— Homepage / Mémoire orale / Républicains Espagnols /

Francisco SERRANO

Francisco Serrano
Républicain Espagnol
Né en 1913

Francisco SERRANO
Francisco SERRANO
/
Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Bordeaux
Date : 21 avril 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Nous sommes à Bordeaux le 21 avril 2009. Je suis Marianne Bernard. J’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale des républicains espagnols résistants en France pendant le conflit de la deuxième guerre mondiale. Francisco Serrano, vous êtes euh résistant

Francisco : Oui

Marianne : Résistant en France, en France, républicain espagnol résistant en France. Vous êtes né le 29 août 1913, à Los Barrios

Francisco : Barrios

Marianne : Andalousie

Francisco : Los Barrios

Marianne : Los Barrios

Francisco : Los barrios

Marianne: En Andalousie. Votre papa, votre père s’appelait François, Francisco Serrano

Francisco : Francisco Serrano

Marianne : Et votre maman, Rosario Gomez

Francisco : Voila !

Marianne : Que faisaient vos parents en Espagne ?

Francisco : Mainte… maintenant ?

Marianne : Non avant. Avant, quels métiers avaient vos parents en Espagne ?

Francisco : Oh : « campesino ». « campesino » de la terra

Marianne : Donc, paysans, hein,voilà, paysans. Et vous mêmes vous étiez, vous êtes allés à l’école ?

Francisco : Non, moi je travaillais de, de mécanos. Je connaissais des mécanos, moi dans ma vie, des petits mécanos comme ça. Et j’ai fini comme ça. Et à la guerre j’étais … « Cuando la… Yo esta…Porque yo esta…Hay que cont… la primera fue… » (Quand la… j’étais…parce que j’ét… il faut rac…la première…) Vous voulez que je vous conte toute mon histoire ?

Oumar : Hum, hum

Francisco : Alors le village que je suis né, c’est un village de paysans. Et là, y’en a, y’en a beaucoup de terres. Pero (Mais) la terra (la terre) c’est pas de nous, la terra c’est de le « terrateniente » (propiétaire terrien) comme on l’appelle, c’est le grand Señor de l’Andalousie, tu comprends ? Alors, les pauvres, les pauvres ils travaillaient, cuando (quand) le patron ou le « terrateniente » y a besoin de, de lui. Alors c’est, une véritable honte ! Non pour moi sino (mais) pour le patron. Nous, pas moi non, les les… mon père, mon grand-père, tout ça. Ils sont obligés de « mis en file » de en la petit… « en la plaza » du petit village, après il arrive le patron, « tu y tu y tu » (toi et toi et toi) , à travailler. Los otros (Les autres), celui là qui sont un peu… qui sont pas contents, qui sont pas… protestent toujours de… de l' »injusticia » (l’injustice), ceux-là ils ne les lâchaient plus ! Alors, comme ça, après j’ai grandi, j’ai grandi, je me suis mis « en lo sindicato » (au syndicat), et avec des gens qui sont intelli… qui sont intelligents, qui pro… qui travaillaient o sea (enfin) qui travaillaient, qui protestaient contre la « injusticia ». Et je me suis mis là, j’ai été en prison deux ou trois fois, pendant la « Republica », et quinze jours, vingt jours, et comme ça, et après … de recommençer le dieciocho, dieciocho de julio (18 jullet) de 1936. Alors, il m’a…je…j’étais en prison, il m’a mis en prison. Il m’a mis en sécurité pour que… je suis de de « del comite de Huelgas » (comité de grèves) de la Rep… (incompréhensible) « contra lo fascista » (contre les fascistes). Alors, après il m’a fait sortir, parce que je tra… parce que je parlais avec l’ouvrier, porque (incompréhensible) travail, enfin je ne le faisais pas. Alors il y-en avait, un deuxième copain de moi, en prison, (incompréhensible) pour que je m’échappais. Alors, il m’a donné, « el, el, el tribunal, el tribunal militar » (le tribunal militaire), il m’a, il m’a donné quarante-huit heures, parce que je travaillais… que je parlais avec l’ouvrier, parce que on était au travail, alors il a tué à lui, il l’a tué vingt-quatre heures avant, alors c’est pour ça que je sais, je sais, je s… je connais où était le comi… « el comite revolucionario » (comité révolutionnaire) caché. J’ai parlé avec le comité mais il dit écoute Mr Serrano, »no vale la pena que » (ça ne vaut pas la peine que…) porque… (parce que…), moi j’ai l’intention de, de me présenter, c’est « la ignorancia » (l’ignorance) qui me fait ça. Il lui dit : « Ecoutez monsieur, l’ouvrier a commencé, ou n’a pas commencé, enfin je leur… alors le, le copain me dit : Non,non, te présente pas, c’est mieux que tu, que tu foutes le camp. Alors je parti del Rechira à à Castella qu’ on l’appelle, c’est, alla (là-bas) c’est la « zona republicana » (zone républicaine) (balbutie),j’y étais à la zona facista (zone fasciste) y la otra c’est la zona republicana…

Marianne : Comment ça se fait que vous soyez que vous étiez en prison euh pendant la République ?

Francisco : Oh ! Pendant la République, c’est pas moi tout seul ! Alors…et pendant la Republica, vous savez la… il y en avait… Maintenant il dit qu’il y-avait du monde qui ne travaille pas, qui sont au chômage. Là bas, c’est, c’est l’habitude. Alors les gens, les patrons, pour que… alors la République, c’est le républicain « solo que estan el en gouvernement »(c’est juste qu’ils sont au gouvernement), pero si que commande (mais ceux qui commandent) , c’est la reaccion española, c’est la réaction espagnole, c’est la iglesia (l’Eglise), (incompréhensible),enfin tout tout tout tout ces… alors nous, quand tu fais des quelque chose, tu fais des grèves, ils t’enfermaient. Et c’est pour ça, comme je dis avant, tu restais dix jours, vingt jours, quatre jours, et après ils te foutaient dehors, « porque » (parce que) c’est moment ou pas de d’avouer… porque ils te foutaient dehors on reprend, j’y-ai été au moins, au moins quatre ou cinq fois, si ! Ecoute… Comme preuve ? « Hay » (Il y a) des fois, que je sortis de chez moi pour me promener, et je ne rentrais pas moi à chez moi, à sept heure et demi, à huit heure, et ma mère, elle le savait déjà ! il va en prison (rires) et elle m’a, elle m’a trouvé là-bas ! Et à moi quand je fais des grèves comme ça, je fais comme ça (hum hum) et après comme je vous ai dit tout à l’heure, yo ingrese le sindicato CNT (je suis rentré au syndicat CNT), Confederacion National del Trabajo (Confédération Nationale du Travail), que l’appelle. Et alors, j’étais un peu… je ne suis pas intelligent, j’étais un peu … comme ça, il m’a mis au Comité, alors…

Marianne : Vous aviez appris à lire et à écrire entre-temps ?

Francisco : Un peu, un peu, un peu, un peu ! Et… et et après… et c’est pour ça qu’elle est venue la police. La police, elle est venue, et on a insulté deux de la CNT, deux du Parti Socialiste, pour pour parler avec la classe ouvrière, non pas des communistes, « porque de » (parce qu’à) ce moment, on n’est pas des communistes. Je ne voulais pas de laisser dire sentiment à personne pero (mais) là-bas on avait pas de communistes à ce moment, et alors, chacun est resté, le copain… je sortais le numéro une, et mon copain il est sorti numéro deux. Alors, euh… il y’en avait un policier qui nous connait trés bien, il me dit, il lui dit, mon col… son colonel de l’armée, ou général, ou colonel de l’armée, il lui dit : Ecoutez, celui-là, ils sont tous deux dehors. De même o… de la même organisation, ils « se van a » (ils vont s’) échapper tous les deux. C’est meilleur que de rester « uno » (un) ici, et l’autre en prison…

Marianne : En otage ?

Francisco : Alors…

Marianne : En otage, hein c’était…

Francisco : En otage, alors moi, je suis sorti, je suis sorti encore en numéro deux, et lui est resté numéro uno, alors lui est resté pour moi. Et je suis sorti (incompréhensible) alors j’ai commencé, j’ai commencé, je commence pas, j’ai commencé… quand j’ai trouvé quelqu’un, il me dit, je lui ai dit : »Ecoutez, je viens pour ça, ne, ne, ne retourne pas travailler ! ». Et après comme j’ai dit tout à l’heure, le Comité il m’a dit : »Ecoute, no vale la pena que te presentes porque » (ce n’est pas la peine que tu te représentes parce que) le copain, « Pulido » il s’appelait, ils, ils le foutent dehors. Il y en avait quarante en prison, ils les ont fusillés tous. J’ai les noms là einh!

Marianne : Ils ont, ils ont fusillé les quarante ?

Francisco : Ah tous, pas pour moi, ils les ont fusillé car les fascistes ils fusillaient tout le monde. Ils sont des pauvres paysans, et c’est des ouvriers donc ils font rien. Ils sont pas, ils sont pas fascistes, voilà, ils sont pas fascistes, c’est pour, c’est pour ça que la l’a tué en (incompréhensible) « yo parlo de » (je parle de) (incompréhensible). Alors j’arrivais comme je vous disais tout à l’heure je m’échappais je tardais presque 15 jours pour arriver 40 kilomètres. « Porque » (parce que) je suis, je suis obligé de marcher la nuit. Porque n’avait, y en avait de trop des des fascistes, y avait la « guardia » (police) civile, y avait l’armée, « entre la zona republicana y la zona y la zona fascista » (entre la zone républicaine et la zone fasciste). Alors je marchais dans la nuit, alors quand yo (je) arrivais, yo arrivais à à Castilla, à Castilla on avait des copains, on avait des copains qui sont échappés déjà, il me connait, je veux dire là-bas il y avait du comité à là-bas quelques jours pero (mais) après il est venu le fasciste il m’a foutu dehors, je pa.. je ren… j’étais en Estepona, je disais, on a organisé le bataillon « Fermin Talbocheas », « Fermin Talbocheas » c’est une… euh c’est la mère des Cadiz, cuando (quand) la révolucion (révolution), cuando (pendant) la primera republica, cuando la primera republica, et c’est p… et là j’ai été lieutenant,ouai, c’est ça c’est lieutenant de le (incompréhensible) alors j’ai commencé jusqu’à (incompréhensible), Marbella,jusqu’à et les fascistes de porque là-bas, la la eso de, comment ça s’appelle, la retirada como se dice la retirada ?(comment dit-on « la retirada » ?)

Marianne : La retraite, la retraite.

Francisco : No no, la retirada de Malaga

Marianne : Ben si la retraite, euh, l’évacuation.

Francisco : L’évacuation de Malaga, et c’est terrible ça. Y en avait trois avions, qui venaient de Cordoba, ils passaient au-dessus de nous, il manquait pas beaucoup pour nous prendre les cheveux, et il y en a mille, mille de personas, y en avait trois voitures de guerre, « el canaria y el cervela », qui étaient à, pfff, à deux cent mètres de la, de la, de (incompréhensible) il y a eu miles, miles y miles de de de muertos (morts), c’est terrible. Et ça ne le dit, « la historia » (l’Histoire) ne le dit pas, alors quand je suis arrivé à Alméria, je le dis à mon copain, à Pino qu’il s’appelait, « que era » (qui était) commandant d’un bataillon : Ecoutez je ne veux plus continuer. Je ne voulais pas continuer « porque » (parce que) je connais trop de monde, et j’ai entendu que la guerre, et que c’est la discipline. Et là-bas les copains c’est pareil que cuando (quand) la republica que travaillait que pour faire quelque chose sans oublier de la opinion, tout de l’opinion de l’autre. J’ai entendu que ça, alors yo (je) suis parti, y yo de yo ingrese la policia (je suis rentrée dnas la police),y yo detene la la guardia de asalto (et j’ai été CRS) jusqu’à ce que c’est finit la guerra, je finis la guerra yo (incompréhensible) en el front deux ou trois fois et après j’ai fini la en Barcelona.

Marianne : En tant que garde d’assaut, vous avez fait, vous étiez dans les gardes d’assaut ?

Francisco : Gardes de… « Guardia de asalto », que c’est les C.R.S. ici.

Marianne : C’est ça voilà. C’était où ça, en Catalogne, à Barcelone ?

Francisco : J’étais à Madrid, j’ai été en Catalunya, j’ai été à Valencia, porque vous savez, ils nous envoyaient « alla una vez » (là-bas une fois), j’ai fini ma… j’ai fini en Barcelona.

Marianne : Donc votre engagement a été dès le début dans la guerre, hein.

Francisco : C’est pour la guerre, c’est pour la guerre seulement, et porque, « porque en en una revolucion, o en una guerra » (dans une révolution ou une guerre), c’est, ou… comment s’appelle una pistola, comment on appelle ça ?

Marianne : Un pistolet, un revolver

Francisco : un revolver c’est un copain de toi, c’est ta defensa, porque là-bas porque là-bas y’en avait quelqu’un ouais c’est des fascistes, et c’est (incompréhensible) et c’est ça, y como ça, c’est pour ça que je rentrais après. Après ça y’a beaucoup de copains qui me l’ont dit, c’est meilleur pour ta personnalité « porque me pone » (parce que ça me rend) (incompréhensible), c’est meilleur que tu restes là. Et je restais là-bas jusqu’à la fin de la guerra.

Marianne : Donc c’est-à-dire vous êtes passés en France après à quel endroit et à quelle date ?

Francisco : J’ai passé la guerre el treze de febrero, de 1913, pour la Tour de Carol, por la tour de Carol que c’est à côté de d’Andorra d’andorra

Marianne : Oui oui, la date c’est 1939, le 13 février

Francisco : El neuf de février de 1939.

Marianne : 1939, voilà, donc à la tour de Carol.

Francisco : (incompréhensible)

Marianne : Et ensuite alors, vous avez été dirigé…

Francisco : Ensuite ensuite (rires), écoute-moi, je savais qu’en Francia, c’est les droits de l’homme et que la et la cuna, et il il.. dicen que la cuna de los desemparados (le berceau des désemparés), je ne m’attendais pas, je le savais, que huit cent mille personnes « no ha habido » (il’ny avait pas) hotel de trois toiles pour nous « pero fui » (mais j’y suis allé) quand même, nous, entend dire que…un autre, un autre « recibimiento » (accueil), plus humain, surtout pour la femme, y avait beaucoup de mères, des gosses, vieux, des, des blessés tout ça, et la femme, ils cherchaient tous gosses, et après y en a beaucoup qui sont mortes, des gosses qui sont morts, parce que la femme, elle était sèche, elles ne peut pas le donner de nourrir des gosses, porque elle avait quatre ou cinq jours, sans manger, la route, fatiguée tout ça, là c’est terrible ça. Y avait deux cent cinquante mille personnes hé, comment ça, sans manger. Alors en un côté c’est la mer, l’océan Atlantique, non el Mediteraneo, de l’autre c’est le la euh la (incompréhensible), et l’autres c’est les gendarmes. Alors « no somos como » (nous ne sommes pas comme) bétail, à marcher à droite, à marcher à gauche

Marianne : Vous avez été désarmé à la frontière ?

Francisco : Tout de suite, on avait un film, vous n’avez pas vu le film ? Tout de suite.

Marianne : Et donc vous étiez au camp d’Argelès, d’Argelés…

Francisco :(il la coupe) J’étais au camp d’Argelès, d’Argelès-sur-mer, et après un mois après on est passé al campo de Barcarès, à Barcarès, il y avait nous couché par terre, por el sable, et il n’y avait rien, pas de baraque rien. Et c’est le sable, oh pardon. Et y a la, il demandait des ouvriers pour travailler, alors c’était rigolo ça, c’est malheur mais c’est rigolo. Y en avait una baraque. Y’en avait un tipo que « vino con alta voz » (qui vient avec un haut parleur), nous on a besoin de charpentier, oh! tout le monde c’est charpentier, tout le monde c’est charpentier. (rires) Si t’es meme mécano, tout le monde (rires). Je rigole sac à dos on est sorti, alors j’ai sorti la compagnie, la 135e compagnie, je travaillais, on nous a emmené à (incompréhensible), à los pyreneos (les Pyrénées), comment s’appelle, à côté de Italia, lo Pireneo Atlantico, alla, la frontiera de Italia (les pyrénées atlantiques, là bas, à la frontière de l’Italie), avait para (pour) travaillait, je faisais des tranchera (tranchées), je faisais des rutas (routes), otro (l’autre) travaillait à l’agricultura, otro travaillait à couper le pain, otro travaillait les maraîchers, alors jusqu’au mois de novembre, cuando la guerra no, quando lo finit la guerra, c’est le mois de novembre no de 30 de 40.

Marianne : Ah oui, la débâcle en fait hein.

Francisco : En mayo on est passé à la Francia.

Marianne : Ah c’était en septembre 39 ça.

Francisco : Alors nous de c’est la pioche et le pain, et nous engageait l’armée. alors je m’engageais l’armée. Yo étais l’armée, jusqu’à ce que l' »armisticio » (l’armistice), cuando le le français, quand les allemands envahit complètement, et (incompréhensible) Pétain il était le chef, alors il va on va me mobiliser.

Marianne : Quelle armée ? Où-est-ce que vous êtes engagé ?

Francisco : Le bata… eh le bataillon des voluntarios (volontaires) étrangers.

Marianne : Ah voila.

Francisco : C’est pas la légion, c’est un ‘esso’ de la légion. Nous ne nous n’avait pas un contrat, nous avait un contrat, « solo va » (seulement) « duracion de la guerra » (période de guerre), mais pas comme la légion, que vous obligait à « firmer » (signer) cinq ou trois, ou quatre. Une fois la guerra, caundo el armisticio (une fois l’armistice), ils nous ont foutu dehors. Voila

Marianne : Et alors après, que s’est-il passé ?

Francisco : (rires) Après ce qu’il s’est passé, euh je, euh je, euh je de Perpignan on m’a démobilisé Perpignan, je suis venu à Tarbes. A travailler en la casa de Alstom, qui fait des des, qui fait encore des pièces d’avions et tout ça. Je vois qu’ils commençaient à los espagnoles (les espagnols), ils commençaient le mis en prison, encore (bafouille), je me rentrais dans le maquis, je me mettais dans le maquis en Ariège, yo estaba en el maquis Ariège (j’étais drans le maquis de l’Ariège), yo este por la parte del Ariege (dans la partie de l’Ariège), (incompréhensible) Luz Saint-Sauveur, euh euh Bagnières-de-Bigorre, tout ça, jusqu’à la la… jusqu’à la Libération qui nous a libéré à Ta… nous a libéré à Tarbes, porque j’avais (incompréhensible) Tarbes, cuando libéré à Tarbes j’ai (incompréhensible) un grupo, nous sommes, nous sommes pas beaucoup, eramos (nous étions) dix seulement hé, porque là-bas le beaucoup c’est beaucoup, hé.

Marianne : C’était par petits groupes comme ça que vous agissiez…

Francisco : Par grupo, et j’ai fait du sabotage, des cosas como ça, on coupait la route, cuando les Allemands ils passaient en Espagne, il y en avait beaucoup, on faisait des sabotages comme ça. Et cuando j’ai fini ça, j’ai commencé à travailler à Tarbes, et c’est tout et après…

Marianne : Donc vous, vous avez vécu la guerre de, euh, française donc euh

Francisco : pardon ?

Marianne : Toute… Vous avez vécu la guerre dans le maquis en fait, vous avez vous êtes rest…

Francisco : No no no no no, j’ai fait la guerra jusqu’à ce que l’Allemagne était en guerre avec la Francia.

Marianne : Et ensuite..?

Francisco : Cuando, après après l’armisticio, l’Allemagne est restée. Puis je sais pas si (incompréhensible) maintenant, porque ici Pétain démobilisait à todo el mundo (à tout le monde).

Marianne : Oui oui après après, vous êtes allé dans les maquis.

Francisco : Après je ingrese (je suis rentré dans) le maquis il y avait beaucoup d’Espagnols, y des Français, ah là-bas il y avait tout de monde. Ah Là-bas, là-bas todo el mundo c’est comunista, socialista, anarchista… No parlait pas d’idéologie, on parlait seulement de notre situation, y de libérer la Francia le plus vite possible, voilà.

Marianne : Très bien. Et donc après vous avez été démobilisé à Tarbes, c’est ça.

Francisco : Alors no, à Perpignan.

Marianne : A Perpignan, démobilisé mais en 45.

Francisco : Non pas en 45, mon fille, non. (rires) Perdon. (rires) (incompréhensible), (rires). J’ai été démobilisé porque (incompréhensible) démobilisation, et fini la guerra y venait l’armistice mais vous le savez ça déjà non.

Marianne : Oui, ça..

Francisco : C’était l’armistice, votre papa y le savait no, ils nous ont envoyés les espagnols dans les camps de concentration encore d’Argelès-sur-mer, « pero » (mais) en ce moment c’est pas pareil, il y avait des baraques, il y avait tout. Y a la, il y avait un comité, hé donne moi à militer à militer comme les français et nous sommes libres nous donner 4 sous, et c’est tout. Et c’est pour ça, qu’après, j’étais à Perpignan, il y en avait beaucoup d’Espagnols, il y avait de réunions, et et et hé quelqu’un me dit ils cherchaient « T’as pas travaillé à Tarbes ? » Alors c’est pour ça que je suis venu à Tarbes.

Marianne : Oui mais quand vous avez intégré les maquis, après une fois que la guerre en France a été terminée vous avez été démobilisé à nouveau ? Non ? ça c’est…

Francisco : Après le maquis, ah si, après c’est, après c’était libre ça, après c’est libre on était libre comme « los otros » (les autres), nous sortir de de de la forêt, du petit village, libre comme tout le monde. C’était pas pareil, là c’était libre…

Marianne : Et donc là vous a…, là vous avez travaillé à Tarbes euh…à Tarbes

Francisco : J’ai trav.. J’étais à Tarbes jusqu’à 50, puis en 50 je suis venu ici à Bordeaux, à travailler, porque à Tarbes il y en avait pas beaucoup, à travailler.

Marianne : Et pourquoi avez-vous donc choisi de revenir à Bordeaux, c’était c’est le travail en fait ?

Francisco : Oui voilà c’est ça, le problème qu’on avait à Tarbes, c’est un… c’était un mon p.. mon patron, c’était un lieutenant de l’armée française. Alors lui il était à Bacalan, avec un Anglais, il y avait un Américain, une intendance qu’on l’appelait porque le bateau américain ils avaient de de de la marchandise, porque la guerra n’est pas fini encore la guerre, elle continua. Alors la marchandise elle est venue ici, et ici ils le cherchaient. Alors un jour je me retrouve à Tarbes et il me parlait Qu’est-ce que tu fais Serrano ? je lui dit écoutez moi je suis mal ici, j’ai pas de boulot. Il me dit Tu veux voulez venir avec moi ? Je lui dis qu’est-ce, combien de chauffeurs ? Parce qu’on a beaucoup de camions, qui portent de la marchandise à Paris, la marchandise à La Rochelle, et, à Italia, à l’Allemagne,et tout ça là je travaillais. Je travaillais là bas. Et un jour, alors, le, je parle à mon patron M. Faure, me dit Serrano tu es oubligé ir (aller) à Espana. Ca c’était en 53, cuando l’Americain a mis (incompréhensible) l’Espana arrota. Alors je lui dis : Ecoutez M. Faure, vous savez, j’ai un problème en Espagne, je suis condamné à mort ! Et si je vais là-bas en Espagne… Il me dit Non ! Non non ! Tu tu tant que tu tiens le camion, la la la guardia civile elle te dit bonjour. Alors j’ai dit écoutez, en el camion oui, pour une fois que (incompréhensible). Alors je lui dit que non il me dit écoute moi, pour moi, je m’en fous. Pero los otros ne voulaient pas. Alors il m’a donné quinze jours, si je ne voulais pas quinze jours il me foutait dehors. Alors, avant les quinze jours « yo pide la » (j’ai demandé la) (incompréhensible),j’ai quitté la… et j’ai commencé à travailler la mécanique à (incompréhensible) je ne sais pas si vous vous en rappelez ça de… et après j’ai été chez Peugeot. Peugeot j’ai resté, jusqu’à soixante jusqu’à ce que j’ai pris ma retraite, en, en soix… 85.

Marianne : Et quand vous êtes venu à Bordeaux, vous étiez marié déjà ?

Francisco : Ah! Otro… Es todo otro problema (Ah! Autres… c’est tout un autre problème)(rires)Quand…(rires)moi je… (incompréhensible)… m’a demandé ça. Et je me mariais el 15 de juin de 1938, en plena guerra (en pleine guerre).

Marianne : En Espagne donc, en Espagne.

Francisco : Barcelona. En plena guerra (en pleine guerre). Alors je me rappelle qu’en ce moment, y en a pas beaucoup de mariage (rires), j’étais, comme j’étais de la police, je dis la police, et on avait le colomato la police, il m’a donné demi kilo de… d’haricots verts, un peu de viande, il m’a donné un peu de, pas cochon,(rires) la luffo (rires). Je dis… je me rigole parce que, yo ne sais pas.. lui ne voulait pas le aluffo no ? Ah si ? Ah y’en a qui ne voulait pas de aluffo, les les marocians, oh non non. Bon, alors, excusez moi de…(rires) Alors (voix Oumar) j’avais deux copains, alors il parait que tu t’appelles Serrano, comme tu t’appelles Juan, (incompréhensible) et ne peux pas demander comment maintenant tout de suite tu t’appelles. Alors j’en avais deux copains qui sont des des des témoins, me marier avec ma femme, et je me rappelle y’a tombée una bomba (rire), et la lampe, la lampe elle est tombée juste dans l’assiette de haricots. Y avait des haricots partout. (incompréhensible) comme ci comme ça, et alors après comme j’étais j’étais, j’étais en en à côté d’Andorra, au front d’Andorra, Andorra, et ma femme elle était à Barcelona. Et cuando (incompréhensible) je voulais « ir » (aller) à Barcelona pour chercher ma femme. Alors je ne pouvais pas passer, alors ma femme elle est restée là-bas à… jusqu’à hé…juillet 15 juin, je ne sais pas si vous vous rappelez. Si vous suivez ça il y en avait un « miti » qui travaillait qui (incompréhensible) à Toulouse. Ca ça ne vous dit rien vous.

Marianne: Non.

Fransisco. Ah bueno (ah bon). Je vous dis pour si vous le.. Alors en « ese » (à ce) moment ma femme, elle est venue parce que ma femme… Intente de pasar la frontera (j’ai essayé de passer la frontière). Ils payaient 1000…euh 1500 pesetas.

Marianne : Pour passer la frontière.

Francisco : Le type, il prenait les sous, il était un mouchard, et il se le parlait à patron… à la police. Ils l’ont mise encore en prison, alors ma femme est retournée à Barcelona. Pero son patron, où elle travallait est de mismo (du même) village. Et elle était secrétaire, secrétaire de la mairie de de de de de Barcelona. Alors il a il a il a appelé il a dit écoutez il le savait tout de suite qu’elle était en prison alors il a demandé pourquoi… Alors elle, elle a dit porque mon mari il est (incompréhensible). Il a dit écoutez ne t’inquiètes pas, tu vas partir. Alors deux polices fascistes, ils l’ont posé à la frontiera de Espana (frontière d’Espagne). (incompréhensible) porque les types il était de la mairie, c’était une gran personalidad (grande personnalité) le type pour eux. Alors deux polices (incompréhensible) alors elle est venue en avril en junio, el 15 de junio, 1947. Alors ma petite fille, on a eu una fille, ma fille avait déjà sept ans, presque sept ans.

Marianne : Donc vous avez pu vous retrouver qu’en 1947, c’était, après de nombreuses années quand même hein.

Francisco : Ecoutez, à la base… je ne l’ai fait pour elle, je le fais parce que j’avais une fille, porque ici, vous savez, elle avait vingt-quatre ans, et sans lunettes,(rires) y en avait, y’en avait des femmes, y en avait, y’en avait beaucoup d’espagnoles, d’espagnoles qui sont mariées enfin je dis je m’en fiche, je l’ai gardé, je suis pas meilleur que l’autre pour honnête, j’ai entendu que c’est comme ça, alors voilà.

Marianne : Et avez-vous gardé, avez-vous gardé des liens avec votre pays ?

Francisco : Des biens ?

Marianne : Des liens, des liens. Des contacts.

Francisco : En ce moment, ya, avec ma femme oui, j’ai mis des lettres par la Cruz Francesa (la croix rouge française)la Croix rouge ils l’ont passé par Suisse, de Suisse passée à Barcelona. Ma femme de Barcelona écrit en Suisse, et de Suisse…

Marianne : Donc, par la Croix rouge alors vous vous êtes…

Francisco : Toujours par la Croix rouge, voilà.

Marianne : Et, êtes-vous revenu en Espagne ?

Francisco : En Espagne en 70, trente ans après. Mon père et ma mère étaient morts déjà.

Marianne : Et vous n’avez pas été inquiété en 1970 parce que le…

Francisco : No porque je suis libéré déjà. J’étais condamné à mort, déjà pero Franco il avait donné (incompréhensible.) Franco est mort après, cinq ans après il est mort Franco (incompréhensible) C’est pas pareil, on est trop de « la resistencia » (la résistance), il y avait c’est pas pareil qu’avant Franco y a commencé à faire toda la resistencia des étrangers tout ça, la mobilisation générale et Franco, commençait un peu, il laissait un peu de « libertad » (liberté) quand même, c’est pour ça…

Marianne : Et quand vous vous êtes installés à Bordeaux là haut en France, vous, qu’est-ce que vous aviez rencontré comme problème, vous avez rencontré des problèmes euh (-pour moi ?) oui.

Francisco : Non non non non non, non non, en ese moment, non, à ese moment j’étais tranquille, et personne ne me demandait, j’avais la carte de séjour déjà, porque quand on me demandait quelque chose j’étais « con » (avec), avec ma (incompréhensible) Ca y fait beaucoup quand même, pas, pas, pas tout pour tout le monde, pas pour tout le monde parce qu’il y avait des fonctionnaires, quand même je n’étais pas embêté, je travaillais, jamais j’en ai eu un problème d’espagnol de français jamais j’en ai eu, j’étais très bien avec tout le monde, jusqu’à maintenant.

Marianne : Alors comment se passait votre vie au camp de concentration d’Argelès-sur-mer, et pourquoi concentration parce que c’était pas les mêmes camps qu’en Allemagne par exemple.

Francisco : Les camps de concentration d’Argelès ? Comme j’ai dit tout à l’heure ils y rentraient huit cents personnes, huit cent mille personnes. Ils les ont mises pas dans un hôtel, les trois étoiles, les quatres étoiles, ils nous ont mis, ils nous ont mis là-bas comme comme des bêtes. Y en avait trois, y en avait cinq camps de concentration einh, c’est pas la même, cinq camps de concentration en Francia. Et donc ils m’ont mis là parce que c’est le plus près pour l’Andorra, c’est plus près que… ils m’ont mis là-bas. Et campo de concen…pfff..como… parce que ça c’est de … c’est l’antisalle de « la locura » (la folie). Les gens ils venaient à (incompréhensible), ils sont partis à Espagna, et l’autre y en avait beaucoup qui qui qui se sont fait tuer. Autre s’est mis à nage porq…porq… Ah là, c’est terrible. Là bas « cuando » (quand) un type il est mort, y en a beaucoup, beaucoup qui sont morts. Alors la familia, vous savez ce qu’ils font le copain ? Il fait un trou, il le mis à (incompréhensible) et en parlant de (rires) et en parlant de la nécessité avec les sénégalais, (rires), ils nous disent de faire, (rires), je me rigole parce que ce moment… il nous dit de faire nuestra necessité en la mer. Après qu’il est venue l’heure de s’aimer dans la la la la « las arenas » (le sable)

Marianne: Le sable.

Francisco : la le le sable.

Marianne : le sable

Francisco : Le sable. Alors ils font venir les Sénégalais, ils le (incompréhensible) « pou, pou, à la playa ». Mon mon mon Dieu c’est terrible ça. Et après, que c’est malheureux ça, il fait du commercio avec de nous. Après il y avait des bidons d’aqui trente-cinq litres, ils ont mis la terre et nous (incompréhensible) et ça, le el escremento el esc…c’est les paysans, c’est pour les paysans, pour la vigne ils disent que c’est bon. Alors (rires) y’a chez nous,le mé… un bidon de, comment on l’appelle, (la galambre ?), pour l’attacher comme ça, avec un, avec un morceau de bois comme ça, comme le chinois, on en avait, et on portait la terre comme ça. Et il s’est fait payer hein, pas nous, par les gendarmes hein, à nous on donnait un morceau de pain ou una « lata de sardina » (boite de sardines). C’est, c’est, c’est terrible, je sais pas raconter.

Marianne : Et que faisiez-vous toute la journée dans ces camps là ?

Francisco : Je me promenais, eh.. Qu’est qu’est… me promener, y de conter de… parce que y’en « veint y trois cents » quand même, (incompréhensible) les gosses ils connaient rien, ils parlaient de la famille, de la situation qui ne voulait pas des souvenirs, tout ça, c’est pour ça que j’ai dit que des fois c’est l’antisalle de « la locura » (folie) il est des gens qui devenaient fous et décédés. Sa mère là bas, son père les gosses…

Marianne : Sans savoir

Francisco : Sans savoir ! Sans savoir.

Marianne : Sénégalais dont vous parliez, qui étiez vos gardiens (rires), qui étiez vos gardiens, vous les avez retrouvés dans la.. fin après, vous les avez retrouvés.

Francisco : No, (incompréhensible) il y en avait beaucoup, pero après je trouvais pas pas pas le même peut être, ils ne sont pas le même, pero on avait un autre. Les sénégalais très gentils avec nous, celui-là qui étaient les plus mauvais c’étaient les Marocains. Les Marocains, il y avait beaucoup d’Algériens, il y avait beaucoup de Russes aussi, de Russes blanches porque cuando finit la révolution russe, il y en avait beaucoup, il y en avait beaucoup. Et je me rappelle (rires), les Sénégalais, partout ils comprennent le Français, nous les Espagnols, rien. Alors je me rappelle cuando il lui dit « à position tir au coucher » On s’en fout nous on restait debout (rires)

Marianne : Vous ne compreniez pas, vous ne compreniez pas.

Francisco (incompréhensible) (rires) Alors je veux dire les types, ils nous traitent comme ça, « Oh, coucher, coucher » et alors par terre. Après cuando ils nous disent « à droite » nous s’en fout, à gauche. (rires) Cuando on dit à gauche nous à droite. Alors c’est c’est c’est un film ça, c’est un film comique. C’est malheureux, c’est triste pero (mais) c’est comique.

Marianne : tragique

Francisco : no comprendo (je ne comprends pas) parler français, quand même einh. (rires) le sénégalais y a des fois, que, ils comprennent le français, il se rigolait, il nous dit écoutez Alguno (certain) il parlait l’espagnol pas beaucoup pero si il parlait espagnol il nous filait un coup de main. Pero, c’est pas le, pas le même, pas, pas le même ouais. Je l’ai trouvé en camp de concentration avec des cheveux y y’avait (incompréhensible) no fait cadeau einh, no fait cadeau. C’est peut-être c’est pas lui le responsable, le responsable c’est le chef qui lui a dit écoutez la discipline c’est la discipline porque les Espagnols sont des sauvages quelque chose comme ça. Et ben. C’est terrible ça

Marianne : Et pour en revenir à l’Espagne, vos parents étaient-ils d’accord avec votre engagement ?

Francisco : Ils étaient morts mes parents.

Marianne : Non mais quand quand vous étiez jeune, quand la guerre a commencé est-ce que vos parents étaient d’accord avec ce que…

Francisco : Evidemment, ma maman elle était contente que je parte j’étais condamné à mort. Déjà, (incompréhensible) je ne pouvais pas échapper à comment ça s’appelle, de peloton d’exécution. Ils le savaient déjà, c’est pour ça qu’ils étaient contents que je parte. Seulement ils ils ils le savaient (incompréhensible) au moins sept ou huit mois après que je je je voulais le… écrit de Barcelone.. non de Valencia, écrit de Valencia toujours pour la croix rouge, ils étaient contents. Quand je arrivé là-bas, ils existaient plus, ma mère elle est morte en 40, en 45, mon père en cinquante… cinquante comme ça

Marianne : Et vous avez pu lui donner des nouvelles à votre père ? Non ?

Francisco : Rien, rien. Y c’est ma femme qu’après me l’explique pour Barcelona. porque ma femme il s’écrit avec elle (incompréhensible)

Marianne : Et vous avez de la famille encore en Espagne ?

Francisco : J’en ai, ma fille. Et elle est mariée, j’en ai des petits-fils, j’ai una soeur en Andalucia, c’est tout. Je vais en Espagne deux fois l’année, en el mois de ‘eso’, l’autre fois pour Noël. Et comme ça et l’autre fois, ils viennent ici, me voir, porque mon femme elle..elle aime, porque ma fille (incompréhensible) est née ici. Ma fille elle est pas née ici, ma petite fille c’est, ma fille elle est venue elle avec sept ans. Et, mes petites-filles elles sont elles sont nées ici, elles connaissent le français, elles sont bien installées, elles sont parties. Alors mon mon mon gendre, il il travaillait ici à Talence, en una… una impremeria (incompréhensible), il a pris le retiro obrero (retrait ouvrière), retiro la retraite, retiro obrero en espagnol (rire), la retraite, il a pris la retraite ils sont partis en Espana. Alors après, je resté ici tout seul ici avec ma femme, et ma femme elle est morte. Et Espana no me dit rien. Espagna no me dit rien j’arrive à Espagna fff.. y « los polmones » (les poumons) (incompréhensible). Dix jours après, il me manquait de partir. « El hombre es una bestia » (l’homme est une bête) , ils s’habituent ça, ici je suis tout seul, j’en ai de copains, quand je vais à la fête comme ça, ou quelqu’un qui me trouve par là, hay des fois que je sors d’ici, je m’en vais à, jusqu’à Quinconces à pied, yo reviens et je me trouve une personne pour lui dire bonjour.

Marianne : Oui vous êtes tout seul ici ?

Francisco : C’est triste, c’est triste, faut le voir ça, porque la solitude c’est mauvais hé, c’est mauvais. Et ça revient toujours de ça, des photos, des (incompréhensible) et tout ça. españa non me (incompréhensible) Allez-y.

Marianne : Après l’expérience que vous avez vécue, quel message vous voulez transmettre aux jeunes générations ?

Francisco : Je l’ai dit, je l’ai oula, je l’ai dit ala, porque à moi il me fait de la peine, il me fait de la peine. J’arrive à España des fois, je parle avec les gosses, et quand je lui parle de vida de (la vie)… non, le vieux y en ai à la tête à la guerra d’Espagne, la révolution, et les camps de concentration et je lui explique EHH, ça, ça, ça « pertenece » (appartient) à la historia, ça c’est vieux, ça c’est pff. Et ça me, et je le dis autre fois, (incompréhensible) j’en ai beaucoup des copains, j’en ai beaucoup des personnes qui sont mortes en el camp de concentration pour que aujourd’hui, aujourd’hui, ils vivent bien. Pas todo el mundo (tout le monde) pero nous vivons bien. Porque avant je me rappelle chez moi, hay (il y a) des fois où nous mangions une fois la journée, une fois hein.

Marianne : Vous ne mangiez, vous ne mangiez qu’une fois par jour.

Francisco : Y en a des jours, y en a des jours, einh. Pas toujours hein, là pour nous des des pommes de terre, des des des salades des des des en fin (enfin) des choses comme ça dans la camp. Porque l’Andalousie, l’Andalousie à ce moment c’est el « tercer mundo » (tiers monde), maintenant quand je vois le petit noir, excuse moi hein (rires), les petits noirs là-bas, de l’Africa noire et tout ça, les gens qui crèvent de faim, je dis c’est pas vrai, nous on était presque presque pareil ! Ils n’ont pas de docteurs, ils n’ont pas d’infirmières, ils n’avaient rien. Là-bas, les gens en ese (ce) moment de ma génération, 40-45 ans, ils sont crevés. Il y en avait des cataractes, il y avait des docteurs y en avait pas, et c’est terrible ça. Maintenant regardez hein…

Marianne : Et, quand vous êtes quand vous étiez en France, juste après la guerre là, est-ce que vous avez apporté une aide à vos compatriotes en Espagne ?

Francisco : Oh mon Dieu, oh mon pauvre.. C’est pour ça que je ne parle pas le français, c’est pour ça une porque « yo me ocupe » (je me suis occupé)(silence et bruits divers), je m’occupais toujours, c’est pour ça que… de travailler, et de envoyer des sous à ma familia, et plus al comité de intre…un comite que habia en espana, verdad (à un comité qui était en Espagne, n’est-ce pas), y’en avait de tout des comunistas, socialistas, tous ensemble, la religion, et la ideologia (idéologie) ne comptait pas, on comprend. C’est pour ça que je m’occupais toujours de espagnols, malgré que je travaillais avec des Français, pero (mais) tout de suite que je sortais de là, del syndicato, y de la bolsa (bourse) del travail, porque y en avait deux, y avait la borsa del travail cours Aristide Briand y la otra por la landa (une autre dans la Landes), hay una otra por la Landa (y’en a une autre dans les Landes) alors j’étais (incompréhensible), yo, yo (je) des fois, yo yo (je) avant j’étais anarchiste yo crei que (incompréhensible), pero je suis arrivé à la conclusion que c’est une utopia esto (une utopie, ça) ,hoy c’est pâs possible porque la le… « el comunismo libertario, nace cesio cantera de la miseria » (misère), « de le pobres » (les pauvres). Mais maintenant presque « todo el mundo, hace lo posible para vivir lo mejor posible, comprende » (tout le monde fait le possible pour vivre le mieux possible, tu comprends) C’est… c’est pour ça que j’ai du changer. Y un comunista. Yo parle avec le comunista, a condicion que no te facher avec moi. Tu te fache moi je lui dis « écoute hé! je m’en vais, (incompréhensible). » Oui, c’est vrai ! C’est la meilleur…pero ! que viene y (il vient et) Je parle avec tout le monde, je vois d’où vient tout le monde, sobre (sur) tout que me garde mi personalidad (ma personalité). Je « soy el que yo era avant » (je suis celui que j’étais avant), pero (mais) c’est pas pareil. La télévision, que hoy es transparente todos sabemos que pasa (la television, qui aujourd’hui est transparente, on sait tous ce qu’il se passe), (incompréhensible) « la télévision, la tecnologia moderna, en todos los sentidos del saber, para nosostros par lo que hemos querido (incompréhensible) » (la technologie moderne, dans tous les sens du savoir, pour nous et pour ceux qu’on a aimé) Yo conozco, je suis encore, encore y en a des gens qui ont la tête encore un peu dure. C’est vrai que le communisme c’est médiocre, le socialisme c’est médiocre, la religion, alors tout le monde se cree que (croit que)… comme ça. Et c’est pas pareil hein.

Marianne : Ca marche pas, apparemment hein. Donc M. Serrano vous allez m’expliquer comment ça se fait qu’au bout de soixante-dix années et de grands services rendus à la France, vous n’ayez pas eu votre nationalité française.

Francisco : Je vous l’ai dit tout à l’heure, à moi ils me la donnaient tout de suite. Pero ma femme, y’en a.. ils sont obligés attendre cinq ans. Alors je me suis fâché, et je leur ai dit laissez le tomber. Et puis passé le cinq ans, (incompréhensible) je me trouvais bien personne ne me dit rien, ma femme travaillait, moi aussi je travaillais alors j’étais tranquille. Et alors c’est pour ça que je n’ai pas… Porque moi, c’est… après demande de la nationalité qu’est-ce que j’aurais ? Y en a beaucoup d’Espagnols qui, qui demandaient la nationalité pour le travail, porque ici hay (il y a) une loi en Francia, que 10 % de 100 personas (personnes). 100 français, 10 étrangers. Pero à moi comme j’avais la carte, la carte des des combattants, ils ne me disent rien. Alors ils croient que je suis français, et personne ne me dit rien, alors c’est toujours ça. J’ai travaillé chez Peugeot, j’ai travaillé vingt-cinq ans, j’étais bien content, la preuve quand je prends le « retiro », la retraite, la retraite (rire) porque « retiro obrero era » (la retraite ouvrière c’était)…prendre la retraite on m’a offert des cadeaux, on m’a offert une radio, les gens étaient contents, quand même hein

Marianne : Ca vous a pas posé de problèmes dans la société.

Francisco : Non non, aucun aucun problème, non non, jamais. J’avais l’autorité, jamais je n’avais de problèmes, non. J’étais (bafouille)

Marianne : Et votre fille, elle est née donc en Espagne. Elle était française elle après, elle a eu la nationalité ou ?

Francisco : Non plus. La, mes petites-filles si, ce sont des françaises. Ma fille non… elle est venue ici elle avait sept ans, elle était à l’école, elle a fait ses études aussi, après elle s’est elle s’est mariée, porque ma fille et mon gendre sont partis en Espagne porque ma petite-fille, la première, qui a 47 ans déjà, (rires) 47 hé, elle est née 63, elle est partie en España de de vacaciones, avec la grand-mère, avec la mère de mon gendre. Il connait quelqu’un. Elle commençait la lettre, et après à la troisième fois elle s’est mariée. La deuxième, elle est partie avec sa sœur, elle s’est mariée. Alors, mon gendre qui en avait encore le béguin de l’Espagne, « el madrileño » (le madrilaine), cuando au moment de prendre la retraite, el retiro obrero, il est parti. Alors je suis resté ma femme et moi, je suis resté ici tout seul, c’est le problème. C’est pour ça qu’ils sont partis.

Marianne : Et que pensez-vous de la mémoire, de la mémoire qui qui a ét…, enfin la mémoire qui, enfin de la loi sur la mémoire qui a été votée en 2007 en Espagne ?

Francisco : J’ai trouvé que c’était bien. J’ai trouvé que très bien. C’est c’est c’est c’est normal ça quand même, porque écoutez, les gens ils, je crois que, ‘toneladas, toneladas’, de de de papier, por escribir la la la historia de España. Y de tinta » Pero chacun l’a fait segun su idéologia, y segun sa… Porque c’est pas pareil, celui-là « que vivio una guerra », uno quien vivio la guerre, et celui-là que fait la que « fue una » histoire, que la conta Pedro, que le conta Juan c’est un combat differano, comprends. Je veux comment on dit tout à l’heure, les quarante quarante copains qui étaient chez moi que sont fusillés en Espagne, (incompréhensible) l’enterrement on les a mis dans la fosse commune ! Et comme ça y en avait beaucoup, « porque » après, écoutez. Nous aussi lo, les Républicains, nous sommes la madre superior, (rires) entre nous, nous fait beaucoup. Et c’est por la defensa, ils nous ont attaqués, l’españa tambien avait beaucoup de fachistes y la « quinta columna » qu’on l’appelait c’est pou ça que… « ha llovido mucho, y ha pasado muchas aguas por debajo de los puentes y se lo ha llevado todo » (il a beaucoup plu, beaucoup d’eau est passé sous les ponts et a tout emmené sur son passage). »Y tu no comprendes » (et toi tu ne comprends) rien. (rires)

Partager :

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Bordeaux
Date : 21 avril 2009

Les séquences (20)

Autres témoignages

Angel VILLAR
Républicains Espagnols

Angel VILLAR

Mariano ALCALA SERRANO
Républicains Espagnols

Mariano ALCALA SERRANO

Emilio ALVAREZ MONGIL
Républicains Espagnols

Emilio ALVAREZ MONGIL

Ilorna ARENAS
Républicains Espagnols

Ilorna ARENAS

Comprendre le contexte historique

Retrouvez tous les détails historiques et faits marquants de ce témoignage ci-dessous.

Maquis & guérilleros
Républicains Espagnols

Maquis & guérilleros