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Juliana BERROCAL-VILLAR

Juliana Berrocal-Villar
Républicaine Espagnole
Né en 1925

Juliana BERROCAL-VILLAR
Juliana BERROCAL-VILLAR
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Les séquences

Interviewer : Eduardo Bernad et Oumar Diallo
Lieu : Bordeaux

Retranscription de l’interview

Edouardo : Nous sommes chez Monsieur euh Angel

Oumar : Non attends

Edouardo Monsieur Villar

Hélène : Angel

Edouardo : Villa Villar Angel et

Juliana : Juliana Berrocal

Juliana : Juliana Berrocal

Edouardo : et voilà euh Juliana tu peux nous expliquer d’abord bon qui était tes parents eeeeeuh quels professions ils exerçaient s’ils savaient lire et écrire etc voilà eeeeuh et puis bon prévoir eeeuh comment vous avez vous êtes venues en France etc (grésillement)

Juliana : Bien mais mes parents étaient tous les deux de Salamanca mon mmm d’un village de Salamanca moi effectivement auss je suis né à Salamanca mon père était charpentier ma mère était femme au foyer parce qu’elle a eu tout de suite des enfants et puis faut élever les enfants bon et puis bon comme la région de Salamenca à l’époque c’était très pauvre mon père a été chercher du travail du côté de Bilbao et ensuite il a fait venir ma mère et de là de Bilbao il trouvait que c’était encore pas tout à fait ce qu’il voulait il est venu en France à Bordeaux et ceci c’était en 31 donc que à l’époque moi j’avais 6 ans et on est venu euh mon père est venu le premier et quel quand il a trouvé du travail il nous a fait venir donc nous étions parce nous sommes une famille de sept enfants 7 filles mais il y en avait deux qui sont beaucoup plus âgées étaient restées en Fr en Espagne. Nous sommes donc venus ma mère et 5 filles rejoindre mon père ici à Bordeaux et puis nous sommes restés jusqu’en 36. En 36, il y a eu une loi qui est passée comme ça du hum du front populaire qui disait : « que tous ressortissants espagnols qui ne qui n’avaient pas dix ans d’instance en France devaient repartir en Espagne à la  » à la guerre si vous voulez c’est-à-dire que euh du côté de Franco ou du côté de la République mon père étant un anarchiste nous sommes partis évidemment du côté de la République mais entre temps je voudrais dire quleque chose eeuh il s’est fait que on a bon les gens se sont révoltés puisqu’ils voulaient faire partir les espagnols comme ça les enfants et il y a eu une loi qui disait après que les hommes pour partaient et les femmes et les enfants pouvaient rester mais ma mère n’a pas voulu donc nous sommes tous partis en Espagne. Nous sommes allés à Barcelone là il y avait ils avaient réquisitionné parce que c’est le gouvernement français qui payait le voyage là ils ont réquisitionné des hôtels et nous sommes allés je me souviens plus très bien si c’était au Ritz ou au Régina Régina je crois à côté de la place de Catalogne (grésillement) Catalona et là nous sommes restés quelques mois et ensuite bon on a on a eu le statut de réfugiés tout en étant espagnol nous étions des réfugiés eeeeet on allait d’un côté à l’autre là je crois que le premier village que nous sommes allés c’eeeest à à Orta Orta de Terra alta ensuite nous sommes allés ààààà à attends je me rappelle plus un autre vilage et ensuite nous sommes allés à à Tortosa là il y a c’était l’année où il y a eu une un elevro? une grande grande inon des inondations terribles et on nous a logé dans une église. Au début, il y avait pas trop d’eau on mangeait on nous a installé des tables on mangeait là mais ensuite comme l’eau continuait à monter on nous a fait monter au clocher ils ont installé des paillasses tout ça et nous étions mais beaucoup de famille moi je dis nous mais nous étions nombreux eeet ils ont fait (toux) en haut du clocher ils ont faits des escaliers en bois avec deux cordes une corde de chaque côté et calés dans une barque qui était dans l’eau et là nous devions descendre une personne de chaque famille tous les jours pour aller chercher le ravitaillement euh il venait un camion cher nous chercher après, après le bateau et on nou donnait le ravitaillement de la journée u il fallait une personne de chaque famille ma mère eeeeelle osait pas elle avait très peur donc c’st moi qui descendait tous les jours chercher le ravitaillement pour ma famille à moi. Et de là beh nous sommes partis attends je me rappelle plus nous sommes part c’est là j’ai un trou Edouardo : Continue on reviendra Juliana : J’ai un trou j’ai un trou nous oui beh de là nous sommes nous sommes partis à nouveau ca y est ça revient hum ààààà à Barcelone c’est-à-dire à Mataro exactement avec eeeeuh avec mes soeurs ma mère mais mon père était au front ah non d’abord nous avons été à à à à San Juan n village qui s’appelait Juan San Juan qui est près de la front de l’Aragon. Mon père était dans le front aragonais à l’époque et là dans ce village c’est un village qui avait été réquisitionné pour euh avoir des réfugiés parce que bon il y a eu des histoires racistes pas facistes eeeet moi j’étais par exemple chez le cordonnier du village ma mère et une ma plus jeune soeur chez le coiffeur on réquisitionnait les gens ils étaient obligés de nous recevoir c’était pas volontaire eeeet mes s mes autres soeurs étaient chez le boulanger et oui à partir de là nous sommes perties à Barcelone à Mataro parce que euh le le front d’Aragon reculait reculait les fachistes avancaient ils fallaient nous évacuer donc on nous a évacué à nouveau mais là nous étions à Mataro et une de mes soeurs dans ces entrefaites elle a attrapé la tiphoïde, il y avait une grande grande épidémie de tiphoïde donc euh ma soeur a attrapé la tiphoïde eeeet mon père s’est débrouillé pour faire venir qui était dans dans dans d’autre réf ré on appelait ça des refuges refujios euh mon grand-père une de mes tantes et deux cousines pour un peu s’occuper de nous puisque ma mère était presque constamment à l’hopital auprès de ma soeur parce que il en mourait tous les jours des quantités, elle voulait être là quand ma soeur allait mourir

Oumar : Et ça c’était en 39

Juliana : Ah c’était en trente non non ah non c’était en en en 38 même

Angel : 38

Juliana : trente même en attends oui en 38 exactement et donc eeeeuh un moment donné c’est moi qui allait m’occuper de ma soeur tant que ma mère venait manger voir un peu les autres eeeet bon eeeeuh on nous disait que ma soeur allait mourir et puis bon et un jour mon père est arrivé oui c’était pour ça c’était en 38 mon père est arrivé parce que comme il avait été malade on l’avait mis on l’avait employé à garder à garder les prisonniers et mon père il était pas loin de Matajo il est venu il nous a dit il faut absolument partir eeeuh bon les troupes sont pas loin vous devez partir mais comment on va partir beh il fallait partir comme tout le monde qui part à pied vers la frontière française. Et donc eeuh il fallait le faire puisque c’était comme ça ma mère on lui dit il faut que vous partiez c’atit des soeurs qui gardaient l’hopi qui étaient travaillées à l’hôpital aussi et elle dit c’est votre votre fille là elle est condamnée elle est morte c’est comme si elle était morte vous partez avec vos autres enfants et ma mère dit non jamais de la vie tant qu’elle vit je resterais là donc elle est restée là et nous sommes part et nous allions partir mon père va voir donc ce que décidait ma mère et il voit un camion plein de gens avec des femmes et des enfants et demande ce que c’est c’était les femmes et les enfants d’officiers des officiers espagnols et donc il est allé à l’hôpital il a pris ma soeur et ma mère et il a dit au chauffeur tu t’en vas pas de là sans que ma femme et ma fille partent dans ce camion à ce moment là (ça me fait tellement de (rire) quand je le raconte)à ce moment là euh le le le chauffeur lui pardit il pouvait rien c’est un emp il a dit non non je ne peux pas premièrement parce que elle est contagieuse, elle est malade et deuxièment parce que j’ai ordre de partir là de suite et de ne prendre personne donc mon père a sorti son pistolet il a dit bon personne ne part alors et ils ont acepté évidemment par force ma mère et ma soeur ils sont partis en camion vers la frontière et nous nous sommes partis le même jour mais à pied alors nous avons marché pendant 4 jours de de rang y avait les les avions qui nous mitrallaient sur la route et alors à ce moment là on se cachait on allait bon on essayait de marcher plus la nuit que le jour faut compter que euh moi j’avais pas tout à fait 14 ans j’ai mon autre soeur Carolina qui avait eeeuh 14 euh 12 ans

Juliana : 12 ans oui

Juliana : 12 ans mon autre soeur qui avait euh 10 ans mon autre soeur qui avait 8 ans 8 ans et ma plus jeune soeur qui avait eeeeuh six six même pas si non 4 5 ans et nous nous part nous étions tous sur la route avec notre tante et mon grand-père et nous avons marché dans les 4 jours comme je vous dis avec les bombardements tantôt les mitrailleuses tantôt c’était un jour ma soeur celle qui est après moi elle elle mangeait parce que personne ne nous nourriçait il fallait se débrouiller dans les champs dans les il y avait pas de nourriture personne ne vous servait enfin personne ne vous portait rien rien rien à manger parfois euh nous mangions bon beh nous passions devant une caserne il avait dans les poubelles jeté des restes comme ça bein nous grattions ça et on mangeait ça en avait tout une une petite gamelle en enfin même pas une gamelle un pot quoi de conserve vide et nous mettions ce que nous trouvions là dedans mon grand-père et il connaissait beaucoup les herbes tout ce qu’était herbe il connaissait beaucoup donc il partait il nous prenait des herbes et puis entre deux deux deux pierres il faisait cuire et puis on mangeait des herbes et donc un jour ma soeur elle avait son pot avec les herbes et on la mitraillé il est tombé juste à côté d’elle ah non un éclat elle a lâché le pot et elle s’est jeté sur ceux qui avait devant elle c’était euh un amas deeeee ronces de ronces elle s’est jetée mais après elle savait plus comment on savait plus comment on allait la sortir de là parce que c’est bien de se jeter mais après pour partir et une autre fois on on avait pas mangé de la journée et nous sommes arrivés euh dans une ferme parce que la nuit on dormait ou dans les champs ou dans les fermes on nous avait quand même mon père nous avait quand même dit de porter une couverture et donc on avait toujours cette couverture dessus sais pas si vous l’avez vu quelque part dans les on av on avait toujours une couverture on avait nos couvertures … oui on avait toujours une couverture dessus parce que c’était c’était l’hiver quoi et puis on est arrivé et les gens de la ferme étaient partis et y avait un veau et les gens d’autres réfugiés puisqu’on nous appelait les réfugiés d’autr réfugiés étaient arrivés devant nous ils ont pris le veau ils l’ont tué évidement pour manger et nous quand nous sommes arrivés il n’y avait que la la carcasse enfin la peau si vous voulez et mon grand-père il on disait nous on savait que dire que on avait faim mon grand-père dit bein on va manger on va manger du veau on était content on pensait que c’était la viande en fait il nous a fait griller le la peau on la on c’était un vrai chewing-gum on arrivait pas ààà à mordre dedans (en riant)fait ça nous a un petit peu soulagé et nous avons le lendemain repris la route y a il sait mis à pleuvoir nos couvertures faisaient ce que vous pouviez penser on pouvait plus se les traîner on s’arrêtait on les tordait on les remettait et puis nous sommes arrivés comme ça jusqu’à la frontière. Et à la frontière ce que vous dîtes 4 jours sans presque manger à la frontière on nous a dit euh là-bas un peu plus loin vous allez faire la queue et vous aurez du pain pour tout le monde mais il faut pas que toute la famille y aille il faut que se soit un de chaque famille parce que la queue elle était large je sais pas comment vous dire eeeet elle en avait elle avait elle avait je sais pas combien de mètres et on di ma tante me dit béh c’est toi qui te débrouille le mieux tu vas y aller alors toujours moi je suis allée à la queue et la queue elle a duré facilement 4 heures et quand je suis revenue avec mon pain parce que j’ai eu du pain quand je on était au bord on nous avait on s’était mis au bord d’une rivière mais tout le monde il y avait des milliers de personnes ça aussi ça été vu dans les films des milliers de personnes et donc il y avait ma tante et toute ma famille qui était là et mon grand-père et mes soeurs quand je suis revenue il y avait plus personne, il l’a il les avait obligé à monter dans un camion et passer en France ils ont eu beau dire que leur fille était par là à la queue ça marchait pas à l’époque c’qui fait que je me suis retrouvée toute seule et la nuit arrivait et je me suis mise à pleurer avec mon pain que je n’avais pas goûté malgré que ça faisait 4 jours que je n’en mangeait pas et donc euh il y a on appelait los milicianos bon c’était les soldats miliciens et et il y a il y avait deux miliciens qui me disaient qu’est-ce-qui t’arrives je lui dit écoutez j’étais là ma famille elle était là au bord de ce de ce de ce ruisseau et il y a presque plus personne mais ma famille sure elle n’y elle n’y sont plus alors il m’explique ce qui est arrivé il me dit on a ils sont de l’autre côté ils sont parce que y a eu il me dit tu les trouveras de l’autre côté il me dit moi je croyais qu’on allait tous au même endroit j’étais contente moi et il me dit tu sais le dernier camion part tu montes dedans et tu vas les trouver tu verras de l’autre côté alors eeeuh il y a un des miliciens qui est monté parce que il y avait toujours un milicien quand le camion pa qui montait dans un des les camions qui passaient la frontière tu vas voir on va trouver ta famille et il m’a emmené dans un cinéma qui avait été désaffecté juste pour recevoir les les réfugiés qui venaient il y avait fff du monde en bas par terre couché dedans sur les bal dans les balcons tout tout autour était plein et il a commencé à dire la famille Berrocal il y a une petite qui s’est perdue la famille Berrocal mais personne répondait il m’a amené dans un autre endroit c’était une caserne aussi désaffecté il a commencé pareil et personne n’a répondu ce qui fait que moi j’en avais par-dessus la tête je j’ai dit je je veux aller aux toilettes il me dit bon on va t’emmener aux toilettes il a il a appelé un autre copain un copain à lui un milicien quoi il dit écoute on va amener la petite cette petite elle veut aller aux toilettes tu sais où c’est oui c’est là et puis moi j’avais dans ma tête je sais pas pourquoi j’ai dit je veux rien savoir de personne je me suis mis dans les toilettes et je voulais plus sortir alors il me disait tu sors petite tu sors et je disais non je et puis je voulais plus sortir alors il me dit bon puisque c’est comme ça on va jeter la porte tu vas sortir alors je leur ai ouvert eet juste il passait une colonie d’enfants de réfugiés espagnols mais il y avait que des enfants des femmes qui es qui gardaient ces enfants et il y avait peut-être 4 ou 5 femmes qui gardaient ces enfants c’était une colonie et un monsieur il s’appellait monsieur Paglia c’était un catalan et donc ils disent tu vas aller avec ces ces personnes comme ça tu resteras pas seule et puis on va on va essayer de chercher ta famille mais ça c’était pour pas que je pleure et donc là ils ont dit ils m’ont donné tiens les garçons prenaient la main de la de la niña perdida c’est-à-dire l’enfant perdu alors moi ça je voulais pas qu’on m’appelle l’enfant perdu je pe et puis de temsp à autre j’entendais les les les dames qui gardaient les enfants de la colonie qui criaient elle est la la niña perdida elle est par là (en rigolant)faites attention comme si j’avais l’habitude de me perdre mais bon et ça ça me faisait beaucoup râler et en

Oumar : il prenat bien soin de vous

Juliana : oui il prenait très soin de moi au contraire mais très très très soin de moi vous absolument pas parce qu on peut pas se l’imaginer parce qu’il y avait tellement de milliers de personnes dans de tous les côtés qui passaient qui c’était facile et même pour eux avec tous ces enfants là il y en avait de de tous les âges là il y avait les petits y en avait jusqu’ à 14 ans il y en avait je crois qu’ils étaient une centaine au plus et là euh bon on est arrivé à une gare et ils nous ont fait monté dans un train et il se trouve comme moi j’avais été en France avant je savais parlé français puisqu’en de de 31 à 36 j’étais en France donc je savais mais j’avais dit à personne que je parlais franç fin ça les interéssait pas aux espagnols ils s’en fichaient et puis dans les cars en Frabce déjà euh bon éh béh combien vous êtes on va vous donner pour pour combien de personnes parce que c’était les trains vous savez qui euh c’est pas comme des compartiments comme maintenant c’était juste on se voyait des uns aux autres c’était des compartiments mais pas fermés c’éatit pas fermé on se voyait et bon moi je voulais déjà pas manger puis bon arrivé quelques heures après j’avais quand même faim alors quand ils ont dit bon ici combien vous êtes et personne répondait tant se regardait les gens qui nous portaient à manger fallaient qui grimpent pour voir combien il y avait de personnes alors je lui dis nous sommes 14 alors on aurait dit je sais tout le monde tout le monde se levait pour venir voir qui avait dit ça alors ils ont commencé à dire il y a une petite qui parle français il y a une petite qui parle franç alors pourquoi tu l’as pas dit avant parce que je veux pas parler et puis bon à partir de là ma vie de pfff il y avait déjà quand même un moment qu’elle était passée ma vie de de petite fille quoi et donc on nous a emmené à Saint-Dizier dans la Haute-Marne eet là euh on nous a mis c’était dans une usine une ancienne usine qui s’appelait usine La France Avenue du Général Sarrail à Saint-Dizier dans la Haute-Marne et on nous avait bon euh fait des des paillasses quand on est arrivé ils étaient il y avait des gens des volontaires qui faisaient les paillasses pour pour nous quoi et puis euh alors y en a un des messieurs qui dit oh les pauvres gens quand même euh ces paillasses elles sont dures et puis il dit venez venez nous aider alors les autres ont disait qu’est-ce-qu’ils disent je dis qu’on aille les aider il dit comment tu as su ça tu parles français toi je dis oui je parle français là j’ai dit que je parlais français et ils m’ont dit bon alors écoute c’est fini tu laisses ça tu viens pour dire ceci pour dire cela pour faire ça pour faire ça a été finie ma vie enfin euh le temps que je suis restée là-bas ça a été comme ça mais je regrette rien parce que j’ai été très gâtée euh le directeur c’était Monsieur Ragot il s’appellait c’était le directeur del’ANPE de Saint-Dizier et c’était lui qui s’occupait de nous évidemment il parlait pas du tout espagnol donc j’étais toujours avec avec eux quoi avec les gens qui venaient et ils euh on noua comment je veux dire beaucoup gâté on nous porté euh du linge des vêtements on en avait une pleine pièce jusqu’en haut jusqu’à la toiture on savait plus quoi en faire donc Monsieur Ragot un jour me dit tu sais je vais t’envoyer quelqu’un avec un camion et puis tu vas aller avec eux dans un autre on appelait ça refujios c’est-à-dire dans d’autres endroits où il y avait des gens comme nous quoi on appelait ça los refujios il me dit il y a dans un endroit où il y a des gens qui n’ont rien tu vas aller avec eux puis tu vas leur por vous allez leur porter alors on distribuait nous même ce que déjà on nous donnait à nous puiqu’on pouvait pas tout utiliser et et là c’est vrai que il m’a dit tu nous rends un service énorme donc on va pas te laisser tomber tu peux être tranquille eeeet oui et ça y est je suis plus où j’en étais tu vois

Edouardo : à Sain-Dizier avec M Ragot

Juliana : M Ragot qui m’a dit je vais retrouver ta famille je je dit mais écoutez comment vous allez pouvoir trouver ma famille ma mère elle était avec ma soeur ma soeur elle est peut-être morte mon grand-père, ma tante eet mes autres soeurs étaient ensembles mon père il était au front il me dit t’inquiète pas tu vas voir on va tout faire donc il a commencé à écrire dans les journaux ah à partout partout où il pouvait vraiment il sait investi à fonds et il a commencé par trouver mon père le premier parce que moi je me souvenais mon père quand j’allais passer la enfin quand il venu nous dire de passer la frontière il m’a donné un petit sa un petit sac avec des adresses et tout ça et ça aussi j’ai jeté on jetait tout on jetait à mesure que on marchait on jetait et donc j’ai dit mince j’ai jeté tout ça et je me suis souvenue qu’ à Mérignac quand on est venue la première fois mon père s’est s’est fait des amis là et j’avais j’ai j’ai retenu l’adresse de de ces personnes euh c’était avenue du truc à Mérignac – c’est facile- et c’était la femme et la famille Garcia donc eux entre autres entre parenthèse je vais vous dire cette cete famille nous a beaucoup aidé la première fois et la dame elle va faire ce mois-ci 99 ans

Oumar : Elle est toujours vivante et vous vous fréquentez encore

Juliana : oui mais la pauvre elle me reconnait plus mais je j’ai téléphoné l’autre jour parce qu’elle est dans une maison de

Oumar : retraite

Juliana : de retraite et donc euh je me suis souvenu donc de ça j’ai dit quand on habitait en France je lui dis euh on était on avait des amis qui s’appelait comme ça la famille Hein? il me dit béh écoute on va les trouver vite fait et il les a effectivement trouvé il a trouvé mon père mais mon père il voulait pas partir de Bordeaux puisqu’il connaissait Bordeaux il savait où il pouvait aller travailler et tout il a dit bon béh écoutez-moi venir non essayez de retrouver le reste de ma famille et je on s’arrangera pour les faire venir à Bordeaux donc il s’est

Oumar : excusez-moi madame …

Juliana : ah beh ça béh c’était en 39

Oumar : en 39

Juliana : éh béh oui c’était on a on a passé la frontière le 2 février

Oumar : d’accord

Juliana exactement

Oumar : d’accord

Juliana : début 39

Edouardo : tu nous a pas dit ton père quel profession il exerçait

Juliana :(grésillement) il était il était charpentier et il attend il y a autre chose qui était important ma mère non elle et mon père il y a une chose que je n’ai pas dite mon père il était charpentier mais il savait lire et écrire (bruit de téléphone qui vibre) et quand on était à San Ilario on l’appelait el maestro

Oumar : là parce qu’il était

Juliana : el maestro quelqu’un qui à l’époque savait lire et écrire c’était et mon père savait lire et écrire et donc euh après nous sommes ce Monsieur Ragot a retrouvé d’abord ma soeur celle qui n’est pas morte puisqu’elle vit toujours avec ma mère c’est

Angel : Fernandez

Juliana : il a retrou ?? ils les ont retrouvé qui ils étaient dans un refuge qu’on appelait les refuges et toute mon mon autre le reste de ma famille était à Auxerre sur l’Yonne aussi dans dans un hopi c’était un hôpital qui avait désaffecté pour recevoir euh bon les réfugiés et il les a tous fait venir à Saint-Dizier sauf mon père et quand on a eu il nous a recueilli là-bas on nous a enfin disons moi j’y étais déjà il nous a gardé pendant quelques mois le temps que mon père se débrouille un peu à Bordeaux tout ça et après il nous a rapatrié à Bordeaux où nous sommes venus retrouver mon père

Edouardo : Vous étiez où à Bordeaux ?

Juliana : A Bordeaux eeeuh nous étions à Saint-Michel on habitait rue du Port euh voilà avant avant quand eux la première fois on a habité rue Gensan où est né ma soeur la plus jeune en 33 ma soeur aîné en 33 et nous habitions rue rue Gensan aussi à Saint-Michel et nous avons après pendant la guerre on a fin qu’a temps qu’on était la première fois on avait connu des gens mais qui étaient restés parce qui ça faisait plus de 10 ans qu’ils étaient en France eux et puis ils se sont débrouillés avec mon père qui est allé les voir pour nous avoir un appartement rue du Port là nous sommes restés des années

Oumar : est-ce que est-ce que vous souvenez du numéro parce que ça peut-être intéressant si on a le temps on peut prendre des photos

Juliana : 15 rue du Port

Oumar :15 rue du Port et Gensan vous vous rappelez vous vous souvenez

Juliana : Gensan 20 rue Gensan

Oumar : (grésillement) bon d’accord

Juliana : il y a encore de la mémoire (rires) là où est né ma plus jeune soeur Jeanne Marie-Jeanne et oui et nous sommes allées quand même nous eux il y a bon ça c’est peut-être il faut peut-être pas le c’est pas la peine euh que me callo

Edouardo : non la main

Angel : la mano

Juliana : ah la mano parce que ça je veux dire que … oui beh nous sommes allés visitez donc le 15 rue du Port quand on a fait nos 60 ans de mariage

Angel : voilà

Juliana : on a

Angel : fait un pélerinage ouais

Juliana : j’ai invité toutes mes sœurs tous mes beau-frères mes toute la famille et nous sommes on a fêté nos 60 ans de mariage il y a un ans eeeet on a a mangé ensemble et on a fait un pèlerinage bon on est allé rue du Port ça a beaucoup beaucoup changé évidemment et toutes ces rues et tout ça voilà

Edouardo : Tu peux nous dire tu peux nous dire exemple quand tu était à bordeaux t’as t’as été à l’école où

Juliana : oui je suis

Edouardo : de nouveau de nouveau

Juliana : je suis allée à l’école non quand je suis revenu d’Espagne non parce que j’avais 14 ans et à l’époque bon on allait à l’école jusqu’à 14 ans

Edouardo : Tu as commencé à travailler alors

Juliana : J’ai commencé à travailler

Eduardo : Tu travaillais où

Juliana : J’ai été bonne à tout faire à 14 ans et puis béh c’est c’est tout ce qui avait c’est-à-dre qu’on nous faisait des papiers on avait droit à choisir entre bonne à tout faire où travailler la terre nous moi chez moi on avait jamais travaillé la terre alors moi je connaisais même pas la terre et donc euh je me suis on m’a placé j’étais bonne à tout faire

Edouardo : Euh tu al tu allais tu tu allais aux Cadets de Gascogne

Juliana : Ah ça c’est c’était é évi évidemment non là j’étais au cat oui aux Cadets de Gascogne j’y étais tant que j’étais placé et tout là je peux vous montrer les photos

Oumar : C’est quoi exactement le cadet de Gascogne parce que lui il connait mais

Juliana : Le cadet de Gascogne c’est un c’était un club sportif et moi je faisais du basket et j’avais eeeeuh un monsieur qui était là c’était celui qui nous pas l’entraîneur c’était le dirigeant (hum) c’était Monsieur Lafitte et lui il faisait de la résistance en même temps que bon nous on était jeune on faisait pas grand chose mais il nous faisait transporter des tracts des choses comme ça que nous on nous disait vous les portez là parfois dans les chaussures parfois dans les sacs de de sport comme ça et donc c’est lui que il ét et après ils l’ont fusillé à lui

Oumar : Ah il a été attrapé donc c’était des messages des codes et autres

Juliana : oui euh on appelait ça des tracts parce que c’était pour faire euh des réunions où pour euh euh voilà (des sabotages) des sabotages des choses comme ça donc euh

Edouardo : Ton père était aussi dans la résistance à cette époque

Juliana : Mon père dans la résistance à B quand il quand il est revenu il bien sur il était parce que comme j’te dis il était anarchiste bon après il avait changé un peu mais c’est pareil il était dans la résistance euh clandestinement comme on faisait une fois on l’a arrêté (oui Paralés) ah il était avec Paralés et totu ça et une fois on l’a arrêté et mon père c’est c’ést un homme qui était très débrouillard et il était donc charpentier comme j’t’ai dit et un il est il a travaillé ici à la caserne Niel eeeet il est ve il est venu un un gars comment il s’appelait ce gars il était ci-nommé? non euh celui que bon

Edouardo : qui dirigeait la base qui dirigeait la caserne Niel

Juliana : Non ça c’est lui qui le sait moi je sais pas tout ça mais euh il est venu c’était un un gars qui était euh fff de la Gestapo je je me rapellerai le nom … non OTTO c’est celui de la hein c’est celui de la non non mais je vais je vais c’était un gars qui était très très très nommé et mon père il faisait des travaux tu sais

Angel : C’est pas Lafite

Juliana : Non tu tu tu c’est pas un nom comme ça c’était il faisait des travaux chez des gens après son travail il faisait des travaux euh et ce gars lui avait demandé puisqu’il avait connu là la caserne il lui a dit est-ce-que tu peux venir chez moi il avait il av il habitait Bordeaux mais il avait une maison à la campagne qu’on appelait et mon père allait est allé lui faire des travaux et bon mon père ssa l’intéressait beaucoup parce qu’à l’époque on avait pas de pointes fallait des tickets pour avoir des pointes alors mon père il lui chipait les pointes et puis il allait faire les travaux chez les autres et bon un jour il l’a surpris et ça l’a beaucoup fait rire à ce monsieur il a il a il lui a rien fait il lui a dit bon je te donnerai les pointes mais en échange tu me fares des travaux aussi et ce gars comme je vous dit il était de la Gestapo et un moment donné on est venu un jour

Edouardo : Il faisait parti de la police française ?

Juliana : Voilà la police française de Vichy et ils sont venus deeee l’arrêter et donc queee on l’a mis attends comment ça s’appelle s’te rue

Angel : Rue de Vidoche à

Juliana : A la caserne à la caserne c’est… là où avait Florian son

Edouardo : Bourdet

Angel : si si non

Edouardo : la caserne coloniale

Juliana : 80 rue Vidosse?

Angel : Vidosse en haut de la barrière de Pessac

Juliana : oui c’est c’est là oui c’était les c’est c’est c’était les français là qui

Edouardo : caserne rue de Vidosse ?

Angel : Vidosse

Juliana : oui

Oumar : la caserne rue Vidosse

Juliana : oui Bedos m’oui c’était les phrases c’est là qu’est donc euh mon mon père ééétant arrêté on nous avait dit euh de venir à ma mère on lui a dit de venir mais ma mère elle parlait mal le français et elle me dit il faut que tu viennes donc je suis allée avec elle on nous a fait asseoir dans un couloir comme ça et c’était parce que en même temps que mon père ils en avaient arrêté beaucoup d’autres qui étaient dans la même clame? que mon père et ils nous ont fait venir pour voir si on si on reconnaissait les gens qui avaient passé quoi et ma mère et moi euh le ce gars là et en passant il me dit tu reconnais personne il me dit en passant mais en s’échappant comme ça il me dit tu reconnais personne mais moi j’avais vu personne encore et quand les uns passaient après les autres ils étaient pour ainsi dire je les reconnaissais mais ils étaient tout défiguré ils avaient été tabassés ils avaient et et ils avaient des du sss ils saignaient ils avaient je les reconnaissais quand même certains je les reconnaissais alors non non non ma mère elle disait rien parce qu’elle faisait que pleurer et moi je disais toujours non je reconnaissais je reconnaissais aucun en fait j’en reconnaissais mais comme l’autre m’avait dit de dire que je reconnaissais pas

Oumar : C’est le gars de la Gestapo qui disait ça ah c’était pour les protéger peut-être

Juliana : non

Oumar : Pour vous

Juliana : Pour nous protéger à nous puisqu’il avait sympathisé à mon père lui avait fait des travaux et puis finalement il a relâché mon père et les autres sont partis tous en Allemagne donc euh et après et après à la fin de la guerre il a été arrêté ce gars Anglade ça y est

Edouardo : Anglade

Juliana : Anglade (rires)

Edouardo : Monsieur le commissaire Anglade

Juliana : oui (en rigolant) ah béh tout à coup ça me ça me vient tu sais Anglade oui c’était … oui oui et donc euh on l’a arrêté à lui

Edouardo : Dans les gens que tu as vu passer (commissaire Anglade) dans les gens que tu as vu passer tu as quelques noms de d’entre eux Paralés ils étaient là Paralés ils étaient là y avait attends un un je me rappelle plus comment il s’appelle El Madriles

Angel : Revuelta

Juliana : Revuelta euh quelques uns comme ça qui venaient parfois le soir faire des petites réunions avec mon père donc euh c’est pour ça que je les reconnaissais cela mais ils étaient plus jeune que mon père quand même (voix de fonds) eh oui c’était toujours par groupe de cinq que les réunions se faisaient et donc que là quand euh ça a été fini lui la Anglade il a été arrêté et mala sa fille elle est venue à la maison elle nous a dit écoutez mon père quand même il a fait libérer votre père alors faites quelques choses essayez de faire libérer mon père à moi mais mon père la lui a dit moi je vraiment je ne peux rien je ne peux pas moi je suis rien je ne peux pas votre père eeeest c’était une un dirigeant

Juliana : un dirigeant mais moi je ne suis rien je ne peux pas faire libérer votre père elle pleurait ça nous faisait mal au coeur parce que malgré tout c’était son père mais bon je sais pas je cros je sais pas s’il a pas été fusillé je crois qu’il a été fusillé oui

Oumar : c’est les résistants qui l’avaient attrapé des résistants ou bien ?

Juliana : ah oui ah oui

Edouardo : la libération ?

Juliana : la libération

Oumar : mais les par qui par les espagnols ou par les français

Juliana : non non non par les français ça c’était les français à l’époque déjà voilà maintenant si vous voulez savoir autre chose je sais pas ça me vient pas

Edouardo : oui ça y est après comment vous êtes intégré là parce que bon après vous êtes resté là vous vous après la libération vous êtes resté ici vous avez tu t’es mariée tu

Juliana : oui moi bon comme j’te dis j’ai été dé j’ai été placée euh mes soeurs sont allées à l’école puisqu’elles avaient encore l’âge de l’école et puis ensuite et béh euh que dire on moi j’ai travaillé comme bonne à tout faire mais pas longtemps et puis j’ai travaillé chez Thierry après pendant euh fff pendant 9 ou 10 ans au moins

Oumar : Chez Thierry (Thierry) c’était quoi

Juliana : Armand Thierry c’était

Oumar : Armand Thierry ah oui le le couturier ouais

Juliana : Oui oui voilà C’est celui qui habillait les allemands (parce que) pendant l’occupation

Juliana : pendant l’occ

Oumar : Armand Thierry habillait les allemands pendant l’occupation

(cacophonie)??

Juliana : y avait pas que les allemands hein y avait

Angel : pour les officiers allemands

Juliana : y avait pas que les allemands (rires)

Angel : ???? la dame

Juliana : mais moi je savais parce que je voyais les vêtements et puis les allemands un moment au début quand quand je suis rentré là il y avait les allemands et les français donc les allemands et c’est eux mais ils nous faisaient de la musique ils disaient qu’on travaillait mieux si on avait de la musique alors ils nous faisaient la musique et ils nous faisaient embaucher demi-heure tous les jours avant pour faire de la gymnastique parce que on était plus en forme après pour travailler aussi voilà et oui oui c’était comme ça et ils étaient constamment là proscrits y avait toujours y avait des français mais y avait toujours des allemands avec nous

Oumar : C’était des militaires allemands mais donc ils vous surveillaient quoi

Juliana : des militaires allemands (des officiers oui) exactement

Oumar : est-ce que le l’usine était a été réquisitionnée où c’était Armand Thierry qui faisait ça quoi collabo collaborateur ou pas

Juliana : je pense que c’est Armand Thierry qu’à ou alors ils ont été réquisitionnés (c’est des contrats) c’est des contrats

Angel : des prix et puis qu’il aurait gagné l’exclusion ??

Edouado : il y a une chose que j’ai oublié je voulais te demander à quelle année ton père a été arrêté

Juliana : En quelle année mon père a été arrêté

Edouardo : en 43

Juliana : oh ça

Edouardo : avec Paralés c’était

Juliana : avec oui en 43 ça doit être avec Paralés c’était l’équipe puisqu’ ils étaient très nombreux là

Oumar : donc vo votre père a été arrêté en 1943

Juliana : oui

Oumar : d’accord

Juliana : mais je vous dis il a été relâché lui

Angel : oui ils l’ont pas déporté lui

Juliana : non pas déporté…puis nous on a gardé beaucoup de contacts avec euh avec euh los Parales avec tout ça, la famille

Edouardo : ils sont rentrés du camp d’extermination

Juliana : ouais ouais nous quand ils sont Angel : avant de l’arrêter parce que la gosse il allait manger chez vous Juliana : oui la (la fille à Parales) la fille à Parales maan

Edouardo : tu tu … Edouardo : tu peux nous raconter après le comment ça c’est passé bon vous travaillez chez Thierry donc donc il travaillait pour les allemands donc il fallait quand même que le que qui soit vous soyez surveillé parce que vous auriez pu faire des sabotages

Juliana : oui oui

Edouardo : dans les habits il suffit de couper un coin de pantalon ou n’importe quoi euh donc euh

Juliana : oh c’était surveillé très très surveillé ??

Juliana : très très surveillé

Angel : saboter

Edouardo : non mais c’est pour ça parce que vous étiez surveillé

Juliana : voilà on aurait ? difficile de faire quelques choses

Edouardo : et après comment comment ça c’est passé comment vous avez vécu comment comment vous avez vécu la libération comment toi tu as vécu la libération

Angel : toi oui ?

Juliana : moi la libération béh je l’ai vécu assez bien parce que bon à part que j’te dis je faisais beaucoup de sport donc j’étais très prise le travail et le sport euh j’étais très prise et puis le peux qu’on faisait deeee de ce que M Lafitte nous commandait de faire et mon père et de temps à autre parce que mes soeurs étaient plus jeunes il me il me disait de faire ceci ou cela il m’avait même un jour il avait caché un pistolet il avait soulevé le plancher et il avait soul il avait caché un pistolet et il m’avait dit si quelqu’un vient faire que que quelque chose ou tu vois et eh béh tant pis tu tires tu prends ce pistolet moi j’en j’en avais peur du pistolet il me (en rigolant) tu prends le pistolet et pas un bon je l’ai pas jamais touché si regardez mais quand eux quand la guerre a été finie qu’il a voulu le retrouver comme il l’avait mis dans dans du chiffon avec du gras il y était plus sans doute les souris ou les rats (rires) on l’a cherché il a soulevé je ne sais pas combien de planches du plancher on n’a pas retrouvé le pistolet bon ça ce sont des anecdotes comme ça

Oumar : donc depuis 1938 que vous êtes revenus en France vous n’êtes

Edouardo : 39

Oumar : vous n’êtes

Juliana : 39

Oumar : 39 vous êtes revenus en France donc vous n’êtes plus repartis vous êtes restés

Juliana : ah oui après bon en Espagne il s’était dit euh que les en trente en 39 non bien après quand on était là eux après que les allemands soient partis ils ont dit maintenant les espagnols les jeunes il faut qu’ils repartent en Espagne pour libérer l’Espagne faire la guerre en Espagne ça ça s’est dit à Bordeaux et ça s’est dit dans toute la France donc euh moi quand même je faisais parti de ce qu’on appelle de ce qu’on appelait j’ai quand même continué à militer je faisais parti de la proteseu

Edouardo : c’est la jeunesse au service …

Juliana : voilà et la juventud combatiente

Angel : oui

Juliana : c’est la jeunesse combattente donc je faisais parti de ces réseaux là et quand ils ont dit ça ils ont fait un grand comment on l’appelle un pleno? (à plusieurs) oui un pleno un grand rassemblement

Juliana : un grand grand rassemblement (du parti de gauche) du parti de gauche des espagnols et là j’étais à la présidence et c’est là où j’ai connu mon mari parce que oui parce que euh il s’est révolté contre ce que je disais parce que j’ai été (rires) parce qu’on a dit bon tous les jeunes espagnols vous devez partir c’est pas moi qui parlait à ce moment là parce qu’on était nombreux à la ré présidence vous devez partir parce qu’il faut libérer l’Espagne on va organiser c’est là et lui s’est levé et il a et moi j’ai dit oui c’est exact il s’est levé et dit moi je ne peux pas partir parce que j’ai mes raisons j’ai des raisons tout à fait particulière j’ai une famille j’ai ma mère qui est morte enfin il raconte et moi je me suis levée et je lui ai dit si tout le monde fait comme toi béh Espagne sera toujours ce qu’elle est aujurd’hui et don a la sortie il m’a attendu Angel : oui

Juliana : pour me (rires) pour que je m’explique et voilà on sait connu comme ça ???

Hélène : il parlait français comment vous étiez considéré (euh) est-ce que vous étiez étranger ou est-ce que

Juliana : ah non non non beaucoup on avait beaucoup beaucoup besoin de moi voyez la rue du Port où on a habité c’était tous que des espagnols (Juliana et Hélène en même temps) hein et bien on m’appelait Julia Julia tu peux venir chez le médecin mon fils tousse machin allez Juliana allait chez le médecin avec la personne euh Julia mon fils il s’est il s’est y en a un il s’était brûlé la jambe dans le tramway dont un Ruis un des Ruis en jouant avec il s’était brûlé la jambe alors là j’ai eu des mois à aller avec sa mère

Angel : pour lui sauver la jambe

Juliana : pour sauver la jambe parce que l’on disait la jambe elle est perdue quoi alors euh expliquait ce qu’on lui faisait les soins les si et j’avais

Oumar : ouais mais Hélène dem demandait par rapport aux français comment vous étiez vus par les français là vous nous parlez de la communauté espagnole (ah oui) mais les français comment comment ils vous voyez vous à la

Juliana : béh euh à l’école j’ai eu quelques ennuis mais avant de partir en en Espagne avant de repartir hein à la première fois que je suis venu bon les espagnols si et là parce que puisque la deuxième fois je suis pas sale race sale cuir sale et puis un jour je me suis un peu révoltée par parce que j’ai beaucoup de patience mais des fois ça et je me suis révoltée et j’ai commencé à crier dans le hall de l’école rue Gasp j’allais à Gaspard Philippe rue Gaspard Philippe ici à Bordeaux et puis bon on m’a puni et tout moi j’ai expliqué mon cas et y a une des maîtresses très gentille qui me dit faut pas que tu t’en prennes tu sais ce qui te dises ça c’est qu’ils sont pas très malins hein ils ont pas vécu comme toi alors et cette personne elle est venue m’accompagner chez moi cette maîtresse elle a expliqué à mes parents pourqoi j’avais pleuré tout ça des choses comme ça on a eu on a eu pas mal (rires) ça c’est une petite histoire mais après non après quand on a été euh plus grande quoi enfin jeune fille et tout ça non on n’a pas eu de de problème étant donné que nous on parlé en plus mes soeurs et moi on parlait français sans accent ni rien quoi euh pff à … chez Thierry on avait des juifs tu sais avec l’l’histoire de juifs tout ça s’approchaient beaucoup de nous nous bien sur ils sen ils sentaient que qu’on Edouardo : que que vous étiez de leur côté Juliana : de leur côté voilà mais autrement les français non on a eu des amis français eeeeeeeuh des a des des copains des copines françaises beaucoup et ça toujours était très bien non nous les français

Edouardo : ensuite vous êtes mariés

Juliana : ensuite on s’est marié

Edouardo : vous avez des enfants

Juliana : on a deux enfants on a deux enfants en quelle année

Angel : ???

Angel : tu as les numéros de téléphone et les dates (rires)

Angel :c’était en 47 ?

Juliana : on on s’est marié en 46 tu vois il veut se donner (brouhaha) parce que mon fils est né en 48 alors deux ans après ça tu te trompes pas

Angel : et voilà on s’est marié en 46

Juliana : et ma fille est née en 51

Angel : voilà

Oumar : d’accord

Juliana : et aujourd’hui j’ai donc ma mon fils qui a 3 enfants 2 filles et 1 garçon ma fille qui a 2 filles et puis ma file est grand-mère donc nous arrière grand-mère de ce petit bouchon que vous voyez par là

Oumar : est-ce que vous avez toujours des liens avec l’Espagne

Juliana : avec l’Espagne euh oui parce que euh on y est allé après plusieurs fois on a on a de la famille encore à Madrid euh donc j’ai perdu ma soeur aîné ça fait 5 mois à Madrid elle avait 92 ans et on a de la famille à Madrid et après on est allé eeeeeuh dans dans le sud de l’Espagne à côté d’Alicante à Murcie et là on avait on avait acheté un petit chalet on y allait tout le temps en vacances et aujourd’hui on a des gens je sais pas si tu trouves la lettre qu’ils viennent de nous écrire c’est comme si c’était de la famille on peut y aller quand on veut

Angel : on a été dans leur maison ici

Edouardo : tes tes enfants qu’est ce qu’ils sont devenus professionnellement ils ont été à l’école ils ont eu de ils ont ils ont faits des études qu’est-ce qu’ils sont devenus

Juliana : ma fille elle travaille là maintenant à Lormont elle est chef de bureau dans un

Angel : cabinet d’expertises

Juliana : voilà un cabinet d’expertises et mon fils lui il a fait beaucoup dans le commerce il a lui il était

Edouardo : commercial

Juliana : commercial d’abord il était chez Kronembourg après bon il a été à son compte et voilà lui il s’est bien débrouillé oui très bien et ma Hélène : vous avez vécu où pendant toutes ces années

Juliana : euh pendant toutes ces années nous avons donc vécu à Bordeaux euh de attendez euh quand on s’est marié on est venu là rue Nuyens on a eu un appartement rue Nuyens

Edouardo : Bordeaux Bastide

Juliana et Angel: Bordeaux Bastide et puis – on était sur Talence – où sont nés les deux mes deux enfants et après nous sommes partis à Talence en face de – la cité universitaire – voilà en face du commissariat on habitait après béh nous sommes partis à Bayonne – n’oublie pas Sainte La Roque Sainte Laroque on a été châtelain – ah oui on a été châtelain -pendant 2 ans – un moment donné on n’trouvait plus d’a d’appartements on nous avait logé dans un château au château Laroque à Talence aussi – …- voilà après on a beaucoup voyagé mais après on est parti surtout on est parti à Bayonne -ouais – on était à Anglet exactement au pays basque là nous sommes restés plus de 20 ans et au bout de ça de moi j’ai commencé à être malade à Bayonne et les enfants ils ont dit non tu peux plus vous pouvez plus rester là mais nous on voulait pas venir à Bordeaux et on est venu voyez la vie ce que c’est 60 ans après on est venu ici à deux pas de là où on est venu quand on s’est marié on était rue Nuyens qui est là à côté ?? et on a été logé là vous voyez comme c’est c’est bizarre la vie.

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Interviewer : Eduardo Bernad et Oumar Diallo
Lieu : Bordeaux

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