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Luis Isaac CASARES

Luis Isaac Casares
Républicain Espagnol
Né en 1921

Luis Isaac CASARES
Luis Isaac CASARES
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Les séquences

InterviewerJoël Combres et Oumar Diallo
Lieu : Fumel
Date : 25 mars 2009

Retranscription de l’interview

Joël : Bon nous sommes le 25 mars à Fumel, nous réalisons l’entretien de…avec monsieur Luis Casares, en présence monsieur Oumar Diallo de O2 Radio et de Joël Combres représentant la revue « Ancrage ». Euh Luis euh,bon première question, pouvez-vous nous dire tout simplement votre identité, votre nom, ou et quand êtes vous né ?

Luis: Voilà, eh beh je suis « Sacaceres gual », appelé Luis et je suis né à San Sebastien le 6 juillet 1921 hein, ça fait que eh en Espagne quoi naturellement. Voilà

Joël: 1921, vous êtes né sous la monarchie et vous aviez dix ans au moment de la République, avez-vous un souvenir de la république en 31 ?

Luis: Oh je me rappelle très bien, euh le quatorce abril (quatorze avril) 31 on habitait à ce moment là, on était parti enfin ma famille était partie à un village qui s’appelait « Saus », vu que pour manque de travail mais je me rappelle, alors c’est des souvenirs qui restent de la veille complètement, il y a des sortes d’aventures que je me rappelle pas, mais celui là je me rappelle très bien. De la joie qu’il y avait dans ce village quoi, et c’était c’était une joie énorme enfin je me rappelle très bien, et même on chantait parce qu’à ce moment là il existait l’hymne de Riego, mais on connaissait pas et la république en Espagne on l’a fait avec la marseillaise quoi, chantée avec des paroles espagnoles, voilà. ‘que j’ai encore j’ai, dimanche dernier, je l’ai su chanter à la mairie d’Agen, voilà.

Joël: Votre vie à ce moment là Luis, c’est quoi ? Votre vie d’enfant, vous allez à l’école, votre famille, parlez nous un peu de votre famille, de votre pays.

Luis: Eh beh voilà, moi là je suis allé à l’école jusqu’à l’âge de 11 ans. A l’âge de 11 ans, il a fallu que je me gagne un peu la croûte, parce que mon père jamais je l’ai vu travailler en étant un syndicaliste quoi, et il avait été en Espagne on dit lock-outé quoi, ça fait que personne lui donnait du travail. Et ma pauvre mère, elle était obligée de vendre du poisson, c’est pour ça qu’elle était poissonnière. Et moi, à 11 ans je suis parti travailler chez un oncle euh un oncle à moi, un frère à ma mère qui avait un atelier mécanique et c’est là où j’ai commencé à avoir mon métier de… de mécanique quoi, quand d’ajusteur, je commence à 11 ans et après le soir j’allais à une école de que y’avait de sept heures du soir à neuf heures du soir, voilà. Ca était toute ça ma vie jusqu’à…jusqu’à qu’il est arrivé la, la la guerre quoi enfin.

Joël: Alors on va procéder par étape, parlez nous de l’école

Luis: Ouf, de l’école, je n’ai pas vraiment de souvenir *glousse*. Ca…j-j-j…l’école j’sais pas, alors après comme toutes les écoles, mais enfin moi j’ai aucun certificat hein, moi le certificat d’étude ni rien rien, moi je me suis fais tout seul parce que ma vie à partir de…de quand on a évacué, enfin, si après on parle de la guerre je vous expliquerais un peu plus, hein. J’ai fais une vie tout seul quoi, enfin je me suis fais tout seul, voilà.

Joël: Cette école c’était une école privée, c’était une école publique, elle se trouve à San Sebastian ?

Luis: C’était une école, une école publique eh jusqu’à l’âge de 11 ans. Et après oui, à partir de…de quand je suis allé le soir c’était une école privée mais enfin il…on payait pas hein. On payait pas, enfin de toute façon je me rappelle pas, et je crois pas qu’on payait parce que mes parents ils seront pas pus payés et pour pour l’enseignement c’était pas possible puisque je vous dis il rentrait pas de salaire hein, c’était, c’était la grande misère. Je raconte toujours comme une grande anecdote que j’ai connu le goût du jambon quand je suis venu en France, avant je le connaissais pas je savais pas qu’est-ce que c’était alors… *rires*

Joël: Le, votre famille Luis, vous êtes fils unique ? Vous avez des frères et des soeurs ?

Luis: Non, j’ai…j’ai ce…enfin on était neuf, quatre qui sont décédés, et enfin au moment de la guerre, cinq. Maintenant je reste tout seul, voilà, voilà.

Joël: Euh, vous disiez que votre euh père avait des activités syndicales, c’est à dire ?

Luis: Eh beh il était syndicaliste, il était…c’était son métier c’était typographe quoi, et c’est tout ce que j’ai entendu puisque j’étais un gosse quoi, tout ça c’est que j’ai entendu parler à la maison et on ne donnait pas de travail nul part, je l’ai jamais vu travailler. *bafouille* Il il bricolait mais il avait pas un travail quoi. Voilà

Joël: Il était typographe de, dans un journal ? Luis: Non, une imprimerie de Pio Baroja, de la famille Baroja que c’e…tait une grande qui vendait…de la famille, voilà, c’est ça… c’est ça que je me rappelle pas l’avoir entendu parler, voilà.

Joël: Et euh donc, vous après l’école vous avez appris un métier, vous êtes devenu ajusteur.

Luis: Voilà, non, oui, j’ai commencé à apprendre le métier de…d’ajusteur, mais enfin je suis devenu ajusteur que..au moment de…de…de, en Catalogne quoi, quand le… pendant la guerre, au moment que je suis arrivé déjà en Catalogne. Voilà, c’est là que j’ai eu le…les…le vrai métier de d’ajusteur, avant j’étais un apprenti quoi euh…voilà.

Joël: Quel est votre vie au Pays-Basque avant de… on parlera de la Catalogne après, mais votre vie au Pays-Basque c’est quoi, après l’école ?

Luis : Oh beh après l’école, vous savez la vie à ce moment là c’est pas comme maintenant, enfin tout le monde le sait, c’est un grand respect et c’était de… à telle heure c’était le…le repas à midi, à telle heure le repas du soir, à à neuf heures il fallait être à la maison hein, c’était c’était réglo et tout hein, c’est pas…c’est pas la liberté comme en… je critique pas hé, attention, mais c’était une autre vie comme on dit, c’était notre vie, voilà.

Joël : Vous étiez euh, euh un enfant turbulent ? Vous écoutiez vos parents euh ? Que…que… c’était quoi l’ambiance à la maison ?

Luis: Oh oui j’écoutais mes parents parce que j’avais un père *rires*… il m’a battu qu’une fois mais ça m’a suffit hé. Non non alors on avait un respect énorme, énorme, énorme. On a un proverbe en méthode en Espagne que on disait : « Eh à table c’est interdit de parler », on avait pas le droit, et on disait toujours « Tu parleras eh, quand les poules elles pisseront ». Haaa traduit en français quoi, hein, « tu hablaras cuando las gallinas mean ». Alors ça voulait dire tuer, alors ça c’était un respect énorme. Hein, ça, hep, papa y mama c’était voilà, un respect…c’était comme ça.

Joël : Vous avez perdu plusieurs de vos frères et soeurs, les conditions de…de vie sont…sont très difficiles en Espagne à ce moment là ?

Luis : Oui…moi j’ai vu perdre…enfin, les les neuf, y’avait trois avant que que j’aille « … » m’enfin j’ai vu le dernier, il est…il est mort…il s’…il s’appelait Angel, il avait neuf mois quoi, c’était…*bafouille*, c’était c’était une misère non mais voi… Y’avait pas le soin, ni rien comme maintenant. Moi pour vous dire, un docteur je me rappelle un soir, que quand il y avait quelqu’un de malade, je dis pas s’il était grave mais enfin de malade à la maison, ma mère il me disait « Té, va voir le…le…le pharmacien, il te dira mettons que ton…ton père, ton frère », pour celui qui m’envoyait, « il a ses…il tousse ou ceci, à voir qu’est ce qu’il peut te donner ». J’allais à la pharmacie expliquer, le pharmacien il te donne voilà ça, mais bon voilà comment on arrivait à se soigner. C’était très ah, je sais pas com-comment « … », y’allait pas avoir la sécurité sociale et tout ça, je me rappelle pas du tout mais enfin c’était comme ça.

Joël: Euh, 1936, le coup d’Etat de…de…le soulèvement de Franco, euh vous avez seize ans Luis, à ce moment là.

Luis: Ah quinze ans, quinze ans et moi justement j’avais, puisque c’était je suis né le 6 soit le 18, alors … les coûts, euh j’avais quinze ans et…et douze jours quoi, voilà.

Joël: Et vous avez le souvenir de de, qu’est ce qui se passe dans votre entourage à ce moment là ?

Luis: Oh à ce moment là automatiquement j’ai vu mon mon père quoi, comme c’était un homme malgré tout de gauche, je l’ai pas vu mais je sais pas s’il militait, je dis les choses comme elles sont. C’était *bafouille* vous savez c’est pas comme maintenant qu’on…on se raconte tout dans les familles, avant hé…les enfants ils étaient pas au courant de tout. Je savais ça tiré de mon père mais je sais pas s’il militait dans un parti, ouuuu non ça je sais pas. Mais je sais qu’il est parti tout de suite et il était fait prisonnier bein quoi, au bout de j’sais pas de quatre ou cinq jours et il a été fait prisonnier et amené à la caserne, de machin mais enfin, après quand ils se sont…ils se sont rendus, hé puisque le combat à San Sebastian avant de prendre la caserne ça a duré que quelques jours quoi, il a été libéré. C’est la que… qu’il s’est engagé mon père dans les bataillons Azaña. Et, et moi le 20 août, malgré que j’avais quinze ans et un mois, j’ai dis  » ha beh je vais faire comme mon père », je me suis engagé au même bataillon que lui. Voilà

Joël: Euh, vous…vous disiez que euh votre père est parti, il est parti où ?

Luis: Comment qu’il est parti ?

Joël: En 36, au moment du soulèvement, euh votre père est parti. Il a rejoint le le le front républicain j’imagine, c’est ça ?

Luis: On n’est pas partis, c’était tout dans la ville même. Voilà, c’était pas de dire on part ailleurs non, c’était la la les casernes qui se sont soulevés comme dans toute l’Espagne quoi, *bafouille* les casernes ils se sont soulevés du côté de Franco, hein, he beh he mon père il est allé j’ai dit parti il est allé dans la lutte qu’y’avait de rue puisque c’était, hein, et naturellement dans ce moment il a été pris par… par les troupes et amené dans la caserne mais c’est *bafouille* au bout je vous dis que ça durait que quelques jours, il se sont rendus à ce moment là mon père il a été libéré, voilà.

Joël: D’accord, Donc vous confirmez que les militaires de San Sebastian se sont soulevés aux côtés de Franco à ce moment là ?

Luis: Tout à fait, ça se *bafouille* ils se sont soulevés et ils sont se fait forts dans les casernes que les casernes ils se trouvaient là, c’est un village qu’on peut dire la banlieue de San Sebastian qui s’appelle « l’Oyola » et c’est un fait fort à la commandature militaire, euh hein, et au casino qui ça…c’était le casino à ce moment la au…pour les le jeu, et maintenant c’est la mairie, voilà, et c’est là qu’il y a eut les combats jusqu’à qu’ils se sont rendus quoi.

Joël: Alors ensuite vous parlez de l’engagement de votre père dans un bataillon, euh quel est le nom du bataillon rappelez le s’il vous plait ?

Luis: Voilà, le bataillon s’appelait « Bataillon Azaña » et en plus en Espagne tout les bataillons à ce moment là on les appelait bataillons hé, mais peut être il pouvait avoir pareil cinquante hommes que mille, ça c’est…et presque tous c’était des idées politiques. Alors chacun, il prenait presque toujours le nom d’un dirigeant politique selon la tendance du bataillon là alors il s’appelait « Bataillon Azaña » parce que c’était des tendances, des…c’est des partis, des présidents républicains qui s’appelaient « Izquierda Republicana ». Et comme je vous ai dis là, à la bah la parenthèse qu’on a avec machin, je vais pas dire son nom, que c’était des « Izquierda republicana » aussi, et je sais pas s’il sait pas ça que mon père il est rentré là au lieu d’aller à une autre, je peux pas vous le dire hé ça, je…je dis que peut-être c’était pour ça, vu que c’était une question de famille qu’il a dit béh je vais au bataillon où la famille y militait quoi. Voilà

Joël: Euh, une précision euh je vérifie auprès de vous, « Izquierda Republicana » c’est bon le nom du bataillon « Manuel Azaña », c’est euh le courant radical ?

Luis: Non « Izquierda Republicana » c’est la gauche modérée, (la gauche modérée dit Joël), voilà oui. C’est…presque un peu plus…un peu plus à gauche que les radicaux, ici, voilà hein attention. Parce que pareil hein y’avait comm…enfin, anarcho et communiste, socialiste, « Izquierda Republicana » y radicales, ça c’était la gauche.(d’accord dit Joël) Voilà.

Joël: Donc c’est à mi-chemin entre le Parti Socialiste et…et…et les radicaux de gauche, d’accord, très bien. Donc euh, euh, le le 20 août, vous rejoignez votre père au bataillon « Azaña », euh racontez racontez nous ça ce…

Luis: Eh beh qu’est ce que vous voulez c’est…beh pff, il était…maintenant je le dis franchement et après le temps à ce moment là peut être j’ai pas réfléchi à rien mais maintenant c’est une idée de dingue quoi, j’avais mon père là, il aurait été ailleurs j’y aurais allé, si mon père il m’aurait foutu un coup de pied où je sais il me l’aurait dit « Retourne à la maison » je serais retourné mais il m’ont rien dit et je suis restée et voilà comme ça s’est fait comme ça parce que à ce moment là on vous demandait pas qui vous êtes ni rien hé vous arrivez voilà, je m’engage là, bon vous êtes un de plus et c’est tout. Et au début automatiquement parce que la guerre en Espagne au début ça a été des scaramouches y’avait pas de front parce que y’en a qui parle maintenant on parle de guerre d’Espagne je crois que citer un front non euh le front il a été fait après quand on a perdu San Sebastian. Hé, autrement c’était j’arrive là, il venait les troupes carlistes surtout parce que c’était des…des…des « raquete » qu’on appelle que c’était les troupes de Carlos Hugo de Borbón Parma (Charles-Hugues de Bourbon Parme).. de Pampelune. Et il venait *bafouille* et le premier front qu’il y a eu c’était le, en el Fuerte de « ??? », la sur les hauteurs de Urribari. Voilà, ça c’est les…le premier, et moi j’ai j’ai j’ai pas été là encore et le premier front où je suis allé c’était au dessus de Mondragon un front enfin qu’on appelait le front de Peña Dudala, hein, c’est *bafouille* et là je peux dire le premier bombardement qu’un jour j’ai…de l’artillerie de Franco je…je pleurais toute les larmes de mon corps, j’ai pas honte de le dire hé je dis « mais qui c’est qui t’as dit de te mettre dans une histoire pareille » je dis, hé parce que…on…on…on est un bébé à ce moment, aujourd’hui un gars, un gars de quinze ans c’est presque un homme mais à ce moment là on était complètement…enfin rien comparé à un garçon maintenant de quinze ans, rien. Voilà

Joël: Euh je fais un bref retour en arrière, euh, que dites-vous à votre mère quand vous rejoignez votre père au bataillon ?

Luis: Rien. Je crois qu’elle a trouvé normal. Non j’ai pas eu aucun aucun danger parce-que je je je la voyais, non non y’a pas eu à dire euh euh que tu vas retourner à la maison, non non non je crois que euh j’sais pas, c’était ssss… je peux pas le dire, ce sentiment parce que je mentirais, moi je n’aime pas dire les les les trucs que sont pas vrai, mais ja jamais il m’a rien dit, mon père non plus, non plus, ma ma tu tu veux rester, ben reste voilà, voilà!!!

Joël: d’au… d’autre d’autre de vos frères sont sont venus avec vous, ont rejoint d’autres fronts ou pas?

Luis: Non voilà, y’avait un frère euh qui était à la police municipale, et là automatiquement la police municipale il s’est mis du côté de la république et alors dans l’armée il avait été sergent déjà mon frère et alors à ce moment là, il est rentré à j’sais pas dans quel bataillon, je ne peux pas vous le dire, ça je sais pas, il était pas avec nous, il a été aussitôt nommé lieutenant voilà, et ça je sais que après on on s’est séparé parce que ça été la séparation complète hein!!, je sais pas machine como (parce que) il a été, il a été évacué le nord aussi mais pas… pas avec moi, chacun libre à toi sauve toi comme tu peux, et ce frère il a été fait prisonnier enfin alors je vais aller trop loin si vous voulez, on parlera plus tard parce que voilà!!

Joël: J’ai j’aimerais que hmm hmm hmm comprendre, comment se construit euh euh… votre opinion politique à ce moment, vous dites que vous êtes un adolescent, vous rejoignez votre père mais euh c’est peut-être un peu plus compliqué que ça non?!

Luis: Non je crois pas, je je voudrais, c’ est pour faire un machin, quand on va à l’école, on s’est par lire ni écrire, on apprend, quand on rentre dans une lutte politique, c’est pareil, petit à petit on apprend. Hein!! on voit on voit vous entendez les gens, vous faites une une idée, automatiquement vous rentrez dans une idée politique oui ou non!!, selon selon votre votre sentiment, hein? vous vous faites automatiquement, après … on a vu aussitôt les les problèmes des travaux parce que aussitôt on rentrait dans un patelin hein, si on avait quatre syndicalistes, et trois trois po… socialiste machin, aussitôt j’avais pas de de jugements ni rien (…), aussitôt alors automatiquement ça en venant la radio que ça parlait tout, on se se fait une idée, une idée de pas pouvoir blairer le régime, pa… pareil, une dictature et c’est tout, et c’est fait comme ça!!!

Joël: Tout à l’heure vous évoquez euh le le feu que vous aviez essuyer face à l’artillerie de Franco, ça se passe où et quels quels sont les les les évènements qui vous arrivent par la suite?

Luis: Eh ben je vous dit c’était les premières fois que j’étais monté à un front, c’est une ligne de front avec des tranchées et tout, c’était une attaque de l’artillerie comme comme… y’en avait l’autre automatiquement ça, la première fois, parce que quand (…) (petit rire de Luis), je me rappelle qu’en étant dans la dans les casernes, c’était un fronton qu’on avait pris un fronton à San Sébastian comme caserne, parce que comme c’était tous des machins politique et on était par là!! Et un jour on a fait monter la garde devant, on m’avait donné une carabine, une carabine pas un fusil une carabine, et j’étais tout seul pour monter la garde (petit rire), j’en rigole maintenant il me semblait que moi avec une carabine j’allais vous faire comme on dit le monde entier hein?!! c’est pour vous dire, une enfant, un enfant, pas autre chose c’est tout!!

Joël: Quand vous allez en front donc euh quelle euh quelle expérience militaire avez-vous ?, est-ce que vous avez eu au minimun de formation militaire?

Luis: Aucune, aucune, aucune, aucune, aucune, non non rien rien non non

Joël: Vous allez au front avec votre carabine?

Luis: Oh non non au front déjà, on avait dé des machins et en plus j’ai fait à un moment donné je sais pas comment ça s’appelle dans l’armée française, celui qui portait les ravitaillements au tranchée, en en espagnol on dit un azemilero hein ça fait qu’on prend les les les mangés dans les cuisines hein, qui sont un peu en arrière et on les portait dans les tranchées et je vous dis que c’est pas rigolo, c’est pas rigolo du tout parce que obligé, à un moment donné vous étiez obligés de passer par un endroit ou c’était à tir hein? et vous savez, je le portais ça avec un petit âne, (…), et je me mettais de l’autre côté de l’âne parce que je disais si… vous entendez les balles siffler, et après qu’est-ce que vous voulez c’est comme tout, moi j’ai dit qu’on se fait à tout, hein, ça c’est euh on dit, enfin, j’sais pas c’est mon point de vue, on dit la la la vie, c’est si c’est cela, je dit que au début, tu es comme ça, tu peux avoir peur une ou de deux, ou tu fous le camp, tu t’en vas, ou tu te fais à tout, voilà et moi je je je me suis fait à tout, j’ai continué.

Joël: Alors vous avez continué euh en quelle direction? qu’êtes-vous devenu en 37 38, comment ça se passe pour vous?

Luis: Bon voilà après, bon on appel au automatiquement la retirada toujours toujours toujours, on a fait que ça, malheureusement, on a perdu Bilbao hein, euh enfin on est allé à même en Asturies à en renfort, là pareil c’était pas la rigolade là-bas là-bas, la la l’aviation franquiste alors c’est là que je l’es ai vu ben tirer eeettt, quand on avait perdu Bilbao en 37 déjà euh machine on a enfin ma ma famille plutôt ma mère, il a dit écouter:  » non c’est pas possible euh tu vas m’é… me faire mourir et tu es un gamin et je vais demander à l’état major de machin que l’on te démobilise », et alors il a demandé à me démobiliser automatiquement bon moi j’étais l’enfant, j’étais démobilisé tout de suite, mais on m’envoyait à une usine de vue mon métier, les gens, qui étaient apprentis ajusteur à l’usine de l’armée hein, je suis parti à une usine qui s’appelle enfin du gouvernement basque mais de la défense, puisque j’assistais le gouvernement basque déjà l’appel dans la la la guerre. Et là automatiquement bon on a fait un tour, on a été à un village qu’on a monté après Cabezon de la Sal, et de Cabezon de la Sal on a perdu, on a fui jusqu’à que je me suis trouvé à après Jiron à pouvoir embarquer, à sauver qui peux, la chacun débrouille toi, pour pas dire plus, et j’ai embarqué dans un bateau anglais euh je me rappellerai toujours le nom, enfin le prononce comment il est écrit EXIABAL et on a débarqué à la à la Roche-sur-Yon, de la Roche-sur-Yon il nous on envoyé à à Villeneuve euh à Villeneuve sur Yonne à côté d’Auxerre , de là en Catalogne, et à Catalogne j’ai atterri à San Saturnino de Moya province de Barcelone où y ‘avait une usine aussi qu’on fabriqué par la suite de des voitures blindées et on réparait les tanks, j’ai dit on réparait parce que des tanks, on a pas fabriqué en Espagne, c’était des tanks Russes qui venaient quoi, mais on faisait les réparations quand ils venaient un peu esquinté du front, mais les voitures blindées oui, et j’ai fait tout tout tout après tout les toutes la retirada, on a été, quand on a perdu Barcelone, on est allé à Sabadell, de Sabadell à Vic, de Vica à côté de …jusqu’à jusqu’à la frontière quoi, petit à petit.

Jusqu’au six au six février trente neuf, où j’ai j’ai traversé la frontière que c’est le jour qu’elle était ouverte pour les hommes et les soldats quoi « Los milicianos » comme on appelait quoi parce que autrement les femmes et les enfants ils les avaient laissés déjà passer par groupe de de depuis le 28 mais enfin nous ça était que que le 6 voilà!!

Joël: Euh Lui Luis, quand vous êtes démobilisés, je fais un peu peu marche arrière, parce que là vous vous franchisez des étapes très très importante, quand vous êtes démobilisés, vous partez en usine pour euh c’est une usine où on fabrique de l’armement j’imagine

Luis: Ah oui oui oui, c’est une usine de l’état majeure, comme on appelle de l’armée quoi!!! Oui, oui, oui!!!

Joël: Et elle se trouve où cette usine?

Luis: Eh ben elle se trouve au à à Cabezon de la Sal

Joël: Cabezon de la Sal

Luis: Un Santander

Joël: D’accord!

Luis: La province de Santander, Santander et avant j’avais été voilà!

Joël: D’accord. Alors ensuite sous la progression franquiste, vous rejoignez le port de Gijon et

Luis: Un un autre, un peu plus loin que Gijon, je me rappelle pas le nom vraiment de ce port, mais enfin c’est pareil bon, il avait le port et eeett c’était, il y avait pas ça, eeett t’es habillé pour monter, non non, les bateaux qui avaient malheureusement y’en a beaucoup, comme comme mon père

Joël: Ouais

Luis: Et mon père il n’a pas pu embarquer.

Joël: Ouais. A propos des des des bateaux anglais auxquels vous faites allusion on a dit que c’était des des bateaux charbonniers qui a l’époque faisait…

Luis: Ah ouais, c’était des bateaux charbonniers, oui oui, c’était un bateau charbonnier certainement, certainement!!!

Joël: Et c’était des des bateaux qui avaient été rudimentairement aménagé pour transporter des gens, pour transporter des …

Luis: C’était là sans doute pour prendre du charbon ou des trucs comme ça puisque c’est l’endroit minier de l’Espagne hein l’Asturies et et voilà, et attention en tenant compte qui en a beaucoup qui ont été coulés!! Joël: Oui. Luis: Parce-que si ils ont été attaqués par la marine franquiste hein, celui qui passait la nuit il passait, celui qui passait pas il passe pas c’était une chance hein, c’est pas parce qu’on était dans un bateau anglais ou quelque chose, les gens ils se moquaient

Joël: Ouais, ouais. Alors euh à propos, j’allais vous poser la question ça tombe bien parce que ça c’est un point d’histoire que j’ai dû mal à éclaircir, parce que on a dit euh vous n’êtes pas le premier témoin qui m’explique que la marine franquiste a abattu (rire de Luis) des des bateaux anglais euh… mais il y’a aussi des témoignages qui font états que la marine franquiste, elle était républicaine et que c’était peut-être la marine Allemande qui qui coulait les bateaux alors?

Luis: Ah non non non non!! ce qui a, attention!! les la marines Joël: Je voulais dire la marine franquiste j’aurais du dire la marine Espagnole, pardon Luis: Y’a un problème, attendez, c’est c’est vrai, que la marine, la marine, elle a été au moment du soulèvement on va parlé de soulèvements du côté de la République, c’est ça, mais el amirante Cervera, voilà un bateau que c’est un destroyer, trois ou quatre, ils sont restés, et s’ ils s’é… il s’étaient…. ils s’en m… ils se moquaient de la méditerranée, c’était empêcher l’évacuation du nord

Joël: Oui, d’accord!!

Luis: Voilà. Hein avec trois ba ba ba bateaux, parce qu’à ce moment là, vraiment je peux pas dire que non, moi quand je ne sais pas, je peux pas dire, mais on parlait pas de la marine allemande, ni italienne dans le nord de l’Espagne, sur le marché

Joël: D’accord, d’accord, d’accord

Luis: Hein, voilà!!

Joël: Donc, c’est bien de de de de la marine Espagnol qui était avec Franco

Luis: C’était avec les franquistes, voilà, c’était l’armée des franquistes, oui!!

Joël: Euh entre le le le départ de de de du Pays-Basques, euh… et euh le retour en Espagne par la la Catalogne, il se passe combien de mois là?

Luis: HEIN???, ah non deux jours!! Joël: Deux jours!! C’était… Luis: (Rire de Luis) Moi je me rappelle quelques jours, pas des mois, non non oh ça aurait été trop chouette ahahaha (rire de Luis), en France vous voulez dire?

Joël: Oui parce-que

Luis: Ah non non non non!!!

Joël: Vous partez de Jijon, vous allez à la Roche-sur-Yon après Auxerre et après…

Luis: Non non non pas Auxerre, c’est à côté d’Auxerre j’ai dit, ah non pas Auxerre, à Villeneuve sur Yonne c’est à côté d’Auxerre

Joël: D’accord!

Luis: Non non non, ah non c’est pour dire l’endroit où c’est quoi enfin enfin, Yonne c’est le département de l’ Yonne que je veux dire non non

Joël: Donc, Villeneuve-Sur-Yonne et après retour en Catalogne, alors ça se fait tout tout en quelques jours ça?!

Luis: C’est sa, et comme beaucoup comme beaucoup qui sont allés dans une caserne, un hôpital, c’était dans un hôpital qu’on était, dans un hôpital à Villeneuve et et voilà, on rentrait à machin directement, enfin je peux pas… vous…. vous dire franchement, si je sais qu’ on m’a dit: « Voilà vous allez là-bas parce qu’il y’a une usine, où si »; ça j’en sais rien, ça j’en sais rien, ça je ma rappelait pas comment ça la seule chose que je sais je me suis trouvé à San Saturnino de Moya c’est le le village du du (cava) en Espagne, le le le champagne de l’Espagne et où y ‘avait une usine, qui s’appelait « Usine Uzès » qui appartenait j’ai des j’ai des documents hein, je parle pas, j’ai tous les papiers pour vous, tout ceux que je vous parle je vous le ferrez voire le papier.

Joël: D’accord!! Donc euh en 37 euh vous euh fin 37, on va dire que vous êtes en Catalogne

Luis: Voilà!!

Joël: Euh vous y restait deux ans, jusqu’en 39, jusqu’en février 39 quoi!! enfin deux ans, pas tout à fait deux ans

Luis: Voilà!, voilà on fait la la la retirada, et automatiquement à partir de 38 hein!!

Joël: Oui. Qu’est-ce qui se passe pour vous en 38 euh, vous êtes affecté à tel bataillon, vous êtes au front, vous faites…

Luis: Oh non non, je f… je suis dans cette usine

Joël: Ouais.

Luis: Je fais toute, là y’a une fois quand je rentre en Catalogne, j’ai travaillé toujours pour la défense nationale à cette usine et j’ai la, j’ai fait la retirada avec cette usine ce que je vous dit on montait l’atelier des d’un village enfin enfin on faisait 100 kilomètres, pour monter, pour pouvoir bricoler un peu, s’il y avait quelque chose et comme ça, plus ils avançaient les franquistes, plus on reculait nous et voilà, jusqu’à que on est arrivé à la frontière, puisque on est parti au mois des des San Saturnino de Moya(bafouille??) où il était complètement halluciné je crois que c’est au mois de d’août par là je novembre, novembre, août, j’ai dit novembre il me semble que j’ai dit août et voilà et et après d’un côté à l’autre jusqu’à et toujours avec l’usine

Joël: Humm humm… Dans quel état d’esprit êtes-vous quand euh vous arrivez en France pour euh en février 39?

Luis: Ah ben avec l’espoir que vous croyez que on allait retourner toute de suite en Espagne, ah oui, vous croyez, je sais pas on avait cette illusion, une illusion …puisqu’il y avait Madrid Valence et c’est tout ça qui résistaient et ben on va aller, on va on va nous aider, on faisait beaucoup des idées, mais mais jamais on croyait ce qui s’est passé, ça sûr et certaine, non non!!!.

Joël: Votre premier contact avec les autorités françaises en 39, c’est quoi, il se passe où?

Luis: Ca se passe à Au Perthus, mon premier contact c’est mon premier mot en français que j’ai appris, je l’ai dit toujours, je le dirais c’est « Allez, allez »; c’est mes premiers mots que j’ai appris hein, puisqu’ils nous on mis en colonne et il est par enfin par les sphais à à cheval, ils étaient : « Allez, allez!!! », »Allez, allez!!! » on entendez que ça ben pour pas qu’on puisse s’arrêter une fois qu’ils nous avaient mis en colonne (bruit bizarre), oh pardon!!!; et une fois qu’ils nous avaient mis en colonne et comme ça de Argelès, de Argelés de le Perthus jusqu’à Cieles ?, voilà!!

Joël: Argelès, pour rester combien de temps sur la plage?

Luis: Voilà, on est arrivé à Argelès, où on avait la mer d’un côté, les barbelés de l’autre, pour vivre on a fait des tours dans le sable, et s’est couché à l’intérieur parce que la tramontane, le vent et tout là-bas c’est pas c’est pas jojo, et je peux pas dire pareil, je te dis toujours…. la vérité sous un problème, je pouvais donner une date mais sa se serait fausse parce que je peux pas dire que c’est vrai et là je sais pas comment ça été fait mais avant d’avoir le baraque, moi j’étais envoyé au camps de Brams, alors je compte que sa devait être au mois de mars, début avril, mais encore y’avait pas de de baraque à à Argelés, à Brams oui, quand on est arrivé à Brams y’avait des baraque déjà et là c’était notre camp de concentration enfin, on avait des ba des baraques mais on couchait par terre, par terre complètement y’avait pas des planchers pour faire un petit manger non non, y’avait un peu de paille et par terre quand les pailles étaient bouffées par les ??? comme on dit par terre et là euh enfin euh euh la la la vie de camp de concentration c’est que on nous faisait sortir par par baraque, par baraque, la baraque euh à la baraque de à la baraque du , c’est là on sortait, on nous envoyait avec des camions cassaient des cailloux j’sais pas dans des chemins avec des des petites masses, je me rappelle. Et c’est après ils sont montés ce que on a vu, c’est que à la à la gare de Brams, ils on montait une boulangerie militaire, j’ai raconté ça parce que ça ça nous a sauvé beaucoup, parce que quand on allait c’était pareil, ils s’appelaient pas de baraquement, on allait la la nuit pour porter les bois, pour les pour les fours quoi!!! parce que c’était automatiquement pendant qu’on était la nuit là-bas, on mangeait les pains qu’on voulait hein et ça c’était, c’était … on venait pff même à éclater et voilà notre vie des les camps sans comptait les brimades parce que ça la nourriture alors parlait pas de nourriture, c’était la la en parlant bien bien la saloperie, j’ai c’est pour ça que j’ai dit maintenant que n’importe quoi que n’importe quoi qu’on me donne à manger, c’est tout bon et y’a rien qui me fait mal à l’estomac, porque…

Joël: A quel moment, vous arrivez à Brams?

Luis: Et ben je vous dit que je crois que c’était fin mars ou début d’avril, voilà, je croyais, je me rappelait pas, alors je peux pas précise…

Joël: Ce qui fait que vous avez pratiquement euh même pas du tout connu les les baraques d’Argelès, vous êtes ceux que que fait des trous dans la plage pour voire se mettre à l’abris du vent si on peut dire.

Luis: Ah non non non, j’ai pas vu de baraques à Argelés, quand je suis partis encore, y’en avait pas de baraques à Argelès, y’en avait pas.

Joël: On a dit que que Brahms était euh euh un des camps les moins pourris de tout les camps d’exil des Espagnoles

Luis: Le moins pourris sur?

Joël: De de de tous, d’Argelès, Saint-Cyprien, de tout ceux qui avait dans….

Luis: Mais à quand quel sens, sens de pourris?

Joël: Le moins, le le plus, enfin j’ose pas dire le convenable parce que c’est pas le cas enfin à peut près le le le mieux de de tous de dans la médiocrité quoi, dans la médiocrité générale je veux dire hein!!

Luis: Oh écoutez après quand ils ont fait les baraques peut-être mais autrement quand il n’y avait pas de baraques, on était tous à la même enseigne hein je crois pas que Argelés, Barcarés ni ni (toux de Joël) Saint-Cyprien ils étaient mieux ou pire que qu’Argelès, puisque c’était c’était pareil hein?

Joël: D’accord!

Luis: Et l’eau et c’était un tuyau avec une pompe mis dans les dans les sables et c’est tout, les besoins on allait les faire au bord de de la mer ou des trucs comme ça, c’était c’était la mis… la misère quoi!!

Joël: Euh Luis humm… Mars euh 39, vous avez euh quasi presque 18 ans euh… que savez-vous de votre mère de votre père, de votre frère à ce moment là?

Luis: Voilà, moi je suis par la suite, à ce moment là rien, je savais rien, c’est plus tard quand quand je suis venu i… ici à Fumel hein, que j’ai pu avoir le manger que je suis la la vie qui ont mené autrement je savais pas je je enfin je vais vous raconter maintenant je vous raconte pas pres… pas enfin j’ai su que ma mère est est deux soeurs, ils avaient été envoyé à Dax, hein ils étaient à Dax et que de Dax si ils savaient ils envoyaient en Espagne comme ils faisaient parce que quand ils allaient mal, ils allaient hop!!, et on renvoyait les gens en Espagne et mon frère il avait été fait prisonnier dans la bataille des mont… de l’Alto comme on appelait ???? la grande bataille de Teruel, il avait été fait prisonnier là voilà et tout ça je l’ai su que que bien après quoi!!

Joël: Bien après. Et votre père?

Luis: Ah ben mon père il avait pas pu évacuer déjà le nord, mon père il avait été pri prisonnier déjà là et il a pu embarqué on va dire puisque il pouvait partir qu’en bateau, il a été pris là-bas,y alors mon père il était en tôle c’est pareil, et mon père il est resté assez longtemps en prison puisque après enfin quand ma mère et mes soeurs ils sont revenues en Espagne, me racontaient dans les courriers quoi, qui les portait un peu à manger ce qu’il pouvait dans la prison, puisqu’il était en prison à à la prison de San Sébastien quoi!!!.

Joël: On reviendra, on reviendra à votre famille euh euh un peu plus tard dans l’immédiat on va on va poursuivre votre votre itinéraire, votre euh votre euh votre exil euh donc euh vous êtes euh vous êtes à Brahms vous vous vous sortez du camp vous avez cassé des cailloux, vous faites de de des travaux dans le secteur, vous restez combien de temps à Brahms? euh qu’est-ce que vous devenez après?

Luis: Euh voilà, euh là à Brahms c’est pareil, c’était toujours la même chose, et vers le mois des fin septembre, début octobre peut-être euh il demandait à ceux qui sont le métier de la métalurgie, de se présenter quoi!! Parce que ils vont nous envoyer en camp de Septfonds, parce que au camps Septfonds, le gouvernement, il avait monté des ateliers de métallo dans le camp, ils avaient monté des tours, des fraiseuses, euh des des étaux pour pour leurs métiers et alors euh ils nous on envoyaient à Septfonds et là chacun dans son métier des mété… je parle de métallurgie hein, il faisait son son essai quoi, et il mettait le numéro et venait le chef d’entreprise de toute la France, qui s’en foutait toute la France, là où ils avaient besoin, euh les multinationales, toutes ils avaient besoin, les personnels étaient partis dans l’armée alors ils disaient voilà enfin pour ceux qui nous on dit après cette pièce me plait celle là, celle là et par rapport au numéro ils savaient à qui ils appartenaient alors euh la quand moi j’ai arrivé et ben euh un douze euh un douze décembre, ils ont appelés quoi mon nom, je me présentais enfin il te laissait sortir exprès du baraquement enfin par du baraquement du du parce que le baraquement ils étaient enfermés de de et

Joël: Vous arrivez, pardon, vous arrivez à Septfonds en décembre 39 c’est ça?

Luis: Ah non non non, pas en décembre, à fin novembre, septem… fin novembre, début octobre hein!!

Joël: D’accord.

Luis: Hein, non non!!

Joël: Fin novembre 39, d’accord

Luis: Au au début octobre hein attention!!!

Joël: Enfin bon c’est…

Luis: Parce que ça c’est c’est pareil

Joël: C’est c’est pas à quelques semaines près, d’accord c’est pour situer un petit peu

Luis : Et là et c’est que fait le il nous envoies exprès pour s’é… des admettons des Argelès, à Brahms c’est pas le motif, parce qu’ils ont dit que c’était pour les personne âgées qu’ils avaient fait les changements de Argelès à Brahms, moi c’était pas pour les tranchées, peut-être pour être gamin mais enfin tandis que des des blancs à Septfonds, c’étaient une question des des métiers.

Joël: De métiers.

Luis: Voilà!

Joël: Alors vous me dites euh que que à Septfonds, si je comprends bien euh y’a des ateliers?

Luis: Oui!! y’a des a… ils ont monté des ateliers et on fait l’é l’essais, les tourneurs, les fraiseurs où nous les ajusteurs et là y’avaient le chef du personnel hein, il regardait les pièces, la pièce qui lui plaisait: « C’est bon, celui-là il me plait, il me plait » et c’est ça qui m’est arrivé à moi, il est venu l’usine de Fumel, c’était la société minière métallurgique dans le Périgord à ce moment là et et voilà comment je me suis trouvé à Fumel enfin le 12 on vous passez une revue, il disait ça une revue euh médical que c’était pas vrai, c’était on on vous appelait pour voir si vous aviez la gale hein on vous faisiez venir avec les doigts écartés pour voir si y’avait, si y’avait pas la gale, vous êtes bon, ben voilà, on vous dit: « C’est bon, vous partez demain »; et le jour que nous on est parti, le 13 décembre 39, ben justement ce jour là il y ‘avait une autre expédition qui partait à Fermini, pareil à l’usine voilà, ça fait que nous on avait rien à dire c’est pas comme j’ai vu un article dans le journal dernièrement qui disait: « Que volontairement non y’avait pas de volontaire non non!!!

Joël: Donc euh vous êtes euh euh réquisitionnés euh pour pour euh revenir ici à l’usine euh… cette euh com… combien êtes vous, vous avez une…???

Luis: Heyyy!!! Je faisais parti de la troisième expédition déjà qui venait à Fumel

Joël: Oui!!

Luis: Ca fait qu’il y’avait eu deux deux expéditions avant la mienne qui qui étaient venues et je crois qu’on étaient arrivé à 450 réfugiés espagnoles à travailler à l’usine.

Joël: D’accord!!

Luis: Voilà!!

Joël: Quand quand vous arrivez à à Fumel, la compagnie des travailleurs étrangers existe déjà?

Luis: Non!!

Joël: Non, pas encore

Luis: Non!! Qua… voilà, quand on on on revient à Fumel, c’est l’usine qui se fait et et et qui nous prend en charge

Joël: Humm!!!

Luis: Il nous font coucher dans les magasins, l’un des magasins et dans des wagons et comme on dit euh 8 chevaux, 42 personnes qui savaient monter sur pilorie (au lieu de sous les roues) hein, bon ben on avaient un lit avec machin ça il faut dire sa mais bon… et ce qui avait c’est que on avait pas la liberté de de sortir de manger, on avaient la liberté jusqu’à 9 heures, on pouvaient pas traverser admettons .., monter après la la barrière de mont Sempront etcetera etcetera, alors on faisaient pas parce que si on t’attrapait tu repartais au camp de concentration alors voilà notre vie?!!, ça qu’ on avait par différence, c’est qu’on mangeait à la cantine pareil que que l’ouvrier français, pour nous ça c’était pouff!!! après 11 mois de de misère, c’était déjà beaucoup.

Joël: Humm… Donc et les wagons euh ils sont euh à l’intérieur du site?

Luis: Oui, et les wagons et les baraquements, c’étaient les baraquements qui s’éteignent déjà des des ???? à l’intérieur de l’usine

Joël: Ce sont des wagons déguisés, aménagés en baraquement on est bien d’accord?

Luis: C’était non non c’était les wagons, wagons wagons y avait rien wagons wagons juste la grande porte machin c’est tout non non non non

Joël: Ouais…

Luis: C’était un wagon, pareil que si on était déporté à Mauthausen, c’était les mêmes wagons seulement y’avait quatre lits dedans

Joël: D’accord, ok!!, et donc euh là vous êtes euh sur les euh sur les métiers et ici à à Fumel euh… ça se passe comment euh à Fumel, le travail, qu’est-ce que vous faites?

Luis: Et ben voilà là là là là c’est pareil, quand on est arrivé quand même à l’usine, là ils nous ont fait faire une autre essai pour voir si la qualité et peut-être c’était le même ou si c’était un autre qui l’avait fait, et voilà quand ils ont fait ça ben à chacun ils nous ont mis à à distribuer dans le chantier ils sont venus, moi j’étais (personne qui tousse), j’étais envoyé à la centrif au au montage parce qu’à ce moment là la centrif encore il fonctionnait pas, c’était le montage et (…) à l’atelier etctera cha chacun à l’intervention voilà!

Joël: Vous n’êtes pas les les seuls étrangers à l’usine de de Fumel, comment ça se passe avec les ouvriers?

Luis: Oh ben pff au début, premièrement y’a un problème, c’est que pour dire je sais pas mais mais tous ceux que je connaissais aucun ils parlaient français alors c’est pas difficile on a pas de contact, alors hein, c’est pas, moi j’avais comme contre-maitre, le fils d’un espagnol réfugié économique comme on appelle qui était venu en 23 par là alors il pouvait m’expliquer un peu en espa, et vous savez le travail quand l’on vous donnait une pièce il faut la faire, on a pas besoin de,hein quand on vous donne le plan hein avec la pièce on n’a pas besoin que l’on vous parle hein vous la faites ou vous la faites pas.

Joël: Et vous êtes toujours dans cet esprit d’un retour possible en Espagne de de de de d’une euh comment dirais-je euh d’une d’une réaction de de de l’armée républicaine, de de la chute de franco, vous êtes toujours dans cette logique là?

Luis: Non a au début, on n’a pas il faut dire franchement parce qu’on ne sait pas les les chemins qui va prendre de la guerre, alors vu après après … , bon la solution qu’on a eu c’est APRES!!!

Joël: Ouais!!

Luis: C’était après, voilà!!! mais pas à ce moment là, c’est après après quand la débacle de l’Allemagne nazie et tout ça là on fait avant, avant de ça, on avait cet espoir quand il ira ici, on ira là-bas enfin ça pas était le cas, mais enfin, c’était l’illusion mais ça comme on dit ça fait vivre ça!!

Joël: Vous travaillez sur le site industriel, vous dormez, vous mangez sur le site, vous pouviez un petit peu quitter l’usine vous disiez mais euh dans les conditions bien euh bien strict c’est c’est c’était quoi exactement?

Luis: Et bien je vous disais on pouvait on pouvait sortir dans chaque agglomération on pouvait se promener au temps que vous voulez y’avait pas de problème seulement on pouvait pas sortir des limites

Joël: Oui!!!

Luis: La limite c’était Condat c’était la barrière que que y’avait rien y’avait rien c’était pas de dire si on va là-bas on va trouver non mais mais enfin, c’était des limites que nous avait dit, on avait laissé passer et on avait des machins pour pouvoir circuler parce qu’on avait pas de papiers ni rien et voilà!!

Joël: D’accord!!. Est-ce que vous vous avez des relations avec euh avec les gens de Fumel, est-ce que vous avez vous faites des amis des connaissances ou pas?

Luis: Oh oui, oh pour ça ça c’est une question de caractère de la personne, et des personnes que vous trouvez, je vais vous vous racontez mon cas, je suis arrivé le 13 décembre, bon alors le 25 c’était le jour de noël (bruit); et y’avait un hôtel à Fumel et qui faisait des bals, malgré qu’on était en guenille parce qu’on avait rien des pour habiller hein parce que on était … et on avait pas toucher la paye ils nous avaient avancés juste 100 eu… 100 euros même pas euros 100 francs pour acheter des timbres pour pouvoir écrire à la famille, alors enfin c’est une anecdote de ma vie et c’est pour le cas que vous me demandez si on avait des contacts et on est allé avec quel… quelques copains à un moment donné on était là comme on dit, comme on décidé entrain de regarder y’a une jeune fille qui est venue me me trouver et c’était une espagnole automatiquement enfin d’origine espagnole qui m’a dit: « Ecoutez Monsieur, ça vous ferez rien euh de de faire danser ma copine, parce qu’elle voudrait danser avec vous » voilà des d’histoire qui arrivait dans la vie, j’ai dit pourquoi pas? Et ben je suis allé faire danser cette jeune fille, qui deux ans et demi après est devenue ma femme et 56 ans de vie commune en plus, vous voyait que j’ai de ça elle est d’origine polonaise,(sans parler de moi en espagnole et moi sans parlait moi en français) hein si c’est c’est rigolo y’a des anecdotes dans la vie incroyable quand vous me direz comment c’est possible j’ai dit, je sais pas!! parce que je me rappelle pas non plus ben je sais que on a continué à sortir et c’est grâce à elle qu’après j’ai vu que des autres affaires que je vous raconterais plus tard.

Joël: Une euh une euh, un exilé espagnol et puis euh une jeune fille euh immigré polonaise euh vous êtes emblématique de du métissage euh Fumélois co… comment vous discutez votre euh je veux dire votre copine, c’est un peu un peu caricaturale enfin avec votre future épouse?

Luis: Eh ben je vais vous dire, on parlait pas, je parlais pas un mot en français je savais pas un mot elle pas un mot en espagnol, je me demande maintenant parce que je me rappelle pas mais on sortait on on on le dimanche après on se voyait puisque elle elle y travaillait et moi je me… euh je sais pas je sais pas alors je je n’ai pas aucune idée, ben j’ai dit alors c’est comme on dit, c’est les mecs qui doivent faire parler je sais pas mais mais mais la réalité c’est cela, c’est pas de dire j’étais avec une femme ça était finie au bout de 4 jours non!!, ça a duré 58 ans

Joël: Vous vous avez quand même réussi à lui à lui donner rendez-vous pour la semaine d’après?

Luis: Ah oui oui oui, ah oui!! A ben ben ça je sais pas peut peut peut-être je sais pas vrai… vraiment je me rappelle pas ben le problème ben il est là, c’est c’est c’est marrant, c’est c’est c’est riogolo, moi je je je le racontais ça parce que des fois même dans la télé les trucs comme ça qui disent: (« Ououou de de…. »); j’ai dit mais oui dans la vie, quand on l’a pas vécu on tou co… on dit c’est pas possible, mais quand on l’a vécu et ben de cet acquis par les par les mêmes langages ni rien, ils arrivent à se comprendre, et j’ai dit ça parce que en plus, par la suite, j’ai eu euh 4 petits-enfants du côté de ma fille, et ma fille en allant après quand j’ai été enfin j’ai ben là je sors en Espagne, elle a fait sa vie là-bas, j’ai pris mes pe pe 4 petits enfants et sont venus à faire l’école, l’école de à Fumel, et sont allés à l’école sans parler un mot en français et quand ils rentraient à midi je les disais: « Ouf!! ça va mais me je comprend, je com… »; je sais pas mais on arrive à se comprendre et ils étaient enchantés voilà!!!

Joël: Quelle a été la langue de votre couple ? ça été le français après euh vous avez appris quelques mots de polonais-

Luis: Non!

Joël: Et est-ce que votre polonaise a appris quelques mots espagnols?

Luis: Non non, moi la langue ça été le français premièrement parce qu’à l’ usine en plus il fallait que je parlais le le français et fallait l’apprendre le plutôt possible et ça a été le français non elle par contre euh elle parlait beaucoup parce que elle était polonaise, mais elle est née en Allemagne, alors il parlait le polonais, l’allemand, parce que sa mère, son père il est décédé, enfin c’est moi qui a fermé le lieu, parce que y’a eu des une histoire pareil, il voulait pas que je fréquente sa fille, parce que j’étais un rouge etcetera etcetera, c’est moi qui l’a fermé les yeux pauvre bonhomme c’est pour ça peut-être que j’ai pu me marier , mais sa mère y parlait pas pas un mot en français, alors comment j’ai on l’a gardé après le mariage pendant 14 ans, ma belle-mère avec toujours ça a été une question de polonais et… et allemand qui parlait entre eux quoi, entre toute la famille, puisqu’il avait toute la famille ici et mon gosse c’est comme ma femme a toujours travaillé et moi aussi et et ben ma belle-mère c’est sa c’est mon gosse à moi, le gosse enfin mon fils, il avait déjà appris le polonais mais moi non, moi quand je venais il venait avait peut-être la maison plein de toute la famille je disais je le disais « Matka » que ça veut dire mère en polonais et je sss… et Antoinette est partie bon euh voilà, je m’en allais ou je m’asseyais dans un coin parce que je comprenais rien jamais non non, c’est pas….

Joël: Vous pa… vous parliez français avec votre belle-mère quand même?

Luis: Ah non je parlais rien

Joël: Rien!!

Luis: Rien… non non non euh parce que entre eux ils parlaient polonais ou allemand

Joël: Ouais ouais!!!

Luis: Toujours ça fait que ma belle-mère parlait pas un mot en français

Joël: Ouais, ouais

Luis: Rien

Joël: Très bien. Et alors c’est quand même, on a du mal à à imaginer avec un avec le le le recul mais après tout pourquoi pas vous êtes bien une une illustration euh vous vous perdez la guerre, vous êtes séparés de votre mère, de votre père enfin vous vivez une des épreuves les plus dramatique de votre vie, malgré tout vous tombez amoureux, vous vous mariez, vous avez aussi des des des de très bon moments de de de votre vie, c’est c’est comment vous expliquez ce enfin ce y’as pas, y’as rien à expliquez mais vous le viviez comment ce vous le viviez comment ce euh comment ce cette confrontation des des choses très heureuse plus que ça et puis des choses d’une tristesse inouïe?

Luis: Et bien je vais vous dire en gardant … étant heureux, voilà comment on vit. Si on s’accrochait au mauvais moment, au moment malheureux et bien autant d’aller la tête contre le mur, on peut pas vivre, il faut vivre sur les moments bons, pas oublier, pas oublier, c’est une chose, c’est une chose oubliée, mais pas le vivre, parce que c’est pas une vie, si on passerait… on penserait tout le temps à la vie que l’on que l’on a passé à certains moments qui soit dans le camp de concentration je vais parler; quand j’étais tout seul ou après dans les maquis et tout ça, mais sa sa sa, maintenant que ça fais 10 ans que je suis tout seul, mais je pourrais pas vivre moi, si je m’accrochais pas au meilleur moment de ma vie ben alors impossible. Moi je je je plains les gens qui sont tout le temps entrain: « Oh oui, il m’arrive toujours… », oh non non, c’est pas mon caractère, c’est pas mon caractère.

Joël: Bien je je reprends la chronologie de votre histoire Luis, on revient à à l’usine de Fumel, qu’est-ce que vous fabriquez comme comme pièce à Fumel à ce moment là?

Luis: Là à l’usine de Fumel on fait que des obus on fait que des obus pour l’armée pour l’armée française puisqu’on parle euh de de 40

Joël: Oui, ouais!!!

Luis: Bon ça à la maintenant on peut aller directement jusqu’au mois de juin euh 40, au mois de juin il y’a la signature de l’armistice

Joël: Ouais.

Luis: Automatiquement on arrête la fabrication et le 5 Juillet euh ils nous font savoir que le lendemain il nous faut être à la gare pour repartir au camp de concentration.

Joël: A Septfonds

Luis: A Septfonds, alors ça fait que 6 Juillet 40, on est reparti pour le camp de concentration de Septfonds; là vous voyez, là vous voyez j’oublierai jamais parce que c’est la date de mon anniversaire hein, alors là je l’oublierais jamais la date et la la pro… on est arrivé en camp de de Septfonds et la… le dimanche après on fait mettons 15 jours après, 15 jours comme ça, ou 7 jours, y’a le frère celle à qui elle est devenue ma femme, il est venu me voir, il est venu en vélo, en vélo et j’ai dit: « Il s’appelle Antoine », « euh je viens te voir parce que Antoinette m’a dit que je vienne de voir comment tu étais », oh j’ai dit: « écoutez je vais faire comment je pourrais, mais moi je vais m’évader, je m’en vais avec toi », je me suis évadé et on est venu de Septfonds jusqu’à Fumel avec un vélo

Joël: A Deux?

Luis: A deux!!

Joël: Avec euh avec Antoine, avec votre futur beau-frère

Luis: Voilà exactement, avec celui qui est devenu mon beau-frère. Et…

Joël: Racontez-nous, ra racontez- nous ce ce parce que cette forme, bon euh peut-être faut-il le préciser pour ceux qui vous écouterons, c’est une bonne de centaine de kilomètres Septdonds-Fumel

Luis: Oui, c’est ça ben parce que c’est après Caussade

Joël: C’est après Caussade

Luis: Oui parce que pour prendre le train pour venir ici, quand on a été envoyé, on a fait Septfonds-Caussade à pied, avec de le neige qui tombait ce jour là, les les 13 fé… décembre, je me rappelle que je m… et aud… mais mais é écoutez j’aurais fais, je sais pas, j’aurais fais plus de kilomètres s’il le fallait où ça des des… la peur c’est que des des que les gendarmes, ils nous trouvaient pas, c’était c’était ma peur, et et voilà. Alors je suis arrivé et la maison là en face, cette maison là en face, il habitait une euh une euh seule, celle qui allait devenir ma femme et je suis resté caché là-dedans 15 jours sans sortir

Joël: Ca s’appelait déjà « le bon accueil »?

Luis: Oui, (rire de Luis)

Joël: D’accord

Luis: Oui, et alors je suis resté 15 jours et automatiquement c’est là qu’elle allait devenir ma femme, en tablant des conversations avec les gendarmes, il a su par les gendarmes que si ils avaient aucune ordre ministériel, ni préfectoral, ils nous renvoyaient au camp que c’était l’usine, pour se débarrasser du personnel qui nous avez envoyé au camp de concentration, alors qu’on pouvait sortir que si il nous faisait rien!!!

Joël: Ah oui!! D’accord!!

Luis: Alors ça fait que à ce moment là j’ai pu sortir, hein!! j’essayais de travailler, hein il y avait l’entreprise Ordi euh de maçonnerie de sainte-Livrade qui faisait les maisons de l’usine et tout ça et (…) alors et là 2 machines on a on a pu faire, tra travailler des manoeuvres sans papiers, san rien mais comment y’avait pas des des d’ordres ministériels les les la gendarmerie faisaient le… bon!!! Et… oui, et ça a duré jusqu’à enfin on a on est rentré travailler à l’usine mais par rapport à avec les, payé par les et… les entreprises comme si c’était l’Allemagne ça fait qu’on travailler à l’usine mais bon… Et jusqu’à 42 et en 42 le mois d’octobre 42, l’usine nous a repris

Joël: Ah oui?!!

Luis: A son compte hein, parce que automatiquement les ils gagnaient de l’argent l’usine il les payait directement, euh il les payait. Voilà, voilà les la la question de travail, maintenant pé… à ce moment là on travaillait pour les Allemands, pareil on faisait des obus, c’est la seule chose que y’a été à faire à l’usine Fumel, et la question que je sais que vous allez demander, c’est pour ça que je l’avance déjà, c’était la question: qu’est-ce que vous faisiez? » euh, ce qu’on faisait, c’était une préparade verbale, verbale, quelques propagandes de papier que tu collais ou que tu collais pas enfin ça … mais surtout c’était le plus possible, le plus possible de casser les noyaux des obus, ce que les c’étaient les seules sabotages que je pouvais faire ici, alors…

Joël: C’était quoi les conséquences sur l’obus, il n’explosait pas c’est ça?

Luis: Exactement. Admettons, ça c’est les les les noyaux hein et et là si vous arrivez et vous cassez simplement comme ça, casse un bout hein?!!,… on coule hein il restait c’est un morceau de fonte au milieu, alors on peut pas usiner ces obus , il allait au rebus, il revenait à la fonte

Joël: Il revenait à la fonte

Luis: Voilà, les les sabotages, un sabotage un matériel hein? qui se faisait, celui qui raconte autre chose, y’en avait pas hein!!! parce que on fabrique pas autre chose, on fabriquait pas comment au-dessus des avions, qui a mis le feu… matière pour pouvoir les faire, les pièces ici y’avait que ça

Joël: Quand quand vous réintégrez euh ?

Luis: Hein?

Oumar : Vas-y

Joël: Quand vous réintégrez l’usine en 42, quel est votre statut, vous êtes salariés de l’usine? Vous vous gagnez votre vie? Combien vous gagniez à ce moment là?

Luis: Oui!! Euh… que je passe là. A ce moment là quand nous on était par … et tout ça, on gagniez 4 …, quand on est venu du camp de concentration, on était considéré comme un ouvrier français, en salaire, en salaire, le salaire maximun de l’ajusteur, à ce moment là c’était 6 francs de l’heure, moi j’avais 5.75 que même dans les archives que j’ai pu avoir de la préfecture, des des renseignement généraux, même ça que (…), pour vous dire si c’est si c’était bien bien suivis. Et après là c’était 4.33 les les tarifs des manoeuvres, mais autrement on a été toujours payé il faut di dire les choses comme elles sont au niveau, au même tarif que que le vieux français, attendez!!, bon dans le vi… dans l’ajusteur il y en avait peut-être qui gagné 5, 5.25, 5.50, mais je veux dire dans les les les, à l’intérieur du tarif quoi!! on a pas été payé de dire ah, c’est un réfugié, c’est machin, non à lui, on lui donne la moitié, non ça non!! Joël: Mais votre statut c’est quoi en 42, vous êtes euh affectés au au à la compagnie des travailleurs étrangers? Sous contrôle militaire c’est ça?

Luis: A ce moment là euh, c’est au moment des Allemands, automatiquement il est venu accompagner des travailleurs étrangers, que c’était la 505ème compagnie des travailleurs étrangers, qu’il avait le siège, c’est ce qu’on dit au passage hein, parce que là au front, et là tous les mois il fallait aller faire signer la carte, je peux vous faire voire, j’en ai tout, j’ai la carte encore et tout et tout!!! Et voilà, on était suivi par la par la compagnie des travailleurs, on avait aucun papier, on avait aucun papier, c’est notre le, notre laisser-passer c’était les les les lasser-passer de l’usine que j’ai des trucs comme ça !! voilà c’était tout.

Joël: Très bien. Euh. Bien, donc euh nous sommes euh en 1942 en à l’usine de de Fumel où là euh vous êtes euh…

Luis: Attend… attendez que… il faut que je vous dise quelques choses qui se passent pour vous dire qu’est-ce que c’était notre vie

Joël: Oui!!

Luis: Là quand ils nous on renvoyaient à au camp de Septfonds euh on les les payaient, ils étaient les à ce moment là quinze… par quinzaine

Joël: Oui!

Luis: C’était toujours les les 10 et les 25

Joël: Oui!!

Luis: Comme on était envoyé, renvoyés les six, on est parti sans être payer

Joël: Oui!!

Luis: Alors l’usine après, il est venu, il est allé en camp de concentration

Joël: Oui!!

Luis: A payer, à ceux qui étaient en camp de concentration

Joël: Oui!!

Luis: Et à ceux qui s’étaient évadés parce que apr… par la suite y’a pas eu que moi, y’en a eu des autres qui sont partis à droite et à gauche, qui se sont évadés, ils ont pas voulu nous payer et on a été obligé de prendre un avocat d’Agen, je crois que c’est pas lui qui était parce que c’est pas moi qui m’occupait, et naturellement comme on avait pas de sous, on avait pris avec des conditions, c’est de lui donner 10% de notre salaire, hein, si on le gagnait et et voilà!!!, et c’est par le moyen de cet avocat au tribunal qu’il a fallut que l’usine il nous paye mais bien longtemps après, alors pour vous dire co comment on était considéré hein? comment on devait être?(petit rire de Luis)

Joël: Bien. Euh je je j’aimerais revenir euh quand euh votre évasion de Septfonds avec euh votre futur beau-frère, vous avez des souvenirs précis de de votre euh votre retour à Fumel, dans quelle circonstance ça s’est passée?

Luis: Non non, j’ai pas le souvenir, j’ai le souvenir, toujours enfin la machine, la peur, (petit rire de Luis), j’vais peur de trouver des gendarmes et et parce qu’alors c’était pas la la peur simplement de retourner, c’était la punition

Joël: Oui!!

Luis: C’est ça qui… parce que bon t’y retourne, t’y retourne, mais alors la les punitions qu’on avaient c’était pas la la rigolade, j’ai dit: « C’est mon pauvre si, à savoir »; parce que vous voyez, j’ai pas pensé, (hésitation de Luis), enfin vous m’excuserez que je revienne en arrière ; Quand j’étais au camp de Brahms, euh je suis tombé malade hein, il a fallut que bon assez malade, il m’on envoyait à l’infirmerie, à l’infirmerie de l’hôpital de Castelnaudary, vous êtes opéré bon, et là c’était une une salle comme à ce moment là on étais j’sais pas combien y’en avait 20 ou 30 ou 40 lits rien que des réfugiés hein, et (petit toux de Luis) le ménage il était fait par le service des du personnel de l’hôpital. Un beau jour de la direction par les les machins qui il a dit à partir de maintenant c’est les malades qui vont faire la vaisselle, bon , et c’était par couple de trois qui faisaient, le jour qu’il est tombé sur Casarès, il on dit: « Bon, c’est à vous de faire la vaisselle » et Casarès à ce moment là comme il était plus révolutionnaire que maintenant (petit rire de Luis), plus jeune, il a dit avec les autres camarades, il a dit que je me rappelle pas qui j’étais, et on les a dit: « Eh ben nous on l’a fait pas, nous on est des malades, on on est pas là pour faire de la vaisselle »; et ben moins de deux heures après y’avaient la gendarmerie, je me rappellerais de toujours, 4 gendarmes qui nous on pris et de l’hôpital jusqu’à la caserne de de la gendarmerie « poum poum poum poum », en tôle, ils nous ont gardé en tôle là et ils voulaient nous envoyer à Collioure, c’était le machin de et… par là, on l’a su par la suite, toujours pareil, au bout de de 2 jours, ils nous on renvoyaient au camp de Septfonds au lieu de nous envoyait à Collioure en étant après quand ils sont venus les autres copains qui s’étaient à l’hôpital, on a su que c’était grâce à l’interprète qui avait que c’était un espagnol, laché des histoire euh des machin, avec une euh infirmière qu’elle était copine avec l’inspecteur avec le commissaire de police, qu’il avait intervenu pour pour dire: « écoute pour une bêtise comme ça vous allez pas les envoyer à Collioure »; ils voulaient nous envoyer à Collioure qu’ on s’est sauvé de de …, ils nous on renvoyaient en camps de Septfonds… avec tous les blessures à moitié ouvertes et tout ça pour vous dire qu’est-ce que c’était la vie voilà!!! Et y’a des truc comme ça que je m’excuse parce que on se rappelle pas toujours à euh à hein en corrélation voilà.

Joël: Alors j’en reviens à vos premiers, premiers actes de de de résistance, c’est sabotage, des abus, des obus que vous fabriquez pour l’armée Allemandes euh ici à l’usine de Fumel

Luis: Et et après une question de propagande parce que là automatiquement déjà bon j’avais l’âge, j’étais pas le gamin de de quand la guerre a éclaté, je militais déjà dans les les jeunesse socialiste unifiée et tout et tout quoi!!! enfin c’était pas, c’était une autre même même j’étais je peux le dire au parti communiste espagnol quoi!!! Et alors là on faisait des réunions, on regardaient tous les paperasses à l’intérieur de l’usine

Joël: Ca été quoi votre cheminement vous conduisant jusqu’au parti communiste espagnol ?

Luis: Rien, juste comme ça simplement dans les et et et dans une idée qu’à moi moi moi il me plaisait quoi, enfin c’est je peux pas dire qu’y a quelqu’un qui m’a poussé, ni rien, non non ça vient de moi moi, que c’était ça, ça ça en Espagne déjà, j’étais rentré au jeune socialiste unifié de Catalogne, enfin quand ils se sont unifiées euh les jeunes communistes et socialistes, …voilà!!

Joël: Donc c’était déjà, c’était déjà assez ancien quoi!!, d’accord. Et alors, euh le le l’usine de Fumel, c’était une expérience qui se prolonge jusqu’à quand?

Luis: Euh… Comme, comme au travail?

Joël: Oui, comme au travail parce qu’en suite vous intégrez le les réseaux de résistance, ça se passe à quelle euh à quelle époque, en 42 43 ça se passe comment?

Luis: Quand quand on est rentré l’autre fois?

Joël: Quand euh vous rentrez euh en résistance?

Luis: Ah, oh!!! En résistance, on on on est rentré bien avant avant parce qu’on était à l’intérieur de l’usine, on travaillait pour les entreprises Rigot, premièrement Ordi et après (…), enfin c’était, c’était un machin, c’était à l’intérieur, on on travaillait como quand on travaillait pour l’usine, on est passé en compte de l’usine en 42 mais déjà on faisait comme si on faisait partir des personnels voilà!!! Et c’est, et c’est là que automatiquement attention, en tenant compte, je vais vous dire franchement, quand y’en a peut-être certains qui disaient, ah y’en avait et tout, non non, on se connaissaient tous mais de dire celui là il est untel, ou celui là untel, on savait les les les idées politiques, on le savait plus ou moins, ça il faut pas mentir parce que ça en parlant on les voit mais dire ah celui-là il fait parti de la résistance ou il fait pas parti, ah ça ça, non on le savait pas, on savait de 2 ou 3 où comment on dit, on travailler par Troika, je sais pas comme l’autre jour ils ont dit à Agen on travaillait par Troika on était 20 (petit rire de Luis) non non non parce que c’était trop, voilà moi j’ai j’ai j’étais avec un camarade qui habitait là que c’était le nommé Rayardo il y avait le nommé Eugenio Fernandez, et un autre qui s’appelait Ramon Gonzalez voilà les 4 qui on travaillait ensemble, maintenant y’avait les autres qui travaillaient…

Joël: Dans un sens ça veut dire que vous étiez dans un réseau de de

Luis: Ah non ah non on parle, on parle dans un réseau de résistance, résistance que chacun d’eux la résistance, c’est pas maquis, la résistance à l’intérieur euh c’est que on avait euh on a eu de enfin de camarade qui sont décédés que c’était Cueto, que peut-être vous avez entendu l’histoire de sa femme?

Joël: Non!!

Luis: Sa femme c’était une grande résistante, et nommée Mazas que il avait avait une petite moto et c’était les, ce qui faisaient la les les les machin avec les avec les maquis

Joël: Les agents de liaisons

Luis: Les agents de liaison, humm…

Joël: Et alors à quel moment euh précisemment euh euh vous quittez l’usine pour les maquis ?

Luis: Eh ben j’ai quitté au mois de Mars. Mars, au mois de Mars 44, attention pas pas…

Joël: Et pourquoi vous quittez euh l’usine à ce moment là?

Luis: Parce que, parce que c’était déjà un moment, parce que je vais vous dire une chose, moi avec mon prénom je suis pas juif, mais Isaac

Joël: C’est un prénom juif!!

Luis C’est un prénom juif, alors à chaque fois que les Allemands ils venaient à l’usine, j’étais prévenu par le bureau du chef du personnel, dès qu’il y avait les Allemands, et moi j’étais obligé de me cacher. Je me cachais plus d’une fois même j’ai traversais le Lot, pas à la nage je sais pas nager, mais avec une petit barque, j’allais chez un contre-maître, et ces enfants qui venaient dire voilà euh ils sont partis. Et tout ça en étant déjà marié hein!! Après ben c’était un en cas parce que on sait comment ils travaillent les Allemands simplement un nom ça suffisait pour dire:  »Oh celui-là, ça c’est un nom juif, on l’embarque », alors en cas j’ai pas eu enfin j’ai eu la chance que c’ést pas arrivé, il fallait prévenir en cas, alors on me prévenait, voilà!!

Joël: Vous avez une ascendance Juive-Espagnole surement? non?

Luis: Non non non, c’est qui a

Joël: C’est votre père qui a choisi par hasard votre prénom?

Luis: Je vais vous dire

Joël: D’accord!!

Luis: En Espagne, on a l’habitude c’est qu’on met toujours, on mettait comme maintenant c’est un autre, on mettait toujours la date euh, le jour de naissance, le jour qu’on naissait, le nom

Joël: Ah oui d’accord!!

Luis: Je suis né, le le jour de Saint Isais, ce jour alors soit disant c’est ça qu’il m’ont raconté toujours mes parents, je trouve que c’était pas joli, ils ont dit que au lieu de machin, on va l’appelait Isaac au lieu de Isais, mais ça Isaac en espagnol, y’en a a coup de pelle hein?

Joël: Ah oui?!!

Luis: Hummm hummm…

Joël: Très bien!!

Luis: Voilà maintenant mon nom

Joël: Donc 44 vous vous rejoignez le le le maquis, dans quelles euh dans quelles conditions?

Luis: Comment ? dans quelles con conditions? non non non?. J’ai dit bon c’est le moment de partir en cas et et je suis parti, vu les évènements c’est tout,c’est tout vu les évènements et je suis parti euh c’était en en Dordogne, enfin on est restait un bon au moment là, comment s’appelle à Saint-Martin le Rédon aussi à marcher en groupe et là et et après Soleil quoi, comme je vous avez dit tout à l’heure, il avait une confiance dans les Espagnols incroyable, en plus il savait nos idées politiques, parce que y’en avait des autres idées je vais pas citer parce que je vais pas faire mal à personne, ni rien, que que y’a que qui étaient dans le maquis aussi comme nous mais que admettons a après le débarquement et tout ça et un peu après le débarquement ils sont partis, ils ont quitté le maquis pour machin, tandis que que nous je vous dis tout tout l’état major, tous les gardes du corps parce que ça c’était tout des espagnols.

Joël: Humm, hum…

Luis: Tout. garde du corps moi comme chauffeur, les les choses que je réparais les les voitures et tout ça, il fallait qu’il a une confiance énorme parce que euh on ne savait pas avec qui s’est joué et et on a eu euh pareil ici, on a eu des gens qui se faisaient passer pour des hommes de la résistance qui n’en étaient pas, ici on a on a connu je vais pas citer, même qui ont été arrêtés qui travaillaient avec nous. Et ils ont été arrêtés au moment de du débarquement, et que on les connaissait déjà à l’avance qu’ils étaient de la Gestapo hein!!!

Joël: Oui, oui!!!

Luis: Mais ils travaillaient dans l’usine

Joël: Oui!!

Luis: c’était

Joël: Oui. Qu’est-ce que vous faites à Saint-Martin de Redon?

Luis: Ah ben on on on avait, on on avait un groupe là, un groupe et des fois bein quand selon qu’est-ce qui avaient, et comme une fois on est venu jusqu’à à Peine, admettons que soit disant j’avais téléphoné parce que ça marchait très bien avec les cheminots alors quand ils sont venus admettons qu’ils venaient un convoi d’Allemands ou quelque chose, il te prévenais, je me rappelle qu’ une fois on avait été là, pour la a arrêter au machin à la la sortie d’un tunnel et des trucs comme ça, mais c’était des des scaramouches parce que on a pas eu ici, on a pas eu de combat hein?, il faut dire les choses comme ils sont hein?

Joël: Oui!!

Luis: Ici le combat qu’il a eu le groupe Soleil, c’était en Dordogne, à part, à part le problème de de Villeneuve, mais celui-là on le laisse à part (petit rire de Luis)

Joël: Le front de Villeneuve, c’est c’est

Luis: Oui!!

Joël: C’est l’histoire de la banque de France c’est ça?

Luis: Voilà!! Exactement

Joël: D’accord, vous y êtiez?

Luis: Oui, oui j’y étais!!

Joël: Eh bien racontez-nous!!!

Luis: Eh ben, eh ben le problème de machin c’était il il fallait des sous, il fallait des sous et il fallait aller les chercher, là où il y en a

Joël: Oui!

Luis: Et c’est pas difficile hein!!

Joël: Oui!!

Luis: Et ben là il y en a ben… on on est allé à la banque de France

Joël: Oui!!

Luis : Et et voilà, et c’est fait remettre tout, mais mais un moment il fallait raler parce que euh je sais pas si vous saviez la banque de France il était là où il est les les c’est le le Crédit Agricole c’est où quoi là en face de l’hôpital voilà

Joël: Oui, oui, oui oui!!!

Luis: Bon et et les les cafés Saint-Michel où était la la milice, c’est la où y’a les galeries

Joël: Oui!!

Luis: Voyez la maison, c’est là que c’était la la la la le siège de de la milice

Joël: De la milice, oui!!!

Luis: Alors là, il a fallut prendre des places et là … et là y’a eu un combat et enfin des combats, des tirs à l’intérieur, nous à l’extérieur pendant que les camarades ils faisaient la banque hein!!!

Joël: Oui, oui!!!

Luis: Voilà, et et après on est monté dans les camions et et au revoir haha

Joël: Oui!!

Luis: On est on est rentré en Dordogne, voilà, voilà!!!

Joël: D’accord. Et vous rappelez du montant?

Luis: Ah non!!! Ca non!!! Non, parce-que les les problèmes, les problèmes s’étaient pas, il faut dire, enfin vous voyez bien les topos sans doutes sans avoir été et qu’est-ce que c’est allé et donnez-moi les sous et trucs comme ça hein qui soyez si peut-être y’en avait qui était content de dire: « Donnez-moi les sous », et y’en avait qui était pas!!mais la peur on peut pas et quand vous voyez quelques types avec les mitraillettes, vous dîtes pourvu qu’ils qu’ils tirent pas, s’en vouloir (rires) les pauvres, ils rigolent pas à ce moment là, non non je ne me rappelle pas. Non parce que ça, ça a servi, je vous dis franchement, vous voyez, il faut dire les choses comme ils sont c’est que malgré tout, Soleil il a payé souvent, très souvent tout les les maquisards pour qu’ils puissent soutenir un peu la famille, parce que écoutez nous, on on laissait, enfin femme et enfant, sans rien!!

Joël: Oui, oui!!!

Luis: Et après, par la suite, eh au moment des débarquements on pouvait venir visiter ou manger vous portez quelques billets et ça ça faisaient des….

Joël: Mais de manière général, personne n’a contesté l’usage du fond, précisement pour entretenir le maquis, les familles comme comme vous dites à l’instant, euh… ce qui pose problème, c’est que euh tout les sacs qui on été pris, ne sont pas arrivés à destination, apriori, y’en a quelque uns qui se seraient perdus à Villeneuve

Luis: Hein!! Attendez, attendez, ça c’est des  » on dit », mais y’a personne qui peut le certifier, parce que à moi personnellement, personnellement on m’a dit, je je vais vous dire, oh mon vieux avec la vie que tu menais, maintenant, pas avant, maintenant, parce que je vais vous dire, moi le jour que je me suis marié je devais 4 euros… 4 francs 50 le soir, bon enfin, on m’a dit: » oh la vie que tu mènes maintenant c’est que tu dois avoir gardé quelques paquets », voilà (petit rire de Luis) ce qu’on me dit,et 60 ans après alors hey!!! (rire de Luis et rire de Joël)

Joël: Euh Luis, vous vous méprenez pas moi je je je vous questionne juste, c’est pas un interrogatoire de police

Luis: Ah non non mais…

Joël: Euh puisqu’on a un témoin, on en profite (rire de Joël et de Luis). Vous êtes euh, euh vous êtes au volant d’un camion, vous imagine à ce moment là sur le sur la banque de France ou euh?? Luis: Non mais mais que que que n’importe qui, attendez, je vais vous dire, que n’importe qui peut se dire: « Et si on était tous honnête, hein, tous honnêtes ils ont donnée tout çà va, comment il peut avoir quelques uns ou beaucoup qui disent : »oh!!! » chacun y ça mis un paquet dans la poches mais pareil, on peut pas, on peut pas dire que que.. à qui, euh c’est quand je le raconte, c’est me croire ou pas me croire, moi je parle pour moi, que j’ai pas pris pas un franc, pas un franc. Si y’en a un autre, je crois pas mais je peux pas certifié voilà le problème à l’état de notre honnêteté comment je veux je veux dire que les copains à droite, à gauche qu’ils étaient à 20 mètres de moi, qu’il a pas mis un paquet à sa poche, non je peux pas le dire, moi je crois à son honneteté qu’il a tout tout mis dans le sac maintenant, j’étais pas j’ai pas regardé les poches des copains.

Joël: Euh Luis, euh il y a il y a, pas un malentendu, mais quelque chose qui mérite précision, quand on regarde dans les dans les archives de la banque de France, il existe un document, le plus officiel du monde, qui est un document de réquisition des fonds de la banque de France à Villeneuve sur lot, pour un montant j’ai pu le chiffre en tête mais c’est bien spécifié, ce n’est pas un hold-up, il s’agit de alors ce bon de réquisition, d’où vient-il, je n’en sais rien, mais le document il existe, et c’est un document officiel de la banque de France qui l’a dans ces archives!!

Luis: Oui ben oui

Joël: Et qui stipule le montant de de de du stock Villeneuvois, il a bien, donc c’est c’est une trace, un papier officiel je dirais

Luis: Qui l’a signé?

Joël: Qui l’a signé?

Luis: Voilà, qui l’a signé? parce que je vais vous dire attention hein, parce que on fait un enregistrement, je critique personne, mais comment on fait des suppositions hein qui me dit à moi que je peux dire admettons que je sois quelqu’un de la banque et que je mets 20 ou 30 millions de plus hein, personne si, celui qui l’a pris, il a pas signé j’ai pris tant, que aussi si on va parle en mauvaise fois, on peut dire, il a pris 30, il a marqué qu’il a pris 20, pour se garder 10, comment on peut celui de la banque marquait qu’ils ont pris 40 quand ils ont pris que 20, alors on est on est hein?!!!

Joël: Luis, je me, je me fais mal comprendre, c’est c’est pas un bon de euh un bon de retrait dont je vous parle

Luis: Non, non!!!

Joël: C’est avant, c’est un ordre

Luis: Oui!!

Joël: Qui est destiné à mettre à l’abri, le fond de de la banque de France

Luis: Mais… attendez… Voilà!!!, voilà!!! les 50… non

Joël: C’est c’est pas un reçu, c’est l’inverse

Luis: Voilà, voilà!!! euh les 50 millions de supposition qui a à la banque

Joël: Oui!!

Luis: Y’a un registre qui em… cet argent à la banque, on arrive, le maquis il arrive, il prend ça

Joël: Oui!!

Luis: Mais le registre il marquait ça, il a pris ça aussi ou sera se l’embarquer quelqu’un

Joël: Oui!!

Luis: Voilà!!

Joël: Oui!!!

Luis: On tombait toujours dans les suppositions

Joël: Oui, oui, oui!!!

Luis: Voilà qu’est-ce que je veux vous dire, hein?. Pareil pareil

Joël: Non mais ce que je veux dire

Luis: Pareil ils peuvent dire, pareil ils peuvent dire qu’ils ont pris ça (bruit de papier) en prenant ça aussi, c’est-à-dire ça, où c’est que ça s’est passé ça?. ça fait que je le met d’un côté ou de l’autre Joël: Oui, oui, oui, oui!!!! Luis: Vous voyez… En étant, en étant les gens qu’ils veulent dire admettons que les maquis enfin que les maquisards ils se sont gardés et je peux dire pourquoi pas les autres?

Joël: Oui, oui, oui!!! Non mais simplement…

Luis: la faute on peut la mettre des 2 côtés…

Joël: Luis, simplement ce que je voulais dire, c’est que ce qui apparaît maintenant de manière un peu folklorique comme un hold-up, en faites c’est c’est pas forcément un hold-up, mais c’est tout simplement une mesure officielle de protection du fond de la banque de France, qu’il fallait mettre à l’abris (petit rire de Luis), peut-être… ben voilà!!! Mais c’est on peut le percevoir comme ça aussi, en tout cas les documents ils existent moi je les ai vu les documents

Luis: Ben oui ben mais ça, ça s’a bien comme les parachutages

Joël: Ouais!!

Luis: Les parachutage, où il y a eu de l’argent!!

Joël: Oui!

Luis: Eh ben c’est pareil!!, si si on va à se méfier, on va dire qui c’est qui les a pris, qui c’est qui les a gardé ?. Ils ont été distribués, alors là on finirait jamais, et ça automatiquement dans la bonne foi, on dit non, ça été bien fait dans la mauvaise fois, ils diront c’est mal fait. Voilà, voilà!!!

Joël: Bon on va pas, on va pas… C’est pas le sujet (petit reire de Luis et de Joël), enfin peut-être, enfin c’est pas le sujet, oui et non parce que ça fait ça fait, ça fait quand même, ça fait parti de vos missions euh… avec euh avec Soleil quoi!!! Et euh, donc vous vous êtes euh vous êtes le le chauffeur de Soleil c’est ça son euh son….

Luis: Je suis devenu son chauffeur, oui!!! Son chauffeur personnel quoi!!

Joël: Racontez-nous, c’est quoi être chauffeur de de Soleil où, comment?, vous l’emmenez où?

Luis: Et ben, et ben ??? là où il fallait aller

Joël: Oui!!!

Luis: Voilà!!!

Joël: Par exemple, vous avez quelques exemples, à nous raconter ?

Luis: Et ben admettons que quand les Allemands, ils attaquaient dans la la poche de la rochelle, hein que que: « y’a eu une attaque!! », aussitôt vous avez la débandade, il fallait prendre le commandant Soleil, on était le quartier général et c’était à Mosé vous connaissez la le désert quoi enfin!!! Et et on partait sous le front, voilà et admettons la mission, aussi il fallait qu’il aille moi une personnalité, l’amener etcetera, j’étais comme comme un chauffeur de l’ar…de l’armée de maintenant, de n’importe quoi!!, automatiquement il…

Joël: Oui!!!

Luis: Voilà!!!

Joël: Alors c’est vrai que c’est un personnage qui est un peu controversé aujourd’hui, mais enfin il faut pas non plus euh trop noircir le tableau, que que quel type de de de d’homme c’était, vous qui avez eu la vous qui l’ avez approché ? comment il était?

Luis: C’était en parlant, en parlant sa vie personnelle, ça ne me regardait pas hein, à moi ni la vie personnelle de lui, ni de personne, chacun qui fasse ce qui voudront, ça il a été, quelqu’un de de d’unique dans le maquis attention!, d’unique, maintenant ce qui qui en parle mal de lui, mais c’est après, c’est après, tout ce qui se passe de lui, c’était après!!! hein!! parce que avant, seulement, bon après il a eu le problème qui qui l’a fait, comme je vous disez tout à l’heure et des « Ouhouhouhh!! », ça ça c’est c’est enfin on se le demande pourquoi, parce que ça ça les rapportaient rien, ça les ra, ça les rapportaient rien, mais c’est comme ça et maintenant on reçoit tout le temps des machins des de des il est devenu historien maintenant bon, voilà je vais pas…

Joël: Votre, votre première rencontre avec Soleil, ça s’est passé où?

Luis: Oh!! c’était là-bas à à… à Belvés sur ????

Joël: A Belbès…

Luis: Mais c’est celui qui nous a demandé, c’est pas, c’est pas nous non non non!!! je vous dis il avait une confiance énorme machin…

Joël: C’est-à dire il vous a demandé, vous vous vous voulez dire…

Luis: Ah non non non

Joël: Vous voulez dire les Espagnols de Saint Martin de Curton c’est ça…

Luis: Ah non c’était pas de dire euh vous voulez, non non t’y t’y est chauffeur, comme s’il te disait t’y vas là-bas faire un sabotage hein (rire de Luis), si t’y voulais, ah non!!!?

Joël: C’était un ordre?

Luis: Un ordre, c’est c’est un ordre un ordre!!!

Joël: Y’a des raisons particulières qui qui font que qui vous a choisi à vous personnellement

Luis: Ah non moi comme ça aurait pu tomber sur un autre, attention, non non je crois pas non, non non, parce que j’avais pas un autre rôle, c’était plus un rôle plus principal, c’était ces deux gardes du corps là d’accord, moi dans l’effort hein!!, c’était le chauffeur: « Allez oh!!!, on va à tel endroit, on va à tel endroit, on va à tel endroit, on va à tel endroit!!! », et c’est tout moi, moi j’avais pas, tandis que les les gardes du corps, c’est c’est plus près, seulement bon quand on allait quelque part, je savais qu’on allait quelque part, hein!!! voilà!!

Joël: Donc vous avez été son chauffeur de de 44 jusqu’à la libération

Luis: La libération, ouais jusqu’à la libération, exactement

Joël: Qu’est-ce que vous aviez comme voiture?

Luis: Ah toujours des des tractions avant

Joël: Des tractions avant

Luis: Toujours des tractions avant

Joël: Vous disiez aussi que euh euh vous étiez un peu son son confident, son homme de confiance?!!

Luis: Euh non, je veux dire son confident, dans le sens il me racontait rien, mais si il allait quelque part, un un chauffeur, automatiquement mettez-vous à la place euh comme tout les les chauffeurs quand vous entendez les les mêmes ce qui vient de dire, sur un ministre ou quelqu’un qui son attitré (…) et voilà c’est ça!! voilà ce que je veux dire, le le rôle de d’un chauffeur ou d’ un garde du corps personnel comme cela c’est pas comme les gardes de la police qu’un jour sait l’un, un jour c’est l’autre, et là toujours le même, ils savent même quand il va faire n’importe quoi. voilà

Joël: Luis, en 44 ça fait euh, ça fait euh ça fait 5 ans que vous êtes en France, euh vous parlez le français à ce moment là, vous le comprenez?

Luis: Ah non non j’ai j’ai arrivé, oui!! comme une vache espagnole comme on dit,mais non non je parlais pas parce que, j’étais je me suis marié en 42 quand même, et à la maison toujours après et après à l’usine si obligé, on avait tous les camarades de de l’atelier, hein de l’usine qui qu’on parlait que français alors!!! Et et enfin je vais pas dire que j’avais plus de facilité que l’autre, moi je l’ai bien appris parce que par pour ça que à la maison et tout, tandis que j’ai eu que j’ai des copains et tout, maintenant encore, qui parle très mal pourquoi? parce que la femme elle est espagnole, et les enfants voilà!! tandis que chez moi toujours à parler le français toujours, mes mes petits enfants même avec ma fille maintenant que je peux parler tous les 2 jours en Espagne, tous les 2 jours je parle avec ma fille on parle en français.

Joël: Humm…

Luis: Voilà!!

Joël: Donc vous rejoignez Soleil à à Surac ou Belves euh dans les maquis de Dordogne, euh vous l’accompagnez euh vous parliez tout à l’heure de de de la poche de la Rochelle, c’est c’est c’est les derniers, les derniers évènements de la guerre on va dire euh

Luis: C’est là que et oui à quoi?!!

Joël: Pardon allez-y allez-!!!

Luis: Non, c’est la qu’on est devenu armée régulière

Joël: Oui!!!

Luis: Voilà!!!, Parce-que à la Rochelle déjà, c’était pas le groupe, tous les maquis, ils ont disparu pour devenir des armées régulières voilà!, nous on été les 108ème régiment d’infanterie

Joël: D’accord, d’accord, très bien!!

Luis: Et lui il a eu euh le grade de je sais pas si c’est de commandant, militaire quoi!! par la suite quoi, comme dans l’armée enfin avoir fait des coups. Voilà!!!

Joël: Est-ce que vous avez essuyer le feu pendant le pendant le le maquis quand euh, les plus qui

Luis: Oh non le plus les machin, c’était la la à la Rochelle, quand on avait parce que la alors là c’était, quand ils attaquaient parce que les Allemands à la Rochelle dans le front ils attaquent même pas,si ils savent même pas besoin de ça!!

Joël: Ah oui!!

Luis: Ils attendaient, mais quand ça manquaient un peu, alors là et et les moyens qu’ils avaient nous on était on était minable là alors, là il fallait, qu’est-ce que vous voulez c’était, vraiment moi j’ai vu là parce que là c’est vraiment le front, c’est pas, c’est pas le maquis qui ça, c’était le front, et sauve qui peut, sauve qui peut parce que alors hein là ils employaient pas des (toux de quelqu’un) petits matériels.

Joël: Ouais!!!

Luis: Et alors automatiquement, souvent souvent il a il appelait à l’état major, il fallait aller, qui prenait, celui qui qui va à l’arrière je le descends, comme on dit, parce que dans le front, c’était une désertion quoi!!

Joël: Vous réintégrez, vous intégrez pardon le l’armée régulière, vous aussi avec Soleil?

Luis: Non voilà c’est justement au mois de de Décembre, et non fin Novembre, je crois que c’est l’heure que j’ai sorti l’ordre quoi!!, et venu l’ordre de l’Etat majeur de l’armée Française, dans laquelle il fallait signer pour la durer de la guerre

Joël: C’est-à-dire Novembre 44 Luis: …. Novembre un truc comme ça et et là lui franchement il nous a dit: « Ecoutez », vous êtes, parce qu’on était espagnol par la suite je suis naturalisé, mais enfin à ce mo, et ces paroles ont été : « Je trouve que vous avez fait assez, que c’est pas votre rôle maintenant de signer pour la durée de la guerre et continuer la guerre parce que naturellement on pensait de continuer la guerre », en dehors de la poche de la Rochelle, … il dit:  » Je crois que vous devez être partir chez vous, vous avez fait assez, parce que!!!, et voilà et ça fait que tous ce les tous les copains d’ici, d’ici je peux parler les les père à Gonzalès, vous connaissez Gonzalès Fernand?!

Joël:..non..

Luis: Fernand Gonzalès de la CGT

Joël: Ah oui oui oui oui!!! Oui j’y suis

Luis: il était au maquis avec moi, on était ensemble. Et ben et son oncle qui était aussi, a été démobilisé le même jour à la caserne de Périgueux le le 5 Janvier, voilà comment on a été démobilisé, nous on est démobilisé régulièrement par l’ar par l’armée

Joël: Oui, oui!!

Luis: On est pas comme on s’ qui a qui a

Joël: Et vous auriez pu réintégrer l’armée régulière euh?

Luis: Oui, oui, oui pareil pareil!!

Joël: Vous n’avez, vous n’avez pas hésiter ça ça

Luis: Non, il fallait signer ben y’a une chose, il faut comprendre, hen on avait la famille, les gosses et tout et et on considérait vraiment vraiment que que que la guerre, elle était finie, que presque la guerre elle était finie, c’était là, et et voilà c’est tout!!!

Joël: Oui. Donc euh… vous êtes…

Luis: Y’a y’a pas eu aucun admettons d’aucun de tout les copains qui dit et bien moi je reste non!!!,c’était entre tous on va rentré maintenant qu’est-ce que tu veux, rester ici à la poche jusqu’à que sa finisse la guerre, voilà, parce que là ils sont restés jusqu’à que ça finie hein!! voilà bon après ils sont partis à l’occupation mais enfin!!

Joël: Oui, oui!! Donc si je comprends bien vous accompagnez euh Soleil jusqu’à jusqu’à la Rochelle ensuite vous êtes démobilisé à Périgueux et vous réintégré Fumel où vous retrouvez votre compagne?!

Luis: Je rentre directement à l’usine

Joël: Et vous rentrez à l’usine

Luis: Quelques choses…

Joël: Vous êtes père de famille à ce moment là?

Luis: Oui, j’ai un enfant d’un an,…, il est né en 43 mon fils, et vous voyez pareil que j’ai quitté l’ usine, ce qui l’avait fait, et je vais vous dire que pour la retraite si je l’ai trouvé, quand j’ai eu la retraite, que tout le temps du maquis (téléphone qui sonne), il a payé les cotisations

Joël: Oui, oui!!!

Luis: Comme si on était des ouvriers en (téléphone qui sonne) activité, attendez…

Joël: D’accord!!, On fait un peu un peu marche arrière

Luis: Oui y’a pas de problème!!

Joël: Ah Luis: Mais alors?

Oumar : C’est bon!!

Joël: Euh… Donc Luis vous vous si j’ai bien compris vous finissez euh votre mission auprès de Soleil, après la poche de la Rochelle et vous êtes démobilisés euh fin 44, en Novembre 44 à Périgueux c’est ça?

Luis: 5 Janvier 45

Joël: 5 Janvier 45, pardon!

Luis: Ouais

Joël: Vous êtes démobilisés le 5 Janvier 45 à Périgueux et vous revenez à Fumel à ce moment là

Luis: Je rentrais directement à travailler 4 ou 5 jours,ou 10 jours après à l’usine que l’usine, ils nous avez gardé comme si on continuait à être des des personnels de l’usine, y’a pas eu de problème, on a eu not notre place et bien voilà!!

Joël: Très bien. Co comment ça se passe pour vous avec euh avec l’Espagne à ce moment là, est-ce que vous êtes toujours dans cette idée d’une reconquête de l’Espagne ou pas, comment dans quel état d’esprit êtes-vous?

Luis: Oui, à ce moment là oui, on avait l’espoir, l’espoir parce que encore y’avait la guerre que si si on finissait la gué la guerre en la gagnant comme c’était déjà à ce moment là comme on savait que la victoire, elle était proche, qu’après on continuerais sur l’Espagne, on avait cet espoir que la les alliés en principe ils nous aideraient quoi enfin, je sais que ça pas, c’est pas arrivé quoi, y a eu la la question des du Valle de Aran que ça été une une catastrophe quoi parce que c’était à prévoir, la population il a pas suivi, la peur c’était incroyable, il faut l’avoir vécu, même quand je suis retourné en Espagne que je j’ai pu retourner une fois naturalisé, hein!!! dé déjà et pour vous dire j’ai une une nièce qui est venue ici dans les années 65 je crois, et et on lui demandait: « Alors qu’est-ce que tu nous parle d’Espagne et même ici », « Non il faut faut pas parler parce que tu sais en cas, en cas, en cas », c’était c’était une terreur, terreur énorme, ça le régime de Franco, il a mis une terreur en Espagne que il faut avoir été là-bas et voir les gens pour voir la peur alors!!, ça c’est pour ça que ça été une une catastrophe là, la l’histoire de Valle de Aran, parce que la population il a pas, il a pas idée, ni rien, il avait peur d’êt, d’être fusillée par la suite hein!!, puisque le fusillement ils ont continué jusqu’en 74 en Espagne hein! de toute façon

Joël: Mais en 45, vous vous reprenez les armes dans le Val d’Aran ou vous restez euh…

Luis: Non non, moi non moi je ben moi je suis resté ici c’était les, c’est ce qui sont allés au Valle de Aran c’est les guerilleros qui étaient dans l’Ariège qui qui sont partis en principe, mais d’ici, d’ici je connais personne qui soit parti à à avec ses guerilleros quoi!!!

Joël: En 45 euh vous êtes euh vous êtes mariés, vous avez un fils, euh vous êtes dans une euh euh une démarche plus plus familiale je dirais qu’une démarche combattante

Luis: Oui, si vous voulez, ce qui a des 40 ans, tu retrouves ton cocon familiale, tu te trouves pas tout seul et tout, enfin avec l’aide de ta femme et un enfant pour pour pour pouvoir survivre à ce que tu as que tu as vécu et en plus tu as, tu as déjà une une jointerie, que tu vois que pour ce que tu as lutté, il y a une fin surtout en tenant en en en ayant cet espoir que l’Espagne ça va continuer que et que que Franco il va partir, parce que pour nous, c’était presque presque sûr que y’a des moments que les alliés, Hitler et Mussolini vont êtres dégagés, Franco aussi, ça pas était le cas bon enfin on avait toujours cet espoir

Joël: Si on (toux) on considère la date du soulèvement de 36 à de 1936 à 1945, pour vous c’est presque une dizaine de geurre, qu’est-ce que co comment euh quels sont vos relations avec euh avec votre mère, avec votre père, avec votre frère, comment vous vous vous euh vous les retrouvez, comment vous les contruisez cette euh cette famille à ce moment là?

Luis: Et voilà, moi la la seule chose c’est par la suite quand les soup… les frontières se sont ouvertes hein la la correspondance je veux dire hein, parce que y’avait un moment donné que y passait pas les les les les lettres quoi, quand je dis ça c’est pour dire que c’est la faute aux autres mais enfin pour la les les, et ben la correspondance avec ma ma famille, ma mère et mon père euh et le village j’ai su quoi je disais que mon frère il avait été fait prisonnier, que mon père aussi, qu’ils étaient tous les 2 enfermés et que quand ils avaient arrivé à la maison qu’on habitait, naturellement je sais on l’avait quitté en 36 et y’avait que les 4 murs, y’avait emporté les meubles et tout et c’était cette ville là, la maison et par la suite euh on a eu des correspondance comme ça enfin je je pouvais avoir des papiers pour pouvoir me marier par la (…) mais chacun c’est la vie quand je me suis naturalisé, quand j’ai pu aller en Espagne, puisque avant je pouvais pas, j’étais premièrement déserteur, hein puisque la la guardia civil y venait souvent à la maison me racontait ma mère enfin ma ma euh dans les lettres pour voir où j’étais, puisque je devais faire mon service et deuxièment j’ét j’étais déserteur d’un côté en plus j’avais été dans l’armée républicaine, dans l’armée rouge comme on les appelait encore pire je serais allé en Espagne, je serais allé directement en taule si si alors je suis allé en Espagne une fois que j’étais naturalisé voilà!!

Joël: Votre père a été emprisonné, il a été condamné à combien d’année de prison et qu’est-il devenu?

Luis: Non, mon père je sais il a été prisonnier, je sais pas combien de temps, à combien il a été condamné ça je s’il me l’on dit je ne me rappelle pas, enfin par la suite il est sorti, mon frère oui, je sais qu’il a été condamné à 5 ans de travaux forcés, il était au au fort de San Cristobal, à côté de Pampelune et par la suite euh il l’on envoyé en résidence surveillée comme on dit ici, à un village de de Aragon qui s’appelle Alcaniz que c’est là où par la suite, que c’est la vie on est allé les voir et que ma fille a fait la connaissance de sa moitié, qui s’est marié qui habite là-bas, ou là qu’est-ce que c’est les les machins de la vie c’est un livre, si on voulait écrire un livre

Joël: Votre votre fille a fait connaissance de de son mari espagnol ?!

Luis: Espagnol!!

Joël: Au moment de votre voyage chez votre frère

Luis: Pour voir mon frère, voilà, exactement pour voir mon frère et moi ma mère je l’ai pas vu ma mère elle est morte entre temps ça fait que j’ai j’ai pas revu ma mère je l’ai revu la dernière fois en 37 après c’était fini

Joël : vous ne l’avez jamais plus revu votre maman, elle est morte longtemps après la guerre

Luis : elle est morte a en attendez en quarante 48 ou 49 par là

Joël : elle était jeune votre maman

Luis : Ma mère eeeest… mon père il avait attendez… quand j’avais 20 ans lui 60 il avait 40 et ma mère il avait 35 ans il avait elle était plus jeune que lui alors voyez

Joël : Et donc, vous vous revenez euh euh en Espagne euh chez vous au Pays-Basque j’imagine quand euh avec la nationalité française?

Luis: C’est là que…

Joël: Ca se passe euh… oui racontez moi votre retour!!

Luis: Oui voilà!!, euh quand euh je parce que ma la naturalisation a été faites euh par un problème, c’est mon fils, il avait fait des études et il avait fait des études pour enfin des études des de pour rentrer à l’école d’aviation de Toulouse, il avait été reçu et au moment de rentrer, ils ont vu qu’il était espagnol, et il a pas pu rentrer, il lui on dit ah non c’est une école qui est pour machin, il faut être français on peut pas!!; alors moi j’ai dit écoute: « Si tu vas »; lui aurait pu être français le lendemain puisqu’il était né ici, mais moi j’ai dit, ça moi j’admettais pas que les les enfants soient français et les parents étrangers, alors j’ai dit: « Ecoute ou tous ou aucun »; alors voilà comment je fais la demande de naturalisation que vous voyez en 3 ou 4 mois il a été faite et et voilà, comment on on s’est naturalisé et que j’ai pu, j’ai pu retourner en Espagne et là quand je suis arrivé là parce que mon frère déjà il était en liberté surveillée là dans un village, et quand je suis arrivé, il me l’a dit tout de suite, il m’a dit: « Oh!!, tu es français », parce que je l’avais pas dit, et j’ allais sans savoir et j’ai dit: « Oui, et comment tu le sais », il dit: « Parce que voilà, tous tous les réfugiés, enfin tous les politiques qui viennent là en Espagne, le consulat hein, il l’envoie un communiqué comm… parce que quand les espagnols qui partaient en Espagne même comme ça en vacances, il fallait donner l’endroit où tu allais à ce moment là », hein, tu pouvais pas aller sans donner ton passeport, je dis si je vais à Madrid, alors il fallait que je dise que j’allais à Alcaniz, du moment que je l’avais fait il me disait: « C’est que je suis un peu copain avec les chefs de la royal civile, il m’a pas dit hey ton frère vient »; alors j’ai c’est pour ça que j’ai dit: »Oui, tu as raison je suis fran… naturalisé.

SILENCE + RESPIRATION

Joël: Bien bien, on va, on va conclure. Euh euh Manuel finalement vous avez fait souche à Fumel euh euh je je je dirais, depuis euh depuis euh la libération quoi en faites et euh euh vous avez euh euh… travaillez, vous avez fait l’essentiel de votre carrière euh professionnelle à l’usine et euh… euh… vous avez élevé vos enfants

Luis: Une fille en plus, 7 ans après le fils, voilà!!

Joël: Et euh et maintenant vous avez euh beaucoup de de d’activités associatives ?

Luis: Ben je je j’essaye à partir en MER 47

Joël: Oui!!

Luis: Je suis au comité départemental de l’Anacr, voilà

Joël: Oui!! Euh, vous avez également quelques activités culturelles on s’est laissé dire que que vous chantiez, vous voulez pas chanter une chanson pour conclure cet entretien ?

Luis: D’accord, avec plaisir, on va le faire.

SILENCE + BRUIT DE PAS

BRUIT MICRO

on entend Oumar + rires Oumar : C’est bon allez c’est parti!!

MUSIQUE

COUPURE MUSIQUE

REPRISE DE LA MUSIQUE

Luis chante en espgnol: Tu represente a la playa, y tu la sol las del mar, mien es amis mia calicias….

Joël: Bravo!!! Est-ce un prénom, c’est quoi?

Luis: C’est un nom polonais, mais c’est un nom…

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InterviewerJoël Combres et Oumar Diallo
Lieu : Fumel
Date : 25 mars 2009

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