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Calixto et Jean-pierre CASALES

Calixto Casales
Républicain Espagnol
Né en 1916

Calixto et Jean-pierre CASALES
Calixto et Jean-pierre CASALES
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Les séquences

Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Saint-Front-d’Alemps
Date : 25 août 2009

Retranscription de l’interview

Marianne : Marianne Bernard j’interviens dans le cadre du recueil de la mémoire orale, et aujourd’hui je suis à Saint-Front-d’Alemps. C’est un village situé à environ vingt-cinq kilomètres de Périgueux, en Dordogne, et je suis chez Monsieur Calixto Casales et son fils Jean-Pierre. Monsieur Casales est un réfugié républicain espagnol, il est né le 2 Mars 1916 à… à Almunia de San Juan, Almunia de San Juan, dans la province de Huesca.

Calixto : ouais !

Marianne : Quelles professions exerçaient vos parents en Espagne ? Monsieur Casales est né le 20 (en fait le 02 !) mars 1916 à Almunia de San Juan, dans la province de Huesca, et nous sommes le 25 août 2009. Euh… que faisaient vos parents en Espagne ? Quelles professions exerçaient-ils ?

Calixto : Mon père était surveillant de « lignes électriques ». Il était employé de la compagnie de… de… de… des électriques et alors, il était chez le surveillant pour, pour s’occuper une fois à la retraite. Et ma mère était à la maison quoi, évidemment.

Marianne : Votre.. vos parents étaient euh… savaient lire et écrire ?

Calixto : Pardon ?

Marianne : Vos parents savaient-ils lire et écrire ?

Calixto : Ah oui, oui, oui

Marianne : Je, je vous pose cette ques…

Calixto : Euh, mon père pas énormément, mais ma mère oui, un peu

Marianne : Je vous pose cette question parce que à l’époque en Espagne, euh… les gens étaient quand même assez euh… incultes on va dire, ils n’allaient pas à l’école, hein, il y en avait très peu..

Calixto : C’est exact, c’est exact.. Mais gamin j’ai eu l’avantage de m’a… de m’avoir mis dans un collège de Carmélites à Barcelone, et alors là évidemment, j’ai appris à écrire, à… et à beaucoup plus de… de questions. C’est que, ça « me donne reçu » une éducation différente parce que ma mère voulait que j’aie quand même une éducation « x », et m’avait envoyé dans une, un « coben dacalamélique, établissement des Carmélites » en tant qu’élève, à l’école. Et c’est dans cette école que, j’ai même une photo qui doit être part là je crois, de… de cette pre… de cette… qui avait été prise dans la cour de … dans la cour de ces, de ces « couvent ».

Marianne : Et vos parents avaient un engagement politique, pendant la guerre ou avant la guerre d’Espagne ?

Calixto : Et non, et non, et non aucun ! Non.

Marianne : Alors comment vous êtes-vous retrouvé vous à vous engager dans… euh… dans la guerre d’Espagne ?

Calixto : Dans la guerre d’Espagne, mais j’étais évidemment dans les rangs de euh… de, de, dans les rangs des républicains, il n’y-a pas de doute. Et de ce fait donc, contre Franco. Dans un push. Et je suis… étais même… sous-officier. Officier aussi. Dans les transmissions. Et de ce fait, comme je suis été déjà, intégré dans l’armée régulière, je touche même une pension actuellement. Une petite pension, donnée en tant que sous-officier. Parce que en tant que sous officier déjà, ça signifiait que j’étais déjà un cadre de l’armée. Et c’est donc une petite retraite qui est …. ça pour ça »

Marianne : Et vous pourriez nous dire les batailles que vous avez euh… menées en Espagne?

Calixto : Les « ????? » (trop loin du micro)

Marianne : Non, les batailles !

Calixto : Ah, les batailles de « L’Ebre » et ensuite surtout le… dans le Front Nord, où j’étais dans le, dans la « Poche de Bielsa » qu’on nous avait fermée là-bas, et de ce fait passage ensuite en France, et revenu une autre fois, à Barcelone, pour continuer les combats « dans l’Ebre », dans la bataille de « l’Ebre » .

Marianne : Hum, hum et..

Calixto : .. 1930 d’ailleurs !

Marianne : A… à quelle date avez-vous passé la frontière française ?

Calixto : En 1939 !

Marianne : Mais quelle date exactement ?

Calixto : Le 9 Février je crois que c’était… oui le 9 févier, oui !

Marianne : Et vous pouvez nous raconter un petit peu les circonstances de votre passage en France euh… comment ça s’est passé euh, si vous avez été désarmé aussi, par la police ?

Calixto : Ah, évidemment euh… mon passage en France, c’était les camps de concentration évidemment : Argelès, Saint-Cyprien, on a passé dans ces camps euuuh… d’abord ça à été Argelès, Saint-Cyprien, et, et après évidemment « les exilés en France  » dans des compagnies de travailleurs qui nous avaient em… embrigadées ». Ouais !

Marianne : Et vous êtes allés à quel endroit après ? Une, une fois dans ces compagnies de travailleurs là, vous êtes parti pour quelle région ?

Calixto : Euh.. C’était dans la région de, de, de la Gi… de, de, de la Dordogne. Euh, ouh je me rappelle pas trop bien maintenant n’est-ce pas, mais enfin c’était dans cette région de là-bas que on a été employé.

Marianne : Et j’aimerai revenir sur les, les camps de concentration, si vous pouviez nous… parce que c’était pas les, les camps de concentration des nazis, bien sûr ! Mais si vous pouviez nous raconter une journée dans le camp ? Quelque chose qui vous a marquée peut-être ?

Calixto : Ah béh ce qui m’a marqué, c’est que y avait rien de prévu. Y’a u… y’avait uniquement que les barbelés qui avaient été prévus. Et, y’a eu à ce moment là, comme y avait pas de baraquement, y avait rien, on était à la belle étoile. Y’avait beaucoup de dysenterie de problèmes, puisque c’était la plage. Euh l’eau, c’était une eau, une eau, qui était faite par une pompe en Espagne qui avait été enterrée dans le sable donc c’était saumâtre » quoi assez … Et qui aurait gêné quand même de mauvaise gastrique beaucoup, ça a été très dur d’ailleurs, ah ça a été dur ! Moi j’ai eu la chance de pas, de pas avoir ces problèmes, mais y’en avait que oui ! Y’en avait que « prenez » pas cette eau, et puis à, à tout instant étaient obligés de partir pour pouvoir évacuer.

Marianne : Donc ensuite vous avez été dans les groupements de travailleurs étrangers ?

Calixto : C’est ça

Marianne : Ah, vous êtes parti pour la Dordogne

Calixto : Oui..

Marianne : Et, comment a commencé votre engagement dans la résistance ?

Calixto : Ah, beh, beh… c’est venu tout seul (rires). Ca c’est venu tout seul, parce qu’évidemment, ééh… il a fallu quand même dire euh… ça va faire quelque… quelque chose, et, de ce fait je me suis tout de suite engagé à aller, contre cette système là qu’ils, qu’ils nous imposaient. Et là évidemment euh… j’ai eu même certaines responsabilités d’un point de vue commandement, commandement…

Marianne : Vous, vous pouvez raconter un petit peu ? Vous pouvez développer euh… les responsabilités que vous avez eues à ce moment là ?

Calixto : Eh commandant d’un bataillon éhéhéé.. commandant d’un bataillon de, parce que j’avais cette expérience militaire los espagnols, et moi principalement, comme on était assez actifs, dans ce moment là j’étais plus jeune, et puis, et puis on en voulait quoi ! Et là j’étais commandant de, de ma compagnie, et ensuite d’un bataillon.

Marianne : Et c’était à quel endroit ça ?

Calixto : C’était à Saint… dans les chemins à Saint-Cyprien, dans ce camps là, oui ! Et par la suite quand on est sorti évidemment. Eh oui..

Marianne : Et après votre euh… quand vous vous êtes retrouvé ici là, à, à Saint-Front-d’Alemps pour le euuh, qu’est ce que vous faisiez là ? Vous coupiez du bois ? Qu’est-ce qui se passait là ?

Calixto : Ah, à ce moment là, on coupait du bois évidemment, oui, on coupait du bois. Il fallait euuh… c’est à dire que, euh… on nous avez employé, pour le faire de, du bois euh… et ensuite on nous donnait le, que… le, le, le pécule d’un, d’un, d’un militaire. Et il fallait faire quand même, des euh… nous étions cinq, un mètre de bois à cinq, c’est à dire cinq mètres de bois ! Heureusement il y avait, il y avait des gars qui, qui savaient dominer une hache, mais moi qui n’avait jamais manié une hache de ma vie, c’était pas facile ! Mais enfin je prenais quand même la scie, moi ! Et il y avait quand même un cubain, un de Cuba qui était un grand, qui savait bien conduire une hache. C’est lui qui abattait, puis nous, à scier pour faire le, le mètre nécessaire.

Marianne : Et vous êtes, vous êtes resté combien de temps dans ces GTE, là ?

Calixto : Pffut… je sais pas.. Euh tant que… on n’a, on n’a pas pu s’évader !

Marianne : Voila, quoi !

Calixto : (rires) et on a eu la chance de trouver des femmes qui étaient dans les collines… que… qu’on a… qui étaient dans la résistance quand même, des bretonnes, euh… qui nous ont bien aidées, par la suite. J’ai fait la connaissance de l’une d’elle, elle m’a emmené chez elle par la suite, quand je me suis évadé du camp, et tout ça. Ils m’ont tenu chez eux pendant deux, trois jours. Et après pour le… pouvoir rejoindre Bordeaux, comme le mari, nous étions jeunes à ce moment là. Le mari, il avait la cinquantaine, la femme aussi, alors c’est lui qui a été déjà prendre les billets pour, pour que nous, nous on ne parle pas trop, étant donné que, il’y avait quand même la… gest… le, le… le… la gendarmerie, allemande qui était là à l’écoute, et c’est lui qui, a payé les billets et tout, qui nous a donnés. je vois encore, quand on, quand on est rentré dans la gare, euh… sur les quais le, le, le fille (rires) elle me dit ça comme ça, comme si c’étaient nos épouses, quoi ! Il nous avait cherché une fi… une fille chacun, pour faire croire que c’étaient nos épouses, et que nous on partait.

Marianne : Donc, après Agonac, vous êtes parti à Bordeaux ?

Calixto : Ah oui. Oui, oui, oui…

Marianne : Qu’est ce que vous faisiez à Bordeaux ? Qu’est ce…

Calixto :Eh beh à Bordeaux on était aux capucins et dans cette filière on s’occupait par là-bas, euh… mais enfin, on n’a pas était long non plus longtemps.

Marianne : Et après vous vous êtes retrouvé à quel endroit, après Bordeaux ?

Calixto : Après Bordeaux c’est, c’était à Agonac ! Je, je, je me suis, je suis parti … à Agonac. Parce que à Agonac y avait déjà eu euh… il y avait déja la …. de ma femme la première fois, comme par hasard ! Cette fille, et par la suite on s’est marié évidemment par la suite, oui ! C’était en 40 ça, 39-40. La première fois…

Marianne : Oui, la première fois. Donc, vous êtes parti à Bordeaux, euh… vous êtes rentré dans un réseau de, d’espagnols déjà ? De, de résistants là ?

Calixto : Aux capucins Oui. A l’avenue Fonfrède. En plus (rires).

Marianne : Et vous pouvez nous raconter ce que vous faisiez là-bas, euh… à ce moment là ?

Calixto : Ah, beh à ce moment là, je, je travaillais euh… je me rappelle même pas je crois qu’on était dans, dans un… quelque chose de voie ferrée, je ne me rappelle pas ! Pas trop bien, voyez ! Oui. Oui, mais enfin je suis pas été longtemps parce que je suis parti de… de la à Agonac étant donné que j’avais déjà été et, ça m’intéressait de revenir. On a pris la voie de Langon, et c’est par Langon qu’on a passé, la ligne de démarcation. Parce qu’il y avait la ligne de démarcation à ce moment là. Et c’est par Langon, qu’on est parti, oui.

Oumar : Vous avez du voir un commissaire de police ?

Calixto : Pardon !

Oumar : Vous avez vu un commissaire de police ?

Calixto : Ah oui, il nous a fait la, il nous a fait la euh… une carte d’identité, qui nous a permis par la suite de ne pas être inquiété oui, oui !

Marianne : Tout ça c’était à Bordeaux alors ?

Calixto : Ah ben oui ! C’était à Bordeaux oui, oui. Regardez, le commissaire de police était à la rue des Sens. Et c’est de là qu’il nous à fait une, une carte, qui nous a très bien servie d’ailleurs, parce que pendant longtemps c’était tranquille.

Marianne : Là, votre fils va intervenir pour donner euh… plus de précisions peut-être.

Jean-Pierre : Oui, euh… moi disons que pour compléter ou, ou pour dire ce que j’ai en souvenir euh… de par ce que mon père m’a raconté ou, ou, ou par rapport à mes grands-parents c’est…ce qu’on appelle les abuelos que euh… voilà, quoi je, je, euh… Pour contribuer un peu à la mémoire euh… d’abord sur, sur les parents de mon père. Euh… moi ce que je sais, c’est que au départ ils étaient originaires de l’Almunia, où né…où est né mon père et euh… les… mon grand-père euh… donc le père de mon père s’est engagé dans cette entreprise surveillant des lignes électriques, parce que euh… il y avait eu un problème de, de partage de terre et des choses comme ça, donc il , il a dit moi je, avec ma, ma, ma grand-mère qui était une personne très très forte. Ma, ma, la mère de mon père est quelqu’un de.. un caractère très très fort et, qui était très par rapport à l’engagement, qui était très chrétienne catholique pratiquante et euh… pour moi ça m’a marqué parce que ça a toujours duré et euh… et, et c’est vrai que elle, elle savait lire mais par exemple, pour écrire les lettres, après elle faisait écrire par quelqu’un d’autre, c’est à…. c’est pas elle qui écrivait les lettres, hein ! Et, et, et si je dis ça, c’est parce que c’est, c’est quelque chose une, une motivation, après pour les, les petits-enfants même, de se dire mes grands-parents savaient à peine lire et écrire, et donc nous on a envie de faire des études universitaires et de, voilà, bon ! Et, donc, pour moi euh… que mon père est fait des études chez les Carmelites, ça tient aussi à sa maman qui était très liée à la religion, voilà ! C’est, c’est voilà, bon ! Et euh… ce que je vou… le, le souvenir que j’ai par rapport à la photo dont parlait mon père, c’est que euh… il y-a en photo, bon on la retrouvera peut-être tout à l’heure euh… pour les archives, hein ! Mais il y-a deux prêtres sur cette photo où il est en tenue, hein ! Et euh… y’a un prêtre ou un corps dernièrement, euh… quand il y a eu le soulèvement, il est allé voir la soeur de ce prêtre pour lui dire euh… il faut faire attention parce que ce prêtre euh… il peut, il peut risquer d’étre tué. Et, et la soeur de ce prêtre lui a dit : « Ecoute Calisto, t’arrives trop tard ! » Et, et j’ai vu mon père presque encore pleurer à 93 ans euh… quand il a repensé à ce prêtre qui était très bien, qu’il estimait beaucoup, et qu’il était prêt à cacher chez lui. Et, et, et, et donc euh…euh… c’est pour moi ça a été un moment important, et euh… donc par rapport à, à, à l’engagement du papa, moi le souvenir que j’ai par rapport comment, comment il s’est trouvé dans l’armée républicaine, c’est que donc, mon, mon père euh… lui savait bien lire et écrire puisqu’il avait pratiquement le, le, le niveau bac. Il a même fait un remplacement d’instituteur à Almunia de San Juan. C’est, il m’arrive moi aujourd’hui, de trouver des personnes à… dans, dans, dans ce village, puisque j’y vais tous les ans, euh… qui me disent : « Mais ton père, je l’ai eu comme instituteur remplaçant ! » Hein, donc c’est, c’est, c’est important quand même, 70 ans après ! Mais euh… je… ce que j’ai moi en mémoire, c’est que mon père voulait euh… aller comme commissaire ou comme, enfin un peu dans la police et pour ça il fallait faire le service militaire. Donc mon père au moment de la déclaration de… enfin, au moment de la… euh… du, du, du soulèvement de la trahison de Franco, hein, pour, en 36, il était en train de faire son service militaire. Et, donc lui il était à ce, au moment du soulèvement, il était dans l’armée en train de faire son service militaire. Donc euh… euh… je veux dire il est resté dans l’armée républicaine à… à… à… en tant que militaire, hein ! Et euh… euh… donc ça c’est un élément important, je crois que, pour moi ce qui marque aujourd’hui euh… donc 70 ans après, ou plus de 70 ans après, c’est que mon euh… mes grands-parents comme mon père, avaient une, une, une éducation catholique, religieuse. Euh… ils étaient légalistes, puisqu’ils étaient dans l’armée républicaine et il s’est retrouvé dans l’armée républicaine mais sans euh… et ce qui me, ce qui aujourd’hui est… est, est, c’est de voir après que certains euh… les ont appelé rouges alors qu’au départ ils étaient pas, ils étaient pas, bon alors. Ca c’est, c’est un, un, un de l’armée républicaine. Ensuite par rapport à euh… à, à, à Bielsa, c’est vrai que là il y-a euh… pour les archives euh… je sais pas si mon père vous l’a donné, mais il a constitué un dossier sur la Bolsa de Bielsa euh… qui me parait intéressant, euh… moi je m’en suis fait un double d’ailleurs, euh… et c’est quelque chose qui prend de plus en plus d’importance, parce que dans ce dossier, on voit vraiment euh… comment euh… il y a eu un, un massacre dans cette poche, la Bolsa c’est la poche de Bielsa avec l’aviation qui déversait des tonnes de bombes euh… et, et bien sûr l’aviation, mais aussi avec les italiens, les allemands, les… et, et, et euh… et bien c’était pratiquement euh… mon père me racontait, euh… que et bien eux ils avaient des mulets pour tirer les, l’artillerie, enfin c’était, c’était très rudimentaire je veux dire, c’était un combat complètement inégal quoi, c’était, voilà voila ! Donc c’est, c’est, c’est quelques petits points que je, je voulais apporter par rapport à, à, à ce niveau là. Euh… ensuite, effectivement, il y a eu ce passage en France et mon père m’a raconté que, quand ils sont passés en France, il y avait des gendarmes qui leur, qui a… français qui disaient est-ce que vous voulez euh… revenir en Espagne euh… mais par cô… côté Franco, quoi hein, côté voilà, côté franquiste ou, ou, ou est-ce que vous voulez aller côté Barcelone et que la…

Calixto : Il nous le demandait euh… un officier français. Et à chaque côté de lui il y avait un républicain et un franquiste, mais ils ne parlaient pas. C’est le, le commissaire français qui nous demandait où on voulait aller. Si du côté franquiste, ou du côté de Barcelone qui était républicain. Les autres disaient rien, ils étaient là comme observateurs, autant l’un que l’autre, mais n’avaient pas le droit de parler, eux. C’est comme le… euh… l’autre commandant qui nous demandait où est-ce qu’on voulait aller, alors moi évidemment j’ai dit, du côté de Barcelone, du côté républicain, c’est sûr ! Y’en avait d’autres qui, qui, qui qui n’en voulaient plus. Moi je sais pas si j’en voulais, mais j’avais, je voulais encore défendre mes couleurs. Voilà !

Jean-Pierre : Voilà, donc c’est, c’est, c’est une étape je crois importante, comme il y-a une autre étape importante dans les choix de de mon père, c’est que euh… sa mère, donc ma grand-mère, est est quelqu’un qui était… ils avaient des amis euh… qui étaient côté franquiste. Et, à un moment donné, ma grand-mère est allée à la frontière, pour chercher mon père. Pour lui dire de revenir, pour lui dire de ne pas rester. Et et elle était là ! Et et mon père me dit écoute, quand tu sais que ta mère vient te chercher, et, et là de, de, de, de l’autre côté, elle a, elle s’était procurée les papiers, que, que, que mon père, que mon père, et je crois qu’il a encore un papier comme quoi, euh… mon père était quelqu’un de bonne conduite, à qui on pouvait faire confiance, euh… qui pouvait revenir, qui… qu’on pouvait le laisser passer et tout et tout ! Et, et mon père m’a souvent raconté : »Tu sais cette nuit là j’ai, j’ai pas dormi, je tran… il faisait froid mais je transpirais à grosses gouttes, euh… parce que j’avais une décision importante à prendre et, et, et la décision je l’ai prise de, de, de ne pas revenir, et de rester ». Voilà !

Calixto : Alors, alors, j’ai, je suis revenu donc, une autre fois à la frontière, parce que je ne voulais pas rentrer, pour aller du côté franquiste. J’étais engagé puis, ma mère, il a fallu qu’elle reparte. C’était à Figueras, il a fallu qu’elle reparte, j’ai dit : « Non maman, pas d’histoire, moi je reste ici, et j’irai bien en France, et après on verra ! » Mais moi je n’abandonne pas mes, mes camarades de combat, je ne vais pas avec Franco. Eh beh..

Jean-Pierre : Voila, donc c’est, c’est des moments, enfin que j’ais, que j’ais en mémoire parce que, ça veut dire que ce sont des euh… des, des, des choix. 39 c’est vers… à l’âge de 23 ans, hein, euh…à, à, à 23 ans on, on fait ce choix euh… d’au… d’autant plus difficile que, il avait perdu, sa soeur euh… Maria, euh… qui était morte dans un sanatorium justement a Pineta, à côté de Bielsa. En… en 38, donc c’était des moments, enfin je veux dire par rapport aux parents… Alors a… après le, le, le… moi ce que j’ai en mémoire, mais qu’il m’a raconté, enfin que, c’est, c’est euh… c’est qu’Argelès, effectivement, euh… il y avait une différence entre euh… les, les officiels, le, la police, le, et, et la population euh… qui était très… très proches, enfin solidaires, quoi, voilà ! Et, ce que j’ai aussi en mémoire, c’est qu’à Argelès, euh… il a fait pas mal de, de métiers. Dont le métier d’infirmier, hein, et que euh… à cette occasion là, il y-a eu quand même des rencontres euh… importantes pour euh… , je veux dire de, de, de, de gens déjà, qui sont camarades au point de vue organisation même avec l’union des es.. national des espagnols avec, voilà donc euh… c’est, c’est cette étape d’A, d’Argelès, enfin c’est en complément de tout ce qu’il a dit, qui, voilà, mais, mais pour moi, c’est quelque chose que, que j’ai en mémoire, et après, là aussi il y-a eu un autre choix. Un autre choix qui euh… que les, qui leur était proposé, c’était : soit ils allaient dans des camps de travail euh, comme il l’a dit tout à l’heure, soit ils allaient dans la légion étrangère, et mon père a choisi, lui, de ne pas allé dans la légion étrangère, lui a choisi d’aller dans le camp de travail. Et, après Argelès, il est a, ils sont a, ils ont été envoyés dans le Loiret. Dans le Loiret pour faire, euh, pour participer à une construction de chemin de fer, mais euh… vue, la débandade qu’il y-a eu très vite, ils se sont euh… i, i, ils ont été rapatriés, et c’est comme ça qu’il est venu en 40 à Agonac. A Agonac et dernièrement d’ailleurs on est allé ensemble là où il logeait, au chai euh, au chai à Agonac, mais avec le petit fils on a pris des photos parce que c’est, c’est, c’est important de, que, que, que les petits enfants aussi puissent, puissent voir un peu euh, où était leur grand-père, quand ils sont venus à… 23, 24 ans, et euh… là euh, quelque chose d’important aussi, c’est euh, encore aujourd’hui, c’est bien sûr, euh, ben ce travail forcé qu’il faisait avec les bois, les cantonniers, enfin des trucs, ne, mais une intégration dans la population avec beaucoup d’espagnols parce qu’il jouait au foot. Donc le sport comme, comme facteur d’intégration, comme moyen de, de voilà ! Et effectivement, c’est là où il a rencontré pour la première fois ma mère, voilà, hein en, en, en, en 39,40. Mais, après Agonac, le camp de travail a été transféré en Corrèze. C’est euh, là donc d’où, d’où ce, ce, ce, ce livre là qui a été fait par euh, voilà hein, sur le, le, les forçats espagnols des groupes de travail étrangers de la Corrèze, hein, et euh… là euh, c’était pour faire du bois, mais ils travaillaient pour rien enfin pour moi, c’est là aussi, c’est, c’est quelque chose peut-être pour ma mémoire qui est important, c’est de dire mais c’était de la main d’oeuvre à bon marché, euh, c’était voilà, pour de, de, de l’exploitation..
Calixto : De l’exploitation puisque, on nous donnait que les 50 centimes de, de, de, de, des choses. Mais nous devions faire quand même une, euh.. à cinq, cinq stère le bois. Et évidemment celui qui n’avait pas touché jamais la hache de sa vie, ben, mais nous avions la chance d’avoir un cubain, un, de « Cuba » qui lui alors, il savait à la scie encore ça pouvait allé, on y arrivait. C’est qui nous sauvait quand même !

Jean-Pierre : Alors c’est vrai que bon, ce que j’ai aussi en mémoire par rapport à, à mon père, mais parce qu’il me l’a raconté, parce que, voilà. C’est que, euh, effectivement tout le monde euh… dans ce camp de travail ne pouvait pas produire euh… ce qu’il fallait produire, et puis euh, mon père a, a…, a était euh, était quelqu’un euh, qui, euh intervenait assez souvent, quand il y avait des choses qui n’allaient pas, bon. Et à un moment donné, la gendarmerie a eu à donner des gens de ce camp, pour aller travailler à la… rade de Brest, en haut, il a fallu euh… qu’il y ait quelques personnes, et c’est, il a été, il a eu le privilège, mais parce que, parce que il valait mieux l’écarter de ce camp, lui privilège entre guillemets, hein, c’est, c’est, c’est simplement qu’il a été donné par des gendarmes français aux allemands, pour être, pour aller euh, comment ça s’appelait déjà le… a côté ?

Calixto : Le Fort de Montbarey

Jean-Pierre : Voilà, le Fort de Montbarey

Calixto : Le Fort de Montbarey, à Brest

Jean-Pierre : Ouais, ouais… Et… mais, la, la, la ville c’est quoi déjà ? Je me rappelle pas, Saint I, non ! Je me rappelle pas, pourtant on y est allé ensemble.

Calixto : Le Fort de Montbarey à, à l’arsenal de Brest, il y avait six kilomètres

Jean-Pierre : Voilà oui, mais comment elle s’appelle la ville à coté de Brest là ?

Calixto : La ville ?

Jean-Pierre : La ville oui, dans laquelle est le Fort de Montbarey ? Oh pourtant on connait que ça.. mais enfin bon c’est pas gênant !

Calixto : Saint-Pierre-Quilbignon !

Jean-Pierre : Ah voilà Saint-Pierre-Quilbignon ! Voilà, c’est ça, Saint-Pierre-Quilbignon ! Bon, et, et donc

Calixto : D’ailleurs, d’ailleurs, Saint-Pierre-Quilbignon que chaque fois qu’on passait par là il y avait la population, qui nous disait, il nous disait « défendez-vous » français, ne vous en faîtes pas « on est avec vous ». La population elle nous, (…) que les sentinelles évidemment elle les captaient, quoi, au point qu’il y-a une fille que, elle a donné la main, la sentinelle l’a, l’a, l’a sortie brusquement, alors y’en a un de nous, qui était dans la file, quand il a vu que cet allemand là avait écarté la fille si brutalement, il sort dit (incompréhensible) (rires) vite fait, que les gens de la file, mais d’ autre part, et quand il s’est relevé l’autre le cherchait, oui mais où il est ? Béh, cherchez ! Oui ! (rires)

Jean-Pierre : Donc, bon là aussi euh, pour, pour, pour, pour euh, quelqu’un qui par rapport à mon père, je veux dire c’est un moment important de se dire tiens, des gendarmes français ont donné un immigré à des allemands, euh, pour aller continuer les travaux forcés mais pour les allemands dans un arsenal, euh, pour combattre la, la, la, la France, quoi là. Donc, il, il était à ce Fort Montbarey, où, qu’on a visité euh, euh… ensemble, il y-a quelques, quelques années, et euh bon là effectivement, le, le souvenir que… que j’ai de, de, de ce qu’il m’a raconté, c’est qu’effectivement, il y avait des personnes qu’étaient plus faibles que d’autres. Je me souviens même que tu m’avais parlé d’une personne juive je crois, qui n’arrivait pratiquement pas à, à travailler, enfin donc il y-a, il y avait une solidarité très forte qui se… qui se… qui s’exerçait. Et, et là, alors je crois qu’il en a un peu parlé, mais chaque fois qu’on parle de la Bretagne et des bretons, mon frère, mon père dit tout de suite : « Ah mais ça, les bretons ce sont des gens biens, ce sont des gens biens ! » Parce que, parce que euh il y a eu euh… là aussi cet acte de solidarité euh… trés important dont il a un peu parlé tout à l’heure mais, mais une personne qui prend le risque euh, au risque de sa vie devant la barbe des allemands, de le faire évader, de l’héberger chez elle, et après de, de, de, de l’accompagner, de lui, de, de, de, de lui donner des vêtements, de lui prendre ses billets de train, euh, de l’accompagner, enfin je veux dire c’est, euh, c’est voilà, je veux dire, c’est, c’est quelque chose de très marquant aujourd’hui de voir ce que des personnes comme ça ont pu faire pour des immigrés euh… sans papiers, parce que à l’époque ils avaient pas de papiers, puisque les papiers il les a eu qu’après à Bordeaux, hein. Et donc, de euh là, il est allé à Bordeaux, bon, et euh par le train, enfin voilà ! « lalalalalalala ! ». Et, et, et, et là, euh, ce que j’ai en souvenir d’après ce qu’il ma raconté, hein, d’après ce que il m’a dit, c’est que effectivement à Bordeaux, donc euh, il a eu aussi euh ce commissaire, euh très euh certainement dans la résistance comme ça, mais qui lui a dit : « Ecoutez, euh, avec ces papiers là, euh, ne restez pas trop longtemps, euh à Bordeaux. » Et je crois que t’étais allé faire un tour à Royan euh, à Royan, où t’avais rencontré quelqu’un, euh, t’avais, il avait pas d’argent, il avait juste un bonbon à sucer, pour, il a, il avait du, du, pas d’argent, rien, enfin voilà. Et après après donc, ce que je sais c’est qu’il a passé la ligne de démarcation, du côté de Langon, et effectivement, en, euh, il est revenu là où euh, il avait des copains du foot, là où il avait connu une personne qui allait devenir sa femme, il est revenu a Agonac. Voilà moi les, les, les, les, les souvenirs que j’ais. Alors, ici quand il est euh… revenu a Agonac, euh… et c’est vrai que, le…il y-a eu assez rapidement, il, le mariage a eu lieu en 43, hein, le, le, il s’est marié avec ma, ma, ma maman en 43, qui était agricultrice ici, mais là aussi euh… souvent, euh il me dit, euh, il me dit tu sais, euh… ta maman était quelqu’un de formidable, parce que à l’époque, pour une jeune fille de la, de la terre, une jeune agricultrice, euh… choisir à, à 20 ans, comme c’était en 42, ils se sont mariés en 43, à 20 ans un espagnol, qu’ici était, c’était le rouge, hein, le rouge, qui, qui parlait pas très bien français, donc qui était, et donc euh, mon père lui a dit : « Ecoute, avec euh… les engagements… »

Calixto : Je me défendais déjà assez bien parce que j’avais étudié, le français, je, je me défendais assez bien, parce que je l’avais étudié aux Carmélites

Jean-Pierre : Voilà, voilà, voilà, tout à fait, tout à fait ! Alors, il, il lui a dit, a dit : « Ecoute, réfléchis bien, parce que moi j’ai beaucoup d’engagements, euh… j’ai des engagements euh, je, euh, je, je, la résistance euh, le, par rapport à l’Espagne, je, j’ai des choses à faire, j’ai, j’ai des responsabilités, et donc, tu risque peut-être de ne pas me voir beaucoup, donc, euh… ». Et ma mère a dit : « Non, non, non ! ». Voilà, et il se marie avec, enfin, voilà quoi, ça a été ça, mais c’est, c’est, c’est quelque chose d’important cette, cette, cet, cet union qu’il y-a eu euh… malgré, malgré, de la, les engagements, les combats qu’il menait, voilà !

Calixto : Et oui, parce que je lui avais dit, moi je, je n’abandonnerai pas les combats. Pour l’espagnol il n’y-a pas de problème. Y avait quand même, que de, des gars de chez nous qui entraient à l’intérieur. Euh, moi j’étais en plein dans le réseau pour le faire passer, mais alors elle m’a dit: « Mais ça fait rien ! Bon, et beh alors, puisque tu veux courir le risque, tu le cours ! Mais, je continuerai ! » Voilà, j’étais, ah j’ai eu une maman qui était comme ça, oui ! Puis une femme, une, c’est une confiance en moi extraordinaire, et évidemment elle pouvait, puisque j’ai fait tout le possible pour que, elle ne, n’en souffre pas rien de mes activités. Ca c’est sûr !

Marianne : Donc vous êtes revenu à, à Agonac, vous vous êtes marié avec votre épouse donc , et vous n’avez pas rencontré de, de problèmes, avec les gens du, du village euh vous avez été bien accueilli ?

Calixto : Ah oui ! Oui, ah ben à, à Agonac oui, j’ai été très bien accueilli, parce que il y avait déjà eu plein de passages, et puis comme on jouait au football à ce moment là, j’étais le, le, le capitaine footballeur, donc j’étais aussi espagnol, qui, que, qu’on, qu’on jouait dans l’équipe d’Agonac dont point de vue foot,(…) et ces espagnols qui y’en avait qui étaient costauds, hé. Donc de ce fait c’était, d’ailleurs y avait une chanson qui disait : « Encore un match de gagné, c’est Agonac qui passe, encore un match de gagné, c’est Agonac qui a passé ». Eh, c’est pour vous dire ! On avait dans cette équipe des espagnols que, un de valence, euh, d’autres catalans, moi dans les bois. Ouais !

Marianne : Et, est-ce, est-ce que vous avez gardé des liens avec votre pays ?

Calixto : Avec le pays, oui toujours ! Oui toujours, oh là ! Je pense bien, j’étais une maison là-bas encore, que je garde, et qui vont mes enfants, mes petits enfants. Hum, ils vont là-bas, moi aussi mais moins maintenant parce que je ne peux pas conduire, j’ai pas le droit. Hein. Marianne : Et à quel, à quel moment êtes-vous revenu en Espagne ?

Calixto : Oh, euh, c’était, sitôt que j’ai pu, c’était en 39, en 39, non, je crois « donner l’entrée », je me rappelle pas très bien, mais enfin, euh…

Marianne : Après, après la guerre, après la guerre en France ? Voilà, oui ?

Calixto : Après la guerre d’Espagne, oui !

Marianne : Donc, vous a, vous avez pu revenir en Espagne là ?

Calixto : Ah, oui, oui, oui, oui ! Oui, oui, oui ! J’étais même, j’ai même de, une photo dans laquelle j’étais sous-officier de l’armée républicaine espagnole euh dans, dans l’équipe de transmission de la 43ème division

Marianne : 43ème, oui

Calixto : La 43ème division qui a été fermé à, à Bielsa et qui a passé en France ensuite, la division

Marianne : Et quelle, quelle mémoire avez-vous entretenu avec vos enfants ? Que, que, quelle, qu’est ce que vous avez raconté ? Qu’est-ce que vous l’avez, leur avez raconté de votre vie euh… passée ?

Calixto : Ah ben simplement euh, la vie de quelqu’un qui a été excédé par la force, des choses n’est-ce pas ! Et par la suite si on décide de l’avenir, et le fait quand même que mon peuple puis mon village profite de, de la solidarité internationale, de, du contact, disons, qu’on doit avoir avec les gens. Que, quand ils se stabilisent évidemment ! Tant qu’ils s’étaient pas stabilisés, c’était impossible, mais ils peuvent le dire que c’est ce que je leur avais toujours dit. Et déjà, plus petits et jeunes, ils étaient tous là-bas, là !

Marianne : Donc vous n’avez pas occulté cette partie là, de, de la vie de comme, beaucoup d’espagnols n’ont pas parlé à leur, à leur descendance de tout ça, vous ça n’a pas été le cas ?

Calixto : Ah non, non moi, moi j’ai raconté toute cette histoire, au contraire euh, c’était nécessaire qu’ils sachent pourquoi je suis, je suis, étais là un exilé, hein ! Et pourquoi je ne pouvais pas revenir avec Franco. Parce que j’étais déjà de l’armée républicaine, et j’é, et j’étais déjà un ennemi qui travaillait contre lui.

Jean-Pierre : Oui, euh, ben par rapport à, là effectivement je crois que, on a eu beaucoup beaucoup de, de, de souvenirs racontés par, par mon père, la, la chance effectivement d’aller à, à Almunia dès 55, 56, j’avais 7, 8 ans, euh, et mon père au début n’y-est, n’est pas allé, j’y-ai, on y est allé nous, uniquement avec ma mère. Parce que mon père ne, ne euh voulait avoir quand même quelques garanties avant de, de, de revenir. Donc la première fois on y était allé que avec ma mère, euh et lui est venu après. Euh maintenant euh c’est vrai que euh ce qui est impressionnant, c’est de voir que… dans ce village, ce village est très attaché à, à mon père et à ma mère. C’est à dire que dernièrement pour les fêtes de, de, d’Août, les, les fêtes annuelles du village, le maire euh, dans son adresse à la population, je, je l’ai pas là, mais sinon j’aurais, j’aurais pu vous le montrer, il a un paragraphe pour Andrée la femme à Calixto Casales, euh… qui vient de disparaître, et euh, euh, il lui rend hommage, et, et tout, tout ce qu’ils ont fait pour que euh, le village soit plus humain, culture plus humaine euh, euh, voilà donc, c’est, c’est quelque chose de très important. Mais oui, ben, je, je, je, il faudra que je le retrouve là. Si, si, mais je vais le retrouver. Euh, maintenant, moi ce que je voulais dire en tant que, que, que fils, c’est que on est tellement euh… disons, imprégné de cette, de, de ces souvenirs, de cette mémoire, que, ben on a, on a envie de, de s’identifier, c’est à dire mon frère et moi, on a fait la démarche pour avoir la double nationalité, euh, donc pour être espagnols, euh, en même tant que français, donc c’est quelque chose, c’est une démarche importante pour ce, et, et, euh, euh c’est vrai que, moi actuellement, en Espagne j’aborde de plus en plus le, le thème de la guerre, de la guerre civile. Euh et, et, et à tel point, que euh, dernièrement avec une, une, femme que je connaissais depuis longtemps, qui, dont le mari euh, enfin avec des opinions très, très différentes, et bien elle m’a passé un bouquin Historia sur le frère de Franco, Ramon Franco, je ne, que je ne connaissais pas, qui était opposé à son frère qui était lui républicain. Euh, me, m’a, dans ce même numéro il y-a comment Franco a hébergé des nazis, euh après, et, et, et donc euh, euh je dois dire que, il y-a des choses qui se passent maintenant, enfin c’est pas, euh, grâ… grâce à toute cette mémoire on, on, on a envie enfin y-a, y-a une chape de plomb, quand on y est allé nous, de 55 à 76, là pendant que, jusqu’à la mort de Franco, et, et même un peu après, même, on, on, on, euh il fallait pas trop en parler ! Euh, faut pas, fallait pas parler parce que bon ça, ça n’allait pas quoi, les Gardes-civiles tout ça, bon. Et, et maintenant on commence à parler, et donc à 62 ans (rires) je, je commence à parler, de l’histoire de mon père, et, et de l’histoire de mon père, mais, de l’histoire du mien, mais c’est aussi l’histoire, essayer de mieux comprendre, euh, comment un, euh… un général qui avait prêté serment de fidélité à la, à une république, a pu la renverser, a pu après être…

Calixto : Il l’avait fait au drapeau républicain, hein, jurement de fidélité, il l’a renié ! Et il l’a renié par la suite puisqu’il s’est, il s’est élevé contre. Et pour renverser la république, dont le drapeau, que lui il avait quand même euh dé, déjà euh…juré quoi, fidélité, au drapeau. Il avait bien, il avait mis sa parole de, de, de fidélité à ses drapeaux, puisque il s’est, il s’est élevé contre, par la suite, voilà !

Jean-Pierre : Voilà donc, donc euh, aujourd’hui c’est vrai que, euh… je me trouve parmi les, les, les, les personnes qui, qui, qui sont à la recherche de, de, de données pour, pour mieux comprendre, et, et, mais, mais aussi pour que les autres comprennent mieux ce qui s’est passé et, et pour éviter que, bèh… qu’il y-ait des drames qui se passent comme ça, parce que il y-a eu quand même des, des, des, des, des centaines de milliers de, de morts. Y’a des gens qui ont été mis dans des fosses communes, dont, de, de, euh… voilà ! Et, et, et donc, voilà, je, je crois que, en, je sens un petit changement, d’ailleurs, des gens que je découvre, cette personne donc, qui m’a passée ce numéro d’Historia, euh, Julia, Julietta, hein qui euh, je croyais que c’était quelqu’un qui était… me dit mais le, lis le bien, moi je suis d’accord avec ce qu’il y-a dans ce numéro. Et ce qu’il y-a dans ce numéro eh beh, euh… c’est des choses quand même assez intéressantes pour les valeurs de la République, pour voilà !

Marianne : Après l’expérience que vous avez vécu, qu’ avez vous envie de transmettre aux jeunes générations ?

Calixto : Ah beh… se souvenir de ces combats pour la…l’égalité, pour la…pour la République et pour la fraternité dans la terre entre les hommes, et entre les femmes. Voilà maintenant, les les les…c’est c’qu’on peut admettre, on ne peut qu’admettre que c’est ce qu’on a vécu. Et comme on veut qui ça a été celui là, hein, c’est dénoncer précisément ceux qui vont contre, contre ça. Donc qu’il y ait quand même dans le monde paix, fraternité et amour et liberté.

Marianne : Merci

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Interviewer : Marianne Bernard
Lieu : Saint-Front-d’Alemps
Date : 25 août 2009

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