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Virgilio PENA CORDOBA

Virgilio Peña-Cordoba
Républicain Espagnol
Né en 1914

Virgilio PENA CORDOBA
Virgilio PENA CORDOBA
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Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Billère
Date : 03 juillet 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Bonjour, je suis Marianne Bernard, nous sommes à Billère, une petite ville près de Pau, le 3 juillet 2009, et j’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale euh… des républicains espagnols résistants en France. Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’être avec monsieur euh Virgilio Peña, Cordoba hum( rire), euh… donc euh… né en Espagne, à qui je vais laisser la parole

Virgilio : Oui, je m’apelle Virgilio Peña Cordoba, je suis né en Espagne, comme vous avez bien dit je suis né le 2 janvier 1914 à Espejo, provincia de Cordoba, « de qual » j’ai vécu 22 ans. Jusqu’à la guerre d’Espana, au début de la guerre d’Espana, ju…j’ai arrêté dans mon village « depuis » le 2 janvier 1914 que je suis né jusqu’à la fin septembre mil neuf cent(…)..???

Marianne : Que faisaient vos parents en Espagne ?

Virgilio : Mon p, mes parents, mon père proprement dit(???…)et ma mère, on été tous des agriculteurs y’a pas d’industrie chez moi. Mais mon père c’est un homme qui avait des idées différentes à d’autres personnes. Il a voulu se développer d’autres façons qu’être simplement journalier, hein? Vous m’excusez porque y’à des moments dans la traduction je vois pas. Il était, il avait alloué un terrain, en Espagne on dit una « parcella », il avait alloué un terrain pour l’exploiter lui-même, mais il a pas duré longtemps parce que papa il est mort trés jeune, il est mort en 1925. Il nous a laissé à belle maman à 5 , trois garçons et deux filles et maman quand il nous a laissé mon père cuando (quand) il est mort, il a apprit le métier comme on dit en Espana  » churrera » c’est à dire qu’on faisait des beignets, ce qu’on appelle à l’extérieur de Espana, en Espana même, des endroits , et maman ils nous a élevé como ça et moi je travaillais tout jusqu’à la guerra, en Espana, dans l’agriculture. Je faisais, euh..porque (parce que) en Espana y’a des fois que les gens ils disent bon dans l’agriculture qu’est ce que c’est que ça, y’a pas de métier[é]spécifié pendant le travail agricole, admettons como (comme) maintenant je faisais le faucheur, de blé , en Espana on dit  » el segador » hein porque (parce que)(rires)el segador, c’est-à-dire cuando la guerra (quand la guerre) il était arrivé en Espana, la révolution il est arrivé en Espagne, yo (j’)étais en train de faucher des blès dans une ferme.(silence) Si [a]que vous voulez me demander d’autres choses avant de qu’on arrive sur la guerre, des choses como (comme) ça, vous me le dites porque (parce que), je vous dit, ma familia (ma famille), comme je disais avant, on est tout, porque (parce que) y’a rien, y’en avait rien, rien , rien, les seules choses qu’il y avait des autres métiers que l’agriculture c’était les coordonniers, les… maçons, les charpentiers, et les coiffeurs. Autrement le reste c’était tous des ouvriers agricoles. Vous comprenez ? Maintenant tout ça il a disparu porque (parce que) la mécanique il l’a il l’a mangé, porque (parce que) le village que je suis né, avant la guerre d’Espagne, et après la guerre d’Espagne, après ce que m’a dit mon frère, il avait il a vu d’avantage parce que il y a beaucoup de gens qui sont venus au village pendant la guerre. Y’avait dix ou douze mille habitants et maintenant le village il y en a que quatre ou cinq mille; vous voyez ce que c’est le village a la hora (à l’heure) actuelle? Y’a que le village mais les gens hum… il est à ce point de vue là, vous savez. Donc du point de vue (silence) du travail on avait, les trois, les deux saisons de travail, c’est-à-dire maintenant c’est la récolte d’été; le blé, l’avoine, les fèves, les pois chiches, et après cuando (quand) vous finissez ça, on avait, après le plein hiver on avait la récolte d’olives porque (parce que) y a beaucoup des oliviers dans dans le coin, y’a beaucoup des oliviers et y’avait la récolte d’olives et voilà le travail que je faisais. Et ce que je me répète dans cet état là c’est que y’avait pas, la seule chose qu’il y avait pendant l’…l’été, c’était: est ce qu’on allait {a]faucher le blé , vous voyiez que je l’ai pas oublié encore, est-ce qu’on allait a faucher ??le blé, et y’a ceux qui allait après pour le ramasser, le blé una fev fait les fagots, qu’on appelait [carretero]. C’était avec une charrette et deux boeufs. On attelait les deux boeufs à la charrette ,et la charrette c’était pas comme ici, c’était une charrette avec de grandes roues , avec des piquants, et on rangeait le blé à un endroit qu’on appelait la « era »,c’est…un endroit qu’on appelait la « era » c’était là qu’on ba…battait le blé avec des juments , pas des machines, y’avait pas des machines à ce moment là, on battait le blé avec les juments, après que le blé il était bien battu, là bien pas piqué avec les les pieds des bêtes, on la pilait , on faisait la…la « parba », on appellait la « paraja »??, on la pilait et après on attendait que le bon Dieu il envoie le vent pour pouvoir le fiche en l’air , je ne sais pas si dans ton pays on entend sonner les tiens, si ça se fait encore ( rires) mais on entendait ça et on le faisait ça avec una furcha (une fourche), en bois , qu’on appelait un « biergo », nous je ne sais pas pourquoi mais je n’ai jamais cherché pourquoi on appelait ça un  » biergo »,parce qu’on avait plus cher « biergola »?? et celui là il avait six dents et parce qu’on l’appelait « diente » (…),et avec six dents et avec ça on fichait en l’air quand il y avait le blé y tombait d’un côté et la paille tombait de l’autre et c’est là [i]ça on avait dans les fermes pour travailler , on avait le « segadore » , « lo carretero », y « lo herrejo ». Lo herrejo c’est eux qui étaient à la heja, parce que la heja, comme je vous disais c’est un machin rond comme ça, on vidait le blé là, et après on le, avec la fourche, on le…bien…[departi] bien et avec les juments, mais ne croyez pas que c’était avec deux ou trois juments, qui des fois y’avait trente à quarante bêtes qui qui couraient là, qui parcouraient et étaient attachées en en grupo (groupe) de trois et couraient là derrière à l’autre, et derrière on mettait, en français je sais pas comment ça se dit ça, en espagnol( voix de fond) eh? (dis le en espagnol) el « trio » , on mettait un…on a posait des rouleaux, mais que c’était pas un rouleau porque (parce que) y’avait des disco (disques) qui coupaient le blé , vous savez, ils (voix de fond) ils coupaient la ( silence ) , non [jelapabien](voix de fond) ( rires), ils coupaient la paille, et à ce moment là, tout ça, comme je vous disais avant, avec une grosse bout de bois à peu prés épais comme ça, et des…des bouts des…d’autre bois qu’on tenait et on mettait un espèce de filet et on approchait ça au milieu de la de la « era ». Et c’est là qu’on mettait la « barba » pour pouvoir faire ça, et la spécialité à ce moment là c’était « lo herero » qui le faisait ; y’avait la personne qui faisait ça on appelait el  » yeguero » pour qui gardait les juments, et en Espagne les juments on dit « yegua ». Vous savez, je vous apprends l’espagnol en même temps ( rires). Et les gens ils s’occupaient de ça, et voilà et ce qu’on faisait jusqu’à la guerra (guerre).

Marianne : C’était un milieu social pauvre. Euh…comment avez-vous vécu la deuxième république, en Espagne ?

Virgilio : Oula, la deuxième république, on l’a vécu avec une joie énorme, porque (parce que) autre fois, quand on a parlé de ça, on parlait de la ferma (ferme) mais on parla, on a pas parlé de la façon qu’on avait pour manger. Vous savez, ma femme, des fois elle me dit tu on est pas la ferme, on mange différemment. Et si. Porque a la ferma (Parce que à la ferme), dans ces temps là, on a pour manger le matin, ne rigolez pas hein! ( rires), on a pour manger le matin des des oignons en salade. Vous savez, un système qu’on appelle  » nunsamonrejo » , qu’on le faisait avec du pain, on met le pain dans l’eau ,et avec de la tomate, on fait « como se dice una », una « purero » Christiana? (oui bruit de fond)une espèce de purée, et on mangeait ça, on trempait le pain dedans et on mangeait ça et, est ce qu’on était en train de faucher le blé, on mangeait des frites et ça, vous passez trente jours dans la ferme et vous avez tous les jours la même chose le matin. A midi les pois chiches et le soir, el gaspacho. Ca, ça était à jusqu’à qu’il y ait la républica il est rentré en Espagne. Quand il est rentré la république en Espagne, c’est à dire l’avènement de la république pour nous les gens de la , de la terre, les travailleurs de la terre ça a été « shiiouuu », ça était une joie énorme parce que à partir de ce moment là, on l’a dit au patron, c’est fini! C’est pas toi qui nous ( mot éttoufé). Parce que avant de ça, je vais vous expliquer pourquoi, porque (parce que) le patron il nous donnait à manger ce qu’il voulait ! On faisait les pois chiches, on mettait un bout, grand bout de lard ( voix de fond : « le lard gras »), non?, ( voix de fond : « le lard gras »)je vais le traduire comme je peux ( voix de fond : « le lard…parce que(ici tu as la ventrèche Mais non c’est pas ça. C’est le lard gras!) . Bon on mettait le lard dans la, dans la…nous on appelait la « oya » , ça tu sais dans la marmite , on mettait le lard dans la marmite, et on faisait cuire et après le le cuisinier il le sortait pour qu’il soit un peu froid et il coupait un tas et après des petits morceaux. Et on avait l’habitude d’ y aller, d’emmener ça dans les endroits où c’est qu’on travaillait; nous nous l’appelions el  » taro », où c’est qu’on est, tu sais. C’est comme on avait aussi el « rancho » comme les cowboys, tu vois, comme on dit les cowboys nous on l’appelait un ranch aussi, où c’est qu’on couchait le soir los  » segadore » . Pas les autres, les autres ils couchaient dans la ferme. Mais est ce qu’on fauchait le blé , on arrivait dans un endroit il dit tiens, ici , on coupait le blé, on faisait des fagots, et on se faisait des…des petits « chosso » , qu’on appelait nous des comme « palombra » , tu vois ?, on mettait ça et après on mangeait là. y (Et) on avait un récipient en terre qu’on appelait  » una machetilla », tu sais comme ça se dit un pot de fleurs et on avait, si on était , où c’est que je fauchais le blé on était trente. Et on mangeait à cinq par  » machetilla ». Tu comprends? On mangeait tous dans le même plat. Avec une cueillère en bois, tu n’as jamais mangé avec une cuillère en bois? (rires). Et on mangeait tout avec la même , con la « cuchera », en bois, tu sais « la cuchera ». Et là, on appelait le « rancho » , on passait la journée et comme je vous disais avant , on avait le matin , est ce qu’on a fait la lo « segadore », on avait des pommes de terre frites. Des patates frites. Des pommes de terre frites. Le matin, à midi le pois chiches et le soir, el gaspacho. Si tu passais vingt jours dans la ferme (silence) tu avais tous les jours le même repas. Jusqu’à que la république et il y a eu l’avènement de la république en Espagne. Et à ce moment là, on a dit : on veut rien savoir avec la mafia, va… »vale? » (voix de fond : vale). Et c’est jusqu’à à l’arrivée de la république, quand la république elle est arrivée, la première chose qu’on a fait c’est : s’organiser, nommer un délégué del personal (du personnel) y un responsable (et un responsable). Nous on on enfin on peut dire un responsable, nous on l’apellait pas un responsable, on l’appelait un  » listero », c’est à dire celui qui marquait [é] ce qu’on achetait comme si tu veux on pourrait dire en français, un economate. Tu sais, celui là que s’occupait, no? ( voix de fond :économe  » si, si c’est ça »)et c’est lui qui occupait de de y aller au village porque (parce que) la ferma , ne te crois pas qu’il était…la ferma enfin , où ce que je travaillait on était à trente deux kilomètres du village, tu vois ? A ce moment là, on allait, lui y allait dans les magasins, dans les epiceria (épicieries), dans la…en Espagne on dit la « tienda » , il y allait et il disait voilà nous on a besoin de tant de kilos de pois-chiches, tant de kilos de ???(..) enfin de…de ma…de pour manger, quoi. Et là il y avait un…dans tout il s’était bien organisé, ne croyez pas que c’était bien organisé porque (parce que) y’avait un jeune homme je l’ai fait que jusqu’à 15 ans, c’est lui, on appela, chez nous on apella el « ratero », c’est lui qui allait dans le, dans le village à chercher et ce qu’on avait besoin. La personne que je vous dit qu’on appelait « listero », il fait son bon , il donnait le bon, y (et) allait à la boulangeria (boulangerie) , il allait à l’épiceria (l’épicerie), il allait à la… »molina », comment dire en français? la…la « fabriqua de aceite » , à l’usine de l’huile, à la « fabriqua » de l’huile, il allait et il dit voilà il me faut tant de litres d’huile, à l’épicierie il me faut tant de kilos, de pois-chiches, tant de kilos de riz, tant de kilos de haricots, vous comprenez, et d’autres choses qu’on mangeait , enfin on mangeait différemment de quand le patron il nous faisait manger, pour nous pour les ( sonnerie de téléphone) ( voix de fond) et « entonces » , à ce moment là, on a commençait à vivre. Pourquoi on a commençait à vivre aussi vous savez cuando (quand) la république il est arrivé en Espagne, il est arrivé en trente et un, le mois d’avril. Et nous on commençait déjà la [récolution] d’été le mois de mai, vous comprenez ? y Et le gouvernement de la république, la première chose, parce qu’avant y’en avait pas des lois pour travailler. Vous travaillez depuis qu’il sortait mon âne, jusqu’à qu’il se posait, jusqu’à ce qu’il se ca…Il sortait et vous commenciez déjà à travailler; il se couchait et allez. Et après, le gouvernement, le premier decreto (décret) qu’il a donné, c’est que on pouvait pas travailler, les ouvriers agricoles, pas plus de huit heures. Et est-ce qu’on fauchait le blé, sept heures et demi. Avec déjà un « salario », un salaire, qui correspondait a la, a… le moment. porque cuando (parce que quand) on travaillait avant la république et le patron il vous donnait à manger, le patron il vous donnait pas à manger. Il préparait, il avait la personne qui préparait à manger mais lui il , il vous retenait pour manger . Si vous gagniez quatre « peseta » à ce moment là, quatre peseta, il retenait una peseta ving cinq au centimo, pour lui. Il il vous donnait pas, alors non. Et à ce moment là, après nous, tout ça c’était fini. On calculait, aussi. On calculait, « por » admettons la personne qui s’occupait des… (silence avec bruit de fonds) de la organisation d’acheter nos affaires , on calculait que, après, c’est pour ça qu’on l’apellait « litero » après cuando (quand) on arrivait à la fin, nous on appelait un [chat] de [tardate], admettons je vais vous dire pour que vous fasses una idea (une idée), admettons de la Saint-Jean, à la Saint Jacques en Espagne on dit « el dia San Juan » et  » el dia Santiago ». Y’a un mois de diferencia (différence). Et on allait, ces temps là, on..c’était le plein été; cuando (quand) venez « el dia Santiago » on venait à se reposer trois jours au village, deux ou trois jours au village, à ce moment là on calculait et ce qu’on avait dépensé et ce qu’il nous restait d’économie. Et plutôt si vous gagnez cinco « peseta » , et vous n’avez dépensé que soixante quinze centimo pour manger, les autres cinquante centimo, vous le touchez, que avant, le patron, il se les gardait, vous voyez? :

Marianne : Donc cette république, là, ça a donné beaucoup d’espoir pour toute, tous ces gens là, notamment pour vous. Et quel a été votre engagement dans cette, dans cette république là ?

Virgilio : Vous savez mon engagement, il était avant, dans la…dans les organisations ouvrières, vous comprenez? Mais vous vous rendez compte que, cuando la Republica (quand la république) elle arrive en Espagne, y’a…dix sept ans, seize ou dix sept ans, vous comprenez ? Y’en avait pas, à ce moment là, y’en avait pas aucune organisation. Y’avait simplement que tu étais dans les syndicats, tu étais de…parce que j’y avais été trés jeune, porque (parce que) comme je vous disais, mon père c’était une personne, on parlera après, mon père c’était une personne qui l’était très avancé pour pour…pour son âge et pour la epoca (l’époque). Et y’étais depuis que j’avais treize ans, j’étais déjà dans le syndicat, porque (parce qu’)on pouvait être dans le syndicat sans payer de cotisation. J’étais déjà dans le syndicat, y’a été depuis que j’avais treize ou quatorze ans, jusqu’à la guerra (guerre), y’a été [tordu] dans le syndicat qu’on appelait le syndicat ?? ouvrier de l’agriculture, vous comprenez? Voilà.

Marianne : Et racontez nous un petit peu euh ce qui s’est passé euh…justement avant la guerre, juste avant euh… quelles sont les circonstances qui ont fait que euh vous vous êtes battus pour cette république?

Virgilio : C’est à dire que nous on s’est pas battu avant la guerre parce que nous on était très content de l’avènement de la république. On avait avait une joie énorme pour la république. On avait un espoir énorme et y’a eu des fermes qui sont été distribuées, ce qu’on appelle la réforme agraire, agraire et beh y’a eu une ferme dans mon village, y’a eu cette ferme qui l’a été… partagée. Y’avait cent vingt personnes, cent vingt familles de… et on a choisit la famille qui l’était les plus pauvres du village et le plus d’enfants. Vous savez, et on l’a donné la terre les gens ils devenaient on va devenir des…en espagnol on dit des  » nuevo rico », des…des nouveaux riches, et la, pour nous, la république ça était la vie pour nous, on pouvait jamais, nous… »por » cette bande de salaud qui disait que c’est nous qu’on s’était soulevé contre la république, c’est faux ! C’est complètement idiot porque (parce qu)’il y a eu, pas simplement dans mon village, d’autres villages alentours, qui ont été dans la même cas mais on parlât du mien, et on parlât de le mien, et on parlât, pour qu’en parlant du mien, on parlât del « reto », vous savez? En parlant du mien, on parlât « del reto » en Espagne, et ce qu’il y a eu en Espagne, et ce qu’il y a eu c’est que le, tous les gouvernements qu’il y a eu en Espagne, ça était des gouvernements…très timides. Pour nous, pour la classe ouvrière, c’était des gouvernements très timides. Ils n’ont pas fait une réforme agraire beaucoup plus ample, vous savez? Comme maintenant. Une réforme agraire comme il fallait, porque (parce que) il y avait beaucoup plus de gens qu’il a fallu et à ce moment là et ce qu’il y a eu de bien, pour nous, c’est que le gouvernement il a il a crée un…un loi qu’on appelait « la ley de dessayuso ». Vous savez c’est une loi qu’on pouvait pas te…te fiche à la porte de ton travail comme…mais c’est une loi. Dans mon village, y’avait beaucoup des gens qui étaient propriétaires sans être propriétaire. Ils étaient locataires, de fermes, locataires d’un grand morceau de terrain. Et c’était eux qui ont bénéficiés d’avantage que la classe ouvrière porque (parce que) la classe bourgeoise voulait reprendre sa propriété pour cette un l’exploiter. Tous ces gens là, tous ces petits paysans, vous savez c’était eux qui ont…profité plus de la loi que la classe ouvrière. Porque (Parce que) la classe ouvrière, d’accord, que que nous on a profité , pour qu’on appelait ça et ce qu’on appelait ici le PET pour nous c’était pareil, y’avait le le [julag] [mito]que se ha après ce qu’on appelle ici l’inspecteur du travail, non le prudhomme( voix de fond : « le prudhomme »). Voilà. On a changé a pas…a ba… Tu te fatigues? Pose-le par terre, il ne s’échappera pas! Et…et je vous dit c’est une chose que (…) que nous on exploitait pas parce que on avait pas ces temps ces ces( no tengo se yo no ….voix de fond en espagnol)( rires). Et après, « pues », par…je vous dit pour nous la république quand il est arrivé la république, on criait une…une joie énorme, on criait, on…on…vivait! On a commencé à vivre parce qu’on avait, vous savez en Espagne, avant la guerre, on criait « viva la republiqua », avant la guerre, avant l’arrivée de la république et ça vous coutait una multe de trois pesetas, cinco pesetas. Si tu criais dans la rue et ça entendait une personne pour te dénoncer, tiens il a crié  » viva le républiqua! », vous comprenez? A ce moment là, il t’envoyait un agent des villes, il te faisait payer trois ou quatre peseta, et trois ou quatre peseta, à ce moment là, c’était…c’était trop. Hum ah voilà (voix de fond).

Marianne : Alors donc nous avons parlé un peu de votre vie, de la deuxième république, comment avez-vous vécu la déclaration de de guerre en fait, le…hein

Virgilio : La déclaration de guerre…(rires) vous savez, ça a été un dur de moment. Je l’ai vécu mal, porque(parce que) nous…on croyait jamais et…ça nous a prit des surprises même que les gens, peut être les gens qui s’occupait de la direction politique du gouvernement et tout ça, vous voyez mais nous , simples ouvriers , qu’est ce que vous voulez que je…moi, on avait une illusion énorme, on avait un…on va devenir…l’Espagne on la voyait venir el pobre qu’il y a eu en Espagne avec la république , les écoles qui se sont crées, la vie nouvelle qu’il y avait en Espagne, et toutes ces choses là, on la…nous…on la défendait, et la république (…) comme je vous dit j’étais en train de faucher des blés dans une ferme et le patron de la ferme, il était pas de… de la province Cordoue, il était de la province « Rana » . On l’appelait le « ranayno ». On avait fait connaissance avec un de ses fils et une fois, il est arrivé une…je ne travaillait pas à ce moment là, il est arrivé dans un jardin potager qu’avait un qui avait un oncle à moi, j’étais avec mon oncle m’a dit  » tu travailles pas?  » J’ai dit non. « Tu veux venir travailler chez moi avec mon père et mon frère? « Je lui ai dit : « je travaille pas, oui ». Je suis parti à travailler avec eux et son frère, l’aîné, c’était quelqu’un de très…bricoleur. Il avait inventé, avec une batterie, une « dinam », une dynamo, vous savez, et des machins comment ça se dit, en Espagne on dit « una veleta », comment on dit Salina? vous savez ( voix de fond : « un moulin à vent, un moulin à vent ») un moulin à vent, vous savez et nous on donnait à la manivelle pour charger pour entendre chanter flamenco, pour écouter le flamenco. Il (toux), on donnait ça, et le ma…le jour qu’est est arrivé la guerre, enfin la révolution, le père qui me connaissait déjà, connaissait mes idées, il est arrivé, on était couché dehors, parce qu’on couchait dehors, le soir c’était formidable, pour ça je regrette beaucoup l’Espagne, pas maintenant parce qu’ils ne le font pas, parce que ma femme elle me fait dormir toujours dans le même lit, tandis que là bas je couchais chaque soir dans un lit différent!

Marianne : Oui, mais vous étiez jeunes! Vous vous étiez jeunes, c’est pour ça! (rires)

Virgilio : Mais non parce que j’avais des personnes de mon âge (…). vous savez on couchait dans le blé qu’on avait fauché, qu’on qu’on avait battu, on arrivait, on mettait la…on avait…on appelait la…couverture, la « manta », on apellait « una manta », on la mettait par terre et on couchait là, et le type il arrive, me tape avec le pied, me dit  » eh « pegnou » parce que comme moi j’étais de Espero, le village on l’appelait Espero, « me dit espegno » il me dit, qu’est ce qu’il ya ? « c’est(…) la révolution ». « Pouuu! » Je crois que je n’ai pas fait un saut si grand dans ma vie dans l’olive, vous savez? J’ai pris ma couverture, je crois que j’ai fini de la plier en arrivant à mon village, qu’il était à quatorze kilomètres, (rires) et je suis parti chez moi, et je m’ incorporait de suite avec les organisations de gauche qui étaient déjà plus ou moins en train de préparer la défense du village.

Marianne : Donc vous vous êtes engagé tout de suite aux côtés de la République?

Virgilio : …à côté de la République.

Marianne : Et euh…quelles ont été les batailles auxquelles vous avez participé?

Virgilio : La première bataille que j’ai participé, c’est la défense de mon village, de « mi pueblo ». la première bataille ça a été dans mon village parce que c’est un des villages, c’est dommage que vous n’avez pas le temps, je suis en train de lire un bouquin là, vous le voyez là? (bruit de fond); ils parlent de ça. Ils parlent justement, je suis en train de lire le dernier moment, le dernier moment la bataille de mon village, il explique là comment on a fait, et et je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il explique. La première bataille parce que c’est la, c’est vrai aussi que la bataille du…du village on n’était pas simplement nous, les gens du village. Y’a des…y’a des gens qu’on ne verra plus surement. Avant, si vous voulez, on a défendu la première bataille que j’ai été, c’est la bataille bien comme il faut, la bataille de mi…de mon village. Mais avant la bataille de mon village, pour que vous vous fasses una idea (une idée) de ça, en Espana, cuando la guerra (quand la guerre) est arrivée, ça formait une…en Espagne on dit « una columna » c’est une armée, qu’il était commandé por (par) le général qu’ après il’a défendu Madrid el general Miaja??? il est arrivé dans un village de la province Cordoba, aussi qu’on appele la « montoro » et cette columna il ça partageait en deux; envers le sud…hum…ça va ? T’es pas fatiguée? ( voix de fond :  » ça va »)Bon! La « coluna » s’est défendue en deux : une partie de la « columna » (toux) la partie de la « sierra » que nous apellons « sierra morena » c’est pour ça qu’on dit « la sierra » et la otra (l’autre) il est partit vers le sud qu’on appelait « la campina » c’est à dire là ou c’est qu’il y a le plus de terre labourable. Et cette  » columna » là , qui est parti vers le sud , il est venu à mon village, et là nous avons attaqué le premier combat que y’a eu…c’est le vingt août, qu’on attaquait à Cordoue (voix de fond)parce que la « coluna de miaja » ils devaient attaquer à Cordoue par la  » sierra » et la columna du commandant qui commandait de ça qui s’appelait  » Peresala » , que c’est celui là qui l’a…fait la organisation de la défense de mon village, il s’appelait « Peresala ». Et on est partit de avec lui, on est partit…moi je suis parti sans rien. La ( …) en attendant parce qu’on avait pas d’armes. On est partit sans rien et je…(rires)je dis le premier que tué , je prends l’arme et si c’était pas arrivé comme ça, mais c’est là qu’on a eu le premier bombardement des avions italiens, vous savez? Il ya un endroit (toux) avant d’arriver à Cordoue, qu’il est à peu près à vingt kilomètres de mon village, qu’on appelait « Toracabrera » , un arrêt de…( voix de fond: « une gare »)une gare, mais nous on l’appelait un « paradejo », une gare, bon. C’était au [Toracbreraa] y’avait un château, y’a rien, y’a pas de village y’a que le château de [Toracabrera] et ça c’est la première bataille parce qu’il y avait des forces qu’il y avait dèja, c’est la première bataille, que y’a eu l’armée. Et on a continué avec el Cordoue mais après il a fallu revenir pour qu’on a pas attaqué à Cordoue à cause de la sierra, ils n’ont pas attaqué comme il fallait, vous comprenez? Et à ce moment là, une rébellion, une aviation, il l’a bombardait, et y’avait beaucoup dans cette « columna » y’avait beaucoup de gardes, de « guardia civil » , des gendarmeries espagnoles, la « guardia civil » qu’il était pas du tout républicain, vous comprenez ? A ce moment là, l’aviation il est venu il a bombardé, il a tué deux gardes civils et je vais te raconter, caché ( rires) , en Espagne on dit los « terrones », vous savez les grosses mottes de terre qu’il enlève la charrue, j’étais derrière, cuando la bomba comme on connaissait rien vous voyez les bombes tomber et on était comme des cons là en train de rigoler de voir tomber les bombes et quand ils ont tué le guardia civil, j’ai pris les deux fusils, et les deux pistolets de la guardia civile , je l’ai donné le fusil à un autre de mon village qui n’avait pas non plus et le pistolet et de la  » ya no arma ». Depuis le vingt jan…août j’ai une arme déjà, j’ai déjà un fusil et je suis déjà comme una [perdu] c’est à dire una re…re(..)una (..) vous savez on est revenu au village et après bien entendu l’armée et ceux qui l’étaient militaires, parce qu’il y avait beaucoup de militaires qui sont rentrés, et ceux qui étaient militaires, le chef il les a distribué dans des fermes a…autour du village. Et nous, et ceux du village on s’organisait déjà dans deux comme un bataillon qu’on appelait « el bataillon casaneilla ». Vous savez, il …[almando] de ce bataillon il était quelqu’un que je connaissait très bien et qu’on a fait toute la guerre ensemble, ça était mon chef et jusqu’à passer à la frontière. Et on organisait déjà la défense du village. On organisait déjà la défense du village. Mais avant, ça, eux ils ont attaqués le village, ils ont attaqué un village d’à côté que l’appelle « la catro del rioja », on a était parti de chez nous parce que eux ils ont pris le village, ils nous l’ont prit pendant deux jours et demi. Et nous on était parti à ?? « de rio ». Mais à ce moment là y’avait déjà de quoi me défendre. On est revenu au village et on a pris le village, on a organisé la défense c’est à dire on a monté des barricades à l’entrée de la ville, vous savez? et moi j’étais dans de ces barricades, on est…on s’est…on était una…dizaine et on avait la journée pas grand monde mais le soir on mettait beaucoup plus de monde à l’entrée des des [cerca] à l’entrée du village et dans la colline là, comme ça et on a commencé à défendre le village jusqu’à qu’il arrivait le mois de jan…moi mon village ils l’ont détruit presque complètement. Là c’est dommage mais autrement vous verriez ce qu’il dit lui là et ce qu’il parle là comment ils l’ont détruit et la quantité de gens qui qui sont restés qui sont tués et tout ça….Ils organisaient ça, ils s’organisent et nous perdons le village (voix de fond) on perd le village à…à la fin septembre. On perd le village, à la fin septembre et on vient à cuatro « del rio »???. Mais nous on était déjà organisé comme milice, on avait déjà une organisation, cette organisation qu’on avait crée au village et vous savez c’est…c’est trop long de… vous savez beaucoup de gens qui vont même le comprendre, raconter tout ça vous savez? et on organise dans les milices on sort du village, nous on avait déjà notre chef à, à côté de lui et tout ça s’organise pour les gens  » diligen » de l’organisation politique et syndicale, vous savez? On sort du village et on va « al catro del rio » on reste pas longtemps et on vient à un autre village qu’on appelle la « boujalange » et c’est la « boujalange » d’où le gouvernement de la république il donne l’ordre que c’est fini les milices , c’est fini tout ça et on commence a être à l’armée républicaine espagnole a…a ultimo de septiembre (à la fin de septembre), vous savez que ça commence et là, je…rentre dans l’armée républicaine jusqu’à la frontière (soupir)en…en février « del » trente neuf.

Marianne : C’est à dire que vous avez euh…combattu sur le front de « l’Ebre »?

Virgilio : D’abord, avant de combattre sur le front de « l’Ebre » , j’avais combattu…j’avais combattu plus. La bataille la plus importante que j’ai eu avant d’arriver à « l’Ebre » c’était à Poso Blanco. C’était un… village de la province Cordoba aussi et c’est là qu’on a était et qu’on m’a blessé, la première fois à Pozoblanco. Mais on avait fait on avait fait d’autres batailles mais…vous savez…ce qu’on…on dirait vous savez des coups de mains, des des choses comme ça mais la vraie bataille c’était Pozoblanco et après on est venu de de Pozoblanco, on est venu à Toledo a…à Toledo on a débarqué (…) de Toldeo et on a été  » frente a la vera » qui ont fait qui ont fait hum…un terme de guerre qu’on appele una  » cabeza de pointe » , vous savez? une tête de pont et là, on est venu pour le faire passer à l’autre coté del « taro » et on a fait ça et là on était , là on était quand à un moment des attaques de… »Teruel » au moment des attaques de « Teruel »et là on a mont…on a embarqué. « Al Mora de Toledo »et on est descendu a « Villarreal » en Castellon et de là de Castellon on a monté un camion et on est monté sur « Morella », si vous avez l’occasion d’y aller ça vaut le coup hein…hein? C’est beau, hein! Y’a un château et ch…chaque conquistador de…de Espagne, de région espagnole, il avait un…et oui, non je(voix de fond) oui c’est …à moi…et on a débarqué là, et de là on est venu à pied à un « ermita » qu’on appelle le mont « Royo » et là on est resté sept jours en train de défendre qui coupaient la « arreteta » de « Teruel » . Et là quand ils nous on donné l’ordre de…parce qu’autrement ils allaient nous encercler à la…mi unité, à la brigade avec qui j’étais, qu’on appelait à ce moment là la soixante treize brigada , la sesenta y trece brigada, et de là, on est déjà parti et on est descendu jusqu’à Tortosa, on a passé el « Ebro » à Tortosa, et de Tortosa, on a été (silence)…ça va ? De Tortosa on a été al « matre » et là on s’est organisé la brigada s’est organisé les ejerc…c’est là qu’on était que s’organisait el ejercito del Ebro mais dans tout ça y’en a eu beaucoup de choses, vous savez, beaucoup de choses à raconter et à lire et tout ça et là s’est organisé la « el ejercito del Ebro » (toux) et là j’ai été, jusqu’à qu’on a passé « el Ebro » , le vingt cinq (voix de fond) juin…juillet , le vingt cinq juillet de trente huit. Je suis des premiers qui sont passés el Ebro, parce qu’on a passé l' »Ebro » nous,la…mon unité, on a passé « l’Ebro » entre « Manquinensa » et Faillon », ces deux villages et là Manquinesa c’est là ou que se joint, el « Ebro » y el « Segre ». Vous savez, el Ebro vient comme ça et « el Segre » qui vient de catalogne, de « Lerida » y toujours « bajando » et c’est là et nous on a passé la rivière et moi, ça ne me fait pas grand plaisir de le dire mais je le dis quand même, je suis des premiers qui sont passé « l’Ebro », dans la primer barqua qui est passée « el Ebro » que j’ai passé déjà à l’autre côté parce que on m’avait donné l’ordre de la faire pour rejoindre les gens qui devaient passer el Ebro, voilà. Et on est resté là bas, on appelait ça…la bourse de « mequinence » et nous on a donné l’ordre de revenir et on a pris les deux cent et quatre « presionnaires » et une bataille que nous on avait ( …) une bataille de canons de quinze cinq , vous savez? On a on a pris tout ça et vous savez comment on a fait pour sortir les canons? On emmena la…dans des…parce qu’il y avait chaque pièces de batteria y’avait trois canons, chaque canon il avait un tracteur pour la tirer et on a mis une plaque de tôle, de fonte su le coté de…parce que y’avait « mecinencia  » qui était pour eux, il fallait passer du coté des « mecinencia » « pero » de l’autre coté de « l’Ebro ». Et eux ils tiraient à force « paaapaaa » avec les mitraillettes avec les bougies et on avait mis ça une plaque avec un espèce des chapeaux comme ça pour le chauffeur et un…et des matelas, en laine attaché à la plaque pour… et on a passé les pièces à l’autre côté et oui…le chauffeur il a dit il doit y avoir des comme il faut eh… pour les passer, passer les pièges et on avait pris deux cents et quelques prisonniers voilà. Et ceux de la bataille de « l’Ebro », la bataille de l’Ebro j’ai été autre fois blessé malheureusement pour moi, ça c’est encore une séquence (rires)

Marianne : Elle a été terrible cette bataille de l’Ebre. Et donc…( voix de fond) ouais. Donc de là vous avez continuez jusqu’à la frontière française ?

Virgilio : De là j’ai continué jusqu’à arriver à la frontière.

Marianne : Et dans quelles conditions avait vous passé la frontière française et quelles et quelles dates également ?

Virgilio : Eh bé je vous dis le neuf février mil neuf cent trente neuf (voix de fond) hum? non? (voix de fond : « comme mon père ») ah bon? (rires) et dans quelles conditions (voix de fond : « dans quelles conditions ») la condition vous savez la condition de revenir en arrière en arrière en reculant parce que moi j’étais blessé, j’étais à l’hôpital de « Reus ». J’étais à l’hôpital de Reus, on me soignait à l’hôpital de Reus et mon unité est venue parce qu’on disait que les italiens y allaient débarquer et ce que maintenant c’était un coin formidable des vacances peut être que vous allez passer les vacances là, à Salou, Cambrils et tout ça. Ils devaient venir, ils devaient passer les…les italiens ils devaient débarquer là, et ma brigade ma division quarante, parce que c’était la quarante deux divisions , la quarante deux divisions il l’ont emmené là et comme j’étais là , la personne (soupir) je vous l’ai pas dit jusqu’à présent , la personne qui l’était avec moi c’est à dire mon [hela] parce que j’étais officier dans l’armée républicaine, la personne il est venu me voir, il m’a dit « Senor Peña » parce que je l’avais défendu de me dire « teniente » ni capitan.. »Senor Penata, (..) tel endroit, nous sommes dans tel endroit » « ah » et ma valise mais je l’ai là bas et « demain matin tu viens avec ma valise »( bruit de fond) et moi j’étais déjà en condition de pouvoir marcher parce que, j’étais blessé là aussi , « tu viens en condition de marcher, tu viens avec ma valise et mon uniforme » et il est rentré avec la valise, mon uniforme, je m’enlevais le pyjama, que j’avais de l’hôpital , j’ai mis mon uniforme, vous savez parce qu’on pouvait pas sortir de l’hôpital et à la porte de l’hôpital y’avait des comme des (mot espagnol…) en Espagne on appelait des gardes d’assaut, voilà, guardia d’assaut. Et on est sorti le type de la guardia d’assaut quand il m’a vu je dis tiens [fuma]tu me regarde dans le dos mais tu verras plus ma figure et je suis parti dans le…dans mon unité qu’on était à…à « Salou » à ce moment là , c’est là que je marchais la première fois dans la mer, je n’avais jamais marché dans la mer ( rires) je l’avais vu qu’en photo mais c’est là que j’ai marché la première fois que je venir la première fois dans la mer et de là je continuais reculant hum…T’as pas soif ? (rires) Et à ce moment là on a reculé, reculé jusqu’à la frontière mais toujours en train de combattre moi j’étais arrivé à…on était arrivé, on était arrivé à Barcelone, moi j’étais arrivé à Barcelone et en principe « Al Tibidado » . Je devais aller à « Al Tibidado » parce que j’étais officier de transmission et je devais mettre une centrale de transmission « Al Tibidado ». On nous avait dit qu’il était fortifié, qu’il y avait des [tranger], qu’y avait… y’avait rien! On est arrivé là et là on est resté que trois ou quatre jours et de là on a filé dans la côte da..de…depuis Salou Cambrils et tout ça Taragon tout ça j’ai suivi la côte jusqu’à la frontière jusqu’à Figueras et tout ça, jusqu’à la [frenam] ah..dans tout ça où c’est qu’il est..comment il s’appelle là ou c’est qu’il est…el copain là..(voix de fond : « Rosas ») hein? (voix de fond : « Rosas »)Ah Rosas là j’ai eu le dernier bombardement que j’ai reçu en Espagne , je l’ai reçu à Rosas , le dernier pas le coup de canon mais les bombes des avions de Rosas et après je suis part…monté là et le neuf février je passais la frontière pour Portbou (voix de fond: « Portbou ». On a descendu et j’ai été à Saint-Cyprien.

Marianne : Donc vous avez passé la frontière en tant qu’officier de l’armée républicaine?

Virgilio : Et à la tête de mes hommes…

Marianne : Et à la tête de vos hommes. Donc le neuf février mil neuf cent trente neuf, avez-vous été désarmé ?

Virgilio : Attendez…

Marianne : Donc vous avez passé la frontière le 9 février 1939 à Portbou, avec un uniforme d’officier de l’armée de la République, armé, avez-vous été désarmé euh, justement, par les gardes euh…

Virgilio : ‘Dos huit’ à Portbou vous avez là, ‘cuando’ on passait, la ‘frontiera’, on passait la ‘frontiera’ comme on arrivait, si vous voulez en… beaucoup de monde, ensemble, les gendarmes ils avaient fait un espèce de couloir, et on pouvait passer pas plus de deux personnes.

Marianne : Civils et militaires là…

Virgilio : Hein ?

Marianne : Civils et militaires.

Virgilio : Surtout les gendarmes, surtout les gendarmes civils, il y avait le contrôle de la police secreta plus avant, je n’ai pas eu à faire avec la police, j’ai seulement eu affaire avec la ‘gendarmeria’. A moi ils m’ont demandé d’enlever le pistolet, parce que j’avais pas de fusil pendant la ‘guerra d’Espana’ il y avait très peu de fusils, comme je vous disais il y avait très peu de fusils, hum, la pitola, ‘una pitola’, un ‘pistolet’, et une mitraillette, et cuando j’arrivais, un officier m’a dit : « il faudrait que vous posez là ». Il y avait une pila, como la, la, il faudrait que vous posez ‘porque’ ils triaient, eux-mêmes ils triaient, les pistolets d’un côté, les mitraillettes ‘del otro’, et les fusils ‘del otro’ vous savez. M’a dit vous de poser la le pistolet là, et la mitraillette là, bon, poliment, j’obéis poliment, bien entendu, jusqu’à présent, como on venait juste de passer, bon, après, allez on a continué à pied, à pied, à pied, à pied et on est arrivé dans un endroit qu’il y avait des femmes, qui faisaient cuire des petits machins, des cou, des cubes, des petits cubes vous savez, pour la soupe, et ils nous donnaient avec un petit bol et ils nous donnaient ça à manger. Et après les gendarmes ils sont arrivés, et ils ont fait vider les marmites, les gens les levaient, et on a continué, on a continué, on a continué à marcher, on a mis un jour ou deux pour arriver à Saint-Cyprien, sans rien manger sans rien, et on est arrivé à Saint-Cyprien, et à Saint-Cyprien en arrivant, j’avais une grande pancarte : « Lo republicano, los de Franco et los quisan parte a Franco », et moi je rentrais avec quatre ou cinq de entreo regionome et un, un otro regionome del même village que lui qui était aussi avec moi, que la ‘familia’, quand j’étais chez eux, j’avait été plus que sa familia porque (parce que) franchement c’est moi qui lui ai sauvé la vie. ‘Porque’ je les ai retiré de la première ligne du front, vous savez, franchement je leur ai sauvé la vie à les deux, à la ‘familia’. La familia celui-là qui était avec moi son père il était simplement un ouvrier maçon. Mais la familia del autr, excuse moi hein c’étaient des gens, c’étaient boulangers, ils avaient de la terre, ils avaient tout ça oui, et, on est passé, cuando on est passé là-bas, ils sont restés quatre ou cinq jours avant moi, je le voyais, il en avait honte de venir, en ‘Espana’, de retourner en ‘Espana’, et ce moment-là je voyais que la situation c’était impossible déjà pour eux ! Je les ai pris tous les deux à côté, y un autre qui était de mon village, mais l’autre il était pas avec nous. Hum. Je les ai mis à côté,je l’ai dis à celui-là il s’appelait José on l’appelait Pépito, je dis Pépito, « ne te gêne pas pour moi, tu vois la première chose que je fais cuando je passe la frontière, cuando on est arrivé ici, t’as vu ce que je fais la première chose que j’avais fait c’était me laver le ‘garron’, et me le remettre dans la poche, vous comprenez. Marianne : Pourquoi, pourquoi avez-vous fait ça ? Virgilio : Porque je voyais que qu’il y avait des gens dont c’était le ‘contrario’, il y avait des gens qui étaient ‘??’ qui mettaient le garron comme moi je portais autre chose, vous comprenez. Et je savais que les gens qui avaient besoin de moi pour quelque chose et j’avais je savais ce que j’avais été vous savez -, et comme y avait au camp, y avait encore les chefs qui m’avaient commandé, ils savaient qui j’étais, et quand ils avaient besoin pour quelque chose ils m’ont appelé et ils m’ont dit « voilà y a ça et ça » on va faire ça on va là et on arrivait au camp et au camp y avait rien.

Marianne : Donc vous avez été dirigé vers le camp de Saint-Cyprien, vous n’étiez pas attendu je suppose, euh, vous pouvez nous raconter un petit peu quelle a été une journée au moins dans ce camp euh, une journée qui vous a marqué peut-être

Virgilio : Vous savez ce qui nous avait marqué, c’était ‘touriou’ porque on n’avait rien, à par moi et ce qui m’a manqué le plus c’était l’eau. Vous savez porque la ils ont fait des trous, enfin des trous ils ont mis des pompes, non, ils ont mis des pompes et l’eau qu’ils pompaient c’est de l’eau qui venait bon,il était filtré par le sable et tout ça, mais j’ai de l’eau que cuando pouvait faire ça le lendemain vous allez en courant au bord de la mer à faire vos besoins, vous savez, y avait une descente ‘énormé’, mais je rentrais là aussi, j’avais une veine formidable porque je rentrais avec un frère à moi plus je en que moi. En plus d’être un frère on était presque copains, on était toujours continuellement, le matin cuando on se levait, en Espagne hein, je parle en Espagne cuando on était en Espagne, lui il était avec le chef de la, le chef de la brigade et tous les matins, boum boum boum boum boum (il imite le bruit d’une mitraillette),t’as bien dormi oui toi oui Vous savez,et on a rentré et lui il avait peut-être une nature plus forte que la mienne, et il a rien eu non. Hum hum (il se racle la gorge). Et ‘cuando’ il me fallait, au début oui ou non mais après il fallait m’emmener à droite-à gauche et c’est lui qui m’emmenait, vous comprenez pour faire. Et Comme on n’avait rien, on allait au bord de la mer, à faire les besoins. Après de là de Saint-Cyprien, on nous a emmené en, à Barcarès, parce qu’à Barcarès ils ont commencé à monter des baraques, et, la personne qui l’était mon chef de, d’armée il m’a dit « tiens on va aller à tel endroit », venez avec toi et les autres del village, venez qu’on va aller à tel endroit porque là il y a des baraques. Y avait pas de matelas ni rien, mais au moins cuando il pleuvait, cuando il y avait un vent énorme qui se levait, le sable… Tu n’as jamais été ? N’y vas pas. Il y avait un sable énorme là qui se levait vous savez là-bas ils disaient, « venez, porque là au moins on va être déjà à l’abri del mauvais temps ». Et on était parti jusqu’à ce que, hum hum, le gouvernement français cuando, qu’y avait plus de gens qui partaient à la région pour cinq ans, il a créé ce qu’on appelait les bataillons de marche. Et mon frère (grésillement)

Marianne : Parce que, dans ces camps là, au bout d’un moment, vous avez du choisir justement euh euh soit une incorporation dans les bataillons de marche, la légion ou peut-être les compagnies de travailleurs étrangers. Comment, comment se faisait le choix ?

Virgilio : A ce moment-là c’était pas encore obligatoire, y avait pas d’obligations, on faisait des campagnes, les gens ils sortaient, et je vous dirais, moi je suis parti peut-être des dernières compagnies, de travailleurs, non, ou vingt ans plus tard, si vous voulez, mais enfin on était parti à Barcarès, y de Barcarès, on était revenu porque on a gardé le camp, porque como je vous disais avant, les gens ils ne partaient plus ni à la légion, ni à aucun endroit. A ce moment-là le gouvernement français, il a créé ce qu’on appelait les bataillons de marcheurs c’est-à-dire pour la durée de la guerra, toi tu peux pas y aller toi on a fini la guerra. On pouvait pas y aller au bataillon de marcheurs vous savez, c’est-à-dire les gens, ils ont, et mon frère, il était jeune, porque là ils ont créé ce bataillon pour la durée de la guerra, y nous, même qu’on tenait una fait énorme dans l’armée française, vous savez, surtout moi porque moi j’avais été à l’école pour étudier, pas pour étudier autre chose mais porque là pendant la guerra et ce qu’on bougeait apprenait dans l’école c’était le maniement des armes, como habia como il fallait se défendre, como il fallait ça, et tout était sous l’armée française, tout menait à la guerre 14-18, et ceux qui avait fait l’armée et nous on avait une attesta de l’armée française on croyait que les Français y allaient manger les Allemands en deux minutes, vous comprenez pour nous on croyait ça, l’armée républicaine nous bon on disait « c’est leur commune ». On disait comme on disait en espagnol « los franceses c’est leur commune allemande en deux minutes » et ça a été le contrario malheureusement et à ce moment-là le gouverment il crée ce bataillon de marche pour les étrangers pour la durée de la guerra. Et en même temps, (…) ils avaient la ‘familila’, beaucoup se sont engagés porque avec la femme et les enfants ils pouvaient sortir déjà des camps de de internement hein, de la familia. Et voilà. Et après on revient, on s’en va de là, et on revient autrefois à Saint-Cyprien. Et là à Saint-Cyprien il commence à y avoir des baraques et moi j’étais tranquille à Saint-Cyprien, je voulais rester encore à Saint-Cyprien. Vous savez, on avait bien à manger déjà, on nous donnait à manger como il fallait, et, à la plage, je n’ai, je n’ai jamais été al…je n’ai jamais passé un été de vacances comme j’étais là, à la plage (rires) et, le camp il commence à se vider, il y avait ça commence à se vider et moi j’avais des gens, et on a décidé de s’engager dans la compagnie… (il cherche ses mots). En parlant politiquement, jusqu’à présent on n’en a pas parlé, mais en parlant politiquement, les gens qui se sont engagés on a dit « tiens, ici il n’y a rien à faire. La solution est, avant, qu’ils nous poussent avec les fusils, a le compania, il s’organis euna compania qui justement il a commandé la compagnie, en ‘deporteo’ (?), un ‘tercome’ (?), j’sais pas si vous avez entendu, qu’ il a été déporté mais je sais pas à quel camp mais il a été déporté, il commandait cette compagnie et lui- même il a commencé à dire « voilà », et on a commencé à s’organiser et je suis parti dans cette compagnie. C’était la 173, compagnie des travailleurs étrangers (bruits inaudibles)

Marianne : Et donc vous êtes, vous avez été pris dans cette compagnie de travailleurs étrangers pour quel endroit en France ?

Virgilio : Quand je suis sorti de, del camp, lo 20 décembre 1939, je suis parti dans les Deux-Sèvres, on est parti dans un petit village, Sarrouche ou un autre nom comme ça porque j’adore l’hiver qui s’est joint là, je n’arrivais jamais à trouver le village. Je voulais y aller, et on y a été une fois avec ma fille, et on a vu una persona, « non je vois pas », bon, et on est parti là, et on a été fabriqué des maisons pour l’armée polonaise. Vous savez que la Pologne, cuando (quand) elle a été envahie par Hitler et Mussolini, les Polonais, comme ils étaient alliés à la Francia, como (comme) vous autres, ils étaient alliés à la Francia, ils se sont échappés, beaucoup se sont échappés en ‘Francia’, et là, il y avait cette armée et nous on faisait des baraques pour eux, des maisons pour l’armée polonaise. Dans les Deux-Sèvres. Et là on a resté… Je suis pas resté longtemps, on a passé l’hiver, et ce que c’était bien parce que la on abandonnait les pulls, on avait plus de pulls, on se lavait l’alliance, et on les suspendait et après les pulls ils étaient noirs (rires). Oui oui c’est vrai, ne croyez pas, que je que je l’ai dit à la rigolade, parce qu’avant on n pouvait pas se laver, mais y avait rien pour vos jeans. et là on est resté pas longtemps et on est revenu ici, àààà en face à Royan. A faire, si vous passez por là, où c’est qu’il y a un endroit, où c’est que ??? les pilotes, de les hydravions ils prennent l’éjection pour ??? l’autre de l’hydravion à, et là on est venu pour faire un terrain plus grand pour les avions de chasse. Et un matin, le on avait un commandant français, c’est un officier français qui s’occupait de la compagnia, y de l’administration, la ‘intendencia’ et tout ça,y cet officier français il avait été déjà fait prisonnier pendant la guerre de 14. Et qu’est-ce-qu’il a fait, on avait deux compagnia -la notra y l’autre je me rappelle pas laquelle c’était – il nous a réuni et il nous a dit « voilà les Allemands ils arrivent en visite demain matin. Je vous donne un conseil : déguerpissez, le plus gros groupe il faut qu’il soit de cinq personnes », et ça qu’on a fait, on a pris quatre ou cinq personnes, et ils sont venus avec moi dans le même village, des gens qui avaient fait la guerra et qui était avec moi et nous sommes partis direction Bordeaux.

Marianne : C’était à quelle époque ça ? mai 41

Virgilio : non 40 (en 40) en 40 en 40 ah madame ah non pas en 41 en 40 porque yo arrivait Trois ou quatre jours plus tard j’arrivais à Fronsac, le 20 juin de 1940, le jour de l’armistice, le jour de l’armistice j’arrivais à la Fronsac pero avant d’arriver à Fronsac quand on avait été à Libourne. Et à Libourne il y avait une salle, de cinéma ils ont enlevé tout ce qu’il y avait, les chaises dans la salle, ils ont enlevé ça il y avait beaucoup de monde dans cette salle, et là il est arrivé un allemand en parlant français très bien et il a dit : « demain matin, je ne veux personne ici ». Il y avait la zone libre, et ce qu’on disait la zone libre, et ceux qui veulent partir pour la zone libre, demain matin il faut partir. Et à ce moment-là j’ai dit « je ne reste pas une minute de plus ». On était cinq, et on est parti les cinq à chercher du travail. Je dis « on va chercher, même que ce serait-ce que pour dormir, et qu’on nous donne rien à manger, ça suffit » et c’est ça que j’ai fait, avec cinq autres de mon village qui avaient fait la guerra avec moi. Et on est parti, et on est arrivé à Fronsac, le 20 mai 1940, on arrive à Fronsac, et on arrive dans un endroit où il y a un château, qu’on appelle el château ‘Rabi’. Et lo, la persona qui était au château Rabi, c’était une Espagnole. Et ‘cuando’ on ‘arriba’, porque avant on avait arrivé dans une maison, une petite vieille a dit « ah j’en garderais bien un ou deux, parce que j’en besoin pour sulfater la vigne, mon fils je ne sais pas où c’est qu’il est, et là-bas il y a une Espagnole qui va vous expliquer », et c’est ça qu’on a fait et on y va. Et c’est tombé qu’en étant avec lui, il arriva quelqu’un, où c’est que je vais arrêter, vous l’avez vu dans le film à ‘Caillou’, ‘Caillou’ c’était un endroit de Fronsac, mais on l’appelait Caillou parce que c’est l’endroit des six ou sept maisons et c’est un endroit porque la donne à Caillou Fronjac pour le vin aussi, l’appellation des vins vous savez. Et arriva un type, avec una bombe à sulfater, una pompe à sulfater, qui arrangeait l’Espagnole, qui s’appelait Jesus Pocercou?? que là on fait encore à son nom, qu’on a très bonnes relations, avec son fils et lui, ça a été une chic personne pour moi, bon on arrive là et le type il s’appelait Roger, Roger Foucault, il arriv il était courtier en vins, il a dit « qu’est-ce que tu vas faire Roger avec cette bomba ? Tu vas sulfater la vigne oh no pas moi, ma femme ou la belle-mère ? Mais pas moi. Tu connais personne ? Tiens, tu en as cinq ou six, prends ce que tu veux. » Il dit « pas tout, pero trois ? » oui Et on part trois avec lui, on arrive à la maison (rires) il y avait – je le dis dans le film je sais pas si vous l’avez remarqué – on arrive à la maison il y avait la grand-mère, une femme maigre, maigre ! (il insiste fortement) on dirait qu’elle venait de Buchenwald, et pourtant je connaissais pas encore Buchenwald, et maigre, avec des petites lunettes et elle dit « Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? » dit « Ces gens-là sont des Espagnols ». « Des Espagnols ? Qu’est-ce que c’est que ça ? » « Ils sont de l’armée ‘republicano’, des ‘rojos' ». « Des rouges ?! Je veux pas ces gens-là ici, je ne veux pas ces gens-là ici ! Foutez-les dehors ! » « Non non non ». Après il rentre la mère, la fille, bonjour on était déjà là lui, il nous a fait rentré, y avait des groupes en attente, on est rentré dedans, et il y avait une table grande comme ça dans une pièce, on s’assit là et rentre sa fille : « bonjour, bonjour ». « Qu’est-ce que c’est que ces gens-là ? » « Ca c’est des républicains. » « Des républicains espagnols ? Oh ! (…) » dit « non non non », après on a compris, avant à ce moment-là on avait pas compris, ces gens-là ils viennent pour vous sulfater la vigne, et la vigne il y avait de l’herbe comme ça, nettoyez et vous sulfatez la vigne. Bon, et on va au monument en terre, il arrive alors à manger. Et j’avais une bombe, il n’y avait pas d’eau courante, on avait une bombe pour l’eau oui, maintenant ils ont de l’eau courante ils ont trop. Et je m’en vais avec la bombe, je regarde par la fenêtre, et je vois qu’on avait une table longue comme ça, et il avait mis trois couverts de plus, et nous on était trois. J’ai dit « au moins à manger il va nous donner » bon, on a fini de manger et il arrive monsieur Jésus, l’Espagnol, « bonjour bonjour monsieur Jésus », « qu’est-ce que c’est que ces gens-là » et après c’est lui qui a dit « vous savez, vous verrez vous allez être contents ». « Oh vous savez, on a de ces nouvelles de la guerra d’ Espagne bon bref… » Ils nous ont donné à manger, et après on a couché dans une ‘pissionne’ (rires). On a ramassé de l’herbe, on en a mis là et on a couché là. Et On reste une semaine. Avec eux là, les trois. On reste la semaine et le lundi suivant, il y a monsieur Jésus et son frère qui était artisan défenseur pour la vigne pour planter la vigne, et tout ça et monsieur Jésus y dit « Bien, Virgilio, tu vas venir avec moi y avait un gamin qui le pauvre il avait été tué plus tard par un camion allemand, et on avait été de suite fait copains vous savez parce qu’il avait des – vous ne devriez pas enregistrer ça – porque c’était une zone à déjeuner et on commence à travailler la vigne. Et trois ou quatre jours on avait chacun cinq ou six patrons, porque c’était la fin de la guerra, les Français ils étaient prisonniers, et cuando ils nous ont vu travailler ils ont dit « comment, c’est pas des sauvages ces Espagnols, comment ça se fait qu’ils travaillent comme ça ». Moi j’avais travaillé souvent chez moi, mon oncle il avait un jardin, et les autres ils travaillaient avec moi ‘lo même médina’ et un autre qui s’appelait Francisco qu’il est parti en Espagne de suite, et il dit « toi, tu t’occupes je n’étais pas bien aussi tu t’occoupes avec le sécateur de couper les gourmands ». Vous savez, je coupais ça, et eux ils sulfataient. Trois ou quatre jours on avait trois ou quatre patrons « vous voulez venir avec nous ? vous voulez venir avec nous ? vous êtes espagnols ? Ah bon moi je vais amener Il arrive un lundi suivant, il vient Jésus et son frère, Antonio, et là, Jésus il dit : « Yo me llevo a Virgilio » il me dit comme ça, « yo me llevo a Virgilio ». Le gamin porque je l’avais arrangé déjà vous savez, parce qu’il avait beaucoup de jouets en bois, il me ramène tous les jouets en bois mais mais, je dis : je le fais como, je sais pas ce que je lui ai dit à ce moment-là. Mais je commencer à prendre les jouets, vous savez arranger les roues, arranger un peu tiens, la charrette, les boucs, les petites attaches pour tenir la charrette et le gosse bouh, il était le roi de tout. Et cuando il disait « on s’en va Virgilio », lui il disait « Virgilio il s’en va pas d’ici ». Et comme c’était le gosse qui commandait, vous savez comme il y avait que lui, le gosse il m’accroche à la jambe et il me tire il dit « viens avec moi, viens avec moi ! » « Eh mais jusqu’à ce que tu vois mais attaque que c’est toi toi,viens moi à moi qu’est ce que c’est moi à moi » Et le monsieur Jésus il me dit : « il te dit que tu ailles avec lui ». Je m’en vais avec lui Et lui il m’emmène à la cuisine il dit « tu ne pars pas ! » « Ah bon, qu’est-ce qu’il dit ? il disait que tu  » A ce moment-là Jésus il s’emmenait ah, et l’autre l’autre il restait là-bas avec eux jusqu’à ce que je partais à Bordeaux por la resistencia, là j’ai commencé à organiser ‘ya de ramo lorette’, ‘ya comencia la resistencia’, là j’ai commencé à organiser un groupe de résistance à Libourne.

Marianne : Alors comment ça se fait que de Fronsac vous soyez parti faire de la résistance en ville à Bordeaux, vous aviez été contacté par des gens déjà ou comment ça s’est passé, où c’est de votre propre chef que vous êtes parti…

Virgilio : Les gens que j’occupais ‘cuando’ j’ai commencé à organiser ça, hum hum, y a commencé avec quelqu’un qui était à bordeaux, qu’on avait été dans les compagnies ensemble, la compagnia de travail, un nommé Carrero que Franco a fusillé à la Libération, aussitôt la libération de Francia, y se fue a Espana lo mandar a Espana?? como tanto,y fusillar en Barcelona,y ya était ‘ya me conocia a mi por mi opinion, y otra cosa’

Marianne : Tu parles en espagnol ?

Virgilio : Ah bon excusez moi (rires), elle me connaissait vous savez pour mes opinions et tout ça, et un jour on s’est trouvé à Bordeaux, à la place Gambetta, il y avait un grand café à la place Gambetta, et on se trouve à Bordeaux à la place Gambetta et il me dit « Peña qu’est-ce que tu fais ? » et je lui dis « Qu’est ce que je fais je travaille à la vigne », « non c’est pas ça que je te dis », « ah bon » et à ce moment-là on commence à parler de la resistencia, et il me dit « voilà, tu connais quelqu’un là-bas ? » je dis oui « y en a d’autres camarades que je peux contacter entre eux, y en avait un qui avait été aviateur pendant la guerre d’Espagne, la guerra d’Espagne, que je vous dirais plus avant, qu’il avait été aviateur pendant la guerre d’Espagne, qu’il habitait au Cours Tourny, et je vais le trouver et j’en trouve aussi un autre, qu’après il nous a et c’est lui qui m’a vendu le plus d’Espagnols après un nommé Marie, et je le trouve aussi, et un chico de Valencia, qu’il était pas Pauleta, et instituteur, qui s’était marié avec une Française, mais il était déjà là-bas il s’est fait, il a fréquenté là-bas, déjà, une fille de là-bas del coin,hum et on se trouva. Et je dis « voilà, il m’a dit si vous êtes décidés à ce qu’on organise un grupo de résistance, pour le moment on va s’organiser et après on aura des situations pour faire ». Et on a organisé ça, et on a commencé à travailler, et le travail qu’on faisait c’était couper les fils téléphoniques des des Allemands cuando les Allemands ils étaient dans tous les châteaux, on coupait comme je connaissais ça pour la guerre, pour les tout ça, on coupait les fils ‘electrico’, on enlevait deux ou trois mètres, pour ne pas arriver de suite à emboîter, et on faisait ça, et on faisait autre travail, et après deux ou trois fois à Bordeaux déjà pour la ‘causa de la resistencia’ et lui il me presenta un autre ‘baco’, que je crois que lo fusillano, (…) cuando ils avaient sorti tous ces gens-là, qu’ils ont fusillé dans les Landes à côté de Bordeaux, que son là je crois que dans ce long moment, lo me representa lui « il me dit non toi tu as déjà quelqu’un qui s’occupa, qui s’occupa », après il m’a remplacé celui là qui était le pilote, de l’aviation d »Espana’, que je n’ai jamais su son nom, il m’a mis les côtes plus noires que lui, que ça, excusez-moi. Pour son nom, je ne savais pas son nom. Je le connaissais ‘por el Valenciano’,porque il était de Valence à moi il me connaissait por ‘l’Andalou’ o por ‘el peño’, mais pas mon nom ,on ne connaissait pas les noms, on avait dit pas les noms vous comprenez. Et à ce moment-là, lui il a arrêté et à moi on m’a dit « tu viens à Bordeaux, tu vas t’occuper à Bordeaux ». Alors je m’occupais et je commençais à travailler à Bordeaux dans l’entreprise, je ne voulais pas travailler pour l’Allemagne, et la première chose que l’entreprise a fait, c’est m’emmener à la base sous-marine. Je travaillais pour l’industrie française, qui travaillait dans le bâtiment et on allait à la base sous-marine à fabriquer des baraques pour que les Allemands ils mettent dans des matériaux, des, des choses comme ça, à la base sous-marine, mais je croyais qu’on allait travailler à l’extérieur, et je travaillais avec eux là à la base sous-marine c’est que là que j’ai été arrêté. Je suis resté à peu près un an, un an pour ça à Bordeaux libre, enfin et voilà et je travaillais là, à cette entreprise, et j’habitais à la place, à la rue, comment ça s’appelle… pourtant il est marqué dans le film en bas la rue, à la place Saint-Pierre cuando tu es à la place Saint-Pierre

Oumar : Non c’est place du Parlement

Virgilio : Non, tu vas à sortir à la rue à la Bourse, à la place de la Bourse, et à droite, lo premier restaurant à droite, cuando (quand) tu passeras tu diras « tiens, c’est là qu’il a été arrêté el espagnol ». Hein ?

Oumar : Jean Jaurès, Jean Jaurès.

Virgilio :hein, No, à la plaça, à la plaça Saint-Pierre. (coupure oui ça marche) Je m’étais arrêté là. la femme, le restaurant, il le tenait una familia de, comment il s’appelle …, Grecs, c’était une familia grecque, qui le je n’ai jamais vu le patron. La femme , la mère et la fille aussi, et la mère yo je tenais à ma, j’avais plus de poils que maintenant, j’étais frisé, et elle m’appelait le frisé (rires), vous savez, et je rentre un soir, et elle me dit « il y a des messieurs qui vous attendent ». Je rentre ou je monte à la chambre ? Et après elle monte et elle me dit « il y a deux messieurs frisés me dit y’a deux messieurs qui vous attendent ». Je dis « deux messieurs ? » Elle me dit (il chuchote) : « ils ont l’air de policiers ! » Ah. Bam bam bam. Je l’ai caché derrière, dans la cheminée, tu vois la plaque en fer qu’il y a dans les cheminées, j’ai soulevé la plaque, et j’ai mis le pistolet là, et les les policiers m’ont pris ils m’ont dit « venez avec nous », j’ai dit « pourquoi ? »

Marianne : J’aimerais que vous me précisiez euh ce que vous faisiez dans la résistance, avant de dire que vous avez été arrêté, qu’est-ce que vous faisiez dans la résistance bordelaise ?

Virgilio : Dans la résistance La, hum, comme on était sous la base sous-marine, sous la base sous-marine, je dois confesser , si je dis aux gens, vous savez, pour les bétonneurs, comme les Allemands ils ont beaucoup plus d’avance que nous dans ces choses-là, on avait déjà un tuyau qui amenait le béton à la base et on le disait, il y avait quelqu’un costaud, tu prends deux sacs, l’un sous l’épaule et l’un sous le bras, et cuando tu arrivas al (…), déjà tomber le sac et l’autre y avait à la bétonnière il y avait quelqu’un avec un crochet qui coupait le sac et le ciment il tombait. Il cachait à ce moment-là la ‘pilation’ il tirait lo sac presque entier, et cuando il arrivait dans un endroit qui était un peu como étroit, le béton il ne passe pas. Et on a fait sabotage deux fois, et on est resté deux ou trois jours sans marcher la, lo béton. Parce qu’on ne pouvait pas faire autre chose, on me dit, on sabotait les silos, les bétonnières des choses comme ça. Et après je faisais d’autres choses, parce que j’allais aussi dans les Landes, et j’avais como vous disiez avant « votre père il s’est échappé, et j’avais déjà une carte d’identité, et je venais sous ‘corte’ amener des gens pour qu’ils passent à Orthez, et ils passaient à Orthez les gens qui le recevaient à la montagne, le maquis ici vous comprenez. J’en ai trouvé des gens comme ça ici à Pau, des gens qu’ils avaient que j’avais amené de Bordeaux jusqu’à Orthez, vous comprenez y après. On faisait d’autres choses aussi, j’ai été aussi cuando au Pont de Pierre,… cuando on a, enfin, on a fait des choses de bien pour la ‘resistencia’ (rires)

Marianne : Parce que, quand vous travailliez à la base sous-marine, vous rentriez dormir à quel endroit ?

Virgilio : Au restaurant ! Je n’était pas à la base, à la caserne.

Marianne : Vous étiez libres, en fait,(j’étais libre) vous n’étiez pas à la caserne.

Virgilio : Non ! J’allais je venais, j’allais à mon travail le matin, je prenais le train, le tramway et j’allais jusqu’à la gare à Saint-Louis, qui était de l’autre côté de Bordeaux, et là on descendait et on allait à la base par par la porte de Baccalan et tout ça, voilà.

Marianne : Les poli Et vous parlez de policiers qui vous ont arrêté, c’était la police française ou allemande ?

Virgilio : C’était la police française qui m’a arrêté à moi, Anglade, un commissario qui s’appelait Anglade. Après soi-disant qu’il avait fait des choses pour la ‘resistencia’, c’est ça qui l’a sauvé, on m’a dit ça hein, je me suis pas occupé après des personnes, vous savez j’étais arrivé d’Allemagne après et je me suis pas occupé de personne.

Marianne Alors, cette police-là donc vous a arrêté, c’était en quelle année ça ?

Virgilio : en 43, en février 43.

Marianne : Donc déjà, c’était bien avancé. Et de là vous êtes parti en déportation tout de suite ?

Virgilio : non beh là, on m’a interrogé pendant quatorze ou quinze jours, on m’a mis trois mois en ‘communiqué’ au fonds dans les cellules en bas, au fort du Hâ, où c’est qu’il y avait pas de lumière, y avait que la cuvette pour te, pour te laver, pour boire y pour faire tu poussais un machin, l’eau elle partait, les saloperies, après tu poussais et ils montait l’eau pour te laver la figura et pour tout ça. J’ai resté trois mois y de la on m’a sorti, on m’a emmené à la caserne ‘Boudet’, voilà. Y de la caserne Boudet à Compiègne, et de Compiègne à Buchenwald.

Marianne : Attends attends On en était à… de la caserne Boudet euh vous avez été transféré au camp de Compiègne. Combien de temps êtes-vous resté à Compiègne ?

Virgilio : Je ne me rappelle pas exactement, si c’était cinq, quatre ou cinq mois. Quand on est arrivé à Compiègne, les étrangers on ne les déportait pas, à moins quelques uns, como des Espagnols qui avaient des noms apparentés aux Français, ils les déportaient. Mais le gros de la sortie, nous on ne déportait pas, ni les étrangers ni les mutilés de guerra. Et cuando il est arrivé, et cuando il est arrivé qu’on m’a déporté à moi,enfin à les autres, on a déporté tout. On a laissé le camp presque libre, on a gardé dans le camp simplement que les ouvriers qui avaient besoin pour travailler dans le camp, por l’intendencia, pour le nettoyage, pour des choses comme ça. C’est pour ça que ‘lo careo’ comme on parle maintenant, on s’est trouvé à Compiègne les deux ensemble, à Compiègne ! Et lui il a pas été déporté, vous comprenez. Et on partait tous, en janvier, le 15 ou 20 janvier on partait tous à Buchenwald, espagnols, mutilés de guerra, et tous les étrangers italiens, n’importe quel, tout le monde à Buchenwald.

Marianne : Et la vie là-bas dans le camp, comment ça s’est passé ça ?

Virgilio : La vie dans le camp c’était mauvais pour moi. Le plus mauvais pour moi ça été le voyage ça a été quelque chose. J’ai passé deux jours, et deux nuits, à ce moment-là je le dis dans le film, je n’avais pas cette main esquintée, vous voyez là hein, l’un et l’autre. Et je passais, Trois jours et deux nuits accrochés avec mes deux doigts à un anneau dans la porte, porque (parce que) dans le wagon il y avait marqué huit chevaux quarante hommes. Mais à nous on nous a mis presque cent, dans le wagon. On été como moi je dis dans le machin, cuando vous entendrez dans le film, on était comme des sardines, il ne manquait que l’huile pour être comme des sardines. On nous monte dans le wagon, on nous met une botte de paille, et un bidon de pas près de soixante centimètres pour trente. Pour les gens qui avaient besoin, de faire ses besoins, y on nous donne des pains, ronds qui nous donnaient dans l’armée, je ne sais pas s’ils le donnent toujours, un pain rond. Vous savez, il ne devait pas y avoir pas près d’un kilos, on le coupe en quatre morceaux, et un bout de pain comme ça. Je ne me rappelle pas exactement s’ils nous ont donné quelque chose, como une mortadelle ou quelque chose. Et les gens qui avaient faim au camp, qu’est-ce qu’ils ont fait ils ont commencé à manger, à chier et à pisser, ils ont vidé le ballon, le bidon, et après ils buvaient le fond au début. Au début qu’on est rentré, on a dit « tiens, vous partez d’un côté, assis, et les autres debouts. » Mais personne n’obéissait, dans les wagons il y en a qui criaient « Maman, maman ! » tous le monde criait sa mère. Je me disais « tiens appelle ta mère, elle va venir te chercher ici. » Et le voyage pour moi ça a été ‘un détour’. Quand on est arrivé au camp, on a ouvert les portes, et cuando on a ouvert les portes allez – la personne qui a fait le film je répète la même chose – il me dit « ils vous ont reçu comment ? » J’ai dit « avec une tasse de café ! » Vous l’avez pas vu le film j’ai dit ça, avec une tasse de café. Et à ce moment-là il y avait, je l’avais vu à Compiègne, un messieur qui avait été commandant d’aviation pendant la guerre de 14, il avait été blessé d’un coup de mitraillette. Il avait ‘reinté’ d’un coup le côté-là, il avait sorti de l’autre, il avait les bras paralysaient. Il ne pouvait pas s’accrocher pour descendre, qu’est-ce que je fais « je le prends ». Et j’ai reçu un coup de matraque, derrière, un coup de … de l’SS que je crois qu’il me fait mal encore. comprends ? Et après ils ont demandé mais je n’ai plus voulu me mêler de rien, la famille elle a demandé s’il y avait quelqu’un qui l’ avait connu et tout ça. Il était de d’Angoulême. Et dans le train, dans le wagon j’étais avec un autre qui était de la provincia de Séville, et vous savez nous cuando (quand) on se voit entre Andalous, un je suis ‘un paesano’, on a l’habitude de se dire « paesano’ C’est pas comme un paysan qui a des terres, non non c’est l’amitié, et, on était tous les deux. Et lui il nous a entendu parler espagnol, il parlait un peu espagnol, il s’est approché à nous, je crois que c’est ça qu’on lui a sauvé la vie dans le wagon. Et après sa familia, elle a demandé mais, je sais pas à Compiègne, à Buchenwald qu’est-ce qu’ils ont fait de lui,como je pouvais donner jusqu’à l’arrivée à Compiègne, à Buchenwald (il se reprend), mais après je ne pouvais. Et à ce moment-là je me suis dit, pour dire des choses que je ne sais juste, le meilleur que tu fais c’est ce que j’ai fait, la ferme et tais-toi. Vous comprenez. Je m’excuse auprès de la familia, hein, parce que des fois j’entends parler de ça, je m’excuse et voilà, on arrive à Buchenwald, on nous emmène au fond, on appelle ça maintenant, je le sais como on appelle, on appelle la chambre ‘felkamen’ (?), on nous déshabille, au complet, le type avec une machine, il y avait des machines électriques là,il commence (..). Moi yo n’avait maintenant j’en n’ai presque pas, porque je suis si vieux (..),il commence … et nous… autrement tout à zéro. Et y avait une espèce de bassin avec un liquide de sulfate dedans, et on te fait tremper là. Si les gens qui étaient là des fois ils disaient « fermez les yeux », la plupart c’étaient des Polonais qui disaient « fermez les yeux » parce qu’autrement ça piquait. Moi j’ai eu des piqûres déjà pendant dix ou douze jours del liquido. Et après qu’ on sortait de là, on te donnait une espèce de slip, un caleçon, un chemise, un tricot ,un pantalon rayé, une veste, un rond, des raquettes en bois, et on allait arriver à, al petit camp qu’on appelait el camp de quarantaine on appelait la quarantaine, parce qu’en principe on devait rester à cet endroit quarante jours sans travailler. Seulement là on passait quarante jours entrain de vous faire des piqûres. Pour voir la façon que vous résistez à ces piqures là vous comprenez, c’était une expérience porque nous on était ça pour eux, pour la science allemande, pour la médecine allemande les déportés on était des des cobayes pour eux, on était , on te faisait des piqûres dans le bras, on te le faisait dans le dos, on te les faisait dans les cuisses, on te les faisait dans la les fesses. A n’importe quel endroit, à n’importe quelle heure. Et là je restais pas longtemps, porque (parce que) j’avais fait connaissance en cellule à Bordeaux de un… d’Anglet, qu’il était conseiller municipal à Anglet, et,on avait fait très bons rapports avec lui. Et cuando (quand) il a su qu’arrivaient les Espagnols à Buchenwald, il est venu a la, au bloc de quarantaine, au petit camp on l’appelait le petit camp il est venu au petit camp …. il a dit « Oh, Peña ! » Et à ce moment il arrive le capo, le capo c’est celui-là qui commande le camp, il arrive un capo qui arrive pour demander des volontaires pour décharger un wagon, de matériaux qu’on avait réquisitionné en Italie. Il me dit « bah, tu n’as rien à perdre ici,tu sais ici on a rien à perdre que la vie. » Il n’était pas grand lui, un petit gros, mais il était plus gros cuando (quand) je l’ai vu à Buchenwald il avait perdu beaucoup et il me dit « va » et je pars avec le capo. Et Le capo c’était un type qui avait été dans les brigades internationales comme il y a eu beaucoup d’Allemands et d’Austriaco’ je parle de ces gens-là sans compter les autres. Et on y a, on y va trois. Et un autre j’sais qu’il était de Madrid, qu’il avait été à la dans l’aviation en Espagne on y va. Et on fini de décharger le wagon. Il nous dit « venez avec moi ». Il nous emmène al bloc 40, que c’est un endroit formidable pour moi après, vous savez, je restais dans ce bloc depuis que j’arrivais au camp jusqu’à la Libération, le 11 avril 1945. (coupure) – décembre, on appelait les poubelles,…vous savez ils m’emmènent dans un endroit où il y avait trois litières. y c’est en bas, il me dit « tiens, tu vas coucher là, porque (parce) qu’il y en a deux autres qui travaillent ». …parce ce qu’ y avait des gens qui travaillaient la nuit, tu coucheras là . Il y avait un Allemand il me regarde il dit non il dit « Je veux pas de Français avec moi (ben d’j’ou de merde je ne les veux pas avec moi, changez). Ah Bon. Il devait être 1h du matin ou 2h du matin il me dit bon « voilà, tu vas être là ». Y’avait Dans le mur y’avait le mur vous savez, il y avait des placards avec une séparation d’une quarantaine de centimètres pour mettre les tout ce que tu pouvais garder. Il me dit « voilà ça c’est ton coin, et ça c’est ta place. » « Ah bon, je m’assis là ? » Le lendemain matin, como là cuando on te donnait les affaires, on te donnait un numéro, et on allait être un S un triangle rouge. Et j’avais déjà mon triangle rouge,(…)on te donnait ça il dit :  » demain matin qu’il soit cousu de là. Ah bon. Et dans les, dans la jambe, tu en avais un là, et un autre là.

Marianne : Le S, c’était le triangle pour les républicains espagnols ça.

Virgilio : Oui ! Pour les républicains espagnols et pour les autres ! Toutes les nationalités porque chaque nationalité à l’exception des juifs, ils avaient l’ étoile, mais les rouges ils avaient une étoile avec ‘un’ R rouge. Les Français ils avaient le même triangle avec un F les polonais avec un P et nous on avait la S porque les Allemands ils écrivent « Spagne, Spagne », donc on avait ça, j’avais ça. Et lui il arriva, cuando il arriva yo étais là comme ça, Morin, bonjour, et cuando il me voit le type me dit « tu es spani ? » Je le regarde « oui. » Il appelle à l’estuber’ et lui dit « spani » porque el estuber il avait fait la guerre en Espagne aussi, il y avait beaucoup d’internationales dans ce bloc-là vous savez. Il appelle aussi, et il parlait plus français qu’espagnol. C’est une personne déjà mayor’, il parlait plus parce qu’il avait resté longtemps en France, il s’est échappé à la montée de Hitler au pouvoir, et il lui dit « c’est lui qui t’as pas voulu qu’il couche avec toi ! » Et le type là, un peu plus il m’embrasse en me demandant pardon pardon, pardon. Et Voilà. Et c’est la blague… Et après, à chaque fois qu’il avait, il recevait les Allemands, y d’otro et les Français aussi, il recevait des colis de la familia, et cuando il recevait coli de la familia, ils se partageaient les choses, et tout le temps qu’il avait un colis il me donnait un bout de pani, du pain ou autre chose, et il recevait des colis de pain blanc, je sais pas comment il avait je sais pas. Il recevait ça il me donnait, chaque fois il me donnait un bout de pain comme (coupure)

Marianne : Dans le camp du Buchenwald, vous étiez avec des juifs, vous étiez séparés, comment ça se passait ?

Virgilio : mélangés, j’avais pas de séparation à Buchenwald, y’avais pas de séparation à Buchenwald mais à Buchenwald, mais il n’y avait pas tant de juifs que ça. Et les juifs que j’avais à Buchenwald, hum hum, à Buchenwald le 5 ou 6 avril, ou le 4 avril par là, on nous a appelés tous à l’appel, à la place d’appel. On a monté tous, ils sont rentrés, une quarantaine d’Allemands, avec les chiens, et des manches de pioche à la main, et tout le monde à la plage. Ils ont séparé les juifs, des autres. Ils les ont emmenés les juifs à un endroit ou j’avais travaillé tout le temps quand j’ai été à Buchenwald. Je n’ai pas sorti de Buchenwald. Je rentré à Buchenwald en janvier, je sortis en avril pour couper les fils de fer. Vous savez. Ils hum hum nous ont tous emmenés à la plage. mais y’a à ce moment-là, on était déjà organisé una ‘resistencia’ dans le camp. Ca vous va pas ? Vous voulez pas le savoir tant pis…

Marianne : Ah si si si, j’allais te le demander d’ailleurs.

Virgilio : ah bon(rires)

Marianne : Si vous organisiez une résistance dans le camp.

Virgilio : A ce moment-là la resistencia ça a été organisée beaucoup avant, avant. On avait déjà una resistenca dans le camp, vous savez. Et en plus, de ça la resistencia Le 24 août de 1944; ils ont bombardé le camp, ils ont démoli toutes les usines et tous les matériaux qu’il y avait à l’interior del camp, des bois y des choses comme ça, ils ont tout détruit. Y A ce moment-là, quand ils sont arrivés l’aviation, jusqu’à présent ils passaient l’aviation et nous on rentrait dans le camp. Ce jour-là, ils ont donné l’ordre de rentrer tout le monde dans le camp, les usines, tout le monde. En courant, brrr. Ils ont ouvert la porte en grand, et tout le monde au camp. Et l’aviation, et les gens, qu’ils soient rouges qu’ils soient français, qu’ils étaient déjà dans la resistencia, ils ont rentré des mitraillettes, des fusils mitrailleurs, des armes; ils ont rentré des armes. Et comme c’est les allemands qui ont tué le camp de Buchenwald il a été fait en 37, ça ne bougera jamais. Et Buchenwald, vous avez été ? (non non)Ca ne vaut pas la peine. Il est en pente, et à ce moment là pour faire la baraque, la maison, d’un côté il est plat, mais de ce côté là il faut soulever ça. C’était vide le bas, on a coupé les moellons de là, et on a mis les matériaux là (lees armes là). On a casé les armes là. jusqu’à 11 avril de 45, que on nous a libéré, mais avant, avant de ça, comme je vous disais on s’est habitués la plage, ils ont emmené les juis les premiers à la ‘BAB’ et après des Français. On appelait ça les « transports de la mort ». Vous savez, quatre ou cinq mille types là. Et on l’a dit aux juifs, on l’a dit aux juifs, « si vous voulez, comme on avait déjà les armes, si vous voulez on fait resistencia et vous ne sortez pas. » Parce qu’on voyez que les Américains ils étaient tout prêts, les Américains ils sont arrivés, ils venaient del côté du refuge??. (..?) Ils venaient de l’autre côté vous savez, du nord, mais ils sont restés quatre ou cinq jours à rester là, vous comprenez. Et à ce moment-là, quand on nous a emmenés à la plage, c’est pour ça qu’on allait faire de leur dire de résister. Et les juifs ils ont répondu « que c’était son destin, et ça je l’ai entendu c’est notre destin, laissez-nous tranquilles ». Ils sont partis, vous comprenez, et il n’y en a que deux ou trois, d’entre eux, y en a d’autres qui se sont cachés dans le bloc où j’étais. Y avait une trappe pour monter, et ils se sont cachés là. Tous les autres ils sont partis, dans les commandos entre eux les Français et d’autres Espagnols, d’autres nationalités. Voilà. A ce moment-là on attendait, on a attendu le 11 avril et le 11 avril ça devait être 10h, 10h30 et à Buchenwald, vous savez, il y avait dans tous les blocs, y’avait un haut-parleur parce qu’on t’appelait jamais par ton nom, on t’appelait par ton numéro. Mon numéro c’est 40843 (il dit ensuite le chiffre en allemand), et on t’appelait pour ça. Et la persona, je connais ça parce que ça avait été mon métier pendant la guerra, la personne qui s’occupait del camp, ça, on mettait una enchufela’,on appelait una clavette qui donne la communication. Il avait oublié il a dt « les tomi??, ils s’approchent. Les Tomy, y le pensa que so le tank y s’approcha. » Il avait oublié de tirer la …. Et les Allemands qui ont entendu il dit : ils arrivent . Et à ce moment là le comité des internationales de la resistencia dans le camp a ordonné ordre de prendre les armes et libérer le camp. Et c’est comme ça qu’on a libéré ma mama, messieurs le camp de Buchenwald, c’est nous qui avons libéré le camp,(il frappe dans ses mains) trois heures avant l’arrivée des Américains. Là il y a quelqu’un qui a écrit un article en el periodico il l’a dit aussi qu’il y avait une marée énorme, en El pais, cuando a venu los Américano.(le temps était déjà) Je vais vous raconter quelque chose, que très peu de personnes le savent, qu’on a coupé les barbelés. On a commencé par couper les barbelés hum hum avant qu’ils ne coupent l’électricité. On a mis des planches, pour s’isoler, et on coupait et après cuando on avait coupé trois ou quatres fils on arrivait quelqu’un il dit « Laissez-çà, on a coupé le courant. » Ah bon. Et à ce moment-là on est sorti. On avait fait deux cents prisonniers. Mais On n’a pas tué personne. Le groupe, je commandais un groupe, y on avait pris quatre. (..?) Et on est arrêté dans un endroit, et les Américains ils passaient sans rien. Ils avaient son ordres d’attaque, ils ne s’occupaient pas de ça bon bon. Mais pas sans un blindé, nous en espagnol on dit una « tanqueta », avec des roues vous savez. Et le type il nous entend parler en espagnol, il s’ arrête et dit au chauffeur de reculer. « Qu’est-ce que vous faites, espagnols mais qu’est-ce que vous faites ici ? » Je lui dis ici, « c’est un camp d’extermination », « Ahh », le type, et ce moment-là il a demandé à les autres tous les paquets de biscuits qu’ils avaient et nous on a mangé les biscuits avec le papier et tout. (rires)

Marianne : Vous étiez nombreux dans ce camp là à faire de la résistance ?

Virgilio : Hum oui, on était pas mal, on était presque toutes les nationalités, il y avait les Français, il y avait les rouges, il y avait les Tchèques, il y avait les Po et ce qu’il y avait de moins c’étaient les Polonais. Mais y’en avait de tout, nous on était une quarantaine, des Espagnols on avait quatre ou cinq groupes de sept ou huit, on était oui oui.

Marianne : Si je comprends bien les Espagnols étaient toujours aux avants-postes hein.

Virgilio : C’est-à-dire que nous, on avait l’expérience que n’avaient pas les autres nationalités. C’est-à-dire qu’on avait la guerra d’Espagne, on avait la resistencia, on avait beaucoup de choses. C’est ça que pareil, dans ces choses-là je dis pareil avec les déportés de Mauthausen, et les déportés de Francia. Une chose si, les déportés, je ne veux pas critiquer à personne mais vous savez, mais il faut que l’on sache que nous, presque tous on a été déportés de Francia en Allemagne, en tant qu’espagnol, on a reçu en Espagne ???una ‘murga’ tu sais, plus que le tabouret et, comment on pourrait dire ça, des gens qui chantent dans la rue déjà vous savez on a reçu. Moi, j’en ai passé pendant quinze jours hein, que je me rappelle que ma femme elle me dit « qu’est-ce qu’il t’arrive » « rien », malheureusement ou heureusement por ellos, c’est vrai que ça été les premiers qu’ils ont envoyé à Mauthausen, mais c’est des gens qui sont pris en peloton, et je ne dis pas qu’ils n’ont pas réussi après à Mauthausen, mais ils ont pas été interrogés par la police allemande ni par la police française. (Silence). Voilà.

Marianne : Je voulais simplement vous demander si vous aviez parlé de ces années de guerre et d’exil à votre famille après.

Virgilio : On n’a pas parlé, ma fille elle est témoin, on a parlé vingt ans ou trente ans plus tard on a commencé par les écoles, et après on a commencé par les écoles, après ça a commencé pour esto ???, après pour moi. J’avais toujours l’idée d’en faire ce qu’il est entrain de faire lui, de m’acheter ça pour mes enfants mes souvenirs, mais après comme il est venu Dominique y (et) Ortiz ils m’ont fait ça, je compte en faire quelque chose plus global vous savez, en espagnol, pour expliquer porque pour moi c’est un effort énorme la la vous savez la traduction et tout ça va être mal entendu et tout non. C’est pour ça que le film c’était bien parce que c’est en espagnol, je répondais en espagnol et pour moi en espagnol j’ai été en Espagne dans un collège où ma fille elle était, et je m’ expliquais en espagnol, et les gens il y avait combien d’ailleurs (la fille) une centaine, une centaine

Virgilio : Et ici aussi il m’avait appelé un professeur au lycée Louis Barthou il s’appelle, aussi il me dit « parle en espagnol » mais si vous voyez la quantité de choses, d’interviews que j’ai eu en Espagne mais …les autres pfff (il fait le bruit avec sa bouche), si ce n’est pas moi qui parle, et celui qui l’a écrit le bouquin là, sobre la guerra, no sobre la déportation, (il parle ensuite en espagnol pendant plusieurs secondes, mots inaudibles). (la fille) tu parles en espagnol là, tu parles en espagnol.

Marianne : Non mais c’est pas grave !

Virgilio : De… qué tal la photo ? qui es sur la photo toi aussi… Non non ça c’est, je vous dis nous, y à ma famille je n’ai rien dit, vous savez. Je voulais que personne ne sache ma mon passé, vous comprenez.

Marianne: Et pourquoi, pourquoi ça.

Virgilio : J’sais pas, mais c’est pas moi simplement. D’abord une chose, je sais pas si vous êtes dans l’éducation, si vous êtes une professeur ou no jusqu’à … a l’ano, en l’an 85,personne nous a, c’est à partir de là que les professeurs ils ont commencé à se réveiller et à nous appeler « venez ici, venez de là », jusqu’à l’année dernière j’allais dans les collèges, maintenant je veux pas y aller. Oui oui maintenant si c’est pour quelques questions, les professeurs que que bien pour dire ça et ça à les enfants ». Vous savez là, j’ai un professeur c’est celui là qui doit venir ‘lunes’, lundi, eh ben il faut que j’aille à la rentrée à parler avec ces élèves et tout ça non mais.

Marianne : Une autre question que j’aimerais vous poser, c’est euh pensez-vous que la transition en Espagne a été un pacte de silence et d’amnésie ? Comme ça la transition s’est mieux faite peut-être.

Virgilio : La transition vous savez, à mon avis, chacun… A mon avis le gouvernement, je parle du gouvernement des Maures, c’est trop mou, c’est trop mou, ils sont entrain de leur dire « ne faites pas ça » et alors eux ils répondent « hummmm » (bougonnement), ils grognent vous comprenez. (paroles en espagnol). Dans ma province, dans ma province ! Jusqu’à présent personne. L’autre jour qu’on était, je suis allé avec mon fils le 25 du mois dernier non de mai. Ils sont venus deux professeurs qui voulaient que j’aille dans l’entrée des collèges pour, le seul qui m’a appelé c’est ‘Apointeni.’ Va chercher la plaque Aline, Apointeni, que on avait été le jeu de l’Europa avec ma fille, et ma femme. Et y’avait combien 150 porque (parce) qu’il n’y avait plus de place ! Dans le hall de l’université. L’Espagne vous savez

Marianne : (Elle le coupe) C’est un passé qui ne passe pas.

Virgilio : C’est c’est, de la mémoire vous savez. Ils sont entrain, vous avez vu maintenant ils ??? dans le dos, à raison (que se fue America que si ahora todo el mundo habite que se fue con el ordinairo que le pretarum que le diero porque fuera estudiar ahi -paroles en espagnol).comprende que nous …

Marianne : Etes-vous revenu en Espagne, et à quel moment êtes-vous revenu en Espagne après la guerre justement ?

Virgilio :(le micro grésille) En 65, porque mama il était venu me voir ici deux ou trois fois, et après il était déjà, mes soeurs « viens viens ». Je n’avais jamais eu rien à y voir, j’avais été condamné plusieurs fois en Espagne, mais, je n’avais pas peur de rien parce que, je vous dis franchement, hein en parlant dans les termes, dans mon village, je parle de mon village, je n’ai pas été arrêté personne, je n’ai pas été à faire tuer personne, et ça ils le savaient dans mon village vous comprenez. Et cuando yo étais, personne ne m’a rien dit, à l’exception deux ou trois. Mais tout le monde m’a touché la main au village, et même une chose, un del village, le patron du village, je le vois au village, « bonjour bonjour » après je le trouve en Cordoba « Oh Virgilio, oh Virgilio », et au village porque … mais j’avais rien y maintenant il est venu le film, le film on l’a passé le primer en ??. Et maintenant ma famille, mes cousins germains, ils me disent tu es la vedette …et en plus de ça, pour mes 90 ans, hum j’ai mes trois filles, ils sont partis tous les trois, et au village avec mes cousins ils ont décidé de faire une réunion de familia, comme si ça serait mon mariage, tu comprends ? Et ils ont réuni toute ma familia, mes cousins, porque ya,ce qui me reste c’est des cousins, des oncles y’en a pas. Et mon frère, j’ai un frère à Barcelona, il a dit « mon frère il a une idée formidable. On nous a mêlé à tout ! » Parce que ma famille se compose de Peña et de Cordoba. Porque en Espagna, tu gardes le nom de la mère, je m’appelle Peña por mon père, et Cordoba por ma mère, tu comprends. Mais j’ai des cousins qui s’appellent Cordoba, por lo premier nom de famille en Espagna, on dit la ‘apellido’, premier nom de famille. Et mon frère il a eu une idée formidable, il nous a réuni à tout ! Lo Peña, et lo Cordoba. Et il y avait presque quatre-vingt-dix personnes. Dans une salle. Et ça au village, il n’y a personne qui l’a fait que nous. Mes enfants qui ont organisé ça, et ma fille qui m’a fait un discours qui m’a fait pleurer. Que je n’ai jamais pleuré. (rires)

Marianne : Donc vous avez gardé des liens assez forts avec votre famille et l’Espagne également.

Virgilio : Avec eux là-bas, je rentre dans le métro et y a personne qui me dit « Adieu Virgilio, adieu Virgilio ! »

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Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Billère
Date : 03 juillet 2009

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