— Homepage / Mémoire orale / Républicains Espagnols /

Jean MORENTE

Jean Morente
Républicain Espagnol
Né en 1939

Jean MORENTE
Jean MORENTE
/
Les séquences

Interviewer : Joël Combres
LieuLot-et-Garonne
Date : 30 juin 2009

Retranscription de l’interview

Joël: Nous sommes le mardi 30 juin, nous procédons à la poursuite de notre enquête sur la mémoire orale sur les républicains espagnols, euh, nous sommes en compagnie de Jean Morente qui est un fils d’une famille de républicain espagnol exilé en France en 1939. euh Jean est né en 1939 à l’hôpital Saint-Cyr à Villeneuve-sur-Lot. Euh Jean Morente pour commencer j’aimerais que vous nous expliquiez euh la vie de votre branche paternel de votre père avant la guerre civile en Espagne, que faisais les Morente dans leur région natale en Andalousie.

Jean: Oui ben effectivement mon père euh est natif de la région de Cordoue, euh une ville qui est à l’heure actuelle à euh une vingtaine de milles d’habitants, à l’époque je crois que s’était quinze, seize milles euh qui se prénomme Palma Del Rio. Hein donc que euh mon père est né d’une, d’une famille de dix enfants hein filles et garçons, euh cinq filles et cinq garçons eux si je me trompe pas, hi hi hi si jamais bon et disons que euh donc euh famille très, très très pauvre hein le travail du grand père Morente euh s’était de travailler sur les, les berges du Guadalquivir et c’est à dire de de de ramasser ou d’amasser des des tas de sable ou de cailloux qui devaient servir euh entre autre à refaire les les les chemins les chemins d’accès au, au, au, au, au château disons au châtelain du coin et là qui, qui, qui était le le, je me rappelle plus maintenant le, voilà donc que voilà, toute leur vie s’était avec des mulets, avec des mulets donc des sacs et on on extrayait le sable, euh pratiquement à la main ou avec, avec des procédés eux vraiment très, très simple, et on chargeait ses mulets, on et on les faisait grimper jusqu’à la ville de Palma où on entassait le sable et puis donc pfff voilà. Euh et ma grand-mère étant elle, ma grand-mère euh paternel euh elle se qu’elle avait de particulier, c’est que non content d’élever ses, ses, ses dix enfants, ses cinq filles, cinq garçons euh euh euh à l’heure actuelle, on se souvient encore d’elle parce que par.. paraît-il, elle, elle s’occupait des enfants perdus, des enfants de de, dont les parents étaient décédés euh c’était pas encore la guerre hein c’était bien avant la guerre donc elle avait une, une sorte de, de, de petits orphelinats privés, vous voyez bon euh voilà donc euh ce qui concerne mes, mes grands-parents quoi.

Joël: Quand la guerre civile intervient en 1936, quel est l’âge de votre père et quel est son engagement politique à ce moment là ?

Jean: Alors l’âge de mon père, il est né en 11, donc non en 13, en 13, c’est, c’est ma mère, c’est la juana qui est né en 11. En 13, en 13 donc euh quand quand là au début de la guerre civile donc euh 36 donc çà lui fait 23 ans si je compte, je calcule bien, hein voilà vingt, vingt-trois ans donc que et, il fait parti donc de de cette tribu des Morente donc et euh il est, il est appelé lui euh en 35, hein je, je peux peut-être me tromper de, mais fin je crois que c’est aux alentours de début 35, il, il est appelé pour faire son, ce qu’on appelait son, son, son régiment quoi et en quelque sorte parce que il y avait des appelés sur sur la région de Madrid donc euh avant la guerre donc euh euh et et et il, il est parti faire son régiment avec un autre de, de ses frères qui est né en 11, qui vit encore, j’ai la chance de, de l’avoir encore, qui vit dans la région de Séville El tio Curo hein et donc il y avait déjà euh deux, deux Morente qui étaient à, à Madrid donc entrain de faire le régiment, hein au moment où alors bon c’est vous me posez la question de savoir ses idées politiques euh je pense pas qu’on peut parler de, de, de, de… mais je pense qu’il était, il était déjà communiste enfin sans, sans, sans , sans être encarté mais enfin y avait déjà euhhhhhhhhh pfffff quelques notions de, quelques notions de, disons de, de politique euh de défenses du, du peuple parce que le, le, le, le, vous savez très bien que le, l’Andalousie est était ce qu’il y avait de plus misérable avec l’Aragon, mais je crois que l’Andalousie s’était vraiment ce qu’il y avait de plus misérable dans la, dans la péninsule ibérique. Même les Portugais euh qui étaient en bord de, de l’Océan était mieux nanti que, que les Andaloux, l’Andalousie s’est des choses terribles euh alors que maintenant c’est un pays magnifique où, où, où tout, où tout semble bien marcher quoi malgré la conjoncture, et que ce soit tourisme, que ce soit, que ce soit euh culturel ou n’importe quoi, c’est quelque chose qui, enfin moi je suis fier à la limite d’être, d’être né d’un père andaloux, vous voyez. Alors mon père bon bé s’est çà donc il est de gauche, il est de gauche mais après bon il s’est affirmé beaucoup plus euh euh au fur et à mesure de, de sa vie quoi disons.. Joël: Donc euh au moment de, du coup militaire de Franco euh votre père, il est euh sous les drapeaux, il est militaire encore ou il est revenu euh à la maison, il est militaire encore… Jean: Oui, oui c’est à dire que le, le, le comment dirais-je, le coup d’état euh militaire, fasciste euh le surprend à lui en tant que, il avait déjà fait je crois entre douze et treize mois de, d’armée déjà et appe, appelé en tant qu’appelé et eux avec son frère, qui, qui lui avait presque finit parce qu’il avait déjà, il avait je crois un an et demi de différence donc que … et donc la, la, il est, il est surpris donc le, le, le coup d’état le surprend si on peut appeler çà surprendre euh en tant, en tant qu’appelé quoi militaire, ouais simplement, simple soldat, simple soldat, il était pas engagé ni rien, il était simple voilà

Joël: Donc que euh on peut considérer que euh naturellement il reste fidèle à l’armée républicaine, il est du camp des loyalistes on va dire…

Jean: Bé c’est à dire que bon moi je pense que là euhhhhh ya,ya rien à faire quoi on a beau dire ce qu’on voudra, bon lui c’est sûr que lorsque la guerre démarre, elle démarre par le Sud donc vous le savez hein, elle démarre par le Maroc, l’Andalousie est vite balayée, bon bé lui il est, il est à Madrid donc euhh Madrid étant la,la jusqu’à la, jusqu’au 27 mars, je suis né le 27 mars 39, ce que je disais à la dame, mais eux voilà eux bon bé Madrid est restée républicaine quoi disons et donc lui euh déjà il avait les idées et, il est, il est dans un des, des, des fiefs de, de, de, qui est la capitale, et le fief de la république euh donc euh donc lui, il a pas eu besoin de, on l’ a pas, on lui a pas forcé la main quoi disons, çà s’est fait tout à fait naturellement lui voilà

Joël: Alors pour en venir à votre, à votre maman euh Juan Morente, elle est native de, de Recas, qui est une ville qui se situe au Sud, au Sud de Madrid, euh et euh bon c’est une dame qui n’a pas d’engagement politique mais qui se retrouve en 39 euh à Madrid chez une de ses soeurs, où euh sa maman l’avait, euh l’avait expédié si, si je peux employer ce terme pour la mettre un petit peu à l’abri de, de, de l’offensive franquiste

Jean: Oui tout à fait, bon bé enfin à, avant euh pfou ce qui me fait sourire, c’est que je me vois dans, dans cette ville de Recas, vous parlez de ville, c’est, c’est pas une ville hein c’est un petit village euh bon, euh très, très paysan qui est même pas beau, si vous, on avait l’occasion d’y aller, euh comme j’y suis allé dernièrement avec des amis euh donc qui, qui m’ont aidé notamment à, à coécrire ce livre là hein, donc peut-être on aura l’occasion de parler euh pfffff hihi je vous pose la question, vous coupez si jamais héhéhé, bon euh oui euh non, Recas à l’époque, c’est douze cent, treize cent habitants, hein euh, une ville de, un petit village de, de paysan, maraîcher la, pour la plupart puisqu’ils sont en bordure du, du, du Rio Manzanares, hein qui, qui passe, et qui contourne Madrid parce qu’on se se Recas se situant à, à équidistance entre, entre Madrid, euh 55 kilomètres et c’est pas équi non, et Tolède qui une vingtaine de kilomètres oui voilà, euh un peu en retrait de la, de la nationale, de la quatre voies actuelles, à six, sept kilomètres donc et donc ma mère effectivement bon euh naturellement à l’époque euh le, la guerre civile démarre donc et on sait très bien ce qui se passait, çà a été même si il n’y avait pas la télé à l’époque ou les, ou peut-être les journaux, euh on sait très bien que déjà les troupes franquistes euh aidées par les Maures disons commettent d’innombrables exactions, on l’a su après euh notamment en Andalousie, et avec des, tout ce qui est euh viol de femmes, enfin euh, ainsi de suite donc euh, euh les euh la première des choses de, des des maires de la région de Tolède, c’est, c’est de euh, les, les enfants, les garçons encore à la limite bon bé y suivent euh soit y sont, y sont appelés ou y sont volontaires dans l’armée républicaine, mais les filles çà euh il faut rapidement les sauvegarder, qu’on fin, et c’est pour çà que ma grand-mère, la ti Juliana, Juliana, comme on l’appelait dans le village là, euh donc euh avait, avait six filles, elles, elles aussi c’est une famille de onze enfants hein ma mère est l’ainé d’une famille de onze enfants, y avait six filles et cinq garçons, cinq barones comme on disait et les, dans les, alors donc ma, ma mère, y avait déjà euh je suis un peu confus euh enfin vous Joël: Non, non çà va Jean: Euh bon y avait déjà deux ou trois, deux ou trois, les anciennes, les soeurs beaucoup plus âgées euh s’étaient déjà mariées et vivaient sur, parce que euh ceux qui ne voulaient pas, bon c’était très dure et le à l’époque, c’était voyez en village presque du Moyen-Age à l’époque hey euh donc c’était très dure de vivre là-bas donc les, les, les, l’avenir des jeunes filles qui étaient, qui savaient, qui voulaient s’en sortir, c’était d’aller vers la capitale automatiquement et souvent rentraient dans des, dans des restaurants, faire du travail ou alors souvent la couture aussi hein et c’est ce qui est arrivé, moi j’avais, deux, deux, trois soeurs à ma mère qui étaient dejà dans la couture, qui apprenaient et qui en plus étaient mariées avec des, avec des gens de, fin de la région madrilène voyez…

Joël: Et qui vivaient à Madrid

Jean: Et qui vivaient à Madrid

Joël: Oui

Jean: Voilà donc euh, elle est, elle est, elle est comme vous dites expédié entre guillemets à, à Madrid pour, parce que on sait très bien que euh, y se prépare euh les, on, ya ya, c’est une guerre quoi, pas qu’ une guerre civile, çà s’est su rapidement quoi, et donc ma mère, ma grand-mère donc elle reste à Recas parce que elle a un certain âge, elle avait je crois à l’époque, on va mettre soi.., une soixantaine d’année, cinquante-cinq soixante ans vous voyez, bon bé elle, elle, oui ce que j’ai oublié de dire c’est que euh ma grand-mère est, est à la tête d’une, d’une petite, d’une, d’un petit res.., d’un petit restaurant enfin , on appelait pas çà restaurant, remarqué en Espagne, c’était plutôt une sorte d’hacienda quoi un peu style mexicain, c’est-à-dire que là dedans c’était l’auberge espagnole, c’est le cas de le dire, parce que là tout le monde euh venait manger à midi que ce soit la gendarmerie qui venait faire sa ronde euh euh euh, provenant de Tolède notamment bon donc euh euh naturellement, là je patauge, je continue ah bon, alors donc effectivement donc ma mère euh est envoyée, donc par sa, par sa mère donc euh euh dans la région euh euh, à Madrid même dans la banlieue de Madrid où, où la, où les soeurs de, la, la, l’héberge et lorsque la, la guerre, alors, lorsque déjà le, le front s’avance vers, vers le bon, Franco a attaqué de, de, du Sud et également du côté de, de, d’après ce qu’on dit du côté de l’Est, c’est-à-dire euh euh non l’Ouest, l’Ouest plutôt du côté de euh Extramadura, Extramadura puis du Pays-Basque, bon mais c’est déjà, déjà, bon euh, euh, la République Espagnole s’organise donc, notamment sur Madrid et ya l’effort de guerre qui se prépare et, et ma mère donc plutôt, apprend pour ainsi dire euh pas la couture au départ parce qu’elle est, elle est, elle est, elle est rentrée, elle rentre donc volontaire avec toutes ses soeurs et toutes les femmes de, Madrilène euh volontaires dans une caserne pour, pour naturellement euh participer à cet effort de guerre donc c’est-à-dire notamment euh coudre des parachutes, des, des, des costumes de euh, de, pour l’armée, d’autres, d’autres travaillaient sur les, sur des, sur de l’armement, confectionnaient notamment les balles, les obus, tout ce qui est voyez bon euh et donc elle, elle est dans une caserne, le nom de la caserne je m’en rappelle plus, elle était très réputée, en plein centre de Madrid, mais enfin voilà, voilà donc les premiers, les premiers euh euh ce que, ce que ma mère a eu à subir au départ voyez

Joël: Alors, un autre nom réputé, c’est celui de, de Lister, l’officier de l’armée républicaine euh que rejoins votre père puisque votre père est engagé euh sur le front madrilène, à Madrid euh sous les ordres de, de, du commandant Lister à ce moment là, et c’est aussi à Madrid que, que vos parents, que votre père euh et, et votre mère font connaissance ?

Jean: Voilà, sans, en faisant cours quand même, vous allez directement à Lister, bon bé là c’est déjà mais alors donc dans cette fameuse caserne bon euh, euh ma mère cotoye donc les, avec, avec, avec ses soeurs et d’autres, d’autres femmes donc le, le, le milieu, le milieu des, des cadres militaires et ou simple soldat, et donc c’est là où euh où euh dans cette caserne, elle connaît, elle connaît mon père quoi, mon père Juan hein, elles, elles le connaissent de cette caserne et donc à partir de là, bon c’est le coup de foudre quoi donc euh ma mère se, se, et mon père se marient dans la même caserne hein euh devant un, un juge officiel et puis des, des cadres de l’armée et à partir de là donc euh mon père est affecté euh presque au départ dans, dans le cinquième di…, di…,de la cinquième division du régiment de, de Enrique Lister effectivement le grand, le grand homme qu’a été pour la, la défense de la république espagnole donc euh Enrique Lister et donc euh ma, ma pauvre mère, elle euh suivra donc son mari Juan euh dans toutes les péripéties des, des, des guerres enfin des guerres ou des, ou des contacts contre l’armée euh euh euh Franquistes hein euh et fascistes donc euh dont dont naturellement bon c’est le départ, c’est la défense de Madrid au départ après Lister, bon est affecté bon … va sur Valence, combat sur, sur la région de Valence et alors après euh aussitôt après c’est, c’est la bataille, les batailles, les grandes batailles de L’Ebre notamment où là-bas mon père donc a eu à, à contribuer donc avec ce régiment bon, bon on en aurait vraiment pour, jusqu’à minuit donc de parler de ces fameux régiments de, de L’Ebre notamment, au travers du grand général Lister Joël: Et donc euh sur cette période euh euh votre mère suit en quelques sortes la progression euh de la carrière militaire et euh euh d’une certaine façon aussi de la retraite de l’armée républicaine jusqu’à jusqu’à Barcelone ? Jean: Tout à fait, tout à fait bon donc euh euh naturellement ma mère ne participe pas au combat parce qu’elle a pas suivi dans L’Ebre quand ya la bataille de terrain notamment les grandes batailles de L’Ebre mais mais les, les femmes donc euh euh, des soldats sont, sont encasernées donc elle est restée à Valence un certain temps après çà a été au fur et à mesure de l’avancée des, des franquistes donc hein ou, ou de la boucle donc de parce qu’ il y a eu un contournement des troupes franquistes donc ma mère bon revoyait son mari bé au cours de certaines permissions rapides où euh donc euh jusqu’à jusqu’à ce que euh après ça a été à Barcelone notamment euh Barcelone, et jusqu’à ce qu’ils sont arrivés à la frontière, quoi hein, hein ils se suivent mais mon père est dans le combat et ma mère est dans la ré ,retaguarda, guardia qu’on appelait, c’est-à-dire la, la en bordure des, des conflits mais elle continue à faire son travail euh dans, dans les troupes Lister, les femmes participaient donc à l’effort de guerre, et alors elles n’avaient pas d’armes et euh que je sache mais, mais elles travaillaient dans les, pour, pour les, tout ce qui est à, dans l’armement, préparaient, préparaient les, les, les balles pour les mitrailleuses donc euh et euh peindre les obus euh s’occuper des parachutes parce qu’il y avait quelques, euh déjà ils y avaient une lutte déjà aérienne qui était assez, assez poussée, bon bé voilà donc euh

Joël: Oui çà c’est un des points importants que, que l’on ignore souvent, c’est que effectivement c’est pas pour minimiser le, le travail des militaires qui sont sur le front mais il faut aussi rappeler ce que vous venez de faire le rôle de, de ces femmes qui sont en retrait du front mais qui apportent une contribution active quand même au fonctionnement de, de, de l’armée républicaine.

Jean: Oui je suis tout à fait d’accord avec ce que vous dites, effectivement euh on pense jamais, mais enfin bon une, une guerre civile, c’est, c’est vraiment la guerre civile, c’est-à -dire que tout le monde participe et à à des degrés moindres y, y avait des enfants de treize, quatorze et quinze ans, seize ans euh nous en avons ici, bon je pense toujours comme vous le connaissez bien c’est Edouard ? qui a seize ans a combattu les armes à la main euh et oui c’était l’armée du peuple quoi hein c’était pas l’armée de Franco euh ou on avait un certain âge et puis on était engagé, engagé euh même, même des fois, enfin pas, pas, on n’était pas toujours engagé parce que moi je, je, je citais le, le cas tout à l’heure de, du, du frère de, le jeune frère de ma, de ma mère hein qui, qui lui a eu, a eu un autre parcours, lui opposé à celui de sa propre soeur, la juana et de mon père c’est à dire que lui, il fait son régiment, euh, sur, sur la, au Maroc espagnol hein à Mellile notamment hein eux il est à Mellile et à partir de là il est enrôlé pratiquement de force je pense dans cette guerre civile parce que les jeunes, les jeunes n’étaient pas le coup, les jeunes qui étaient, qui étaient dans les troupes franquistes de, de, du Maroc espagnol euh s’étaient des jeunes appelés paysans et voilà donc ils se sont retrouvés à, à euh, de gré ou de force euh enrôlés dans cette armée de, de métier là, c »était l’armée de métier avec, euh alors naturellement bon une, çà ouvre les …, former, encourager donc par les troupes euh mussoliniennes euh et l’encadrement naturellement de Hitler qui préparait naturellement lui son , son grand coup, c’est pas un coup d’état mais sa grande guerre qui, qui, qui, qui allait prolonger dont le euh l’épopée des républicains espagnols, fin de la guerre civile quoi hein ?

Joël: Vous, vous parliez de, de ce drame très personnel qu’a vécu votre, votre mère avec d’un côté son, son compagnon, son mari qui est engagé euh dans les forces républicaines et son propre frère qui est probablement de l’autre côté, on va dire, c’est, c’est, c’est euh, c’est un drame pour toutes les familles, que deviennent les, les Morente d’Andalousie et que deviennent le, la branche maternelle de, de, de, de, de votre maman euh à Recas pendant pendant la guerre civile ?

Jean: Bé c’est-à-dire que, que deviens, c’est à dire là bon en ce qui concerne la, la branche paternelle enfin bon les, les Morente et j’en suis fier euh bon euh euh ont eu à payer un lourd tribu parce que y y y, il y a euh sur les cinq enfants euh un garçon euh ils étaient pratiquement tous mais c’est-à-dire qu’ils étaient engagés dans, soit dans l’armée républicaine ou soit carrément dans cette espèce de résistance qui a eu, puisque l’Andalousie a été envahie rapidement donc et ils étaient dans, dans les, planqués comme on dit euh dans la Sierra Morena hein, et les deux seuls qui ont fait, qui ont, qui ont, disons lutter dans une armée de métier, ceux sont les euh le (nom de son frère) le plus âgé de euh, de mes oncles, le frère de mon père, ce sont les deux qui étaient vraiment engagés d’une armée métier mais les autres, ils étaient en résistance dans, dans la Sierra Morena pour, pour essayer d’harceler les troupes franquistes quoi bien sur et donc euh du côté de ma mère, euh du coté de ma mère bon bé euh il y a eu d’abord ce, ce, le jeune, le jeune frère de ma mère là que j’ai …bon, qui avait vingt ans, qui a été enrôlé de force donc euh en faisant son régiment donc euh et euh ma mère a eu ses deux autres frères eu un, deux que je me trompe pas, c’est deux autres frères qui étaient trop, trop âgés quoi bon bé y ont y et y et , je n’ai pas tellement entendu dire moi de quel coté ils pouvaient être mais enfin bon ils étaient, ils étaient….

Joël: Pour porter les armes

Jean: Voilà pour porter les armes euh ils étaient entre les deux, voilà ils étaient carrément dans les, bé c’est-à-dire que eux euh, c’était des paysans, des maraîchers, des paysans, y se sont occupés de çà bon alors, je sais qui malheureusement il y a eu des, des gros, gros problèmes comme dans toute l’Espagne dans ce village de, de Recas effectivement y a eu, y a eu ce qu’on a, ce qu’on a dit qu’on est des règlements de compte entre, entre ceux qui étaient pour la République et ceux qui étaient contre quoi c’est sûr hein, hein euh ya eut pas mal d’exactions, ya eut, on, on le retrouve maintenant ces derniers temps, on se rend compte également que Recas à petit échelle voyez, avait, avait malheureusement ce qu’on appelait les fosses de Franco, les fosses communes et on a découvert en deux ou trois endroits autour du village l’an dernier ou il y a presque un an et demi, on a découvert les, les, les fosses donc avec, avec des, des personnes civiles euh enfants euh euh donc sommairement exécutés, euh un matin donc voyez, donc euh c’est, c’est l’histoire, c’est l’histoire de toute l’Espagne quoi çà hein euh voilà

Joël: Un autre sujet, un autre sujet douloureux, on va reprendre la chronologie de, de, de notre histoire euh quels sont les évènements marquants euh auxquels sont confrontés votre père et votre mère euh avant la rétirade en février 39, quels sont, que que leur arrivent-ils dans les derniers mois euh précédent février 39 ?

Jean: Alors euh, les derniers mois donc ou, vous voulez dire par là quand ils sont encore en Espagne quoi hein, bé c’est à dire bon

Joël: Votre père est engagé sur le front de Barcelone, j’imagine

Jean: Oui, oui, il a, il a, la, la, la grande rétirade de l’armée, de l’armée de Lister, c’est du cinquième régiment de, de, de, des troupes de Lister, ses troupe de choc, c’est, c’est, c’est la défense de, de, d’abord par Valence, hein Madrid, Valence, Valence-Barcelone, de Barcelone euh c’était la bataille de L’Ebre, hein et puis, et puis après bon bé la, la bataille de L’Ebre pratiquement perdu donc euh y se replie sur Barcelone et puis après c’est direction la frontière quoi, c’est direction la, le, le Perthus quoi hein…

Joël: Votre père avait une fonction particulière au sein de, de, de l’armée euh dans quelle section était-il ?

Jean: Alors çà, je vais pas vous la donner mais enfin, par mémoire mais enfin bon, il était, il était sergent, il était sergent mais lui, il était, il faisait parti de la brigade rapprochée de Lister c’est-à-dire brigade de protection de euh, du général Lister hein voilà çà, il a, il a, qu’il cotoyait assez souvent et donc euh ça a été son grand euh, ça pas était un combattant disons euh sur le terrain mais enfin bien que Lister lui, l’un des rares généraux que, que, que, que, d’abord tout le monde lui tire le chapeau de ce côté là, enfin quoi, les grands historiens qu’ils soient de tout bord euh il, il était très près du front lui, Lister a toujours eu un courage, il a pas, il a pas fait ce que, ce que faisait certains généraux qui, qui faisaient de la guerre de, vue de loin, ou à la jumelle comme on dit euh là non Lister était sur, sur le front et mon père donc naturellement en étant brigade rapprochée de, de défense de Lister et a suivi malheureusement les évènements de très près quoi.

Joël: Et pour votre mère, comment se passe la rétirade ?

Jean: Alors la, la rétirade, alors, si là on en vient, alors la rétirade c’est-à-dire que là, bon les troupes, les troupes de, espagnoles avec les civils donc se retrouvent euh on dit bien euh en février donc début février entre, entre quatre cent cinquante-huit mille et cinq cent mille personnes euh mélangées avec, avec la troupe donc, bon bé là, là çà a été, çà a été, çà a été la grosse panique c’est sur ma mère mm mes parents on souvent évités de me parler de, de, de ce drame, c’est pour ça que j’ai senti le besoin une fois que mes parents ont disparu hein de faire ce devoir de mémoire, mais, mais par exemple ma mère était enceinte, ma mère déjà, et le, le, le, la grande particularité, c’est que au fond de, à Madrid euh j’étais procrée pour ainsi dire déjà à Madrid voyez hein en, en, en juin on évalue çà, je crois c’est en juin-juillet euh 38, donc que, lorsque euh, lorsque euh ya ma, ma, ma, les troupes fran, espa euh républicaines avec, avec les civils euh se euh se euh, s’échappe donc vers, vers le, vers, vers le, le, le seul coin qui était, qui, qui, qui pouvait permettre encore euh bien qu’harceler par les naturellement, par les nazis euh avec des là une vafe puis notamment les Fiat italiennes de Mussolini euh ma mère était enceinte de , je crois cinq-six mois quoi déjà hein bon alors donc dans un état, un piteux état et, et euh heureusement que Lister avait bien fait les choses puisque tout ce qui étaient personnes âgées, femmes enceintes notamment y en avait dieu sait s’il y en avait parce qu’on a évalué à plus de douze cent, à treize cent femmes enceintes à, à, dans cette rétirade, sur les cinqs cent milles personnes donc euh euh ma mère a eu à subir donc euh une grossesse euh, euh alors elle était, elle était oui Lister ayant, disons les, les troupes et les civils marchaient le long des, des routes, on retrouve encore des films et des témoignages euh certains sont passés à travers la montagne, d’autres sont passés par le, le, les vallées du, du Perthus quoi, ma mère était sur, sur un camion, hein sur des camionnettes de l’armée donc avec des personnes âgées, les, les, les enfants mais euh ce qui lui a fait dire quand même que, elle a finalement été plus en danger en étant sur ces camions hein que, que les personnes parce que chaque fois qu’il y avait les rafales donc qu’il y avait les fiats allemands ou les ou les je pense que c’était les misters schmidt allemands euh qui, qui….

Joël: qui est les cibles de l’aviation fasciste oui

Jean: automatiquement, vous avez raison, c’était les cibles alors que ce que, ce qui marchait à la limite, il était vite fait de se mettre sous des rochers voilà et donc ma, ma mère m’a toujours raconté effectivement çà c’est un truc pénible, elle a perdu des, des copines à elle, qui étaient enceintes comme elle donc et bé pourquoi parce qu’elle a pris des, elles ont pris des balles qu’on de, de, voilà et elle a eu de la chance donc déjà une première fois là, c’est une chance extraordinaire de pouvoir euh arriver à cette frontière à, sur, sur une (…) exactement

Joël: Alors, il y a un point important euh que j’aimerais que vous expliquiez, c’est que vos parents euh tout en étant séparés, ont quand même conservés euh, euh, un contact euh ils savaient ce que faisaient l’un et l’autre, que ce soit votre père sur le front ou votre mère euh sur, sur les routes de l’exil euh ce n’est plus le cas une fois euh passée euh la frontière française puisque là vos parents sont séparés, votre père part en camp de concentration et votre mère est réfugiée à Montflanquin, j’aimerais que vous nous le racontiez cette, cette séparation de vos parents, comment çà se passe ?

Jean: Attendez, je, je, je vais vous parler de çà mais je trouve qu’on, qu’on va peut-être un petit peu trop vite, simple, simplement, bon ya le passage, ya le passage de, de, de la frontière donc des cinq cent milles personnes, y a eu cinq cent milles personnes mais, mais déjà alors même si, si mon père et ma mère déjà à, à ce moment-là, ne savent pas trop où ils en sont hein les uns étaient d’un côté, mon père n’a pas trop l’occasion euh vue les circonstances de, de se rapprocher de ma mère mais ils savent à peu près où, où ils sont passés effectivement, y passent la frontière par le, par la route escarpée du Perthus et, et ils arrivent dans ce fameux emplacement, on va appeler çà ya, ya, ya le Boulou d’abord et après y, y, y sont, enfin ma mère euh est, est, est hébergée dans, dans ce qui, qui devait être le, le, le camp de concentration de d’Argelès. Voilà ma mère est là et il se trouve que mon père euh, quelques jours après parce que çà se décide quelques jours après donc, se retrouve dans ce camp mais naturellement dans la séparé de ma mère parce que bon les femmes sont d’un côté, les hommes euh civils ou, ou l’armée sont de l’autre donc et ont, ont, ont, ont , ont déjà, euh la, la, la France donc est entrain de, bon qui maintenant est dépassé par les évènements quoi, et c’est quand même bon parce que lorsqu’on dit camp de concentration, c’est des, c’est des camps qui se sont battis euh pratiquement au, au moment où les réfugiés espagnols sont arrivés c’est-à-dire on le sait, c’est , c’était du sable, c’était les plages du Barcarès, de Saint-Cyprien, de toutes les grandes, les magnifiques plages qui servent à l’heure actuelle à, au tourisme mais à l’époque c’était du sable et, et en très peu de temps, le, l’armée française euh aidée par, notamment par des troupes euh marocaines, à l’époque ce qui a fait un petit peu, disons qui a géné énormément les républicains espagnols quoi hein, on battit en catastrophe, ces, ces camps qui, qui au départ étaient simplement des, c’étaient des trous dans le sable hein, on le dit, on l’écrit puis c’est la vérité, c’était des trous dans le sable avec, avec, avec des, des cannes en bambou au dessus, on se protégeait en plein mois de février donc et après bon bé au fur et à mesure, que le, que les, les jours ont passé, on a, on a réussi à faire des, des casernements même euh, même euh, même si ce sont des casernes, des casernements qui style camps de concentration quoi et donc à partir de là bon donc y’a l’histoire de mes parents en France donc hein en février 39 et euh avec, avec euh ce qu’il y a de particulier, c’est que mon père était, était coincé naturellement, était euh, était emprisonné donc dans, dans ces camps hé parce que disons les, les français

Joël: Votre père était emprisonné à Argelès ?

Jean: Et voilà Argelès oui, oui dans, dans le camp parce que ya, ya, ya toute une histoire là dedans, ya, ya, ya le fait et pourquoi ils étaient emprisonnés, bé parce que l’armée française voulait filtrer, voulait, voulait voir à peu près, à sans doute à qui elle avait à faire hein et donc parce qu’on s’en doute qu’il y avait, y avait dans ce gouvernement français de l’époque, y avait, yen avait encore qui, qui préconisaient donc d’être prudent dans la rentrée des, des militaires espagnols et parce que voilà ouais euh puisqu’il y en avait certains qui étaient classés d’extrémistes euh rouges quoi c’est sûr donc voilà donc ils étaient parqués là et, et alors donc ma mère, elle enceinte donc pratiquement en février puisque je suis né le 27 mars, 39 donc en février déjà au bout de quelques jours euh elle fait partie des douze cent ou treize cent, entre douze cent et treize cent euh braves femmes, euh qui sont enceintes donc, et, et, et d’où, d’où justement on, on en parle encore ces temps-ci puisque il y a eu, ya eu des festivités pour, pour honorer donc c’est, la maternité Delle notamment où il y a eu, il y a eu environ euh trois ou quatre cents enfants qui sont nés, moi je n’ai pas eu cette chance là, bon si on peut appeler, mais enfin j’en ai eu une autre, euh je ne suis pas né dans, dans la maternité Delle, parce qu’il n’y avait plus de place, mais euh ma mère avait été expédiée avec, avec le reste des, des femmes enceintes disons vers le Nord, c’est-à-dire, hein, c’est-à-dire qu’au fur et à mesure qu’elles allaient vers le Nord on leur, euh a, au fur, au fur et à mesure des emplacements disons qu’il y avait euh le long, le long d’un, d’un axe, mettons on va mettre euh, entre Angoulême, Angoulême et la frontière espagnole euh, les, les femmes, y’en avaient six qui accouchées ici, bon, bon, euh, j’aurais pu aussi lui accoucher, ma, ma, ma mère aurait pu accoucher de moi à Agen par exemple, mais non à Agen il n’y avait pas encore de place, donc, elle, elle est monté à Villeneuve avec, avec d’autres amies hey, par bus, certains par camion, par bus l’armée euh, la république française diligençait ces braves femmes enceintes et, et moi j’ai atterri ici, à ce que, à, à Villeneuve quoi disons, ma mère a atterri à Villeneuve donc je suis né à la maternité de, de l’hôpital Saint-Cyr euh ici voyez voilà et après ben…

Joël: Un, un des points importants qui, qui faut souligner, c’est que euh à partir de ce moment-là votre mère ignore le sort réservé à votre père, elle ne sait pas où il est et inversement ?

Jean: Totalement, totalement, euh, chacun, euh, ma, ma mère, c’est très dure parce que c’est sûr quand on pense que c’est une femme avec d’autres euh elle avait d’autres amies, euh je crois qu’elles ont accouché à six ici, hein dans la maternité hein et, et d’autres euh sur Agen mais enfin dans les six au euh, elles étaient pratiquement euh c’étaient des soeurs quoi, les six ya, ya, y a eu certainement des marinages sans aller plus loin, mais enfin la (nom d’une femme) ici, çà a toujours été une, une soeur pratiquement euh de, de ma mère quoi et entre guillemets voyez bon, qui a eu moins de chance parce que son enfant est, est né et trois jours après il est décédé quoi bon euh dans les, pour vous montrez dans quel état était les femmes enceintes, voyez bon elle a pas eu de chance, la pauvre Julia donc son, son enfant est décédé, bon moi, moi je suis né mais donc c’est çà, c’est que ne pas parlait la langue dans un pays comme çà à l’étranger avec euh bon ç’est, ça a été très dur quoi, ne pas savoir euh alors ses parents, il était pas question quoi c’est, c’était la guerre avait déma, pratiquement démarré ici hey oh, moi je suis né en mars mais, mais, mais disons que euh pratiquement un an après la guerre, la guerre a démarré en France donc…

Joël: On va y venir ce que, ce que, ce que j’aimerais euh euh, j’aimerais vous entendre sur un point qui me paraît quand même important dans l’histoire de votre famille, c’est le rôle de la commune de Montflanquin, qui est quand même à l’origine de votre naissance à la maternité de Villeneuve. Comment votre mère s’est-elle retrouvée euh à Montflanquin

Jean: Oui d’accord, fin mais c’est pas tout à fait, euh non, mais non, non simplement, simple, euh, ce qu’il y a de particulier, c’est que une fois accouché euh la, disons que le, les, les femmes espagnoles étaient hébergées provisoirement jusqu’à ce que l’on fasse des recherches, jusqu’à ce que le gouvernement français fasse des recherches pour éventuellement retrouver euh le géniteur, fin c’est-à-dire le père ou éventuellement de la famille, bon, alors euh, le, le cas particulier que, que, que j’ai eu avec ma mère c’est que mon père euh qui était toujours avec les, avec euh, avec Lister, enfin avec la, la brigade de Lister disons euh mais dans le, dans le camp de concentration d’Argelès donc euh à, il aurait été simple soldat, il aurait peut-être jamais pu retrouver sa propre femme et, et son enfant mais bon il se trouve qu’il faisait partie eu dans, dans les cadres de euh, autour de Lister, euh ce sont des gens qui ont fait le maximum sans doute pour arriver à, à, avec les, avec l’armée française donc à retrouver les traces du fils que j’étais Juan et puis, et puis de ma mère, bon il s’est trouvé que euh mon père a su que effectivement euh ya ma mère était hébergée dans le, dans le Villeneuvois hein dans le Villeneuvois euh donc euh à partir de là euh mon père a fait, a fait le maximum qui qu’il a pu hey, en tant que, même en tant que prisonnier et disons que d’avoir fait parti du régiment Lister, çà l’a toujours aidé puisque il y a, il y a l’un des, je crois que c’était, le grade je me rappelle pas, c’était un grade assez important euh du régiment Lister là, le, le nom je ne m’en rappelle plus non plus, mais c’était, c’était un lieutenant-colonel je crois de Lister qui, qui avait euh notamment, enfin je vais vous raconter cette péripétie parce que, qui y avait notamment euh une, une chevalière assez imposante en or, et euh cette chevalière disons a permis que le, que mon père retrouve sa femme et son fils, pourquoi ? Bé parce que euh lui-même, dès qu’ils ont localisé approximativement là où, là où nous étions hébergés, nous aussi à la maternité de, de Villeneuve euh, le, le, le, le, le lieutenant colonel en question donc a dit voilà, on va euh, on va prendre un taxi, toi tu es coincé ici, euh on est prisonnier mais euh, il y avait sans doute des allées et venus enfin bon, bon ils ont, il a obtenu l’autorisation euh spéciale avec, avec ses, alors comme il avait pas d’argent, bon ses, ses chevalières a aidé disons à, à ce que ce taxi de la région de Perpignan puisse venir chercher sa, sa femme donc la Juana et moi-même, et nous sommes redescendus, mais nous avons été réintégré dans le camp d’Argelès, voilà c’est, c’est assez rare parce qu’en général, les gens qui, qui sont parties, les, les femmes qué, les copines à, à ma mère ou, ou toutes celles qui ont accouchés le long de ce trajet là, bon bé sont, sont restés sur place, ce sont les mariés qui les ont rejoint, mais là euh mon père a pas supporté disons euh l’attente, lui il a préféré faire descendre et là au moins il était sûr de, de récupérer sa, sa femme et son fils, donc et le taxi nous a ramené donc euh à, et si ce n’est que mon père lui ai dit que bon, il est resté, ils sont quand même resté deux, trois mois de plus euh les hommes étant enfermés dans, avec les hommes, dans le quartier des hommes en bordure de plage donc et, et, et les, et les femmes, dans, dans un, y avait un espère d’hôpital de toile militaire et puisque déjà, j’étais, j’étais pas très gaillard puisque bon j’ai failli mourir euh mainte et mainte fois puisque j’ai eu des, j’ai eu, j’ai eu des bronchites, j’ai eu des méningites, j’ai eu toute sorte de, étant né pratiquement, bon après çà, vivant dans le sable euh la saleté quoi, de, de, de ce camp d’Argelès donc et ya toute une histoire aussi euh j’ai atterri à l’hôpital, à l’hôpital de Perpignan notamment quoi, où on doit avoir des traces de, de moi quoi…

Joël: Ya, ya une histoire oui sur laquelle il serait intéressant de vous entendre, c’est que effectivement vous n’étiez pas en forme, votre maman non plus et vous avez été tous deux hospitalisés à Perpignan et euh, et vous avez eu aussi un frère de lait euh à l’hôpital, alors j’aimerais que vous me racontiez un peu dans quelles circonstances ce frère de lait est arrivé dans les bras de votre maman ?

Jean: Oui bé c’est-à-dire que là aussi c’est pareil, quand euh on doit avoir de la chance, de, de, même dans les, dans les moments les plus, les plus, les plus terribles, les plus noirs quoi, bon bé, lorsque j’ai, j’ai, j’ai cette bronchite, bon on a essayé de me soigner, ma mère m’avait dit avec des mauvaises herbes, enfin on essaie de faire, de faire euh, de faire ce qu’on, ce qu’on dit des, des cataplasmes bon et là, et là, la malchance que j’ai eu c’est que, çà, çà devait pas y faire grand chose, mais par contre je me, j’ai été brulé, j’ai été brulé à je sais pas combien de degrés, devant et derrière donc et, et, et donc j’étais, j’étais très mal en point lorsque euh les docteurs du camp de ce, de, de ce, de cet hôpital de toile donc autorise ma mère donc à intégrer l’hôpital de, de Perpignan et, et à Perpignan, la chance qu’elle a eu, c’est que euh ma mère était quand même euh même mal en point, était de fortes constitutions et, et notamment en matière de lait euh, elle en avait à revendre, heureusement la grande chance que nous avons eu, elle et moi et moi, c’est ça c’est que elle elle a eu la chance de rencontrer dans dans à à l’hôpital à une fois avoir été ben bien soigner, ça ça a durée quand même quelques quelques jours euh euh un docteur espagnol parce-que un docteur espagnol, parce que les les docteurs réfugiés espagnols participaient naturellement aux soins euh de de de leur de leur euh des espagnols quoi, disons réfugiés et alors euh le le docteur je devais m’en rappeler maintenant mais euh euh… comment il s’appelle… alors mais bon, écoutez, donc ce docteur lui lui avait proposé un marché en quelque sorte à ma mère, il lui a dit: « Voilà, mais c’est pas difficile, euh si si tu tu as pas mal de lait, si tu es capable de euh… de nourrir euh je crois que c’est un ou deux un ou deux enfants je crois que là bon en même temps que le tien, eh beh bon on pourra te soigner et puis en plus bon après tu pourras malheureusement réintégrer le camps quoi mais enfin bon tu pourras donc être mieux nourris c’est-à-dire voilà, c’est c’est le côté mieux nourris parce-que inutile de vous dire que les braves espagnoles réfugiées euh en autre on crevait de froid mais on crevait de faim également et ça sa lui a permis à ma mère de de mieux se nourrir pour mieux allaiter l’enfant que j’étais et puis elle a allaité je crois euh… bon et c’était pas pas l’unique aussi, y’a dû avoir d’autre espagnoles aussi donc euh entre autre donc, ce qui a permis de d’arranger la situation quoi enfin de notre situation à nous…

Joël: Donc quand euh la santé de votre maman et la votre euh euh se sont euh améliorés vous avez réintégré le camp et alors il se passe quelques chose de vraiment extraordinaire, je pèse mes mots en disant ça, c’est que vous êtes le le euh sans le vouloir, vous êtes agé de quelques mois puis vous êtes euh euh le héros d’une épopée fantastique puisque puisque euh… (oui murmure de Jean en fond), votre maman va vous perdre, d’une certaine façon, racontez-nous cette épopée?!

Jean: Je je vois où vous voulez amener oui effectivement bon, donc alors là il y a le péripétie de de l’accueil en France dans dans ce cas, et après naturellement bon beh au bout d’un certain temps, euh je bon en France y’a y’a y’a soit des gens qui s’évadait du camp, lorsqu’ ils étaient seuls, soit soit il y avait des familles euh constitués ou reconstitués qui qui qui était alors là c’est une question de chance là, euh je pense que mes parents ont pas mal eu de chance de ce côté là puisque euh euh… ils ont été les les les forts français de l’époque c’était c’était de sortir les gens des camps, c’est-à- dire des camps de euh… de concentration de la du Roussillon et donc euh… euh la chance qu’on eu mes parents c’est que ils on été réclamé notamment par euh la la commune de Montflanquin hein euh… au nord de Villeneuve-sur-lot là donc la commune de Montflanquin euh… qui était très socialisante à l’époque sans doute et très humaniste et euh donc à à contribuer à réclamer puisq… mais naturel… le le ce qui était important, c’est quand…quand on réclamait, réclamer ça veut dire par là que ils ont fait, ils ont ils ont extraient euh ces braves républicains espagnols civiles ou troupes, ils ont extraient pour les faire travailler il fallait à la condition sine qua non c’était avoir un hébergement, un hébergement euh même vétuste et surtout du du du travail donc et la la petite commune de Montflanquin a…. donc euh hébergé entre euh je crois que ça se chiffre au alentours de 147 personnes, hein enfants euh grandes euh personnes agées, et bon alors donc mon père et ma mère donc et moi-même nous avons eu la chance donc d’être euh d’être euh euh… c’est par rapatrier mais on a été on a été réfugié c’est le cas de le dire bon réfugié sur sur Montflanquin voilà hein, alors bon Montflanquin si vous voulez je continue ou alors?

Joël: Non, y’a y’a un autre point qui me paraît important c’est que euh votre maman ensuite euh après le le la détention d’Argelès, a travaillé au camp de Nevers

Jean: Ca y’a c’est pas Nevers, c’est pas Nevers… C’est c’est c’est c’est le camp de A… à Aux enfin à… à côté d’Auxerre, à côté Auxerre voilà!! Oui, effectivement donc euh mais mais… par

Joël: C’est c’est intéressant

Jean: Tout à fait, alors oui ça fait parti des péripéties

Joël: En tout cas sa arrive un peu plus tard…

Jean: Oui mais Montflanquin c’est en montant également oui bon, ils sortent du camp, ils sont réclamés à Montflanquin, mon père travaille dans dans les coupes de bois notamment parce que il y avait le maire à l’époque il s’appelait Monsieur Réné Andrieux qui a qui a qui a fini ici à sa sa vie a été président du Conseil Général notamment hein alors que c’est c’est pas un homme de euh… un grand littéraire, ni un grand mais enfin bon c’était un très grand humanisme euh humaniste et donc euh euh… ils ont été logés mais mais mais il a eu un gros problème euh au bout de je crois 4 à 5 mois d’hébergement sur Montflanquin, eu la guerre en qu.. en en juin démarre, la guerre entre euh entre euh l’Allemagne et la la France donc démarre et au euh à quelques mois avant non avant juin euh… la France qui sent le départ imminent de cette guerre donc euh essaye de récupérer le plus possible de de de notamment de réfugiés parce que c’est la main d’oeuvre gratuite hein euh on essaye de réfugié le plus possible de de réfugiés et c’est pour ça que mes parents sont affectés à à Pontigny qui est une qui est une petit bourgade euh avec une petite usine je crois de de de d’armement qui est pas loin de cet à une euh trentaine kilomètre d’Aux d’Auxerre et donc ils sont ils sont envoyés de force parce que là ici il était très bien à Montflanquin, l’hébergement est tout mais alors on les a c’était ces fameux camps de travailleurs étrangers quoi qu’on appelle les CTE voilà les CTE bon euh si si si ce n’est qu’ici euh nous avons eu ici je le site en passant quoi, il y a eu un grand CTE ici qui est très connue de la région Lot-et-Garonne c’est c’est Sainte-Livrade, où près de 3800 euh Espagnols euh… avait avait avec leur enfants également étaient hébergés dans les fameux 4 camps qu’il y avait autour de

Joël: Un autre c’est un autre volet ça, donc… (Jean qui dit quelque chose). Donc vos parents sont à Pontigny dans le CTE euh de…

Jean: Sont à Pontigny et puis au bout de 3 ou 4 mois

Joël: Ils sont pas ensemble Ils sont dans des camps séparés?

Jean: Ben oui, toujours toujours, il y a il y a il y a toujours eu les hommes et les femmes de l’autre bon, bon mais si ce n’est que la à Pontigny pareil ma mère raconte beaucoup de bien parce que c’est ce camps euh ce cette usine disons d’armements euh pou… dans laquelle ma mère va travailler avec d’autres euh d’autres amies d’autres copines espagnoles euh disons il di il dirigeait certain pas un autre humaniste, un un un gars un directeur parce qu’il a lui- même fondé à un au sein de cette euh de cette usine d’armements et moi ça me c’est tout à fait un honneur ce qu’ on appelle une espèce de crèche vous voyez, une espèce euh et donc alors, j’ai été hébergé pendant un certain temps ma mère m’a dit: « Tu n’as jamais été aussi heureux que de vivre dans cette crèche » vous voyez donc ce c’était quand même alors dans cette crèche notamment ma mère connait euh une certain copine à elle qui avait qui avait une fillette aussi hein, euh je je je si je si je si je ne me trompe pas je crois que c’est Conchita, je crois qu’ elle s’appelait m’enfin bon, euh et et donc euh après au bout de certain a a après avoir travailler, la guerre démarre et et mauvaise chance de ce côté là, pour mes parents c’est que euh… les l’armée Allemande qui arrive par le nord donc par la Belgique donc que ce soit aviation, que ce soit bon ben est en train de de malaxé le nord de la France donc et à ce moment là euh… mon père et ma mère sont obligés de de… de rebrousser chemin et seulement sa savoir on est-ce qu’ils pouvaient aller, parce qu’ils se situaient à Auxerre c’est quand même par rapport à Montflanquin je pense qu’il doit y avoir à peu près 600 kilomètres pour pas dire 700 hein donc euh mais dans la tête euh de mes parents eux quand on leur demandait où est-ce que vous voulez aller notamment la gendarmerie qui les contrôlait au moment de la débacle parce que en quelques sorte lorsque la la la guerre après après après de manger la guerre, il y a eu cette espèce de débacle pour laquelle eeeeuh les réfugiés espagnols et et français donc et civils français euh sont le long des route euh euh… pendant cette débacle c’est-à-dire forcer d’aller vers le sud pour échapper à…. à aux troupes nazis quoi!!!

Joël: Et là, votre mère se retrouve avec vous dans les bras âgé de quelques mois sur la route d’Auxerre, sur la route de l’exode tout simplement

Jean: Tout à fait, tout à fait sur la route de l’exode et et alors disons que (bruit) euh alors avec naturellement euh tout ce qui comporte c’est-à-dire quand on voit les quelques films qui on eu euh… euh ça a été atroce ça c’est sur, c’est c’est c’est des mitraillages des des des mister schmit Allemand, c’était des des coups de canons bon enfin là c’était c’était…

Joël: Votre votre mère elle vit là ce qu’elle ce qu’elle a véçu l’année une année auparavant euh sur la rétirade en Espagne entre Barcelone et la frontière française?

Jean: Tout à fait à à part à part que le le sens n’est pas le même, en montant elle est bombardé, et puis en re en redescendant elle est bombardée aussi donc et alors y y se trouve que là euh… mon père et ma mère bon avec quelques bagages qu’ils avaient ou les quel ou quelques valises bon font partis des de la cohorte des des gens qui descendent pour sauver leurs peaux le long des routes hein d’où par exemple le film le film de avec Brigitte FOSSEY là le… le long, peut-être que vous vous rappelez

Joël: Je sais plus…

Voix de femme : Jeux interdits

Jean: Jeux interdits exactement, voilà Jeux interdits qu’il a bon il y a d’autre film bon là c’est un un film qui qui m’a toujours marqué moi, d’autant plus j’ai fait parti enfin mais bien qu’étant petit quoi!! je devais avoir 3 entre 3 et 6 mois quoi et donc j’ai fait parti de de ces braves euh malheureusement de cette brave population et alors donc euh Conchita voilà c’est-à-dire là je reviens à Conchita, donc la copine de ma mère qu’elle s’était faite donc dans ce cette usine d’armement, a eu la chance avec son son p’tit sourire euh de de de de plaire peut-être un brave monsieur qui avait ces meubles sur sur une camionnette il y ‘est bon il lui a pas il lui a elle lui a proposé de de monter avec ses bagages et l’enfant qu’elle avait eu, une petite fille et donc euh grâce à ça bon ma ma ma mère aussi bon y’avait pas suffisamment de place pour monter mais c’était au moins réservé aux personnes âgées sans doute euh ce monsieur avait également pris donc la la la petite fille de Conchita et moi-même et donc nous sommes montés dans ce sur cette camionnette, ce plateau hein camionnette et naturellement la consigne entre euh entre euh Conchita et mes parents c’était de d’aller au moins jusqu’à l’entrée d’Auxerre, hein et de refaire parce que le monsieur avait dit que bon en principe il y avait un noeud, un noeud de route disons en quelque sorte un carrefour, un grand carrefour disons qu’à cet endroit là et sur surtout mes parents ont bien précisé pour pas qu’il y ait confusion dès que tu vois le panneau Auxerre, le le le vrai panneau Auxerre même étant espagnol, à Auxerre il disait bon, Auxerre c’est là où on se retrouverait, quoi qu’il arrive, le rendez-vous serait là bon, pas de problème bon donc euh… cette euh là c’était situé euh je crois une trentaine de kilomètres et lorsque mes parents, mon père, ma mère et puis toute la cohorte arrivent à à au porte d’Auxerre, Auxerre est complètement bombardé quoi, à ce moment par la l’armée l’armée l’aviation allemande et donc euh bon c’est la grande panique…

Joël: Conchita n’est pas là… et vous non plus?

Jean: Conchita n’est pas là voilà et moi non naturellement automatiquement, et en grosse panique alors bon ça été le grand drame de mes parents pendant longtemps parce que y’a, après on a su ce qui s’est passé, mais mais à partir de là mon mon père et ma mère m’ont m’ont pour aussi dire perdu quoi, c’est terminé, ils me croient soit soit sous le bombardement disparu ou soit kidnappé quoi que se soit, y’a plus aucune trace donc, par contre la police allemande euh la police française plutôt ou la gendarmerie, elle ce qu’elle veut c’est canaliser les la cette débacle donc et demande surtout aux étrangers euh donnez nous un point de chute ou allez-vous ou sinon euh ces gens il paraît été plus ou moins enfermés euh parce que déjà ils commençaient à y avoir déjà des euh une une une euh une gendarmerie déjà qui était coloré euh de de grise elle y a y a du Pétainisme qui se prépare déjà que les gens commencent à tourner leur reste et en général ils étaient enfermés, mon père l’avait su parce que ça se disait dans dans cette couverte là et alors euh c’est mon père qui qui avait quand même la trace, il avait un bu un bu un bulletin de paye marqué avec Montflanquin, signé par le maire par Réné Andrieux donc le monsieur, et chaque fois que qu’ils euh qu’ils étaient arrêtés le long de là de de cette file, hop ils disaient: « Voilà, nous nous allons chez chez monsieur nous allons à Montflanquin, chez le Maire de Montflanquin chez Monsieur Réné Andrieux qui lui-même avait cette fameuse grosse ent… il avait une grosse entreprise de bois, de coupe de bois, de charbon, notamment dans le Périgord vous voyez à partir de… de à partir de Monflanquin quoi disons hein voilà

Joël: Donc de faite ce ce bulletin de paie, on va dire qu’ça qu’ça fait office de sauf conduit pour vos parents puisque de ils vont à Monflanquin mais les mois les mois passent et leur fils on sait pas où il est? Donc arrive à Monflanquin une nouvelle qui va les transporter de joie, racontez-nous ça!!

Jean: Oh c’est un petit peu je vais essayer d’être clair m’enfin c’est pas bien bien que bon enfin donc y…effectivement y vont en direction de Auxerre- Monflanquin, c’était pas en bus ni en train hein c’est c’est c’est euh hein, on couchait dans les granges, on couchait sur dans les bois voilà bon c’est la descente bon euh ils arrivent à… enfin à à à Monflanquin hein à Monflanquin donc euh… aussitôt euh… bon euh… les gens de les gens les gens de Monflanquin euh… que je que nous avons honoré encore j’y tiens parce que chaque fous que je passe à Monflanquin pour moi c’est c’est pas le paradis terrestre m’enfin, pour moi ça nous a marqué quoi les gens qui sont passés dans ces circonstance là et bon et donc euh… donc euh… mes parents finissent par arrivaient à à Monflanquin donc, et naturellement, ma pauvre mère je vous raconte pas dans quel état elle était euh vis à vis de euh à ce qui me concerne c’est-à-dire la perte de son fils c’était voilà, le pire qu’elle a qu’elle avait pu endurer quoi tout, par rapport à tout ce qu’elle avait souffert avant en partant de depuis l’Espagne quoi et euh… bon et euh… et elle arrive ils arrivent finalement à Monflanquin, ils sont hébergés donc et à partir de là disons que la notamment les la les les les la municipalité ou les gens de Monflanquin, parce que à cette époque là Monflanquin devait avoir je sais pas moi on va on va mettre euh… euh 17 ou 1800 habitants ouais c’était une petite une petite bourgade magnifique mais c’est une petite bourgade et et tout le monde priait ma mère, la pauvre femme qui elle passait des journées entières à pleurer à aller de porte en porte pour qu’on l’aide, en parlant espagnol sans sans pouvoir se faire comprendre: « Eh mon fils et mon Juan, et mi juanito et », ainsi de suite quoi et alors heureusement donc euh que soit la municipalité donc où que se soit à cette époque là y’avait y’avait y’avait ce qu’on appelait la les services de la croix rouge, qui a qui a joué un très grand rôle à mon avis en en France à l’époque, parce qu’il y a le côté, moi j’ai de de de, je considère qu’il y a eu de grand rôle moi, euh en passant comme ça, il y’a la croix rouge française qui a contribué à aider ces pauvres gens et ces pauvres républicains espagnols ré réfugiés mais également moi je le dis toujours mais y’en a qui dit que je radote, l’école laïque a contribué notamment à faire un, un, un grand effort de, de, de réception, tout ce qui était instit, tout ce qui était euh les réfugiés républicains espagnols ééé euh pourquoi bé parce que y, y ont aidés par, par leur, par leur intelligence ou par, ou par leur position souvent, y’en avait, y’en avait qui était dejà ou secrétaire de mairie ou, ou, ou maire, ou, ou, ou certain était déjà bien, bien introduit quoi donc et ils ont été euh, les réfugiés républicains espagnols voyez, et alors donc euh, à partir de là, à partir de là, donc euh, euh donc la Croix Rouge, la Croix Rouge intervient, la Croix Rouge est notamment alors euh quand je dis la Croix-Rouge, c’est, c’est un grand mot, c’est à dire que dans chaque petit village ou dans chaque petite ville y avait une cellule de la Croix-Rouge et là, et là à Montflanquin, c’était, c’était une certaine, une certaine euh dame qui qui avait fondu une imprimerie, hein qui était, qui était d’origine suisse, qui avait atteri à Montflanquin comme çà, qui avait une imprimerie, qui est resté longtemps euh à Montflanquin et, et, et qui avait alors y’en a, ma mère me dit alors oui elle nous a aidé parce que euh bé parce que elle, elle était, elle, elle vivait avec un euh euh un républicain espagnol, dé, in, ancien des brigades internationales et, et donc déjà, déjà disons que çà euh déjà elle euh, étant suisse, euh disons et vivant avec ce monsieur, elle, elle avait pris fait et cause déjà pour les, pour les, les réfugiés républicains espagnols quoi disons, et à partir de là donc euh, euh bon sans perdre les, le fil euh donc euh oui, elle, je cite bien ces deux noms là, Andrieux lui avec, avec çà, ces moyens, au point de vue, en tant que maire de l’époque et, et cette dame, madame De Blaimon elle s’appelait, oui, je me rappelle encore du nom, ya, ya des trucs qui m’échappe mais là, elle avait un nom euh à comme on dit en, en double hein De, De Blaimon donc et, et alors c’est elle qui a contribué disons à, à, en quelque sorte à, à ma découverte hein parce que euh alors il s’est passé, ya, ya deux faits importants là pour, pour arriver à ce que mes parents me, me récupèrent, il y a dans hum lorsque ma, ma mère me, me laisse avec Conchita sur, sur le plateau de, de cette camionnette là, euh j’avais une petite valise avec, avec quelques objets de, de, de toilette, éééé, je sais pas trop euh peut-être un gant ou euh bon vu l’âge que j’avais ça devait pas être bon, et j’avais une petite mallette avec attacher autour du cou paraît-il, hein attacher autour du cou une petite mallette et, et dans cette mallette éé ma mère avait une lettre, quelle avait reçu de, de, d’un frère à elle, qui était à Madrid, à Madrid qui s’appelle Tiu Eduardo, on l’ap,hein pour moi c’est sacré, el Tiu Eduardo qui était à Madrid, qui, qui avait écrit à ma, à ma mère quand, avant que la guerre démarre hein, en France, elle a écrit donc à ma mère ici à, à, à, à Montflanquin. Elle avait écrit en disant voilà bon c’était des, cette lettre était parvenue puisque là, bon il avait échangé des nouvelles et naturellement bon bé quand on met, quand on a une lettre, ya, ya se qu’on appelle en Espagne çà s’appelle el remite, remite ça veut dire au dos de la, de la, ya, ya, ya la

Joël : l’adresse de l’expéditeur

Jean : l’adresse de l’expéditeur, voilà, et donc cette, cette lettre était à l’intérieur de, donc une lettre à, qui est en espagnol et elle est dans la valise, et alors c’est pas difficile, bon, bon pour raccourcir, euh Conchita quand elle arrive avec le, le, le, le brave gars, le brave français qui arrive quand ils ont vu bon, qu’y avait ce bombardement, la première chose qu’ils ont fait, y ont aussitôt rebroussé chemin à l’envers et ils sont allés, sont allés euh…

Joël : Dans la pouponnière

Jean : A une, à une, à la pouponnière alors si ce que j’avais oublié c’est que cette pouponnière aussi était tenue par une comtesse, une comtesse euh donc qui avait un château à proximité donc et elle avait fondé avec le directeur de cette, ce bizarrement nom , cette, cette euh, cette euh crèche pour ainsi dire donc, donc euh j’avais été hébergé là alors donc, le gars en question, elle Conchita, elle a pas perdu le nord, elle a dit voilà euh ramenez nous en vitesse chez, chez la comtesse qui était à proximité quoi euh à dix-quinze kilomètres et donc euh j’ai, j’ai été pour ainsi dire alors la, la péripétie a duré quatorze mois quand même hein euh pendant quatorze mois, je, je suis hébergé par cette alors euh entre autre j’étais pas tout seul parce que elle, elle était, elle, elle encore une fois la Croix-Rouge, cette dame était une , une dame qui, qui officiait pour la Croix-Rouge également, la preuve elle avait, alors moi ça m’a été raconté, elle avait notamment pour éviter les bombardements, tsss, les bombardements qu’il y a eu sur Auxerre parce que y parait que Auxerre, j’sais pas pourquoi était un point sen, stratégique, et a été très bombardé, et ce château là, n’a jamais été bombardé parce que elle avait, elle avait eu l’idée elle de, de faire une grande croix rouge sur un fond blanc hein dans le parc du, du château hein donc ça, ça lui, ça a évité donc les bombardements de euh de dans, dans le secteur donc, alors donc, j’ai, j’ai, j’ai été parmi les, des centaines sans doute de, d’autres gosses en temps perdu de, de la guerre, ou de la débâcle qui, qui démarre, j’ai été hébergé là mais mes parents à Montflanquin ne sachant pas où j’étais euh pour elle ma mère a souvent pensé que j’ai, j’étais certainement mort, mort avec les, avec tant d’autres ou éventuellement récupérer par, par d’autres personnes enfin voilà, on imagine tout ce qu’on peut quoi hein alors qu’en réalité, j’étais, j’étais, j’étais comme un prince quoi hein ma mère, elle a toujours dit après, quoi elle a dit, tu, tu étais, nous ont été entrain, à la limite d’en baver encore des, des pauvres gens par là sur le Montflanquinois, et toi là-bas, tu étais hébergé effectivement euh, elle s’en est rendu compte que je devais être bien puisque euh lorsque alors cette fameuse lettre donc alors la donc la guerilla a démarré, vous vous doutez euh y’a, y’a ce qu’on appelle la ligne de démarcation c’est-à-dire que les, les lettres d’Espagne alors il faut savoir que Franco est, est le dictateur en Espagne à l’époque, donc Franco peut correspondre avec le Nord de la France, avec le Nord de la France parce que c’est, c’est des, le Nord de la France est déjà classée comme pétainiste déjà alors au départ hein, bon donc les lettres parmi les biens entre, entre Madrid donc entre l’Espagne et le Nord mais ne pénètre pas dans le sud, à Montflanquin on pouvait pas s’écrire et, et alors c’est pour ainsi dire cette, cette lettre là, cette comtesse qui elle-même faisait des recherches pour retrouver mes parents hein pendant que le père Andrieux lui faisait les autres recherches dans le Sud pour essayer de voir où, comment on pouvait faire pour arriver à nous, à me retrouver donc euh, euh cette, cette, cette brave comtesse que je n’ai pas gardé le Nord, on n’a même pas, on n’a, mes parents avaient dit, ils s’étaient promis pendant longtemps, je l’ai toujours entendu dire que on essaierait de, de la, de la revoir et de la localiser quoi pour euh éventuellement bon la remercier de son, de ce qu’elle avait pu faire pour moi et alors donc c’est elle qui écrit naturellement elle-même à mon Tiu Edouardo qui est mon oncle Edouardo qui est à Madrid hein calle Juanero numero 14 vous voyez ça c’est des trucs qui sont enfoncés dans ma mémoire quoi ça c’est des trucs que bon eeeuh à Madrid et et et donc lui lui automatiquement i reçoit il reçoit ce courrier donc il sait que je suis vivant donc et hébergé hein et alors par l’intermédiaire je sais pas trop comment ça s’est passé là ici je perds un petit peu le fil je sis pas si c’est le père Andrieux a a réussi à savoir de pas parce qu’en principe le courrier n’arrivait pas par le Sud hein il arrivait pas donc euh je sais pas comment il a pu savoir la la la j’ai un un trou de mémoire ‘fin

Partager :

Interviewer : Joël Combres
LieuLot-et-Garonne
Date : 30 juin 2009

Les séquences (12)

Autres témoignages

Jaime OLIVES
Républicains Espagnols

Jaime OLIVES

Paulino PEREZ
Républicains Espagnols

Paulino PEREZ

Comprendre le contexte historique

Retrouvez tous les détails historiques et faits marquants de ce témoignage ci-dessous.

Travail forcé & Résistance
Républicains Espagnols

Travail forcé & Résistance