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Valentine BELAUD

Valentine Belaud
Républicaine Espagnole
Née en 1925

Valentine BELAUD
Valentine BELAUD
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Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Cenon
Date : 08 juillet 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Marianne Bernard, j’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale des républicains espagnols résistants en France pendant la seconde guerre mondiale. Euh…je suis au domicile de Madame Valentine Belaud, à Cenon, une commune près de Bordeaux et nous sommes le 8 juillet deux vil 2009, pardon. Donc je vais laisser la parole à Madame Belaud. Vous allez nous raconter votre histoire, votre…le déroulement de votre vie depuis 1925, oui et de vos parents, de votre mère en particulier.

Valentine : Oui parce que je suis née bien sur en 1925, rue Sainte Catherine bien sûr mais enfin à ce moment là ma mère ne faisait pas de de résistance, ça c’est sûr, elle a commencé à en faire comme j’ai dit…ahem… quand les républicains sont rentrés en France. Alors là, elle s’est engagée à fond, elle allait bon avec d’autres personnes bien sûr parce qu’ elle n’était pas seule, chercher à la gare les pauvres réfugiés qui arrivaient avec leurs enfants. Euh les femmes seulement, parce que les hommes y’en avait pas. Ils étaient arrêtés à la frontière ehhh, enfin amenés dans les camps à Gurse dans les Pyrénées. Et puis ma mère, beh un jour elle a amené une quinzaine de personnes chez moi, ne sachant pas où c’est qu’elle allait les mettre ça c’est le cas de dire, et puis je suis arrivée de de l’école, je me suis vu tout ce monde que je me demandais. Et c’est là que ça a commencé, je ne savais pas avant ce que ma mère faisait… c’est là que je lui dis « mais qu’est ce qu’il se passe maman ? ». Elle me dit « voilà beh.. ». Elle nous a expliqué, mon frère est arrivé sur ceux aussi. Et ces pauvres gens, bon ils sont pas restés longtemps parce que le lendemain la Croix Rouge est venue les chercher pour les mettre dans un centre du côté de Saint Michel, je ne vous dirais pas maintenant où c’était cet endroit, mais ce que je sais c’est que les gens couchaient par terre, beh ma mère a mis des matelas, fin on a couché vraiment comme des gitans c’est le cas de le dire. Et puis après ils sont repartis. Et après bon beh ma mère est rentrée là dedans, enfin elle a beaucoup, comment vous expliquer, travaillé. Et puis après beh les hommes sont rentrés, en, enfin, excusez moi j’oubliais, la mairie petit à petit a trouvé des logements à ces ces personnes et à mesure qu’elles avaient des logements, les maris euh, « su », enfin rentraient. Et puis bon après ils ont trouvé du travail, fin manoeuvre fin où le bâtiment parce que ils avaient le droit qu’à ça pour travailler. Et puis après, après c’était euhh… comment vous expliquer… beh après les responsables ça se passait chez moi quoi. Voilà, y’avait des réunions, enfin tout ça. Avec beaucoup de personnes qui sont décédés maintenant bien sûr, voilà.

Marianne : Donc vous parliez de votre maman, euh qui est était d’origine espagnole donc qui est…était née en Espagne. A quel endroit ?

Valentine : A Madrid. Ma maman était de Madrid et je vous dis mon papa était à Estella (Navarre) mais ils sont pas rentrés en Espagne en même temps. Parce qu’ils se sont connus à Biarritz. Parce que ehm… mes grands-parents étant rentrés d’Espagne, parce que mon grand-père était poursuivi par la police parce qu’il était républicain et le roi s’installait en Espagne et il a débarqué à Bidart…comment vous expliquer je ne pourrais pas vous le… vous le dire…

Marianne : C’était en quelle année ça ?

Valentine : En 13,(en 13) en 13, c’était la veille de la guerre de 14. Et après bon béh ils se sont trouvés au bal, enfin jeunes les années ont passé bien sur, et puis quand mon pauvre père, il a, il est rentré en France parce que c’est son frère aîné qui est venu… qui est allé pardon à Estella le chercher parce que ma grand-mère était restée veuve avec six enfants, et elle a travaillé à Biarritz au Miramar et puis bon, les années ont passé ils se sont connus au bal et puis bon il est venu travailler à Bordeaux et puis là ils se sont mariés à Bidart. Et puis, ils ont, enfin, mon frère aîné parce que j’ai…j’avais un frère de cinq ans mon aîné, aujourd’hui il aurait 89 ans. Voyez, c’est aujourd’hui son anniversaire. Et puis voilà beh je euh… quoi vous dire après euh…c’est tout ?

Marianne : Dans quelle circonstp…dans quelles circonstances, pardon, vos parents sont-il arrivés à Bordeaux ?

Valentine : Béh alors, comme je vous dis, ils se sont connus donc à Biarritz et, alors, ils sont venus habiter Bordeaux parce que mon père il a trouvé du travail et bein par l’hôtel Miramar, un collègue du patron. Parce que mon père il était groom, et…et…et les instants qu’il avait de repos il les passait au cuisine et il adorait faire la cuisine et un beau jour le patron lui a dit « Mais ou c’est qu’il est Angel ? », « Angel il est aux cuisines ». Il regarde… il l’a… il lui a demandé « Angel, est ce que ça te plait ? » Alors il dit « Oh oui » et il a démarré apprenti. Et il devait avoir, je sais pas 13 ou 14 ans. Et il est resté au Miramar, il a travai…appris son métier avec son frère qui était maître d’hôtel et puis un beau jour s’est présenté un ami qui arrivait d’Amérique c’était monsieur « Foussat », qui cherchait à acheter mais sur Bordeaux un restaurant et qui lui a proposé un cuisinier donc c’était mon père. Et ils ont ouvert le restaurant « Les longues passes du ??? ». Et alors… ils se sont ma m… ma mère et mon père se sont mariés et ils sont venus, eh ma mère est arrivée, à Bordeaux pour y vivre avec mon frère.

Marianne : Et c’est là que vous avez habité la rue Sainte-Catherine ?

Valentine : Après, ils ont trouvé ce logement euh un mois avant que je naisse, c’est pour ça que je suis née au 233. On a débarqué sur rue Sainte-Catherine. ( la rue Sainte-Catherine à Bordeaux), à Bordeaux voilà.

Marianne : Donc, alors votre maman euh donc euh a été contactée par la résistance ou c’est elle qui a fait la démarche ? Valentine : C’est… non non, elle a fait aucune démarche, euh elle faisait partie des des femmes espagnoles et des femmes françaises parce que elle a travaillé pour les deux. Parce qu’elle n’a pas travaillé que pour les espagnols, elle travaillait pour les français et alors bon beh, comme ça petit à petit elle allait voir les malades, elle allait à « Picon ? »… beaucoup à « Picon » parce que y’en a beaucoup qui sont passés par là les pauvres. Et puis elle allait voir les malades à l’hôpital, pareil, ceux qui était…euh enfin des espagnols et puis alors un beau jour beh elle s’est offert de vrai…de…’fin… donner son logement pour faire des réunions puisqu’il fallait quand même se réunir quelque part et personne ne le disait. Or comme on avait une maison qui était bien située et bien conforme à tout, parce qu’on pouvait cacher que ce soit la cave, ou que ce soit ailleurs, c’était une maison qui était bien pour ça.

Marianne: Donc l’organisation, c’était un réseau en fait hein ?

Valentine : C’était un réseau. C’était le réseau.

Marianne : Et elle était avertie des gens qui arrivaient euh ?

Valentine : Alors là, pour être avertie, bein elle trouvait des mots à la boîte aux lettres, mais pas des mots…fallaient les lire (rires)

Marianne : Fallaient les déchiffrer ?

Valentine : Voilà. Et puis elle savait, à tel et tel moment, et y’avait le mot de passe. Ce…ce…fichu mot de passe de ceux qui arrivaient de Paris. Bon, elle était très au courant elle de ça, mais quand elle partait après en vacances en Espagne puisqu’elle avait sa famille… Alors mais ça, la guerre, Franco, c’était fini… Nous nous restons encore sous les choses de la résistance éh. Alors, y’a eu…pour…elle a travaillé à…enfin, d’ici elle partait en Espagne avec des valises, alors là, des valises à double fond. Alors y’avait la propagande, enfin c’était des valises, on mettait des enveloppes et puis notre carton, collé, pardon, et puis euh y’avait un jouet. et dans ce jouet, c’était très bien fait parce que y’avait beaucoup de messages je…sous…comment vous l’expliquer. Bon, je vais vous l’expliquer mieux parce que ça ça m’est arrivé, moi j’suis parti, j’ai pris la relève parce qu’il fallait pas que ce soit toujours les mêmes qui y aille et un jour on me l’a proposé, moi je voulais bien le faire même si moi je suis française bien sur, mais il fallait que je sois accompagnée. Alors j’avais trouvé mieux de dire « Oui beh moi euh j’irais mais avec mon fils, mon fils aîné, qui a 63 ans maintenant. Donc je suis parti en Espagne, mon premier voyage a été après San Sebastien à Saint…euh comment ça s’appelle ? C’est un espèce de couvent de moines de l' »Oyola » ‘fin je me rappelle plus le nom. Bref, c’était de la famille d’un…d’un d’ici, d’un dirigeant de Bordeaux qui habitait Mérignac. J’étais descendue chez ses parents et j’avais comme jouet un…un football sur table, et tout le…les p’tits bonhommes et ballons et tout ce qu’il y avait était bourré donc de messages, quand j’ai vu ce travail je dis « C’est…c’est une merveille » mais j’avais pas défait la valise, c’était plus dur parce que fallait décoller et pis c’était pas tout y’avait les enveloppes, il fallait les timbres, il fallait aller les acheter or du temps de Franco vous savez les lumières s’éteignaient, y’avait pas de lumière la nuit comme nous pendant la guerre avec les allemands bon enfin là chez ces gens, si j’ai pu avoir les timbres parce qu’ils étaient au courant de ce que leur fils faisait en France parce que je par…par quel intermédiaire ils avaient des relations mais souvent, bon, mais ça je…comme je dis, on demandais pas, on nous donnait des ordres sans aucune chose. Et puis après j’ai fait un autre voyage avec un ours, ils m’ont décapité le pauvre ours et m’ont…L’ours de mon fils, et là je passais à la frontière comme une lettre parce qu’ils étaient plus chose avec leur ours qu’avec ce que j’avais dans la valise. Et pour revenir, dans là j’étais allée à Vittoria. Pour revenir je suis arrivée avec la moitié des un…des… des lettres dans la valise, heureusement que je n’ai pas été fouillée parce que là je finis dans les prisons de de Franco. Et quand je suis arrivée il me dit « Mais tu es folle, il faut plus faire ça, t’avais qu’à abandonner la valise, t’as vu comment j’allais abandonner acheter une autre parce qu’on nous donnait l’argent bien sur, mais moi je n’ai jamais été une personne à aller acheter quoi que ce soit, euh non. Mais je suis revenue. Mais ça m’a pas empêché, j’ai fait quatre voyages, ma mère en a fait trois parce que elle n’a pu en faire que trois parce que elle était trop avancée, alors alors ça fait que ben c’était moi qui ai pris la relève. Mais mon mari aussi, bon je suis allée avec son assentiment, mais il commençait à avoir peur parce qu’il savait que je n’avais pas peur mais quand il a su que j’étais revenue avec cette valise moitié pleine, té… je sais que ça lui a pas fait beaucoup plaisir *rires*. Mais ça m’a pas empêché d’aider ma mère hé, ça j’ai toujours aidé.

Marianne : Alors ça vous me parlez d’après la guerre en France.

Valentine : Avant !

Marianne : Avant ?

Valentine : La guerre en France n’était pas déclarée.

Marianne : Oui mais vous me parlez de Franco.

Valentine : Ah de Franco, mais y’avait encore Franco, Franco il est…il est resté en Espagne jusqu’en 75. Oui mais là j’étais mariée, oui c’est vrai j’ai oublié de vous dire entre temps je m’étais mariée mais je suis mariée avec un gars qui avait été de la gauche parce que ici pendant la guerre, la vous avez la cave et mes beaux-parents les cachaient les journaux alors vous savez ça faisait un peu famille *rire*

Marianne : Justement je voulais revenir sur vos propos là, ça c’était après la guerre en France.

Valentine : Oui

Marianne : Hein, vous aidiez l’Espagne justement en passant des messages peut être hein voilà peut être de l’argent aussi ‘fin pour les espagnols (c’est ça) euh…qui étaient, voilà. Mais on va revenir quand même sur ce que faisait votre mère. hein.

Valentine : Ce que faisait ma mère, ‘fin alors là j’en reviens donc aux réunions,(voilà) aux réunions qui se passaient chez moi et aux gars qui descendaient de Paris parce que vous savez en principe ils arrivaient sans papier parce qu’ils avaient pas de papier, et alors ‘fin ne…me…. le mot de passe qu’il fallait et puis ma mère était donc partie en Espagne voir eh bah ‘fin ce qu’il fallait qu’elle fasse, et puis je venais ‘fin rue Sainte-Catherine j’habitais à Bastide à ce moment là, mariée, et je rêve, je venais chez elle pour en cas que quelqu’un vienne. Et alors un beau jour, effectivement il est arrivé quelqu’un. Et alors ce quelqu’un est arrivé avec une sacoche, un monsieur très bien qui venait voir madame Gandusa. Moi je lui dis « Madame Ganusa n’est pas là », je dis « Je suis sa fille, qu’est ce que…c’est pour quoi ? » et moi je l’ai pris pour un policier. C’était bravement, c’est…je voulais carrément, je lui dis « Ma mère n’est pas là monsieur elle est en Espagne alors bon » alors c’est embêtant. Alors je lui dis « Pourquoi vous voulez… »… »Ah oui c’est très embêtant parce qu’il fallait absolument que je la vois ». Ha beh je dis « Monsieur je regrette mais ma mère n’est pas là », je ne peux pas…puis moi je voulais pas le faire entrer, premièrement. D’une part j’étais pas chez moi, je lui ai dit, eh bien je suis revenue enfin je suis rentrée chez moi, mon mari est arrivé de travailler et puis il a vu ce monsieur assis sur les marches de l’escalier. Il me dit « Mais dis donc tu sais que t’as…y’a quelqu’un » et je dis « Oui je sais qu’il y a quelqu’un » car, soi-disant, il m’a même pas dit qu’il arrivait de Paris, il veut voir ma mère, moi je ne le fais pas rentrer, je ne le connais pas, il n’a pas le mot de passe. « Et alors qu’est ce que tu vas faire ? ». He beh je dis « je vais faire rien du tout, s’il veut coucher là il couchera là », carrément. Et c’est ce qu’il a fait. Le lendemain mon mari est parti travailler, ce monsieur était encore sur les marches. Je m’en vais faire mes courses, toujours là, mais je dis « Mais monsieur écoutez n’insistez pas je vous dis ma mère n’est pas là vous la verrez pas, c’est pas la peine que vous restiez là, revenez ». « Mais Madame c’est que je peux pas revenir moi je… ». « Mais je…monsieur ça c’est votre problème, mais moi euh vous ne verrez pas ma mère, ça c’est sur ». Le midi pareil, le soir deuxième nuit qu’il passe dans les escaliers et puis boah… le lendemain matin, du deuxième nuit beh alors je dis quand même alors là ça commençait à me travailler. J’ai dis « Mais nom d’un fils ça serait pas quelqu’un qui arrive Paris et puis qui… Je dis mais il aurait le mot de passe, je savais plus quoi faire. Alors qu’est-ce que j’ai fait, je suis partie chez un camarade, qui lui même avait des ennuis avec la police le pauvre homme alors j’ai fait un grand détour en regardant toujours si on me suivait, tout ça bon je connaissais du côté des Capucins d’ailleurs, pour ça que je connais en même temps les Capucins avec, et je suis arrivée chez lui. Alors je lui dis « Voilà, Ortega… » je peux dire son nom maintenant puisqu’il est décédé, ils sont presque tous décédés les pauvres, j’lui dis « Figures-toi que j’ai quelqu’un ». « Tu as quelqu’un ? Mais c’est pas vrai ! » Mais j’lui dis « Ecoute il y a deux jours qu’il couche dans les escaliers ». « Mais qui c’est ça ? Mais…il te l’as pas dit ? » Mais j’lui dis « Mais non, il m’a rien dit moi, et c’est quelqu’un de la police ça ». « Mais non ma pauvre titine il me dit, c’est pas quelqu’un…c’est quelqu’un que l’on attend depuis deux jours ». « Eh beh » je lui dis, « écoute tu l’as dans les escaliers, mais méfie toi » parce que comme les escaliers ça fait des escaliers, j’lui dis « passe ta tête et tu vas le reconnaître, tu le connais ? « . « Mais oui je l’ai déjà vu ». Eh bien ce monsieur, il est devenu un grand en Espagne après Franco. Et c’était, je vous dirais pas son nom, mais c’était un… té, Luis vient de partir et il me dirait le nom, je m’en rappelle pas, ça va peut être me revenir.

Marianne : C’était pas monsieur Carillo ?

Valentine : Voilà. C’est lui

Marianne : Un dirigeant de…du parti communiste (espagnol) espagnol.

Valentine : Mais quand je l’ai revu…

Marianne : C’était une gaffe que vous aviez faite là hé *rires*

Valentine : Non si vous savez, mais il m’embrassait cet homme, ah il me dit écoute ma pauvre si tu voyais ça ça me donne encore les larmes aux yeux, il me dit « Mais t’es formidable, mais c’est pas vrai ». Eh beh, il dit viens à ses copains, « alors ça alors elle est bien comme sa mère » *rires*. Ah mais j’aurais pas fait entrer hein, il aurait pu coucher huit jours dehors, c’était Carillo, c’est ça, c’est exact.

Marianne : C’était l’anecdote entre autres hein de ce qui se passait Rue Sainte-Catherine à Bordeaux chez vos parents donc. (Eh oui). Vos grands parents sont…donc étaient en Espagne, vivaient en Espagne,(ils vivaient à Madrid) euh à Madrid sous le règne d’Alphonse XIII et ils étaient déjà euh engagés politiquement, votre père (mon grand-père) en tout cas ? votre grand-père

Valentine : Mon grand père, oui, c’était un grand républicain. Il travaillait dans les chemins de fer comme je vous ai dis, il faisait Paris…euuh mon dieu Paris, Madrid-Hendaye euh pas Hendaye, Irun pardon, parce que le train ne rentrait pas à ce moment là, et puis un beau jour on est venu lui dire qu’il fallait qu’il parte. Non, on avait été avertir ma grand-mère de préparer ses baluchons parce que mon grand-père allait être arrêté. Alors ma grand-mère préparait la pauvre ce qu’elle a pu, et puis sa mère à ma grand mère c’était mon arrière grand-mère lui a donné de l’argent enfin bref, et puis on a pris mon grand-père qui arrivait à Irun et on l’a passé avec, je sais pas, y’a eu un système là de comment on appelle de douanes, il est passé par derrière et y’avait le maire de Bidart qui attendait avec une camionnette et qui a, enfin amené mes grands-parents, ils ont habité à Ilbarritz, euh c’était au château du baron de l’Epée, je sais pas si vous connaissez entre Biarritz et…et…enfin Bidart. Et là ils ont…ils ont vécu là, ma grand-mère était enceinte de ma tante et puis voilà après ils ont vécu là des années après ma grand-mère est décédée et maman s’est mariée à Bidart et puis c’est là qu’elle a eu mon frère aîné. Voilà alors donc mon grand-père le, lui pour lui ça a été un coup terrible parce que c’était un homme qui avait une très bonne situation et qui a été obligé de se mettre à travailler la terre donc bon il l’a fait, il le faisait bon mais ça l’a laissé un peu aigri et puis bon, après, il a beaucoup changé parce que… personnellement il battait sa femme, enfin ma grand-mère était très malheureuse la pauvre, elle est morte à 54 ans et elle a fait 12 fausses couches. Alors pour vous dire, c’était pas la joie. Et quand alors, les premiers temps ils couchaient par terre, d’abord elle s’est accouchée de ma tante par terre et puis après euh c’est à ce moment y’avait pas toutes ces maisons y’avait pas tout… y’avait si des fermiers, alors après ils ont su que ma grand-mère avait accouché alors là on leur apportait des lits on leur apportait des meubles, et puis bon beh voilà quoi elle a beaucoup souffert quoi. Et ma mère je crois que c’est ça qui l’a beaucoup durcie, parce que ma mère elle a…elle a été placée, elle a été placée chez le…un comment ça s’appelait , le « Pacha d’Egypte », qui avait une grande maison euh là-bas dans le Pays Basque et puis bon elle avait le linge, voilà, mais très jeune parce c’est..elle avait 14 ans hein quand on l’a placée. Et puis voilà, et puis après je vous dis, elle avec mon père ils se sont connus au bal, et puis ils se sont mariés. Marianne : Mariés et ensuite quelques années donc dans la résistance à Bordeaux. Valentine : Voilà, à Bordeaux ça ça commençait pour elle à faire de la résistance parce que là bas non, y’en avait pas de… à faire de résistance, mais je…jamais j’aurais pensé que ma mère irait jusque là parce que bon remarqu mon mari me disait « Ta mère elle est très forte ». Alors pour en revenir à la lucarne, alors cette fameuse lucarne qui se trouvait, parce que ma mère avait le troisième et quatrième étage, et elle louait des chambres, alors au début elle louait à des navalets qui étaient Cours de la Marne à la Santé Navale, et après elle louait à des euh en haut au quatrième à des apprentis cuisiniers parce que mon père travaillait avec l’homme et puis un garçon de café. Et alors quand elle s’est mis dans la..dans la résistance, c’est mon mari qui lui a donné l’idée de cette lucarne. Et alors lui il en a pas parlé au propriétaire, mais mon mari c’était un peu son métier, il était fraiseur-ajusteur bon il avait fait un…un rectangle hein, beaucoup plus grand euh mais carreau, de façon à que un corps puisse passer. Et…on en a eu besoin qu’une fois hé, et ils sont descendus par la dalle la rue d’Alembert, pris le cours Pasteur mais heureusement qu’il est parti parce qu’il aurait été arrêté par les allemands. Là les allemands l’auraient pris. Et alors mon grand- père quand il est arrivé à Bordeaux, parce qu’il habitait chez ma tante de Biarritz qui s’était mariée entre autres les années avaient passé, elle rendait la vie intenable comme elle l’avait rendue à ma pauvre grand-mère, ma mère avait été le chercher il habitait chez moi. Et alors un beau jour, j’en reviens à la résistance française, les allemands ont débarqué chez moi, avec la police française. Y’avait deux allemands, avec leurs machins à quatre heure du matin je peux vous dire exactement boum boum boum la porte, elle faisait trembler la maison, on s’est levé et puis on a vu cette armée de…qu’est ce que c’est ? Alors bon « Madame Ganuzat ? » « Oui c’est moi ». Y’avait mon père bien sur qui était là. Et puis mon grand-père, pour faire marronner ma mère, il s’était mis à vouloir…à aimer les allemands. J’sais pas pourquoi d’ailleurs hé, mais c’est p’tête pour la faire enra…. il avait changé après. Et alors ils recherchaient un gars qui avait fait sauté un baraquement euh à la poudrerie Saint-Médard. Et soit disant qu’il habitait chez moi. Ma mère lui a … a été cherché parce qu’elle…tout était déclaré à la police, j’lui dis « moi je ne connais pas ce monsieur ». Et c’était un homonyme, il s’appelait Lopez et ma mère hébergeait donc un Lopez. Alors ils ont pas fouillé, enfin il ont regardé juste la chambre mais n’ont pas fouillés, ils sont repartis mais on est allé le lendemain cours de Verdun où là je l’ai accompagné, parce que j’ai eu très peur pour elle, parce que c’était là qu’on mettait les pauvres résistants que l’on…puis que l’on, on les battait, enfin bref on entendait hurler d’ailleurs. Et puis bon, ça se passait et ça s’est passé. Mais elle travaillait aussi ma mère, là avec les français, moi j’suis pas tellement au courant de ce qu’elle faisait, elle faisait passer certainement des messages aussi mais là c’était plus mon ressort voyez, moi mon ressort a été beaucoup plus avec les espagnols qu’avec les français. Bon elle me disait des noms mais tout ça c’est des noms qu’on prend, alors moi j’ai perdu les noms des français.

Marianne : De toute façon elle allait pas vous dire leur vrai nom hein donc euh

Valentine : Non non, et pis moi non plus euh on disait pas ça. Alors pour en revenir aux réunions qui se passaient chez moi, bon beh ça se passait ça se passait, après on est venu habiter chez elle parce que où j’habitais à la Bastide ça s’est avéré petit puisque j’ai eu quatre enfants, deux garçons, deux filles, et nous on a pris le troisième étage et on avait nos chambres en bas donc mon mari n’a jamais rien dit au contraire, il était très bien avec ses gars tout ça il avait pas de…il a eu aucun problème quoi. Alors on leur faisait à manger parce que ceux qui arrivaient de Paris, il fallait qu’ils repartent le soir même, ils étaient pas là pour passer les vacances mais ils repartaient, et puis voilà mais alors là ce qui se passait dans les réunions je ne pourrais pas vous dire parce que je n’y ai jamais assisté et ma mère c’est pareil, elle leur servait à manger et puis après ma mère elle montait chez moi parce qu’elle ne voulait pas savoir ce qui se disait quoi.

Marianne : Elle n’assistait pas donc aux conversations, elle était pas au courant de ce qui se disait ?

Valentine : Ca c’était trop, euh comment vous l’expliquer, trop oh…refermé, m’voyez, ce c’est pas ça.

Marianne : Votre maison était un relais,(c’était un relais) point.

Valentine : C’était un point de chute quoi, et puis bon beh c’est tout, bon elle s’en doutait, elle se doutait bien, mais comme elle disait « Si on me prend et qu’on me maltraite, je peux parler » comme ça elle savait rien et puis voilà.

Marianne : Et ces espagnols là qui prenaient, qui allaient chez vous là, après quelle était leur…leur direction en fait, est-ce qu’ils restaient….

Valentine : Ils étaient mariés, ils étaient mariés ils rentraient chez eux.

Marianne : En Espagne ?

Valentine : Non non ici en France, ah oui oui, non non non y’en avait aucun qui habitait en Espagne, ils étaient tous en France. Mais là décédé, à Jean Moulin y’avait leur photo. Ma euh… beaucoup même j’ai vu que euh une quantité que je ne savais pas qu…qu…qui était décédé, mais même y’en a qu’ont été déportés enfin tout ça, non mais je les ai beaucoup connus ‘fin principalement un, qui était commandant en Espagne, mais celui là euh il m’avait laissé sa valise que j’avais à la Bastide, c’était son uniforme euh…de commandant et puis son argent et ses papiers. Et un beau jour on est venu me demander les papiers, ‘fin on est venu à ma mère mais par mesure de sécurité mon mari avait emporté la valise pour la mettre chez nous au cas où euh y’aurait une descente chez moi. Et on est venu demander les papiers parce que ce gars il est parti, Marta il s’appelait…vous avez connu ? Voilà. Il m’a laissé une fortune. Il m’a laissé une fortune que je n’ai…j’ai jamais plus employé parce que l’argent c’était républicain il n’avait plus de valeur. Pour tous les…les…ce que j’avais fait, et j’ai toujours cet argent. Ca fait un souvenir. Alors

Marianne : Une belle histoire hein

Valentine : Ah oui, il était…c’était un homme formidable donc.

Marianne : On va revenir sur votre maman, qui a donc continué sa vie de militante je suppose après la guerre en France, après la résistance, elle a aidé l’Espagne républi…enfin l’Espagne, les républicains qui restaient là bas.

Valentine : Oui alors bon, elle elle ,je vous dis bon comme je vous ai dis elle est allée deux fois euh beh fallait qu’elle aille et puis bon elle…non en plus maman elle est restée sur Bordeaux, elle a travaillé ici comme je vous ai déjà dis mais y’a pas d’autre chose que je peux ajouter hé de…elle faisait ce qu’on lui disait de faire et elle le faisait, elle portait des messages à Pierre à Paul et beh c’est c’est tout et puis ces fameuses réunions comme je vous ai dit mais c’est…c’est tout.

Marianne : Et vous c’était que des messages que vous portiez, y’avait pas de…

Valentine : Des messages et puis des lettres, mais ce qu’il y avait dans les lettres je ne pourrais pas vous dire parce que c’était cacheté, je n’avais que les timbres à mettre et je n’ai jamais su et ni demandé ce que…ce qu’il y avait dedans. Et puis alors, comme je vous expliquais, beh c’était très collé et il fallait se débarrasser aussi de ses cartons, dans les hôtels il fallait jeter derrière les armoires eh parce que on pouvait pas les laisser sous le lit c’est pas possible. Bon beh autrement j’en ai gardé un mauvais souvenir mais un bon aussi, parce que bon beh à part ça euh j’ai toujours été reçue très bien quoi, à part une…ah oui, un, à part une fois j’étais à Vittoria, et oui j’ai fais trois voyages, j’ai trois passeports. Alors j’ai fais un voyage à Vittoria, et alors là impossible d’ouvrir aussi ces fichus encollages là, et puis je suis partie à Estella qui était pas loin de Vittoria et j’ai abouti chez mes oncles, une soeur à mon pauvre père, qui était très étonnée que je…que j’aille, et ça tombait très bien parce que je leur avais dit que je venais pour faire faire un costume à mon mari, fallait toujours inventer des affaires, que je suis repartie avec le costume de mon mari parce que j’avais des mesures pour faire un costume à un gars. Il a toujours cru que c’était pour mon mari, et là je le…je défaisais dans la nuit et je descendais en bas et je mettais les bouts de carton dans la chaudière. Et alors là c’est que là je descendais chez ma tante, c’était des franquistes.

Marianne : Il faut tout dire. Donc c’est quatre voyages que vous avez fait.

Valentine : Je me suis…excusez-moi je me suis trompée c’est quatre voyages. J’en ai fait deux avec mon fils aîné et deux avec mon second.

Marianne : Et donc dans votre famille y’avait des franquistes bien sûr puisque ça c’était… et alors comment vous…vous inventiez des histoires alors là ?

Valentine : Inventer, fallait inventer. Alors j’attendais mon cochon, pas longtemps je suis restée deux jours, parce que là bas vous savez ils travaillent jour et nuit hé, ils regardent pas à… bon je suis reparti avec mon costume et puis ennnfin hé… voilà et puis après mon oncle, qui était bien là donc comme je l’ai déjà dit, en plus avec les allemands qui faisaient leur aller et venue, un beau jour je…chez ma mère je me s…qui n’était pas là encore une fois, ha, est arrivé un espèce d’allemand, grand comme un…bon, et avec un paquet. Je me demandais qu’est ce qu’il voulait. Et c’était ma tante qui nous envoyait du ravitaillement d’haricots, des…’fin du café, enfin tout ça, bon beh par politesse j’ai fait rentrer ce monsieur, ma mère est arrivée donc elle a ouvert de grands yeux quand elle a vu ce gars .Alors euh, il lui a ‘fin proposé du café mais elle a dit « Vous savez c’est pas du café, du vrai, parce que nous on a… » « Mais madame… »il dit, il avait une petite poche, dans la poche, il a dit « Tenez, voilà, ça c’est pour me faire un café ». Mon dieu seigneur je m’en rappellerais tout le temps de ce grand bonhomme, je sais pas ce qu’il est devenu, j’en sais rien *rires*

Marianne : Et vous circuliez librement comme ça de la France à l’Espagne euh ?

Valentine : Oui, nous les français on pouvait. Mais attendez, non, il faut, la première fois il fallait une lettre d’appel. C’est mes oncles qui me l’avaient euh fait. Parce que mon oncle il avait un commerce, un très grand commerce, il faisait des bourrelets c’est pour ça qu’il a travaillé pour Franco, pour les chevaux. Et alors après, alors il était venu en France alors u eux pouvaient aller et venir, hé, bien sur, ils avaient les papiers. Ils sont venus chez mes parents, et ils sont restés trois ou quatre jour, et ils avaient fait affaire ‘fin allée de Tourny pour les…les…les Vespa. Et nous on a emporté des moteurs, alors là, comme on avait les passeports, à la frontière y’avait une voiture qui attendait les moteurs de… on est descendu à…à Irun, et les…les…les… alors les moteurs sont passés par derrière, et puis après nous a pris le train pour Vittoria et nous avons filé chez mes oncles. Mais eux, ils étaient pour Franco ça c’est…ça c’est…jusqu’à enfoncer jusqu’au clou hé.

Marianne : A la fin de la guerre donc en France, les espagnols ont…sont repassés, certains sont repassés euh en Espagne pour conquérir leur République et euh personne ne les a aidé en fait (ah non). Ils ont du être très déçus par tout ça ?

Valentine : Très déçus. Déjà on était déçus quand ils sont rentrés les pauvres, qu’on les a parqué dans des camps c’est le cas de le dire, et on a été déçu de beh y’en a beaucoup qui sont morts parce qu’ils se sont engagés et tout ça mais on a on a été…on a rien fait quoi euh, c’est t…il faut le dire c’est…très sincèrement on a rien fait. Parce que bon la France était libérée, on aurait pu…on pouvait aller jusqu’en Espagne sortir Franco mais pourquoi ils ne l’ont pas fait je n’en sais trop rien. Ca…c’était au gouvernement à le faire parce qu’à ce moment là beh y’avait plus l’Allemagne, parce que si Franco était là c’est que les allemands l’aidaient et voilà. Mais là, ils ont rien faits. Non…non on a été très très très déçu.

Marianne : Et oui parce qu’il y avait quand même beaucoup d’espagnols qui ont justement donné leur vie ou se sont battus pour la France hein ?

Valentine : Et puis je vous dis ils se sont engagés et tout ça non ça a été… je sais pas, je sais pas ce qu’il s’est passé, je sais pas mais…mais enfin c’est c’était pas bien quoi.

Marianne : On peut parler de votre…de vos retours en Espagne, donc vous n’avez pas été vous ennuyée en tant que française c’est certain mais vous aviez pu vous déplacer dans le pays ? Racontez un petit peu comment était l’Espagne d’alors.

Valentine : Oui, je vais vous ra…oui, je, de ce que j’ai vu oui y’avait beaucoup de misère, ça…en plus de ça, lors d’un voyage que j’ai fait en Espagne mais avec mon mari de…chez mes oncles, je suis allée à Madrid. Ah oui, ça je vais vous le dire. Je suis allée à Madrid. Et puis, passer huit jours, et un cousin germain à ma mère. Ce cousin, qu’elle avait parce qu’il est décédé, on lui avait coupé les doigts, en prison, de la main gauche, donc il ne pouvait plus travailler et il était concierge dans une grande maison enfin, à…à l’avenue euf…je me rappelle plus le nom, d’un aviateur que qui s’était tué, un aviateur franquiste qui s’était tué en avion, ‘fin bref. Et il était concierge là le pauvre homme. Et la nuit, il était concierge dans une bijouterie, je me demande ou il dormait enfin bref. Nous sommes arrivés chez cette famille, mais avant de partir ma tante qui était à « Neseya », elle connaissait par l’intermédiaire de ma mère puisqu’elles étaient belles-soeurs et elle m’avait laissé parce qu’on avait des cartes, on avait des cartes, en frontière ‘fin quand vous passez la frontière pendant la guerre d’Espagne… pendant Franco pardon, on vous donnait même des cartes de charbon…le pain, ‘fin tout. Comme nous on avait pendant la guerre ici en France. Alors elle m’avait donné toutes ses cartes ma tante et elle m’avait dit tu les donneras à Saulo, il s’appelait Saulo, et puis elle m’avait fait un colis de victuailles…bon. Et alors je lui avais donné ça à ma cousine, bon la pauvre était très contente mais elle habitait au douxième étage, ‘fin y’avait l’ascenseur on ne montait pas à pied. Et alors le… bon on a été reçu merveilleusement bien, fallait se cacher parce que mon mari il ne parlait pas espagnol mais il comprenait, il comprenait bien. Alors on sor…on allait au marché avec ma cousine, et alors là elle avait un cabas alors vous allez voir…mon mari, il bruinait il avait mis un imperméable, et il regardait les marchands. Ces pauvres femmes quand elles ont vu mon mari, ensuite comme moi je parle espagnol comme le français, elles disent « la police, la police ». Alors les pauvres femmes refermaient leurs cabas et j’…alors ma cousine a dit « non non non, vous inquiétez pas, c’est mon neveu c’est mon neveu ». Mais sceptiques. Alors mon mari leur disait bon « Non non ». Alors bon. Ca va. Alors, mais elles avaient peur. Alors elles vendaient du pain, elles vendaient de tout ce qu’elles pouvaient vendre et alors on avait repéré parce que le vin il n’en avait plus le goût, ce…c’était ow….ben, hors de prix, les gâteaux aussi, et comme en Espagne il faut rien acheter parce que c’est…c’est.. il fallait pas, il fallait pas c’était comme ça. Alors mon mari sous prétexte, parce que lui il fumait, alors il allait se chercher des cigarettes mais il allait chercher du vin, et puis il portait des gâteaux ‘fin alors bon. Disons, mon oncle, un beau jour il arrive avec de…trois entrées pour aller aux courses de taureaux, c’était les débuts de…eh, aidez moi…oh comme il s’appelle ce torero…euh, non l’autre avant, Dominguin ! Dominguin ! On arrive, j’lui dis « Mais oh, tu es fou mais qu’est ce que t’as été faire ? ». Et puis à la porte il achète des cigares le pauvre, m’enfin bon, on rentre dans ces arènes moi…bon j’y suis allée, ici à Bordeaux j’allais aux courses autos avec ma mère mais les arènes de Madrid c’est formidable. Et qui on se voit ? Franco, en personne dans ses loges. Bon, on était pas à côté hé, bon. Eh beh je dis « Mon dieu seigneur, si un taureau pouvait l’encorner à celui là ». Et voilà, alors ça ça fait que…mais alors dans la rue, ha, la pardon, on montait avec mes cousines le soir on montait tout à fait sur la terrasse parce que les terrasses là bas elles ont des chaises longues, elles ont…ça c’est le…le luxe de Madrid bien sûr, et en face il y avait un dancing on les voyait danser. Et alors c’était la richesse quoi de… parce qu’on a débarqué à Madrid à onze heure du soir sales comme des porcs, parce que c’était des trains bien sur à charbon, on se mettait à la fenêtre on ressortait on était dans un état roh…dans un état, mais c’était incroyable. Enfin bon on est resté huit jours. Mais on a beaucoup de fatigue, et puis enfin j’ai vu Franco de loin…je…je…Je me serais bien abstenue de le voir, de toute façon mon oncle était pas pour Franco puisque je vous dis il avait été interné et on lui avait coupé ses quatre doigts.

Marianne : Ca…oui, quels sont les liens que vous avez conservé avec l’Espagne ou votre famille après la mort de…du…de Franco ?

Valentine : Après la mort de ma tante, je n’ai plus eu de liens, je n’ai plus eu de liens parce que ils se sont…mes cousins se sont comportés tellement mal euh avec la mère que ça m’a…moi ça m’a fait beaucoup de mal parce que bon, faut dire ma mère que quand on est venu habiter ici moi ma mère elle nous a suivi. Et pas que j’ai insisté auprès de mon mari pour lui dire « On va laisser ma mère avec cette pièce comme elle avait rue Sainte-Catherine ». Mon mari avait dit « Non, ta mère elle nous suit elle a sa chambre », ma mère elle couchait là c’était la chambre de mes filles et à côté la chambre de ma mère, notre chambre, enfin tout était calculé pour. Mais ‘voyez, on l’a déracinée. Parce que la vie de ma mère c’était rue Sainte Catherine. Bien sur c’était tout à fait normal parce c’est comme moi maintenant, si on me déracine ça me fera le même effet ou alors c’est moi qui prendrais les dispositions. Mais enfin il est pas question encore d’être déracinée. Mais enfin bon, hé, c’est comme ça. Et puis bon beh malheureuse elle a pas été parce que si elle…elle a été gâtée, tout ça bon par moments beh mon mari avait quelques frictions mais c’était ton mari, c’était ta mère, puis après ils étaient bien ensembles eh *rire* C’était pas…non elle avait très bon coeur, elle avait…elle avait son caractère, eh ça, elle avait hérité un peu du caractère de mon grand-père *rire*, il fallait qu’elle ait du caractère, parce que faire tout ce qu’elle a fait, ça aurait été une molasse elle l’aurait jamais fait ce qu’elle a fait.

Marianne : Et que pensez-vous de la loi sur la mémoire en Espagne justement, qui a été votée là en 2007 je crois ?

Valentine : Ah béh là je suis pas au courant,(vous n’êtes pas au courant) non, là je pourrais pas vous dire. Par contre j’ai parlé avec Luis avant, parce qu’on parlait justement des puits de de charbon, et je l’ai vu sur un journal enfin je peux vous le dire c’est sur l’Humanité, qu’ils avaient ouvert un puits de charbon en Espagne. Et Luis m’a dit que c’était pour faire un musée, moi j’ai pas compris, j’avais pas compris comme ça, je croyais qu’un…ils ou.

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Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Cenon
Date : 08 juillet 2009

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