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Emilio ALVAREZ MONGIL

Républicain Espagnol
Né en 1904
Fille née en 1945

Emilio ALVAREZ MONGIL
Emilio ALVAREZ MONGIL
/
Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Bordeaux
Date : 08 avril 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Bonjour Marianne Bernard, nous sommes à Bordeaux le 8 Avril 2009 et j’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale des républicains espagnols résistants pendant la seconde guerre mondiale en France. Donc nous sommes avec Marie-José GUITARD, je vous laisse vous présenter.

Marie-José : Voila je suis Marie-Josée Guitard, la fille aînée de Emilio Alvarez Mongil et euh .. je suis l’aînée de 9 enfants, de ces 9 enfants qui sont née à Bordeaux tous, après la la deuxième guerre mondiale. Au moment de sa libération puisqu’il a été déporté et libéré en 1945. Et euh … Moi je suis née en Octobre 1945 à Bordeaux.

Marianne : Votre père était donc un de ces combattants si vous voulez bien vous allez me parler de sa vie depuis son engagement dans la guerre d’Espagne jusqu’à celui dans la résistance. Donc je vais déjà présenter Monsieur Alvarez Mongil Emilio qui est né à Gijon dans les Asturies en Espagne le 4 juillet 1904 de Angel Alvarez et de Esmeralda Mongil. Euh Angel euh .. le père de Angel était employé au chemin de fer et Emilio fait des études dans une institution religieuse jusqu’à l’âge de 17 ans. En 1936, le coup d’état franquiste le surprend à Gijon et il s’engage dans l’armée républicaine.

Marie-José : Oui alors, il a été l’un des premiers combattants puisqu’il avait participé euh..déjà au soulèvement des Asturies et il a été un des premiers à s’engager dans l’armée républicaine euh … il a été bon valeureux au combat euh dans les Asturies et euh .. en octobre 37 au moment de la chute de Gijon, euh il se jette à la mer au port du Musel pour rejoindre un bateau républicain, il y avait beaucoup de bateaux républicains qui à l’époque faisait la navette entre les la côte Cantabrique et la France et les ports français pour libérer justement les les miliciens républicains ou les les populations républicaines hein eux c’est il n’y avait pas que des que des miliciens dans les bateaux il y avait aussi des civils euh .. lui il se jette au port du Musel à Gijon pour rejoindre donc un bateau à la nage et ce bateau est bombardé par l’aviation fan fasciste euh … c’était en octobre 37 et donc là, il a été blessé. Il a perdu le bras droit, il a du être amputé du bras droit et d’où son surnom après dans la résistance de « el manco » voilà et donc après bein on perd sa trace entre octobre 37 où il a été amputé du bras droit et euh avril 38 ou il est où on retrouve sa trace à Barcelone comme invalide de guerre enfin je suppose qu’entre temps, il a dû fréquenter les hôpitaux peut-être, je sais pas c’était la guerre civile mais euh bon je suppose qu’il était dans des hôpitaux et il a .. on retrouve sa trace à Barcelone, en Avril 1938, il est employé dans un cabinet juridique pour le ministère de la défense et euh .. là et bein il il il sert euh il sert dans ce cabinet juridique je sais pas

Marianne : A Barcelone donc 

Marie-José : jusqu’à la chute de Barcelone parce que Barcelone est tombée en janvier 39 et euh donc les les républicains espagnols sont passés en France et lui aussi le 9 Février 1939 il est passé en France, lors de la retirada c’est un c’est un moment célèbre de notre histoire commune puisque ils ont été accueillis en France dans des camps au lieu d’être accueilli euh .. (rires) comme il se devait

Marianne : A quel endroit a-t’il passé la frontière française ?

Marie-José : Il a passé la frontière Française au Pertus et il s’est retrouvé au camp de d’Argelés-sur-mer. Un camp célèbre d’internement des républicains espagnols en 39 voilà.

Marianne : Combien de temps est-il resté euh dans ce camp là d’Argelés vous savez pas ?

Marie-José : Je l’ignore, je l’ignore euh euh .. je je ne sais même pas s’il sait qui s’en est échappé ou si c’est que bon, le camp a fermé je je n’en sais rien. Je sais qu’après, il est allé à Limoux euh où il a gardé les vaches pour survivre, c’est ce qu’il nous avait raconté que il a gardé les vache à Limoux et en suite et bein avec ses compagnons de de misère euh .. ils sont venus à Bordeaux euh la deuxième Guerre Mondiale a éclaté et euh … tous ces républicains espagnols euh sont entrés en résistance pour défendre la France. La France c’était un pays qu’ils aimaient beaucoup, parce que c ‘ était une République et et euh ils s ils savaient qu’il fallait défendre et surtout ils luttaient contre le fascisme, ils avaient une peur euh terrible que le fascisme s’installe en Europe euh … déjà c’était pratiquement fait, c’était fait en Italie et en Espagne je parle pas de l’Allemagne, qui était en prise avec le nazisme et donc euh voilà iiii ils ont lutté euh .. ils ont été de .. de grands résistants.

Marianne : Et à Bordeaux, il est venu en quelle année à Bordeaux ? En quelle année est-il venu à Bordeaux ?

Marie-José : Je pense qu’il est venu euh .. en 40 en 40 en 41 il habitait avec Cubichi au 8 rue Constantin à Bordeaux en 41 euh voilà et donc ils ont ils ont commencé euh leur acte de résistance en quara fin 41 42 . Et ils ont été pris, parce que mon père a été pris le 13 , Cubichi a été pris le 14 je crois, non c’est Duboué qui a été pris le 14 , Cubichi i a été pris la veille le 12 octobre 1943 euh … pas par la Gestapo euh il a été pris au 23 rue Naujac à Bordeaux et .. c’est-a-dire chez ma mère parce que c’est c’est ma mère qui habitait au 23 rue Naujac et euh lui à l’époque il habitait rue Constantin mais il se déplaçait souvent pour pas justement pour pas être pris par la Gestapo et donc là euh .. il se trouve qu’il était pisté depuis pas mal de temps et il a été pris chez ma mère euh donc euh … il s’est arrangé pour quand la Gestapo est rentrée dans la maison pour laisser tomber la clé du dépôt d’armes qu il avait il avait dans sa poche la clé du dépôt d’armes de la rue Cornac, c’était lui qui avait qui était lieutenant euh FTP et qui avait euh … qui avait la clé du dépôt d’armes il a laissé tomber sur la descente de lit pour que maman le le voit la clé tombée dans la glace et euh bon la Gestapo l’a emmené, l’a emmené d’abord rue Victoire Américaine ou il a été torturé, il a pas parlé euh non plus ensuite il a été au conseil de guerre à … à rue de Budos c’était à la commandant tour rue de Budos et au conseil de guerre c’est au coin de la rue des Treuils comment ça s’appelle ..je sais plus et euh ensuite il a été transféré au fort du Hâ, enfin au au conseil de guerre il a été torturé pendu par les pieds je dois le préciser parce que euh sur son sur sa carte d’internement à Buchenwald, on précise bien qu’il n’a plus de dents que les dents sont clairsemées et que la bouche est très abîmée, c’est vous dire qu’il a dû prendre quelques coups de pied et coup de gnoute dans la tête.

Marianne : Bon continuez là et puis moi je vous poserais la question peut-être qui était je le fais là, pouvez-vous nous dire peut-être qui était Cubichi ?

Marie-José : Alors Cubichi euh son son nom c’est euh Bernardo Alvarez il portait le même nom que mon père. C’ était un brigadiste des brigades internationales, il était argentin et il est passé en France bon au moment de la retirada aussi avec mon père euh je ne sais pas si ils s’étaient connus en Espagne en tout cas ils se sont connus à Argelés et euh … ils ont tout le reste de leur parcours à été commun c’est-à-dire que euh mon père quand il est venu à Bordeaux habiter 8 8 rue Constantin et Cubichi est venu habiter avec lui. Là euh … là euh bon là mon père a rencontré ma mère parce que ma mère habitait au 6 rue Constantin et euh .. ils se sont donc connus là, elle était beaucoup plus jeune mais elle était elle faisait partie de la résistance et quand elle a vu arriver ces républicains espagnols, elle a été euh … elle a oui maman était française

Marianne : Votre maman était française ?

Marie-José : Oui maman était française oui euh …elle est elle avait euh 18 20 ans de moins que papa et euh elle était résistante et elle a été euh … elle a reconnu de suite l’engagement de ces résistants espagnols y y y vivaient pas en groupe mais en fin ils étaient souvent souvent dans le même quartier et euh elle les retrouvait, elle les aidait euh voilà, c’est comme ça qu’ils se sont connus et après quand ils ont été pourchassé par la Gestapo euh .. elle elle était venue vivre chez mon grand-père qui habitait rue Naujac et euh c’est la que papa la rejoignait aussi quelque fois et c’est là qu’il a été pris par la Gestapo …. rue Naujac donc

Marianne : Et que c’est-il passé après cette euh ?

Marie-José : Et bien euh après il a été déporté, enfin il a été torturé comme je l’ai dis à Bordeaux et euh il a été euh enfin interné au camp de Compiègne amené au camp de Compiègne qui était un camp d ‘internement tenu aussi par les allemands hein je crois que ces un des des camps en France qui était tenu par les allemands et ensuite euh eh bein il a été transféré et là il est resté du mois de euh disons du mois de octobre novembre au mois de janvier au camp de Compiègne et en janvier euh 44, il a été déporté au camp de Buchenwald

Marianne : Le 27 janvier, le 27 janvier exactement

Marie-José : Alors, le 27 janvier ils sont partis de Compiègne dans un dans un convoi très célèbre qui comportait 1584 euh hommes qui partaient de Compiègne dont Bernardo Alvarez Cubichi était dans le même convoi que lui euh … Duboué Jean Duboué un un résistant célèbre de Bordeaux , le colonnel Grandier-Vazeille avec qui ils sont resté très amis parce qu’ils ont été copain de Chalie à Buchenwald, ils étaient dans le même bloc dans le lit, il couchait sur la même paillasse euh et puis Jorge Semprun je sais pas si vous en avez entendu parler mais euh c’est c’est un écrivain célèbre euh un écrivain et politicien célèbre bon ils étaient donc tous dans ce même convoi 173 je crois qui allait de Compiègne à Buchenwald qui a mis trois jours pour arriver à Buchenwald et qui arrivait euh à Buchenwald au camp euh le 30 janvier euh 1944 voilà. Ils sont restés jusqu’ eux zz ils sont restés ensemble avec Cubichi et et avec les autres bon , euh jusqu’à la fin jusqu’à la libération du camp voilà.

Marianne : A quel à quel moment euh vous avez une date peut-être à nous ?

Marie-José : Euh la la libération de papa, la libération du camp c’était le 11 Avril et lui sur ses papiers ce qui est marqué c’est le 25 mai parce qu’il y en a qui sont restés au camp, on les a pas tous rapatrillé ensemble voilà. Voilà et ensuite eh bien ensuite il est venu à Bordeaux il s’est installé avec ma mère et voilà il a essayé de de construire une vie à peu prés normale en sachant que bon euh la guerre, les privations, les la torture tout ça il était très amoindri physiquement ils sont tous revenus malades et avec un amaigrissement il pesait 40 Kilos hein en revenant.

Marianne : Voyait-il ses compatriotes une fois installé à Bordeaux ?

Marie-José : Cubichi, Cubichi son son son alter ego de de toujours de la guerre d’Espagne et de la résistance oui et nos mères étaient restées de toute manière euh je dis nos mères parce qu’il était père d’une amie à moi et euh nos mères la la femme de Cubichi et maman étaient restées amies et aussi et se voyaient pendant la la déportation des des maris.

Marianne : Avait-il des endroits où il se retrouvait habituellement avec ses compatriotes ?

Marie-José : Alors euh l’endroit de prédilection ça a toujours été le jardin public parce que c’était là que ils échangeaient leurs consignes pendant la résistance c’est là qui se passaient les les secrets et voilà ou passaient les troupes allemandes, comment enfin ce qui fallait faire quoi je j’image. Et ils se sont toujours retrouvés au jardin public et ça toujours était leur endroit de prédilection et mon père a été au jardin public tous les tous les jours de sa vie jusqu’a la fin, 4 jours avant sa mort Il se promenait avec ses petits-enfants au jardin public. C’est des endroits qu’on peut pas pendant 40 ans il l ‘a fait

Marianne : y-a-t’ il pensé un jour à revenir dans son pays euh l’Espagne ?

Marie-José : Alors euh .. il a s il n’a pu y revenir qu’après la mort de Franco. y euh Franco est mort en 75 lui il a pu il y est revenu tout de suite mais hélas bon ben ça ça …ça il n’a pas revu toute sa famille parce que bon ses ses parents .. et son père était mort euh ses soeurs enfin notamment sa soeur Asuncion euh qui l’avait protègé euh au moment de son départ d’Espagne parce que quand il a plongé euh au port du Musel ma tante Asuncion sa soeur l’attendait avec un plat de morue elle elle croyait qu’il allait venir manger à la maison et c’est c’est des camarades à à lui qui sont venus lui dire Asuncion n’attend pas ton frère euh c’est pas la peine , il s est jeté au port et il ne viendra pas et elle l’a attendu toute sa vie, toute sa vie elle l’a réclamé son frère elle ne l’a jamais revu parce qu’elle est morte avant euh avant Franco et elle est morte avant que papa puisse retourner en Espagne.

Marianne : Et au niveau de la descendance donc votre papa a fondé sa famille en France et il a eu de beaucoup d’enfants enfin de nombreux enfants (oui). Vous pouvez peut-être nous en citer euh (oui), nous citer les noms de de ces enfants.

Marie-José : Oui c’est gentil oui oui. Il a il a fait une une famille qu’il adorait du reste il nous a beaucoup chéri beaucoup aimé et et nos enfant après il a beaucoup cheri ses petits-enfants. mais bon moi je suis l’aînée je suis Marie-José ensuite vient ma soeur Monique Esméralda qui habite aux Etats-Unis, euh mon frère Michel Angel qui habite à Mérignac à la résidence Grand Louis, ensuite ma soeur Angelés Françoise qui habite à Vayres en Gironde euh , mon frère Francis Emilio Alvarez qui habite à Cestas maintenant et qui a été un grand voyageur lui, il a vecu au Chili et partout bon voila …euh ensuite après Francis il y Aline Carmen Pascal qui habite au 23 rue Naujac qui a acheté la maison célèbre de mon père et euh ensuite c’est Josette Rose-Marie Alvarez qui habite au 21 rue Naujac et puis Marie- Christine Fraille qui habite à Izon en Gironde aussi et enfin Patrick Jose-Maria qui habite euh à Pessac en France voilà. Ca c’est mes frères et soeurs connus, français qui sont nés après là mais euh bon mon père avant la guerre avant la guerre civile d’Espagne avait eu une vie en Espagne, il avait eu un fils qui au moment des évènement euh de la guerre civile a été envoyé en Union Soviétique avec des centaines d’enfants républicains euh d’enfants asturiens qui sont partis en Union Soviétique soit disant pour les protéger, pour les protéger de la guerre pour bon … et euh mes parents non jamais retrouvé ce fils euh ils ont cherché et ils ont cherché par l’intermédiaire de la Croix Rouge , ils ont jamais pu savoir s’il était vivant, s’il était arrivé euh à destination en en Union Soviétique si s’il en était revenu on ne sait pas on ne sait rien de la vie de ce de cet enfant .

Marianne : Je voudrais revenir sur le rôle de votre maman dans la résistance ? Vous pourriez peut-être nous en parler si vous savez euh quelques éléments si vous en connaissez quelques éléments ?

Marie-José : Alors maman était beaucoup plus jeune mais elle s’est engagée très tôt aussi dans la résistance et elle s’était engagée dans la ce qu ce qui s’appelait à l’époque la défense passive. Elle euh elle faisait partie de la Croix Rouge et elle euh… disons qu’elle assistait tous les gens dans le besoin euh pendant la guerre euh qui s’agisse de après le bombardement d’aller sauver les blesser, d’aider euh… elle faisait ça et puis elle elle essayait de venir en aide aux gens qui qui en avaient besoin pendant la pendant la guerre euh sinon euh elle elle a pas été, elle n’a pas mené des actions comme mon père qui lui euh bon s’il fallait aller poser une grenade à la Kriegsmarine il y allait si il fallait attaquer une patrouille allemande c’était pas du tout le même genre de… de combat.

Marianne : Le rôle oui le rôle des femmes dans la résistance c’était euh souvent celui-ci. Celui d’agent de liaison ou de voilà, c’était pas trop d’actions de combat en faite mais euh le rôle de de fin les actions qu’ a mené votre papa, est-ce que ?

Marie-José : Alors oui on a eu des témoignages là-dessus surtout par ses ses copains de de résistance et de déportation qui on dû témoigner de des actions menées pendant la résistance, ils ont dû en témoigner afin d’avoir le titre de déporté résistant et de toucher une pension parce que sinon il n’avait rien de rien. Donc, ils ont, on a les certificats de de Cubichi justement et de bon qui qui prouvent que il a il a fait des actions alors j’en ai la liste euh je sais que il y a eu des sabotages, des coupures de de fils électriques, je j’ai plus ou moins les dates mais euh je pense que c’est assez incertain parce que quand ils étaient obligés de faire ces ces déclarations euh euh ils étaient d’abord pressés par le temps et puis ils se rappelaient peut-être pas forcement si c’ était le 2 juin 42 ou le bon … Alors euh bon sur les dates, c’est incertain, mais je sais qu’il y a eu des des sabotages euh dans un garage, des des attaques de patrouille allemande euh des des grenades, des bombes à la Kriegsmarine c’était à la base sous- marine le le conseil de guerre voilà des voilà ces ces …

Marianne : Pour en revenir à votre papa donc il ne vous parlait jamais de son de son passage en Espagne dans la guerre civile ou dans la résistance française et et ces années ou cette année tout au moins en déportation euh, comment avez- vous fait pour retrouver tous les papiers euh que vous avez là le concernant ?

Marie-José : Alors les papiers, ils avaient été précieusement conservés par ma mère euh et par lui aussi bon .. mais par maman en particulier notamment quand il était en déportation elle elle gardait tout ce qui concernait euh tous les tracts, tous, tout ce qui était distribué dans la ville de Bordeaux pour euh pour venir en aide au républicain espagnol et et euh elle était très très concernée et elle avait garder tous les papiers. Et c’est du reste grâce à ces papiers qu’on a pu retranscrire l’histoire parce qu’en faite papa nous en a jamais parlé, un petit peu de Buchenwald parce que, parce que euh le c’était trop fort quand et, quand on lui posait des questions aussi pourquoi il te manque un bras papa bon euh … il répondait évasivement y y y en faite il ne nous a jamais décrit son parcours, il ne nous à jamais expliqué sa lutte euh on savait euh qui s’était passé quelque chose parce que mon grand-père maternel, le père de maman donc le traité de de terroriste et de rouge, on a vécu euh bon des drames à la maison parce que mon grand-père euh pensait que son gendre était un voyou hein euh on a il n’a jamais eu de considération pour lui parce que il pensait que voilà donc chez nous c’est c’était la guerre qui continuait mais sans trop d’explications, on on on savait pas pourquoi euh pourquoi mon grand-père le traitait de rouge, on savait pas .. non ça ça a été un grand mystère jusque au moment ou euh j’ai entrepris des études d’espagnol finalement et ou j’ai eu des professeurs euh comme Monsieur Perez à la faculté de Pau ou M Tuyondelaja à la faculté de Pau qui est un grand historien et euh qui eux m’ont dit que mon père n’était pas un voyou (rires) euh mais quelqu’un de bien , un héros et ils m’ont dit non non si il faut être fier de du parcours de votre père bon . Et donc la eh bein, on a peut on en a peut-être parlé un peu avec papa euh pas beaucoup parce que le pauvre quand on, quand on lui parlait de ça il le … il s’émotionnait beaucoup je ne sais pas comment dire mais c’était c’ était un passé tellement douloureux que que après on ne pouvait plus l’arrêter euh et on enregistrait pas tout ce qui disait hein parce que la les vannes s’ouvraient et c’était…c’était catastrophique mais bon euh j’ai j’ai pu grâce au aux papiers que qu’ont été conservés par euh euh par maman et puis après par ma soeur au 23 rue Naujac ils sont restés , elle veut absolument qu’ils y restent du (rire)et donc euh c’est c’est grâce à ces papiers que l’on a pu retrouvé le parcours de papa voilà.

Marianne : Par rapport à cette transmission de mémoire donc comment vous comment vous y prenez pour transmettre tout ça à votre famille, vos frère et soeurs, vos petits-enfants, vos nièces, vos neveux, comment ça se passe ? c’est vous qui êtes chargé je suppose de cette transmission ?

Marie-José : Oui oui oui effectivement c’est moi, c’est moi parce que je suis l’aînée et que mes frères et soeurs considèrent que je suis la mieux placée pour le faire parce que euh bon déjà je suis à la retraite et pas eux. Euh j’ai plus cotoyé mon père parce que étant l’aînée je l’ai, je l’ai bon .. J’ai fait également des études d’espagnol pour venger aussi un petit peu mon père, sa culture, la littérature espagnole etc..je voulais qui est une reconnaissance de sa langue et je voulais qui ait une reconnaissance de sa culture, de son histoire donc c’est vrai que euh je suis la celle qui sait le plus plongé dans l’histoire paternel mais enfin euh mes frères et soeurs se se .. comment dire .. se défaussent bien sur moi, de de tout le travail de recherche, de de reproduction des papiers, de recherche de documents etc .. Je suis actuellement aidée par une de mes nièce, Audrey, la fille de mon frère qui fait aussi ce qu’elle peut pour euh pour trouver des de la documentation et pour alimenter euh le dossier complet qu’on est entrain de faire sur le parcours de papa. Elle y rajoute des , elle y rajoute des documents sur la Retirada, sur la guerre d’Espagne, sur euh le les camps euh elle rajoute des photos et tout ça donc on va faire un dossier à peu prêt complet pour notre descendance parce que bon j’ai j’ai des enfants euh mon père à une vingtaine de petits-enfants dont un aux Etats-Unis, un américain pure et dure qui s’appelle Jessy Emilio et qui un jour voudra savoir pourquoi il s’appelle Emilio j’imagine (rires) c’est pas un prénom très américain.

Marianne : En fait, tout est parti de l’exposition au centre Jean Moulin alors ?

Marie-José : Ah oui oui oui tout est parti de là euh c’est sur que à l’occasion de cette exposition on nous a demandé si on avait des des documents concernant mon père euh donc euh bon on on est on en avait beaucoup c’est c’est ma soeur Aline qui les gardait euh au 23 rue Naujac donc on les a , on est allé les chercher et on a proposé euh à M Gonzales là du musée d’Aquitaine de choisir ce qui voulait pour le pour l’exposition et et donc tous les membres de ma famille y sont allés, mes collègues y sont allés à cette exposition, tout le monde c’est c’est vraiment et revenu très très ému et m’ont dit il faut absolument, faut absolument faire quelque chose, il faut écrire, il faut compiler, il faut faire une biographie, il faut donc on est entrain de le faire enfin je suis entrain de le faire parce que (rire) pour toute la famille voilà.

Marianne : c’est intéressant oui on peut peut-être reparler de l’enfance de votre père euh Emilio Alvarez en Espagne donc en Espagne ?

Marie-José : oui Oui oui donc euh enfin je vais vous dire ce que ce que j’en sais hein je le sais aussi par des cousins parce qu’ on a encore quelque contact avec euh des cousins qui sont restés là-bas et donc euh oui il est né dans une famille bon assez assez bien je pense, le le grand-père travaillait au chemin de fer bon le problème c’est que le ils étaient 4 enfants quand ma grand-mère est décédée, la maman de papa est décédée euh papa avait pas 7 ans et elle est décédée à la naissance de ma tante Carmen euh donc bon bein le grand-père c’est retrouvé avec 4 enfants euh il travaillait, il s’est dit bon je vais me remarier, il s’est remarié, avec une dame Pilar qui avait déjà une fille Angelinés qui nous a beaucoup aimé ça c’est vrai qu’elle s’est toujours considerée comme comme une soeur de papa, elle a eu beaucoup de chagrin de des évènements ensuite et euh elle y’a rien à dire par contre sa mère Pilar, à la naissance de de ma tante Esmeralda, euh a pensé que 6 enfants ça devait lui faire beaucoup trop et elle a expedié les 4 aînés qui n’était pas à elle eux dans une chez chez une grand-mère dans une petite maison à la Calsada une petite maison qu’on qu’on vénère beaucoup on va ce faire photographier tous les ans devant, c’est la seule petite maison qui reste en ruine dans un quartier entièrement rénové à Gijon euh il y a un auditorium , un aquarium , une piscine olympique tout ça et la petite maison de notre père qui est où papa a passé son enfance qui est là… voilà et donc que bon là ça c’est vrai que ça a été comme leur père ne pouvait pas trop s’en occuper, la grand-mère était peut-être aussi un petit peu débordée donc c’est comme ça que papa est allé en pension et qu’il y ait resté jusqu’à 17 ans mais à 17 ans, il a refusé de prononcer ses voeux et il est parti courir le monde, il s’était embarqué sur des sur des bateaux Gijon c’est un port très important et là il s’est embarqué euh sur plusieurs bateaux, il a fait plusieurs grands voyages, il est allé à Cuba, il est allé en Amérique Centrale, euh et il a commencé sa vie militante là. Il a, il a changé totalement de de milieu et il a commencé sa vie militante là si bien que quand quand le le soulèvement des Asturies est apparu enfin à la république en 31, il était à Gijon il était, il s’engageait déjà dans la vie politique et militante.

Marianne : oui parce que vous dites il n’a pas prononcé ses voeux , il a refusé de prononcer ses voeux parce qu’il était dans une école religieuse, il faut dire qu’Espagne à cette époque, il n’y avait pas d’école public comme chez nous en France avant la république espagnole, c’était les religieux qui ..

Marie-José : uniquement, uniquement, il y a, ils avaient pas le choix, si on voulait leur apprendre à lire, à écrire et et à compter, il fallait que ça soit euh …

Marianne : et encore pour ce qui avait un petit peu d’argent, parce que l’école était payante (c’était payant) hein voilà, donc tout le monde, il y avait beaucoup d’analphabète à l’époque en Espagne.

Marie- José : oui et c’est du reste, c’est la République qui a instauré l’instruction et du reste à ce propos je je repensais à Cubichi et à sa fille et à sa femme euh sa femme était une des premières instit de la République à Madrid

Marianne : le parcours de votre père vous a-t’il influencé ? son parcours d’engagé euh militant enfin et de combattant également ?

Marie-José : Oui certainement bien que, bien que il n’y fasse pas allusion tous les jours à la maison, c’était c’était une euh une qualité de vie, c’était euh une intelligence, c’était euh le fait que il nous donnait toujours une opinion bien sentie sur les choses sur euh … quelques fois, enfin je me souviens, moi j’étais adolescente au moment de mai 68 il nous, il nous ,il essayait quand même de nous tempérer, qu’on ait, qu’on ait une conscience politique, qu’on analyse les situations euh ça c’est vrai que c’est grâce à lui que on a toujours eu pas mal de recul sur certaines euh sur certaines situations et certains engagements sinon on aurait, on aurait fait comme certains autres, on aurait mis le feu partout (rire) mais euh il il était euh non non il avait un rôle très et puis bon c’est c’était c’est sur que c’était quelqu’un d’intelligent qui nous a influencé par son intelligence, par sa culture et oui par son engagement politique certainement aussi euh moi j’ai toujours dis que c’était quelqu’un qui respirait à une autre hauteur , il était , il avait cette fierté peut-être qu’on les les espagnols, cette noblesse de de penser et d’idées et euh toujours en étant très juste, très euh très respectueux de des autres, très respect et ça c’est bon ça ça n’a pas de prix dans une éducation, c’est c’est sur que qu’on a été très bien éduqué parce que toujours euh en respect avec que avec les autres et avec que euh un idéal qu’il avait

Marianne : Je crois que c’est une bonne conclusion et un bel hommage qui est rendu à votre père merci

Marie-José : Oui, mais il le méritait bien (rire), il le méritait oui …

Marianne : Donc votre papa espagnol, votre maman française, comment communiquaient-ils euh, puisque votre maman ne parlait pas espagnol?

Marie-José : Ah ça, s, ça c’est un mystère, je peux pas, je peux pas vous dire comment ils communiquaient je sais que papa euh a renoncé treuh à sa langue quand même, parce que euh quand on était petit à l’école euh il était pas question de parlé espagnol hein. Euh il était pas non plus question de parler espagnol euh chez mon grand-père euh donc euh ben je sais pas comment ils se débrouillaient entre eux pour euh pour se comprendre euh je sais que quand papa euh dictait des choses à maman parce que euh bon ben y’avait besoin d’écrire des lettres y’avait besoin de faire des démarches, euh y’avait besoin au moment par exemple du procès de Dos euh le chef de la Gestapo, où pour essayer d’avoir le titre de déporté résistant je sais qu’ils étaient obligé de de témoigner ils étaient obligé d’écrire des lettres ils étaient obligés de dire ce que ce qu’ils faisaient, et c’était maman qui écrivait les lettres seulement elle elle les écrivait en français, elle comprenait moyennement l’espagnol, elle l’avait étudié au collège mais bon, c’était c’était très succinct, et euh et papa ne parlait que espagnol donc euh je sais pas comment ils faisaient pour se comprendre en tout cas il lui dictait des choses qu’elle traduisait comme elle pouvait, par exemple on a retrouvé des papiers ou euh euh quand il parlait des patrouilles de de il disait patrouillas del ejercito alemán et ma mère traduisait patrouilles de l’exercice allemand. Euh, elle pensait que eje elle a jamais pensé que ejercito ça voulait dire l’armée (rire) elle pensait que c’était exercice. Comme euh on a retrouvé un papier aussi ou euh il disait que il avait jeté une grenade à la Kriegsmarine et ma mère euh n, comme i il devait prononcer Kriegsmarina, si ça se trouve il le prononçait en espagnol, elle elle avait écrit grenade à la crisse marine et nous on a toujours cru que crisse marine c’était en.. un produit.euh pour fabriquer des grenades ou pour fabriquer des bombes, on se disait c’est sur que ces grenades à la Kriegsmarine ça veut dire euh (rire) euh voila c’était le nom d’un d’un produit pour fabriquer des des grenades. C’est la.

Marianne : Alors qu’en. alors qu’en faite non. C’était euh la la base euh sous-marine.

Marie-José : Voila c’était le que le mmh la com je me s comment on dit Kommandantur je sais pas enfin la criks marine, le … je sais même pas le traduire oui.

Marianne : Kommandantur euh

Marie-José: non, la base sous-marine oui oui oui oui.

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Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Bordeaux
Date : 08 avril 2009

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