c’est ça oui

Marianne Bernard : c’est à partir de là où il y a eu la retirada, et qu’il est passé en France voilà oui oui il a atterri dans le camp de à Septfonds donc Septfonds qui est situé à quel endroit ? Anita et Denise Bajem : eh ben dans ce je crois que c’est dans le Garonne près d’Albi mais là c’est un problème de géographie française pour moi (rires) c’est tout. On se trompe un peu mais

Marianne Bernard : et donc il est resté un an dans ce camps à peu près ?

Denise Bajem : oui j..p… oui à peu près à peu près

Marianne Bernard : il s’est évadé ou comment comment il s’est échappé pour aller non ?

Denise Bajem : Il s’est pas évadé du camps je sais que dans ce camps il m’a c’est lui qui me l’avait raconté c’était la guerre de 39 était déclarée en France. Et alors les ils recherchaient des gens qui savaient travailler alors y en a qui même qui de… ils me racontaient il l’avait pris même pour demander euh qu’est-ce-que tu fais ils inscrivaient où ils pouvaient les envoyer. Il y en a qui disaient qu’ils avaient un métier quelconque et pis c’était même pas vrai pour essayer de s’en aller du camps alors lui je crois que en sortant de Septfonds il est parti à Tarbes dans une usi… dans un endroit comme dessinateur et tout ça voilà et là c’était invivable ils ils avaient des surement quelqu’un ils sont partis à Marseille.

Anita Bajem : en fait en fait c’est ce que je pense c’est que c’est quand notamment le camps de Septfonds était en quelque sorte un camps de triage c’est-à-dire que ils répertoriaient euh ils demandaient aux gens ce qu’ils savaient faire et en fonction des besoins et des savoirs faire des uns et des autres ils les envoyaient à à à des endroits un vous êtes d’accord donc euh je pense que mon père là s’est retrouvé vers Tarbes. Moi j’ai cru – ma mère n’est pas… n’est pas tout à fait d’accord – on avait parlé du camps de Gurs avec mon père et moi je pense qu’il est allé peut-être un temps très court mais il est allé à mon avis hein au camps de Gurs.

Denise Bajem : oui oui

Anita Bajem : Pourquoi ça je peux pas vous dire sachant que souvent ils étaient comme ça euh trimballé d’un côté d’un camps à un autre donc il est possible que hein voilà il est peut-être pas resté très longtemps mais il est possible qu’il soit allé à Gurs aussi oui oui

Denise Bajem : il m’a toujours parlé de Septfonds

Anita Bajem : ah ben Septfonds c’est sûr Septfonds c’est sûr il a même appris le français grâce à des euh des des gens de Septfonds euh tr… des français très très gentils qui étaient euh euh qui avaient une conscience politique euh euuuh qui étaient accueillants accueillants avec l’immigration espagnole suite à la la république espagnole einh donc et euh et à son échec d’une certaine façon et donc il y a eu des gens très accueillants en France euuuh pour euuh aider les républicains espagnols

Denise Bajem : oui malgré tout

Marianne Bernard : euh par contre pour en revenir à la résistance on va passer peut-être à un autre personnage euh vous vous-même madame est-ce que vous avez fait de la résistance ?

Denise Bajem : qu’est tu veux que j’ai fait

Anita Bajem : mais non non en fait, en fait ma mère n’a pas était résistante dans le sens où elle a fait des actions euh je veux dire où elle euh elle elle était âge… je sais pas comment dire une liaison mon père lui a donné des choses à transporter à d’autres endroits elle a même eu quelques ennuis bon euh parce que elle passait plus inaperçue une jeune fille de de Châtellerault avec des vélos avec les copines elles allaient porter des documents à tel autre endroit et c’est tout

Denise Bajem : pas beaucoup

Marianne Bernard : Pas beaucoup mais c’était suffisant pour euh peut-être être déportée ou

Anita et Denise Bajem : oui si on avait été pris oui oui peut être oui oui c’est sur

Marianne Bernard : donc c’était un acte de résistance aussi. (silence) Et votre mari donc vous l’avez connu à Châtellerault en quaran en 1942 hein

Denise Bajem : 42 oui par là fin fin 42 oui oui

Marianne Bernard : Et vous vous êtes mariés tout de suite là ou ou non

Denise Bajem : 45 décembre 45

Marianne Bernard : d’accord (silence) ? : excuse (rires)

Marianne Bernard : donc euuuuh vous voulez pas plus parler de votre action euh à Chatellerault ça c’est terminé comme ça euh en tant que courrier en fait

Denise Bajem : si vous voulez oui notre maison c’était un peu on connaissait mon adr… notre adresse j’étais avec ma mère parce que mon père était décédé en 41 voilà alors on était on faisait ce qu’on pouvait

Marianne Bernard : votre adresse était connu pourquoi alors parce que

Denise Bajem : non mais c’est mon mari qu’était pas mon mari Franscisco qui s’il avait dit quelque chose a… des papiers où n’importe on les portait chez moi mais c’est tout je peux pas vous dire plus, j’était pas trop au cour… j’étais un peu au courant si de ce qu’il faisait parce que

Marianne Bernard : Et pour en revenir à votre votre mari euh est-ce qu’il vous a raconté euh quelques journées dans dans le camps de Septfonds justement

Denise Bajem : Ah oui

Marianne Bernard : Comment ça se passait ?

Denise Bajem : mal mal oui c’est-à-dire que lui il s’est concentré à apprendre le français parce qu’il savait rien il voyait que la perspective de rentrer en Espagne c’était pas possible et il a étudié beaucoup donc ces gens ces français même qu’il a connu parce qu’il y en a qui venaient derrière les grillages qui parlaient au au au à qui parlaient aux espagnols ils lui apportaient des livres et tout il a bien été aidé pour euh parce qu’il est sorti du camp au bout de 6 mois il parlait français voilà et donc je voulais dire autre chose

Anita Bajem : Et je je me demande si euh au bout d’un certain temps si les les français euh ne se portaient pas garants et recevaient un petit peu quelques heures des des républicains espagnols chez eux ça vous dit quelque chose

Denise Bajem : oui tout à fait

Anita Bajem : hein, moi j’ai eu je crois avoir ce souvenir que cette famille euh dont on peut dire le nom, les Garde, les Bousquet, les Garde et les Bousquet ont ont eu une attitude très très aimable et très très gentille bon ils avaient surement eux-mêmes un engagement politique qui faisait que ils ils recevaient euh des républicains espagnols ils se portaient surement garants hein pour faire sortir les républicains espagnols à ce propos nous euh cette famille Garde et Bousquet nous avons gardé très longtemps des contacts avec eux puisqu’une partie de la famille était installée à Bordeaux et bien après la guerre puisque moi-même je les ai connu euh c’est des gens qui ont fait parti de des amitiés de mes parents de notre enfance voilà. (silence, chuchotements)

Marianne Bernard : Avez-vous eu connaissance de sabotages ou d’actions que votre mari a mené pendant la résistance ?

Denise Bajem : Non. Je sais qu’ils ont attaqué des des convois euh sur la route de La Roche-Posay des convois parce qu’ils étaient ils changeaient d’endroits souvent et alors là il y avait des français avec eux et sans ça j’ai pas non

Anita Bajem : Oui alors donc par nous avons eu connaissance donc d’un document historique qui a été publié en 1981 par Juan Castillo Sebastian dans le bulletin d’information intérieur de l’amicale des anciens guérilleros espagnols en France donc euh ce bulletin relate le fait suivant « la 4ème brigade et la 24ème division que j’organisais dans les limites de la Charente et de la Dordogne avec l’appui des amis d’Angoulême, participa à la libération de cette ville, les guérilleros espagnols libèrent la gare et l’arsenal et s’emparèrent d’une grande quantité d’armes. A cette brigade fût incorporé un groupe de guérilleros commandés par Francisco Bajem qui avait particpé à la libération de Poitiers, on incorpora également à la 4ème brigade un groupe commandé par Fausto Castillo après la libération de Cognac. » Donc euh mon père a fait parti d’un groupe de formation de guérilleros qui euh avait qui qui était organisé aussi par la résistance et euh qui avait pour mission de de former des guérilleros qui allaient pénétrer en Espagne pour participer à la libération et au renversement euh du franquisme on peut rêver hein bon et donc euh il est allé euh au camp il y avait un camp de formation à Marcillac dans le Gers

Denise Bajem : ça c’est en 44. Par là

Anita Bajem : Moi je pense même tout début 44 ou fin 43 hein quand les mouvements de résistance étaient encore, n’étaient pas encore unifiés à mon avis là là il faut le resituer dans le temps et donc à à Marcillac il y a un groupe de guérilleros euh espagnols qui ont pénétré en Espagne par ils ils étaient assez près donc des Pyrénées ils ont passé les Pyrénées et c’était un groupe sûrement d’une dizaine de guérilleros et ça a été un échec total puisque tous ont été arrêté fusillé immédiatement et c’est et c’est là je pense que ces aussi des prises de conscience hein de de ces mouvements qui ont vu que non il fallait ce concentrer sur la libération de la France euh et que ce ne serait que dans un deuxième temps beaucoup plus éloigné que euh les renversements de de fascisme, d’état fasciste pourrait ce faire. Oh ben c’est pas vraiment un témoignage c’est c’est plutôt moi ce que j’en sais et comment je l’interprète je crois que les mouvements il y avait plusieurs mouvements de résistance en France hein auxquels adhéraient les espagnols les républicains espagnols ces différents courants de résistance à un moment donné ce sont trouvés réunifiés, ça a été l’oeuvre de Jean Moulin notamment, du Général de Gaulle, de réunifier tous ces mouvements de résistance pour libérer euh le sol français et parce qu’au départ euh c’est vrai que euh la résistance, les divers mouvements de résistance avaient surement une vision plus je dirais universelle entre guillemets c’est-à-dire il y avait des états fascistes sur l’Europe et ils voyaient euh la résistance comme un mouvement plus européen plus large de renversement des fascismes en place. Mais c’est peut-être mon interprétation.

Denise Bajem : En fin de compte Marcillac c’était 44

Marianne Bernard : 44 oui c’est 44 parce que oui c’est pour ça tout à l’heure je vous demandais si votre mari n’avait pas participé euh au passage par le …fin dans le val d’Aran mais il y a eu d’autres passages

Anita Bajem : alors peut-être le val d’Aran

Denise Bajem : je vais vous dire que quand il est parti parce que quand on s’est dit au revoir je sais pas quand je reviendrai il partait quand il est parti à Marsac il avait la conviction qu’il allait passé en Espagne ? : ça a du se faire je pense oui

Denise Bajem : Et il est pas passé

Anita Bajem : y a un groupe

Denise Bajem : tout son groupe

Anita Bajem : qui est passé

Denise Bajem : y a un groupe voila

Anita Bajem : parce qu’il me l’a dit

Denise Bajem : Oui le premier groupe

Anita Bajem : qui est passé

Marianne Bernard : ils ont dit que c’était un échec

Anita Bajem : formés militairement hein formés à la fois par des euh par des résistants français, c’était des des groupes qui étaient organisés euh à la fois par des résistants français et des des des guérilleros enfin des des républicains espagnols et donc c’était un centre de formation qui faisait qui prétendait faire passer enfin c’était leur objectif disons faire passer des euh des guérilleros sur l’Espagne pour essayer de renverser le régime franquiste.

Marianne Bernard : ça c’était en octobre 44 octobre 44 c’est là où ils sont passés enfin ils sont repassés en Espagne et il y en a beaucoup qui se sont fait ou prendre ou tuer ou

Denise Bajem : Et alors il y a donc il est revenu il est resté quelques semaines là-bas peut-être pour voir s’il pouvait passer et enfin de compte il est revenu à Châtellerault au bout de peut-être je sais pas je vais vous dire 3 semaines un mois

Anita Bajem : euh mon père m’avait dit compte-tenu de l’échec euh de cette action là ça a été le centre de formation euh de Marcillac a été dissout hein je pense qu’ils se sont rendu compte que

Marianne Bernard : oui oui c’était pas possible

Anita Bajem : c’était pas possible ils allaient à l’abattoir

Denise Bajem : vous en avez entendu parler vous aussi

Marianne Bernard : mon père faisait parti d… Donc vous êtes mariés à Châtellerault avec Monsieur Bajem et euh vous avez vécu quelques années euh avant de venir à Bordeaux vous avez vécu quelques années là-bas vous avez eu des enfants euh qui sont nés euh

Denise Bajem : ils sont nés à Châtellerault

Marianne Bernard : ils sont tous nés à Châtellerault ?

Denise Bajem : Oui. Deux deux un garçon et une fille

Marianne Bernard : un garçon et une fille

Denise Bajem : Oui. On s’est marié décembre 45 non décemb oui

Anita Bajem : décembre 45.

Denise Bajem : Oui oui j’ai eu un fils en 46

Anita Bajem : Et moi je suis née en 49 (rires)

Marianne Bernard : donc après vous êtes revenu enfin vous êtes venu vivre à Bordeaux hein votre mari exerçait une profession je suppose qu’est- ce qu’il qu’est-ce qu’est-ce qu’il faisait ?

Denise Bajem : eh ben à Bordeaux il a commencé par travailler en si sitôt qu’on est rentré à Bordeaux en 51 ou 52 52 euh chez un architecte il est pas resté longtemps car il trouvait qu’il gagnait pas assez et après il a il il est rentré dans une filiale des chantiers modernes ce qui s’appelait la SECOTRAP c’était un bureau d’études c’est-à-dire qu’il a beaucoup travaillé parce qu’il est sorti d’Espagne petit dessinateur et en fin de compte il est fini que il avait le rôle d’un ingénieur il a travaillé beaucoup voilà

Marianne Bernard : Et vous-même vous avez peut-être fait des études surement

Anita Bajem : euh oui oui oui moi j’ai fait des études d’espagnol justement donc ces questions m’ont intéressé hein mais c’est vrai qu’on a le regret de ne pas avoir posé toutes les questions de ne pas avoir refait une chronologie de l’histoire c’est vrai il y a ce regret mais ça comme on le disait tout à l’heure je pense que c’est le problème de la jeunesse euh qui se dit on a le temps d’évoquer tout ça et puis un jour c’est trop tard.

Marianne Bernard : et votre votre pap… votre père et votre mari est revenu en Espagne euh
Denise Bajem : oui il est revenu euh je sais plus quelle année Franco était pas mort

Anita Bajem : ah bah non non euh Franco était pas mort il est mort en soixante quinze non bah mais non non il est il est il est rentré surement dans les années 58 60 oui

Marianne Bernard : Il a pas eu de soucis particulier quand il est rentré ?

Anita Bajem : il a été euh oui il avait demandé bien sur un visa puisqu’il fallait demandé un visa et euh donc à la frontière espagnole il a subi un très long interrogatoire et il était évident que la la la police espagnole hein aux frontières savait exactement tout tout ce qu’il avait fait en France donc si ça se trouve les archives espagnoles sont très intéressantes (rires)

Marianne Bernard : certainement parce qu’il faut savoir quand même que la police espagnole euh avait euh enfin était tous ces gens là tous ces républicains étaient euh fichés hein voilà donc

Denise Bajem : je sais qu’à la frontière son son mon son frère était venu nous chercher la première fois on tremblait pas mais parce qu’on nous avait assuré que si il pouvait être refoulé mais ils le mettraient il ne les mettaient pas en prison ceux qui qui rentraient à cette époque là on voul… on en voulait pas d’eux et on repartait mais il a été plus d’une heure au poste frontière d’Irun plus d’une heure à à on lui a posé des questions on était dehors nous

Marianne Bernard : Et sa famille en Espagne euh il en est resté beaucoup euh comment ça s’est passé après son retour avec euh ?

Denise Bajem : Non c’est pas compliqué parce qu’il a eu son son père qui a été en France parce que il était ils étaient originaire de Huesca Huesca c’était franquiste et mon beau-père est parti en Catalogne et quand il y a eu le que tout le monde est reparti et ben il est parti aussi en France

Anita Bajem : parce que mon grand-père était maire républicain d’une toute petite ville catalane Balaguère et donc il s’est trouvé même s’il avait pas un engagement politique fort hein il s’est il s’est retrouvé également euh refugié euh politique avec euh mon père. Ce qui s’est passé c’est que bon mon grand-père était déjà plus âgé, il avait de gros problèmes il était euh pour lui il était surement inconcevable de de s’adapter en France de de s’adapter à quoi que ce soit c’était un tel choc euh donc il avait laissé euh sa femme ses filles

Denise Bajem : sa femme et une fille l’aînée sont allées en prison à Huesca pas longtemps ils ont pas été ils étaient connus elles n’ont pas été maltraitées mais elles ont été 2 -3 mois quand même en prison parce que le père et le fils étaient partis voilà et alors après mon ma quand mon mari a vu ah oui alors quand il était à Marseille oh mais ça va peut-être pas intéresser ? bon. Quand il était à Marseille ils ont vous savez pendant un euh il y a eu ils auraient il a eu des papiers pour pouvoir partir au Mexique vous êtes au courant et il n’est pas parti à cause de son père qui était là parce qu’on ne voulait pas de lui son père cinquante ou cinquante deux ans il avait il voulait il avait pas alors il a dit je peux pas laisser mon père là et alors à ce moment là bon le Mexique il l’a rayé et ils sont il a

Anita Bajem : Je vais apporter une précision sur euh ce ce problème du Mexique. Mon père donc avait tous les documents pour partir au Mexique il partait euh refaire donc euh sa vie l’Etat mexicain recevait des républicains espagnols. Toutefois il était sur le bateau en partance pour le Mexique à Marseille avec son père et il y a eu un accord entre Pétain et euh et qui euh je ne sais pas c’est c’est Pétain qui a qui a qui je je sais pas exactement que tous les hommes âgés ne pouvaient pas aller au Mexique donc où c’est le contraire où c’est où c’est le contraire c’est pour ça je vraiment là j’hésite est-ce que ce n’est pas les hommes en âge de travailler Pétain leur deman… euh donc faisait une interdiction de sortie du territoire français maintenant voyez je et mon père était sur le bateau et donc là le père et le fils étaient étaient séparés quelques soient les circonstances ou dans un sens ou dans l’autre voyez ce que est-ce que je me fais comprendre et donc ils ont décidé enfin c’est mon père qui a décidé qu’ils ne partaient pas alors là j’ai eu trou de mémoire

Denise Bajem : mais on l’a dit il ne voulait pas de son père parce qu’il était trop vieux tous les hommes de plus de 50 ans

Anita Bajem : je crois que c’est ça

Denise Bajem : il ne ne ne n’étaient pas accepté au Mexique

Anita Bajem : Et pourtant y avait l’histoire euh

Denise Bajem : ils prenaient des jeunes pour pouvoir tr… euh bon vous le savez que il y en a beaucoup qui sont partis

Marianne Bernard : moi je pencherai plus dans le sens

Denise Bajem : Ah oui ?

Marianne Bernard : de ce que dit votre fille

Anita Bajem : Oui je crois que c’est ça c’est un accord enfin c’est un accord euh peut-être pour aller faire travailler les franç les les les espagnols en âge de travailler en en en STO ou comme ça hein je crois que c’est ça

Marianne Bernard : les chantiers de l’atlantique euh

Anita Bajem : Absolument et je crois que c’est parce que c’est c’était un ordre de Pétain qui tombait juste et ils étaient sur le bateau. Et donc il était hors de question de de laisser mon grand-père seul en France hein donc il a ils ont décidé que et ses papiers de départ pour le Mexique euh ma mère a le souvenir de les avoir vu hein mais euh bon voilà

Marianne Bernard : donc est-ce que vous avez gardé un contact avec votre famille d’Espagne ?

Denise Bajem : oui oui j’ai des belles-soeurs j’ai 2 belles-soeurs 1 belle-soeur et puis

Anita Bajem : C’est-à-dire que maintenant euh la fratrie de de mon père puiqu’ils étaient 4 euh il y a qu’un seul survivant son frère le plus jeune

Denise Bajem : qui a dix ans de moins

Anita Bajem : qui lui n’avait était enfant pendant la guerre d’Espagne hein. Qui était né en 26 donc euh lui est toujours vivant il habite à Saragosse et donc nous allons régulièrement et nous nous fréquentons nous fréquentons toute la famille les cousins euh bien sur ceux que on a plus perdu de vue c’est les cousins euh qui pour nous seraient au deuxième degré mais euh les cousins germains qu’on appelle germain oui oui oui nous avons des contacts des liaisons téléphoniques très régulières et et nous allons souvent en Espagne les voir

Marianne Bernard : quand vous vous êtes mariés que vous avez rencontré votre mari que vous vous êtes mariés votre famille puisque vous êtes française vous d’origine euh ne vous a pas posé de difficultés euh ça s’est bien passé ?

Denise Bajem : oui oui très bien passé il y a pas eu de problème mon père était décédé mais ma mère bon a accepté puis non il y a pas eu de problème c’était Franciso était faisait parti de la famille. Non non.

Anita Bajem : Si vous voulez je peux rajouter que euh c’est peut-être une une famille atypique française oh quoi qu’il y en avait beaucoup hein euh puisque mon grand-père était fonctionnaire donc le père de ma mère et il était militant socialiste euh bien sur syndicaliste également hein donc euh c’était une famille qui avait vu euh les républicains espagnols avec beaucoup de sympathie et donc euh je pense que ça fait partie enfin c’était culturellement la la famille était préparée à accepter un mariage euh mixte si on peut dire hein hein voila.

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