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Jaime OLIVES

Jaime Olives
Républicain Espagnol
Né en 1922

Jaime OLIVES
Jaime OLIVES
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Les séquences

Interviewer : Oumar Diallo
LieuMonclar
Date : 01 avril 2009

Retranscription de l’interview

euh nous sommes le vingt-ne… le trente juin 2009 à Monclar d’Agenais en Lot-et-Garonne, avec Monsieur Jaime Olives. Euh voilà donc je vais d’abord vous poser les premières questions sur votre enfance où c’est que vous êtes né en Espagne et en quelle année ?

Jaime : je suis né en 22, un 3 janvier, euh… en Espagne. C’était un petit, un village de 2000 habitants à peu près à l’époque, il s’appelait Pons, il s’appelle encore toujours, à la province de Lérida. Euh la vie des jeunesses des, cette époque là comme tous les enfants, hein, vient l’école euh… la messe, euh le foot, c’est déjà, on était, on, on était très sensible au foot. (bruit de bouche) Le vélo encore vous voyez il était très rare encore même dans, dans mon village pourtant, il y avait pas mal de voitures déjà, hein. Alors, mais enfin c’était, tait… la vie paisible euh…. c’é… c’était quelque chose de merveilleux pour l’époque, hein, mais calme très calme. Euh, ce qui a tout dérangé, ça a été les, les, le coup d’état qui a fait Franco et ses généraux, euh… en voulant euh… se défaire de la République.

Et que, que faisaient vos parents, dans quel milieu eux étiez-vous ?

Jaime : Oh, milieu, le milieu, le milieu simple ! Euh… mon père a tra, travaillé, d’abord il a travaillé un peu dans la mairie comme gardien des, euh… des villes. Euh… il avait un, il avait un, un mal à propos parce que une fois il a voulu faire un PV, un… à un fils de gouverneur, ça lui a coûté la place. Après bon, ça, ça a été… m’enfin euh, c’était des simples, des gens simples, tout simplement ! Euh, ils vivaient en travaillant, tout simplement, pas plus que ça ! Mais, pour nous la jeunesse euh, c’était l’école le principal problème, l’école et l’église. Moi j’ai été enfant de coeur pendant 4 ou 5 ans, parce que ma grand-mère avait la prétention de vouloir faire de moi un petit curé (rires) bon, bref ! Et comme n’a pas, ça n’a pas réussi, ça l’a pas réussi. Et… la… ce, à ce sujet là, ce qui m’a fait partir de l’église ça a été que, un jour de Pentecôte, jo… joli histoire, un jour de Pentecôte, euh dans la, l’après-midi à laaaa, y’avait un aumônier avec un, un frère qu’était venu de chez pas où ? Mais enfin qui était une personnalité. Il a fait un, un laïus de presque 2 heures et demi, mais, j’étais enfant de coeur et, tous les enfants de, il faisait chaud, très chaud, alors on a dit tiens, on va aller boire un coup. On est allé boire un coup à laaa, à la sacristie, et pour pas que ça nous fasse mal, on a commencé à manger des hosties. Plus je mangeais des hosties, plus je l’avais soif, plus je l’avais soif, plus je mangeais ! Et, alors, évidemment on… quand on a été complètement pété, on est sorti par l’arrière de l’église, et pas loin il y avait les, les gens de la montagne et les oliviers qui sont derrière l’église, et on s’est couché dans les oliviers, on s’est réveillé dans la nuit, je sais pas quelle heure exactement, mais très tard certainement. Euh, peut-être c’était minuit, peut-être c’était un peu plus, à ce moment là je n’avais pas de montre, encore. Enfin bref, euh… et le lendemain, les copains y s’ont failli pas rentrer chez eux, ils ont, on l’a… toute la nuit couru d’un côté de l’autre, et puis moi j’ai pas osé rentrer chez moi, euh dans la journée. J’avais peur de la… parce que les punitions étaient assez sévères. Il nous tapait jamais, jamais on m’a donné euh… mon père une gifle, que je me souvienne. Alors vous voyez ! Euh… mais les punitions, elles étaient assez sévères. Le coin on le connaissait très bien, et pis… ce qu’il y avait d’in, d’intéressant, c’est que, euh votre soeur et votre frère ou machin, si jamais il se fichait de vous, il prenait votre place ! Alors quand il y en avait un de puni on demandait tous, d’aller jouer à la place, parce que c’é, c’était pas loin de la maison, pour pas tomber sur les, sur les machins. Et pis… alors ma grand-mère évidemment ça a été une grande déception, j’ai passé six mois sans aller chez ma grand-mère, alors que j’y étais tous les jours. Euh finalement au bout de 6 mois un jour il m’a réussi à me coincer, il m’a pris par l’oreille il m’a ramené chez elle. Et pis on a fait la paix avec la grand-mère mais, avec lui c’était fini. Alors je suis allé au centre républicain, il y avait un centre républicain aussi à… dans le village assez intéressant. Et pis, avec le groupe de jeunes du centre tout ça, béh j’ai évolué avec eux, hum. La guerre est arrivée, on a fait, on a récolté avec les copains d’école, on a récolté des… des vivres pour les… pour porter à Madrid, qui était presque encerclée, à l’époque. Et pis on a continué à aider au Secours, Secours Populaire, Secours, ce qu’on appelle ici le Secours Populaire, c’était là-bas le Secours Rouge, de Catalogne enfin, euh on a commencé à, et mes copains ils ont été mobilisés euh… à cause de mes trois jours, j’en, je ne j’étais pas de la même année, et il a été, c’est là, ceux qui étaient nés en 21, ils ont été mobilisés. Ceux qui étaient nés en 22 ils ont pas été mobilisés. Alors je m’suis trouvé tout seul ! (sniff), et pis à la retraite de l’armée, la première retraite qui a eu en Aragon, elle s’est arrêtée pas loin de chez moi peut-être une, quarantaine de kilomètres le front ou 50, euh… là, le…. euh… j’ai fait connaissance, vraiment, avec le Secours Populaire, avec le Secours Rouge.

Euh, est-ce que vous vous souvenez du, du premier jour où la guerre a éclaté (Jaime : « ah oui ! »), quel âge vous aviez, et est-ce que vous vous souvenez de ?

Jaime : en 36, cela fait que 14 ans !

14 ans

Jaime : c’est facile à compter, en 36. Oui oui, oh je me souviens oui, mais comme euh… en Catalogne il n’sait rien passé parce que euh… les ouvriers ils ont, ils ont réussi à désarmer les euh… l’armée, et il y avait les partisans armés qui n’étaient pas, pour les, pour le coup d’état, et ça a été peut-être plus facile, y a eu presque la moitié de l’Espagne qui n’a pas participé, enfin qui l’a défendu la République, à ce moment là et, et après par la suite, euh, avec l’intervention des armées italiennes, allemandes, por… portugaises euh, Franco il a eu les, l’avantage des allemands des munitions, de l’aviation que nous n’avions pas, hein ! Alors évidemment nous, euh on nous, on ne tenait pas, on ne peut pas tenir dans ces conditions là quand on a un ennemi supérieur en nombre et en qualité.

Mais comment a réagi votre famille, vos parents euh, à…

Jaime : mon grand-père était plus

à la guerre ?

Jaime : mais, ma famille ? Et béh, on pouvait pas, regardez, on ne, on peut rien faire dans des cas comme ça ! On, on euh, qu’est-ce que voulez faire ? Admettez vous euh, que ici demain il y a un coup d’état, qu’est-ce que vous allez faire à vous ? On peut, on peut rien faire ! On doit suivre, on doit suivre le mouvement, alors bon béh, on a suivi le, le mouvement. Pour, pour nous l’union des républicains, on a, on suivait le mouvement républicain !

Vous étiez tous républicains, il y avait pas de, de dissidents ?

Jaime : au village ?

Oui !

Jaime : si si, il y en avait ! Il y avait même les 7 curés, eeeeuh aucun de ces curés étaient gênés, ni molestés, bon béh euh, y’officiaient plus, c’est tout et, mais autrement aucun on les a fait de mal à personne. Non y’a pas eu… au point de vue local, même dans toute la, cette région là, y’a pas eu des, des mouvements de, de groupes qui profitaient de la situation, pour extorquer ou faire de l’argent faire des, des vols, des vols, euh sous le nom, souvent syndical, sous le nom politique, souvent c’était pas ça, les trois-quarts du temps. Moi j’ai, j’ai eu connaissance d’une affaire, d’un gars que je connaissais bien chez moi, il n’avait aucune, aucun machin. Il a trouvé d’aller dans d’autres endroits, à, à s’exproprier le bien des autres hein, euh quand on l’a, et puis en plus de ça, euh, une fois qu’il a été mobilisé, au cours de la retirada d’Aragon, ce gars là, euh… à un moment donné, son groupe a été presque encerclé, et pis, ce sont les forces républicaines qui ont coupé le cercle, il croyait que c’était les forces franquistes ! Il les a reçu à coups de : « Vive Franco ! » Etc etc… Alors évidemment, elles ont cherché à savoir son milieu, enfin son passé, sa vie c’est, et tout ça. Et pis par la suite, on l’a su, on a eu des preuves, euh… qui, c’était un profiteur de la, de la guer… de la guerre et, bon… euh, ce, ce qu’ils ont fait de lui je n’en sais rien, mais enfin euh, je sais que je l’ai jamais plus revu.

Et de suite après le, le coup d’état, qu’est-ce qui a changé dans votre vie de tous les jours ?

Jaime : ah béh c’est ça ! C’est ça a changé, parce que j’ai, euh… j’ai, j’ai été balancé aussitôt, euh, à prendre position, euh, moralement j’étais catalan, et nationalité catalan, mais dans notre groupe de nationalistes catalans, ils avaient pris tous position pour défendre la République, donc je ne faisais que si, que suivre exactement le mouv… le même mouvement ! Mais y’a, y’a que, quand les fronts ont approché de chez nous qu’on l’a monté, euh… qu’y a eu l’état major d’un grou… des, de la division, et pis il y avait pas mal des, des militaires et tout ça ! Qu’à ce moment là, les dirigeants de, les dirigeants du Secours Rouge sont venus, et y’a eu pas mal de copains internationaux. Y avait, j’ai fait connaissance Valenzuela y sa femme, que c’étaient deux professeurs, deux sud-américains, mais, qui étaient anti-fascistes d’abord, ça c’était une de leurs qualités, et pis ils aimaient aider les autres. Et j’ai appris avec eux, à aider les autres ! Voyez, c’est, euh, c’est, c’est comme ça que, de coeur je suis rentré à l’aide

C’était des gens des brigades internationales ?

Jaime : comment ?

C’était des gens des brigades internationales ?

Jaime : Par le fait, oui ! Mais c’est, je vous dis, c’était un professeur et sa femme, mais surtout, il avait pris, il avait établi là un centre de, de secours pour les réfugiés, pour tous, enfin, pour aider à tous ceux qui étaient dans le besoin, et pis comme j’ai d’abord, je connaissais le village de, je l’ai indiqué où, là où trouver ceci, là où on pouvait trouver cela etc, etc… fi… à fini par, par rentrer dans leur groupe et pis, eeeet je suis resté dans leur groupe. Et pis après pour … on m’avait désigné c’est, il fallait que, que je voyage aussi autour de la région où il y avait des unités pas loin, euh, mais pour ça, il fallait être dans l’armée. Alors, là j’ai pris euh, je suis rentré dans le bataillon de choc du 11ème corps d’armée, parce que leee commandant, euh le « le colonel Galan ??? à l’époque, eh bien, c’était aussi une amie du Secours Rouge, hein. Alors euh, ça me permettait, avec ça de visiter toutes les divisions, quelque soit, avec un laissez-passer, du quartier général, et un ordre de mission du quartier général, je pouvais, et, et à ce moment là, et l’armée m’employait d’un côté, et, et le Secours Rouge aussi, et j’avais la possibilité de nager, de, enfin d’aller d’un côté et de l’autre

Mais vous étiez très jeune pour entrer dans l’armée, vous étiez très jeune ?

Jaime : j’en avais oui, oui j’avais 15-16 ans ! Pas difficile, 15-16 ans, 16 ans !

Et alors,

Jaime : Quand je me suis engagé, j’ai, voyons ça, c’était en 38, je devais avoir 17 ans, plus… 16 ans 1/2 je crois… 16 ans 1/2, alors voyez !

Eeeeet comment alors ensuite vous êtes passé en France ? (sonnerie de coucou)

Jaime : (sonnerie de coucou) béh oui, encore là, là vous vouliez aussi savoir un peu d’Espagne alors ? Encore là, y-a, y-a quelque chose qui est très intéressant, c’est que hum, eeeuh avec le Secours Rouge, avec le médecin, éh béh j’avais una possibilité, euh d’aider, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, et l’armée et l’ai… et l’aide le Secours Rouge, ouais ! Avec pa… parce que j’avais la, la possibilité avec leee, le, le commandant de, de l’unité de la Région hein. Euh, mais comme j’étais en même temps, militaire, il fallait quand même que je fasse quelque chose pour eux ! Alors la première mission qui m’ont confiée, euh, vous imaginerez jamais ! Il y-a eu un coup de main assez sérieux pendant un combat qui a duré 4 ou 5 jours, pas loin et, si y’avait beaucoup de jeunes, de mon âge et ?????? de la, et de la, presque, de la première mission qu’on m’a confiée l’armée, ça a été, de rendre les valises et les effets personnels des gars qui étaient disparus, à leur famille, ceux qui étaient, ceux qui étaient originaires de la région catalane, ou qu’ils avaient un domicile dans la région catalane. Vous voyez le premier travail qu’on m’a donné, si c’était beau ! Euh, je voulais bien le faire, mais je ???? ???? parce que les autres le voulaient me, le voulaient aussi !(toux) Alors ça m’a donné encore davantage effort, alors en même temps après on m’avait désigné, pour porter des messages, j’étais au quartier général tout ??????, celà me permettait en même temps d’aller, d’approvisionner le Secours Rouge aussi, euh du quartier général, à, à Barcelone, au quartier général à la, à la v…, à la, au corps d’armée. Alors, pendant longtemps, tous les jeudis, avec un chauffeur eeeet une voiture, je faisais la navette et, et je travaillais pour un côté, je travaillais pour l’autre, je travaillais, j’étais, je faisais la mission de l’armée en portant les documents de l’armée, et pis en même temps j’étais libre pour, pour pouvoir apporter aussi des, soit au Secours Rouge, le, des aides, qu’il n’avait pas à ce moment là à Barcelone et qu’on pouvait avoir là-bas dans la, dans la région. Euh, il m’est arrivé d’acheter de la marchandise pour les porter à la population de Barcelone qui, qui commençait à avoir faim hein. Alors, euh vous voyez c’est… mais, là je suis rentré vraiment dans la mission d’aide, tout en étant militaire et, et j’ai, je m’en f… alors en même temps, après on m’avait confié d’autres, d’autres missions. Euh, qui je… pour l’armée. Euh, donc j’étais euh… plutôt, euh un agent de liaison, je voul… comme on appelle, on appelait ça après, hein. M’enfin euh… je, je suis pas mécontent de ce que j’ai fait à cette époque là.

Et, euh, vous pensiez que les Républicains allaient gagner ? Ou très vite vous aviez compris que c’est…

Jaime : on avait la foi, on avait la foi ! Euh, on était persuadé que si, euh la non intervention, elle n’aurait pas existée, et qu’on nous aurait aidé en armements hein, et bien nous étions supérieurs en nombre, et en… de soldats. Et puis nous étions… euh, la volonté était différente aussi. Et, et l’esprit de combat, euh… plus euh, plus solide ! Et je pense que ça n’aurait pas tenu longtemps, sans l’aide de l’Italie, de l’Allemagne, qui sont les deux premiers qui se sont ralliés à, à Franco, éh béh ça n’aurait pas, il n’y aurait pas eu le siège de Madrid. Seulement euh… les démocraties européennes elles ont endormi le gouvernement républicain, en même temps il laissait la voix libre à Franco, pour recevoir des, des armes et des munitions.

Et qu’est-ce que vous pensiez de l’attitude de la France, qui n’intervenait pas ?

Jaime : Béh la France, euh, vous savez béh il y avait Daladier à ce moment là, nous étions, nous l’aimions pas bien à cause justement de sa, son esprit, son esprit qui éh, qu’il était on savait bien que c’est, que c’était pas vrai que la non intervention c’était, c’était un men… mensonge, alors euh… la, la France en tant que France était différente pour nous, mais les gens français euh… le, les, le gouvernement français ne, c’était pas nos amis ! Franchement dans l’esprit de beaucoup de républicains, je parle dans l’esprit du peuple, je vais pas savoir ce qu’il en pensait à ce moment là « Legrin????? » ou « Assagne ???? » et tout ça, euh, si « Assagne ??? », je, je le sais parce qu’il a, il est, il a écrit à pas mal, mais enfin, à ce moment là je le, je le savais pas, pis j’avais pas de contact avec lui.

Alors comment vous avez franchi Les Pyrénées ? Comment s’est passée la, la, votre retirada ?

Jaime : Alors dans cette mission, il y a eu… euh, on savait qu’il y avait une, euh… les franquistes préparaient euh, à plusieurs, c’est-à-dire que, les républicains ils avaient fait une attaque à l’Ebre, que ça avait réussi, ça avait marché pas mal, mais ils ont eu une perte des, des hommes, énorme, vue la quantité, vus les, les, les armes qu’ils avaient les autres, et la puissance d’armes et la, notre puissance euh… si on a eu, si on a gagné les, la bataille de pouvoir avoir, de monter au « Mont de Caballe ???? » ainsi de suite, de, de, d’avoir, une position euh meilleure, on a perdu en hommes énormément, mais enfin , bref ! Alors on savait que les franquistes, ils préparaient à ce moment là aussi une, une offensive et, et c’était, mais à la veille de cette offensive là, justement le, les, les copains de « Coupe rouille ??? » là, là, direction à, à, à Barcelone, ils avaient, ils commençaient à se préparer à ça, et alors on m’avait désigné aussitôt qui ont commencé à voir les mouvements des troupes franquistes, avant même qu’ils, avant même qu’ils attaquent, euh, on m’a envoyé à Ragus. C’était la province d’Aragon. Là c’était la première expérience qui faisait, qui faisait les copains selon moi, enfin les copains de Secours Rouge sur moi et, ma mission consistait euh… de voir, aller voir le commandant de la place, lui demander un local et puis moi me débrouiller avec les femmes et les filles dans la, les, dans la localité de région pour monter un, un centre d’aide, hein. C’est surtout pour les réfugiés qui sait qui s’allaient être évacués aussitôt que les autres ils auraient attaqué. Et ça a bien marché, de là je suis allé à « Vaiche??? », puis je suis allé à Cambrils, après je suis allé à, à San Saturnino de Noya et, pis là, la direction m’a rappelé, à Barcelone m’a rappelé, parce qu’à ce moment là j’avais un ordre de mission assez large et, mon ordre de mission durait un mois. Et il fallait que je revienne après le ??? m’enfin, c’était facile à ce moment là ! Alors euh… j’ai, j’ai trouvé le moyen de, de, de pouvoir euh… faire ce que je voulais faire, et ça avait réussi, j’avais réussi à, à engager des, pas mal de femmes et de partout ça marchait, partout ça marchait ! Alors Barcelone m’appelle parce que les copains du Secours Rouge de Tarragone, ils avaient fichu le camp et ils avaient laissé les archives sur place. (bruit de bouche) Alors évidemment il y avait des gens qui faisaient des dons, comme, comme c’est normal on prend leur nom, euh, euh pour pas qu’il y ait de représailles, il fallait détruire ces archives. Alors là je deviens militaire pour, pour, pour rendre service au, au Secours Rouge. Alors, on me donne mission de revenir à Tarragone, et de me procurer les, enfin, de détruire les archives si je ne pouvais pas les amener, c’était ma mission. (bruit de bouche) Arrivé à Tarragone, euh avec un, le, un copain qui m’accompagnait, le chauffeur, euh, euh, l’aviation tout, sans arrêt, tous les quarts d’heure, tous les quarts d’heure, tous les quarts d’heure, enfin bref. Quand on est arrivé vers l’après-midi là, euh… ah ben j’ai dit on peut pas rester comme ça ! Et, on, faut monter tant pis pour les, pour les avions, on va, parce que c’était pas loin euh… le centre sur l’esplanade, alors, on remonte sur le centre et puis on a ramassé, tous les archives, on les a ouvert et on les a trempé d’essence pour, pour que tout puisse arriver à brûler, hein ! De façon qui y ait, qui y ait que de la cendre par la suite, et on a fichu le fin, le feu, et pis on est parti mais, on a détruit les archives. De ce côté là, le, la répression ne pouvait plus se faire. C’était ma mission, je l’avais remplie, j’étais content. (bruit de bouche) Alors, quand j’ai arrivé à nouveau à Barcelone après ce coup là, euh bon et béh je me suis reposé je crois 2 ou 3 jours, et puis on m’a dit si… je sais pas si nous tiendrons, je pense pas qu’on tienne le, les fran… on prévoyait déjà que les franquistes allaient nous pousser à la frontière, alors il faudrait que tu commences à partir de Ripoll de créer un centre d’aide aux, aux, aux réfugiés, hum, comme j’avais fait, j’avais fait là-bas, alors je l’ai fait ! Bon, me voilà parti à Ripoll, en arrivant là-bas, et puis qui…, de toute façon j’étais obligé chaque fois d’aller, d’aller voir le commandant de la place, avec mon ordre de mission et puis d’autres s’il fallait. Parce qu’il, il avait ordre de m’aider aussi, dans l’ordre de mission. Alors, je suis allé voir le, c’était un colonel, un vieux colonel de l’armée espagnole, de l’armée, de l’armée légale, hein, et, quand il m’a vu, quand il a lu mon, mon laisser-passez, enfin mon ordre de mission, il s’est foutu à rire. « Enfin » il a dit, « s’ils le veulent ! ». Bon, moi j’ai demandé le ??? j’ai dit , c’est un local euh, alors, j’avais vu quelque chose là-bas, je lui ai suggéré parce qu’il fallait que, que l’armée le prenne, enfin que l’armée le, puisse le, pour pas avoir des problèmes avec les propriétaires et ainsi de suite. Et pis y’a, là c’est, c’est pareil j’ai essayé de retrouver des gens, des jeunes femmes et tout ça, et pis et, c’est pas l’histoire de, je lui ai expliqué ce, de quoi il s’agissait, et ils ont dit tout de suite :  » oui ! » Euh, et, et ça a marché, ça marchait très bien ! Et, deux jours après le, le colonel m’a dit : « Mais je m’excuse, je me suis trompé sur vous ! » Bon là j’ai monté encore un autre, un peu plus loin euh et pis le dernier euh, à Canfranc, euh, déjà près de la frontière. J’en ai monté trois là, et chaque fois c’était le même principe, euh commandant de la place, les réquisitions… et moi j’avais la possibilité de ma faire livrer par l’intendance, la quantité de repas qu’il faut, vous comprenez ? J’allais chercher à l’intendance 150, 200 repas euh… et pis qu’on contrôlait, pis en plus on récupérait ce que les gens pouvaient nous apporter de, dans les, dans les plans locals. C’était cette, cette, cette mission, et pis c’est là que euh… quand on a fait celui de Canfranc, ça commençait à marcher très bien, et pis tout d’un coup, je vois arriver des membres du comité central euh… du Secours de Barcelone, que je connaissais très bien. Alors, surtout une copine qui était mariée avec un américain, mais que je connaissais très bien, je l’avais déjà connu avant, avant la guerre, la, la dame en question. C’était un professeur, alors je lui ai dit : »Ecoutez, j’ai dit, ça marche ici euh, je vous ferai remplir les bons pour le nécessaire et la nourriture, mais le reste sur place vous vous en occupez ». J’allais pas quand même euh, faire devant mes supérieurs, euh, le travail. C’est à eux, je dépends de la direction, mais ainsi de suite… Elle l’a fait, elle l’a fait jusqu’au moment qu’elle a passé la frontière, il y-a pas eu de problèmes. Mais alors, tant qu’ils étaient ça là, y’a, j’ai reçu un message y’a le commandant de, de Ripoll, le colonel, envoie la moto et pé, il voulait me voir tout de suite. J’ai monté derrière la moto et voilà parti ! J’a, j’avais dit au chauffeur de la voiture, j’ai dit : « on verra après ! » Je vais voir ce qu’il veut, si c’est pressé, parce que lui il m’a pas donné de détails et pis dans, dans l’ordre qui m’a ???? non plus ! Alors j’arrive euh, à Ripoll, il me dit : « voilà ! Y’a deux colonies d’enfants que les propriétaires enfin, le directeur, pas propriétaire, sont partis, y’a que les femmes de ménage et les enfants qui sont tout seuls. Est-ce que vous allez les possibilités de penser que peut-être vous auriez la possibilité de les faire passer en France ? » Moi je dis : « si vous me trouvez deux autocars, et deux chauffeurs, moi je m’occupe du reste. Je me mettrai en relation avec la Croix Rouge Internationale, avec la Croix Rouge Française. » Et pis, c’est ce qu’on a déjà fait voilà comment je suis, je suis rentré en France avec les enfants, hein, y alors…

C’était quelle date, c’était à quelle date ça ?

Jaime : euh ça devait être fin euh, peut-être, peut-être moitié janvier par là euh… au début de janvier. Et avant, avant quand même la, la dernière fois non, c’était le, le 9 février déjà le 8 février je crois, la dernière fois, mais j’étais venu un peu avant avec les, le premier groupe, hein, alors ça fait que… et là j’avais eu là pour passer le frontière, ça a été difficile avec les gendarmes pour, pour nous laisser passer. Euh, ils avaient, euh, ils se trouvaient dans un cas qu’ils connaissaient pas. J’avais beau leur expliquer parce que comme les, je parle le catalan et les 3/4 des, des gendarmes de la région parlent le catalan, on pouvait s’entendre facilement alors, y’a pas eu de problème ! M’enfin, finalement ils, ils m’ont laissé passer. A une condition de ne pas exposer les gosses euh… aux bombardements, parce que, jusqu’à la frontière, les, les allemands enfin, les, les, les franquistes bombardaient tout le temps. Alors on a fait passer les gosses par le tunnel, par en bas, et on a repris de l’autre côté, et alors quand on a passé avec le chauffeur, j’ai passé vide avec les gars, par en haut, puis on a repris les gosses, puis on les a porté là-bas. Alors j’explique ça, aux dames de la Croix Rouge, parce que, y avait un monsieur también, aussi, mais je connaissais pas la, la, la ce que c’était ces… ni le grade qu’ils avaient dans le Secours et dans la Croix Rouge, et tout ça, bon bref. D’ailleurs ça m’intéressait pas ! Alors euh… il me dit la, la dame française, puisqu’il faut que vous reveniez là-bas, allez-vous en vous coucher, le chauffeur aussi, et quand vous réveillerez, quand vous, avant de partir, on vous donnera ce qu’il faut pour, pour passer la frontière. Et en effet, on nous a laissé reposer, et pis, euh… qu’à, au retour, alors ils m’ont dressé un laissez-passer, euh… qui avait fait, la la préfecture ou la sous-préfecture, des, dans les Pyrénées-Orientales, je sais pas si c’était à Port-Vendre même, ou si c’était à Perpignan. Mes feuilles à l’époque je le savais puisque c’était marqué, euh… il m’avait fait un, un laissez-passer, à mon nom, et toutes les personnes qui m’accompagnaient. On pouvait rentrer et sortir de France librement. Alors ça, c’était déjà quelque chose de merveilleux. Alors, quand je suis arrivé avec le dernier, eh bien comme j’avais l’autorisation de, de, de circuler, dans Port-Vendre, chaque fois que les gendarmes qui me connaissaient pas, me dem… je faisais voir, ah bon euh j’avais l’avantage aussi que le vice-consul de Port-Vendre, c’était un, un nommé Santalo, donc c’était originaire de « Gijon ??? », où j’avais mon oncle et, mon oncle le connaissait bien, hein. Alors là, aussitôt que j’avais, me suis sorti de ça, je suis allé le voir. Maintenant que je savais que c’était un ami de mon oncle, je me suis présenté, alors il m’a dit : « Tant que je serai là, venez manger ici, venez coucher ici ! » Hein, bon bref. Non, je dit : « Je reste dans le car avec le chauffeur, avec les copains « . Je voulais, voulais rester avec eux. Enfin, ils ont été gentils et ses filles et ses femmes ont été gentilles avec moi, avec les gars, pour les gosses, alors je voulais pas, je suis tombé aussi. Et pis là j’ai fait connaissance d’un brigadiste, et français, qui était originaire de Port-Vendre. Et qui pis aussitôt on m’a, m’a, m’a vu, moi je l’avais déjà vu en Espagne aussi. Alors on a parlé. Alors c’est là que lui m’a dit euh (bruit de bouche) : « Attention, quand ça sera fini ton laissez-passer il, tu iras dans les camps de concentration aussi. » Alors il dit : « Quoi faire ? Monter à Paris ou prendre le train pour Paris ? » Tout ça, j’avais pas de pognon ! Hein, non mais il me dit le mieux que faire ça serait de partir avec un groupe de… comme je paraissais très jeune, je paraissais pas mon âge, euh je faisais l’âge moins jeune, alors, j’essaierai de partir avec un groupe, avec les femmes et les enfants, dans, dans l’intérieur de, du pays. C’est ce que j’ai fait ! Alors euh, il me dit : « Quand je rentre, de train, dans une, dans une direction qui t’in… qui peut t’intéresser, je te le dis. » Alors lui, il voyait, il était à la gare tout le temps, et pis tout d’un coup il vient me voir, il me dit : « Hop, ce soir il faudra partir. Tu dis à tes cousins et à tes, les copains et tout ça, que on va partir ce soir. » Et tout le monde a monté, et on se trouvait euh moi à la Sauvetat-du-dropt… euh… d’autres des, dans, ils ont été à Agen, d’autres ont été à Tonneins, d’autres ont été à Marmande, mais moi je suis allé directement à la, en passant par Agen évidemment, à la Sauvetat-du-dropt … dans, dans le train en question. Et comme évidemment j’avais l’avantage d’être euh… très blond, très blanc, je paraissais très jeune. C’est, c’est pour ça que le, le, le colonel quand il m’a vu, il a cru voir un gamin. J’avais quand même, pour moi j’avais 17 ans quand même ! J’étais, j’étais un gars, un garçon, par, par la taille éh béh, par l’esprit, hein !

Alors comment se sont passés les premiers mois en France ?

Jaime : Ah ! C’était beau quand même (rires) oui, oui ! Euh… bon je suis tombé à « La Sauveterre ? …la vous connaissez la région ? Vous connaissez La Sauvetat-du-dropt après Miramont là, hein… Bon, là on était à peu près une cinquantaine. Et parmi ceux-là, il y-avait ma cousine, qui lé… qui travaillait aussi là au « Secours rouge » qu’ils avaient récupéré, et puis des amis qui avaient des filles qui travaillaient pour le « Secours rouge » aussi qui les avaient entraînés, enfin… quelques uns qu’on connaissait comme ça là, et puis ça… on leurs a dit d’être le moins fatigant possible vis à vis de la population, mais, évidemment y’avait des… d’autres familles, d’autres jeunes filles, d’autres jeunes femmes, et… alors… dans un patelin qui à l’époque, je sais pas combien il pouvait avoir, peut-être sept ou huit cent habitants à La Sauvetat-du-dropt à ce moment là. Et, éh bien, euh ça faisait quand même un monde, une cinquantaine de personnes d’un seul coup, ça fait un monde fou quand même là dedans ! Enfin bref, tellement bien que, euh… pas mal de français qui étaient pas partisans des républicains, parce que on leur avait raconté qu’on avait mangé des curés et des évêques, et des trucs comme ça ! Euh bon, alors que c’était pas vrai, qu’on avait… je vous dis, chez-moi il y avait sept curés, on avait touché aucun, et ils étaient toujours libres. Alors, enfin bref, mais ils les gens d’ici on leur avait raconté ce que la presse racontait où ce que les, les journaux voulaient bien leur dire, euh…pas souvent la vérité ! Euh.. qu’est ce que je voulais vous dire encore là ?

Que… quelle, euh… quelle a été la réaction des, des… de la population envers vous ?

Jaime : la réaction de la population de la Sauveterre, d’une partie a été trés bonne, et de l’autre partie trés mauvaise ! Parce que, enfin, je l’ai su après, je l’ai su il y a pas longtemps, il y a quatre ou cinq ans, mais on s’en doutait un peu ! Y’en avait pas mal qui n’aimaient pas les Républicains espagnols, mais pas du tout alors ! Ils ont inondé la gendarmerie, la préfecture de lettres, en leur demandant de nous sortir de là, de… enfin bref ! en nous rejetant Finalement, le, le préfet a pris la décision, ou le sous-préfet de Marmande a pris la décision, euh « tous ceux qui sont à la Sauvetat-du-dropt elle nous a apporté à Miramont… à Tonneins. Tous on a été tout le même groupe à Tonneins. Y’en a quelques uns qui avaient demandé, parce qu’ils avaient de la famille ailleurs le transfert. Ils ont accepté, mais enfin, on é… sur la cinquantaine de départs, on devait bien au moins être trente trente-cinq à Tonneins qu’on est arrivé, et là on logeait au franco-italien. Hum, on avait la nourriture, on avait la chambre mais on n’avait pas le droit de travailler. Ehh… Vous savez à mon âge à ce moment-là rester sans travailler, sans rien faire c’était pas mon affaire. Alors, aussitôt, j’ai trouvé, alors tu vas venir de Pampelune ben oui, j’allais travailler, et ils me donnaient la nourriture je l’avais à l’hôtel aussi. Mais ils me donnaient la nourriture et j’avais dit, j’avais dix francs à l’époque dans la journée. J’avais que mon linge à moi, ce que je portais sur moi-même, j’en avais pas d’autre, eh, tout avait disparu. Mes vêtements on me les avait piqué juste avant la frontière. J’ avais plus rien. Heureusement que j’étais encore là. (rires) Hum. Bon beh, seulement au bout de quelques jours, il y a encore des paysans à qui ça ne plaisait pas, qu’on allait travailler. Alors ils allaient porter plainte à la gendarmerie. Ehh… « Un beau jour, je me suis fait sortir du travail. » Ehh… Retourne à nouveau à Tonneins. Alors le commissaire m’a fait appeler. Si tu n’as pas machin je te fais arrêter. Eh. Je l’ai raconté. Entre temps le commissaire il s’était épris d’une réfugiée et que son mari c’est un réfugié il était aux brigades internationales et que moi j’avais connu, que moi je connaissais très bien son mari. Alors je lui ai dit « écoute-moi », je suis allé trouver la copine et puis je lui ai dit « ton commissaire il vient de me foutre un savon tout ça ». Alors elle aussi elle a passé un savon au commissaire, ça a été fini. Bon si les gendarmes venaient me chercher là où je travaillais, je rentrais et puis je repartais le lendemain. M’enfn je ne faisse pas d’obstacle, c’était comme ça. Hum, j’ai tenu comme ça jusqu’aux vendanges, après les vendanges. A ce moment-là, y avait, tous les samedis y avait un marché à Miramont. Eh, y avait un banc où y avait un jeune Espagnol qui était de la région aussi parce que ses parents quittaient la région. Alors il laissait tomber le bonhomme, le banc était assez grand; il y avait 18 mètres, on vendait pas mal d’affaires. Alors comme on se parlait en tant qu’Espagnols. Son patron m’a dit « ca t’intéresserait pas de faire ce que fait ton copain ? » J’ai dit pourquoi pas ? « Beh s’il s’en va, tu peux le remplacer. Alors dis ça dépend de ce que vous me donnez. Et c’est vous qui vous vous chargerez des papiers ? » « Oui oui, je m’occuperai de ça. » Bon, alors ça a fait que c’est lui qui s’est occupé d’avoir les papiers. Et puis j’ai commencé à faire les foires et les marchés avec le patron pendant oh, presque un an ça a duré que j’ai fait les foires et les marchés, pas tout à fait non attendez, du mois d’octobre jusqu’à jusqu’à jusqu’à le mois d’avril 40, qu’il a été mobilisé lui. Mais moi (bafouille) ça me paraissait longtemps… Il a été mobilisé. Et alors quand il a été mobilisé, sa femme elle voulait que je reste. Mais moi j’ai pas voulu rester. Et, j’ai demandé, j’avais fait connaissance avec des gens de, il était de Cancon, j’avais fait connaissance avec des gens de Cancon, qui, euh, tant que je travaillais avec Mognac, les lundis que je travaillais pas,on faisait pas, on faisait juste les marchés à, euh, à, à Cancon le matin, et l’après-midi j’étais libre. Alors, y a un nommé Dias qui travaillait dans une carriera, et en même temps il faisait du transport aussi un peu. Alors il me dit « ca t’intéresserait de venir m’aider à à décharger des wagons de prunes ? » Il me dit, « chaque wagon, t’auras dix dix euros dix francs. » Mais j’ai dit oui. Seulement il fallait porter, ça faisait 80 kg, un sac de prunes. Et, c’est la ‘loli’ (..?), l’entreprise des Cancon, eh bien on portait ces machins. Le plus emmerdant c’est que les primeurs il fallait les monter en haut, vous savez, la première fois que j’ai monté l’échelle avec les poches ça été dur hein, mais enfin j’ai tenu le coup, parce que j’avais, ça m’intéressait au point de vue finance. Alors bon ça fait Et puis quand il était mobilisé mon patron comme j’ai pas voulu rester avec ma patronne, euh, je l’ai raconté ça à Diaz. Il me dit « Si tu veux, tu viens avec moi à la carriera, moi je ferai ta demande à la préfecture pour une carte d’identité valable, pour cinq ans, avec un contrat de travail etc, etc, etc comme il faut. Et je m’occupe de tout si tu veux. Et puis une fois que tu auras ça, il me dit « tu iras à Hyères, je ne veux pas que tu viennes que tu restes à la carrière. A ton âge, on ne fait pas carrière dans une carrière. C’est presque… Bon bref. » Ca a été comme ça très bien, ça a bien marché. Euh Tout ça, les, les, les 40 le 17 juin 1940, hum, à midi je descendais manger au restaurant. Ca faisait pas loin de la carrière. Le soir je me débrouillais, je me faisais la nourriture le matin aussi. Mais à midi ça me faisait un repas quand même convenable. Alors j’étais pensionnaire à à Cancon, au restaurant. Alors je descends tranquillement, et puis tous les pensionnaires qui mangeaient à la même table, une seule, la patronne elle apporte pas la soupe elle dit « je ne vous apporte pas la soupe, il y a le chef du gouvernement, le maréchal Pétain qui doit s’adresser à la radio. » Elle nous dit « après je vous porte la soupe. » C’est elle qui commandait hein, on attendait. Et puis on a écouté le message du maréchal. La salle du restaurant était pleine de réfugiés, des Belges, du nord de la France tout ça. Là c’était, la région c’était pleine de réfugiés, c’était La ville doublait avec une facilité énorme, même davantage (il tousse). Et nous voilà, qu’on l’écoute tranquillement, et puis la table à côté il y avait deux dames qui étaient du nord, avec l’accent, hein et, elles se sont mis à pleurer, « pauvre France », et puis à se lamenter. Y a d’autres aussi qui ont ressenti le besoin de s’exprimer comme ça, nous on disait rien. Et puis tout à coup un à notre table qui se lève, euh, et puis, qui prend la parole, « Voilà, ce qu’il apporte le Front populaire ! Avec les congés payés, avec les .. les francs-maçons, les juifs, les communistes, les socialistes, voilà ce qu’il apporte. au lieu de donner, d’armer la France, voilà ce qu’on est. »bon bref Et puis, il a dit aux femmes, « soyez et pleurer encore, soyez tranquille euh à la fin du mois vos vos enfants seront de retour. » Alors ce mensonge il était trop gros pour moi. Avec l’esprit que j’avais, de républicain, ça ne marche pas. Alors je me suis levé, et puis je me suis adressé aux femmes d’abord, et j’ai dit aux femmes de ne pas rêver, que l’occupation de la France allait se faire, et vous savez ce que ça donne l’occupation d’un pays. Vous savez comment a été l’occupation de l’Allemagne, et ainsi de suite. Alors, il faut s’attendre à la même chose. Euh, le prisonnier de guerre, on risque d’attendre un moment avant de le revoir. Quelques uns ils peuvent se sauver, ça ira, mais je pense pas. Et elle elle se lève, ‘ »c’est pas mal ça ! C’est l’étranger qui vient nous donner des leçons en France ! On les a nourri, on les a habillés, on les a logé, et pi voilà ! Alors puisque c’est comme ça, je monte à la gendarmerie pour qu’on le ramène en Espagne ! », en parlant de moi. Alors à la même table y avait la receveuse de la Poste, qui mangeait aussi à midi là, elle était originaire de Villeneuve, elle rentrait souvent le soir à Villeneuve, mais c’était la receveuse de Cancon. Elle lui a dit, elle l’appelait par son nom, par son propre nom, et elle a dit « si jamais vous faites ça jamais plus je vous adresserais la parole. » Ca l’a saisie. Elle s’est assis, et elle n’a pas été… Ehhh… Bon, ça restait là, on a mangé ça en vitesse, je crois que je n’ai même pas bu le café, je suis reparti. Là j’avais peur, franchement. Et pi, en montant à la carrière je trouve mon patron qui montait aussi. Habituellement il montait avec le camion mais, là, il montait à pied, parce que ça lui faisait, parce que lui quand même déjà, il devait avoir cinquante ans, ça le faisait marcher un peu, il en avait marre du camion tout le temps. Alors, je lui raconte mon histoire. Alors il me dit « t’as eu de la veine, parce que d’après ce qu’on m’a dit, c’est un coin à feu. Ah ça veut dire ce que c’était à l’époque un coin à feu. Euh, ce qu’il y a faire c’est ce soir tu reviens à la maison, je te donnerais ton compte et demain tu t’en vas à Villeneuve. Maintenant tu as des papiers pour aller travailler n’importe où. T’as plus de problèmes, hein, tu es libre, les papiers ils étaient arrivés, je les avais déjà, je continuais pour euh, pour euh, pour satisfaire à Diez qui avait été si gentil et comme lui me disait le premier « il faut repartir », alors je savais que l’entreprise à Villeneuve avait besoin de personnel, voilà. Le lendemain je suis parti à Villeneuve, je me suis présenté à l’entreprise Lacoine ? on m’a embauché aussitôt, le même jour. Alors ça fait, le 12 juin, j’étais à Villeneuve. Alors, en sachant où me loger, j’avais réparé, enfin, comme je faisais les foires et les marchés avec mon patron, euh, dans toute la région, je connaissais pas mal d’Espagnols dans la région. Alors je suis allé voir un gars de Villeneuve que je connaissais très bien, alors il lui a dit « il cherche ceci, il cherche cela, enfin comment on peut faire pour pouvoir ce sortir de machin. » Alors, il me dit « écoute, on va essayer de te trouver quelque chose », euh, j’en ai parlé en même temps au contremaître qui était d’origine espagnole, son grand-père était d’origine espagnole. Mais lui était français, son père aussi était français, mais lui était d’origine espagnole quand même. Alors, il m’a dit, « là où je loge, il y a une chambre de libre, peut-être que la propriétaire, euh, te la me la laisserait. »Alors je suis allé la voir ça a bien marché elle était contente de voir (..?) à la maison. (..?) Elle était gentille comme tout, bon, ça fait que le copain il m’a dit « je vais te présenter à deux copains ce soir » après, une fois que j’ai, j’avais emménagé. Et pi elle me dit « voilà, ici on avait on pensait, on pense encore, on ne sait pas exactement comment ça va se passer euh, l’occupation de la France comment ça va se faire. les hommes qui étaient plus enfin les plus dangereux vis-à-vis des Allemands, si jamais ils viennent à Villeneuve on a trouvé le moyen de les faire partir d’ici et de les faire travailler à la campagne dans des endroits assez isolés, assez machin en attendant de, de voir venir. Donc ils avaient, ils avaient créé un comité d’aide entre S, que je suis rentré d’office. Voilà ce que comment j’ai, j’ai commencé. Mon intervention déjà de la veille me valait la première place de résistant déjà, parce que j’ai méritais largement le retour en Espagne (rires). Et voilà, comment je me suis trouvé à Villeneuve. Et alors là Notre mission, c’était purement espagnol tout à fait au départ, même qu’on avait des relations avec, euh, les autres. Mais, y avait beaucoup de femmes à Villeneuve, que leurs maris étaient dans les camps de concentration. Alors elles avaient décidé de trouver les, patrons, qui venaient faire la demande d’untel ou un autre, pour faire venir leur bonhomme et la femme avec ses enfants et tout ça. On avait réussi à en faire pas mal, hein. Alors on est allé trouver en principe les anciens espagnols qui étaient d’origine qui étaient d’origine espagnole, mais qui étaient français tous mais euh qui parlaient espagnol très bien et pis qu’on avait. Alors les maçons et les carrières ça marchait assez bien et, mais aussi il fallait trouver il fallait que le gars qui est dans le camps soit un gars quand même… pour les carrières il fallait un gars costaud, mais pour la maçonnerie non, c’était plus facile. N’importe qui, même qui venait du camp d’Argelès ou de machin pouvait euh pouvait, c’est ce qu’on a fait et pi quand on avait fini de réunir nos femmes avec leurs maris, on a dit « Pourquoi se dissoudre ? Et on va continuer. » Et on a décidé à ce moment-là d’aider les Espagnols là peut-être j’avais poussé un rôle moi la avec comme je venais du secours, du secours rouge..d’aller dire est-ce qu’il était malade, à l’hôpital de Villeneuve, etc., dans la région, aller visiter, pi les aider, dans la mesure de faire une chaine de pour cela, c’est ce qu’on a fait tout de suite. Mais cela, aussi ça nous a valu davantage de contacts avec les Français. Alors les Gaullistes nous ont touché les premiers, les communistes nous ont touché les autres, et puis on se trouvait déjà « nous on a notre groupe on reste ». On veut bien vous aider aux uns et autres dans la résistance mais nous on garde notre structure de pour nous-mêmes, hein pas d’intérêt.

Vous, vous aviez réagi à l’appel du général de Gaulle ?

Jaime : Oui oui, c’était de pair avec ce qu’on faisait… Mais les gens dehors, moi j’en ai eu des nouvelles, attendez je ne vais pas mentir, mais peut-être trois semaines ou un mois après. Hum, pourtant on achetait le gazette de Lausanne, à Villeneuve, presque tous les jours, parce que c’était le seul journal qui nous donnait des informations extérieures. Eh, avant on avait eu déjà que le Général de Gaulle était mal vu en Angleterre, mais enfin et même dans la Gazette de Lausanne, fin, ils ne le considéraient pas ce qu’il a été par la suite, le général de Gaulle. Mais enfin, pour nous c’était suffisant hein, largement (rires). Et pi, on a fait exactement la même chose, alors euh à Villeneuve il y a eu un centre de mobilisation assez important, de l’armée. Et pas mal d’officiers sont restés à Villeneuve, ils sont pris la retraite au bout de ils ont mis à parce qu’ils ont supprimé pas mal de machins. Mais ils gardaient le contact avec l’armée, quand même qui qui qui les les Allemands laissé, parce qu’ils ne voulaient pas d’une armée française constituée alors les 3/4. Mais déjà ceux-là ils avaient créé des embryons de résistance. Et sur ces entrefaits, le mois de se, quant j’étais à Tonneins j’avais fait connaissance avec des gens de la région de Tonneins ici en même temps, tous les Français, j’avais fait des communistes, ainsi des autres, des socialistes, et tout ça, et pis je retrouvais souvent en tant que républicain espagnol, et ainsi de suite. Et pi là j’ai dit à mon copain là que j’avais fait à Villeneuve, euh, j’ai dit : « on va aller manger la soupe chez Ducasse à Varès. » Alors on a pris, on avait une bicyclette chacun, on est venu de Villeneuve à Vares, et puis on est allé voir Ducasse. Et alors c’est là que j’ai entendu la première … Ducasse, aussitôt qui m’a parce qu’il m’avait déjà vu à Tonneins, je l’avais déjà discuté plus d’une fois, et c’était une vieille dame, Madame Cassélié, qui me l’avait fait connaître. Mais qui qui connaissait bien Fernand Ducasse. Et alors Fernand Ducasse il m’a dt « Euh, nous maintenant les communistes nous allons pouvoir nous organiser. J’ai vu il y a eu l’élu Il y avait la Francis avec moi, j’ai vu un gars du comité central – c’était Marrant, oui Marrant, Georges Marrant – euh qui nous a dit qu’on devait reconstituer le parti, mais qu’on devait le constituer en forme de cellules de trois. C’est-à-dire qu’on ne devait être pas plus que trois, et on ne devait pas connaître davantage. Alors un avec une liaison, et pas plus et ainsi de suite. Bon c’était un raisonnement euh … nous euh on nous l’avait pas dit, mais c’est les les copains qui étions à la direction de Villeneuve, euh, nous ont croisé aussi donc sans que personne ne dise rien parce que c’était, moins j’en parlais, moins j’en ouvrait la bouche et mieux ça valait. Et notre intérêt c’était cela. Parler uniquement que d' »elle », en parlant de ça on pouvait rentrer partout. On pouvait même aller voir un curé, pour les demandes de…

Oui voilà, qui était Ducasse dont vous parlez, et aussi est-ce que vous étiez déjà étiqueté communiste ou pas ?

Jaime : C’est-à-dire que, d’abord e vous dirais que pour tous les Français, presque pour tous à 90 % ou 99, tous les républicains espagnols nous étions des communistes. C’était pas vrai. Mais, pour eux, nous étions tous des communistes. Bon même Ducasse, queee. Moi le seul parti que j’ai eu euh, le groupe que j’ai appartenu en Espagne, c’était Tacatala??. C’était un parti nationaliste catalan, partisan de l’indépendance de la Catalogne, et ainsi de suite. Même, euh par la suite, soit dans l’armée soit dans la le secours rouge, j’ai fait connaissance des uns et des autres, parce que dans le secours rouge, il y avait toutes les tendances aussi, y avait les tendances de tous les partis. Et j’avais fait connaissance avec les autres. Alors je le disais toujours oui… De ce côté-là je n’avais pas le temps de faire de la politique, on ne me posait pas bien la question, parce que j’étais trop jeune, hein, mais pour moi ça. Alors, Fernand, moi et même le copain qui était plus jeune que moi, pour lui c’étaient des communistes. C’étaient les républicains espagnols tout simplement. Alors il me parlait comme si j’étais des siens. Mais maintenant moi pour pouvoir s’organiser, etc. etc. Moi je veux bien. Alors ça fait que, hum, il me dit, euh, je pense que Marrant là était du côté de Villeneuve aussi, mais ça m’intéressait pas. Parce que la liaison avec les communistes c’était pas moi qui la faisait. Nous avions décidé dans notre groupe qu’il y aurait un représentant en liaison directe avec les militaires, avec l’armée, avec la résistance armée, et un avec les gaullistes, qu’on appelait à ce moment-là on appelait ça des gaullistes, hein. En réalité c’était l’armée, l’armée qui avait dé débauché, enfin qui avait créé le premier groupe de résistance en France. Et pi, euh de l’autre côté évidemment il y avait les communistes, euh, et bon là j’ai perdu mon fil.

Oui et, alors Ducasse qui était Ducasse et..?

Jaime : Alors, vous me parlez de qui c’est Fernand Ducasse. C’était un militant paysan, c’était un paysan enfin d’origine paysan, il était paysan de la …, lui ça a été un de ces militants à un moment donné quand il y a eu la crise du blé, des céréales et tout ça, que les gens ne pouvaient pas vendre, avec nos gens … ils avaient créé un groupe de de paysans pour défendre les intérêts des paysans. Et question […] à boire, euh, les coopératives, les paysans, les coopératives ouvrières, surtout les paysans, en principe les les machins de chute et tout ça, c’est lui qui est à origines, c’était les coopératives qui avaient créé les ouvriers à ce moment-là. Y avait les coopératives ouvrières aussi, comme à Ménamoy ?,une coopérative ouvrière que ça permettait d’avoir un magasin avec des produits, à meilleur marché, qui nous vendait dans les magasins. Alors ça permettait d’aider les pauvres, enfin, les ouvriers.

Et Renaud-Jean il a été député aussi, il était député.

Jaime : Ah oui il était député à ce moment-là encore, même malgré le machin, il a été déchu qu’après. Eh, quand Pétain a pris complètement le pouvoir à Vichy. Mais jusque là il était encore député. Et c’était un des deux députés qu’il y avait dans le Lot-et-Garonne qui était communiste. Euh, enfin c’était quand même euh très apprécié de tout le voisinage. Euh, parce qu’il était, vraiment c’était c’était plutôt un syndicaliste. Un syndicaliste paysan. Moi par moments je laissais son côté politique, pour le présenter comme un syndicaliste et en réalité c’était un bon syndicaliste.

Et alors quels ont été les les faits d’armes en Lot-et-Garonne, les faits de résistance en Lot-et-Garonne ? Auxquels vous avez participé.

Jaime : Là c’était, voyez vous voulez en savoir davantage. Alors vous allez trop vite. Non mais, on laisse de côté Villeneuve pour passer à ça, ça va trop vite. Hum, je vais si si je vais vous répondre quand même, en commençant par le commencement. Alors, euh on a continué nos missions comme ça, à Villeneuve, à aider d’abord les Espagnols, à aider les Français. Le premier groupe qui a été arrêté à Villeneuve c’étaient les euh les gaullistes, ils avaient eu vingt-et-un ou vingt-trois arrêtés, ils ont tapé dur là, ils ont fait pas mal. Nous les Espagnols le lendemain qu’ils sont partis de Villeneuve, on a fait des croix de Lorraine un peu partout dans Villeneuve. Alors, je vous dis notre principe : nous vivions à quatre, euh, deux un qui tenait le pinceau il faisait le le dessinateur, l’autre qui portait le pot, et puis un de chaque côté de rue. Mais on faisait ça entre deux heures du matin et quatre heures du matin, tant que possible. Alors on avait pas mal fait de croix de Lorraine un peu partout pour dire à la population Villeneuvoise que tous les gaullistes n’étaient pas encore arrêtés, qu’il y avait encore des gaullistes à Villeneuve. Quelques mois plus tard ce sont les communistes qui se sont fait arrêter. Les communistes français de Villeneuve. Alors on a fait exactement la même chose, mais là on n’a pas fait de croix de Lorraine, on a fait des inscriptions euh euh qui qui que les communistes avaient déjà faite, euh en relation avec eux, avec eux. Et puis on a continué comme ça, et puis le groupe espagnol de machin là, on a été entre temps, ça a été tout à fait en 41, on a été contacté par la résistance des Espagnols; les Espagnols qui organisaient la résistance sous le nom « Les conquistes d’Espagne. » Rien que le nom, ça suffisait pour y adhérer. Eh, et pi, seulement toujours en partant du même principe. Même la direction qu’il y avait dans le département, ne connaissait pas ne connaissait un ou deux, pas plus. Hein, il fallait, mais, sur ces entrefaits avec mon copain, celui qui était plus jeune que moi, on avait décidé de faire un journal. Bon, alors un journal mais fait à la main. Parce que on savait le danger qu’il y avait. Même si c’était adressé uniquement qu’aux Espagnols, qu’aux républicains espagnols, on savait quand même le danger qu’on encourait. Alors euh, on faisait avec dé, du papier très fin, et pi on les faisait à la main, les lettres on les faisait à la main. Mais c’est pas commode vous savez. Faut presque pas bouger la main, parce qu’on faisait quatre ou cinq pli, au maximum, pour aller plus vite hein, parce que les faire à la main c’est long. Ah bon Mais il fallait, chaque fois que tu faisais une lettre il fallait pas bouger ta main, uniquement que les doigts. On y est arrivé, on y arrivait très bien, on a réussi à en faire six, c’est déjà pas mal ! Enfin. Et, le cinquième, je crois que c’est le cinquième euh une partie de ces journaux partait à Fumel, parce qu’à Fumel il y avait euh (longue hésitation, un machin, à l’usine de Fumel, à la fonderie ils devaient avoir peut-être à l’époque entre neuf cents et mille républicains espagnols qui travaillaient là-dedans. Euh, ils se les faisaient passer de l’un à l’autre ainsi de suite. Elle envoyait, chaque fois quatre ou cinq. Elle en faisait de plus pour d’autres, mais qu’il fallait faire suivre. Il fallait les faire à la main : Euh, quand vous l’avez fait deux fois, euh. On avait l’avantage que, la mémé en question euh je vous l’ai dit était âgée, et qui avait, les fils, l’oncle et le contremaître qui dormaient à côté mais ils étaient plutôt de notre bord. Ils étaient pas pour Pétain, hein, ça allait très bien. Et puis, je laissait tout sous la table, euh, le matin quand je partais, elle savait lire et écrire, elle savait très bien ce qu’on disait, ce qu’on faisait, et voyez bien le machin , de ce côté-là on pouvait avoir toute la confiance avec avec la dame.(toux) Et pi, euh, le 6 juillet, le copain qui est pas là d’habitude, portait les journaux à Fumel, et, il tombe en panne arrivé à Libos, de Libos à Fumel y a pas longtemps, maaais, les roues vous savez à ce moment-là étaient rapiécées, enfin elles étaient pas bien machin, il avait crevé, il met son vélo à l’épaule et pi il avait sa nourriture pour midi et pi il est rentré à l’usine le plus tôt possible pour ficher, hein. Et alors en passant il laisse un mécanicien, un petit mécanicien qui avait en face de l’usine, il y avait déjà l’habitude de lui porter, il dit « c’est le vélo ». Il dit à midi je viendrai récupérer la sacoche où il y avait son déjeuner. Et pi, bon. (Il tousse plusieurs fois, puis boit). Le propriétaire seulement, il a reconnu le vélo aussitôt. Quand ils sont mis au travail Il avait un commis, il dit à son commis « tiens tu tu vas réparer le vélo de l’Espagnol. Le commis, il prend la bicyclette, il y avait des belles sacoches tout ça, collier, comme une pie, commence à regarder dans la sacoche, il devait en avoir l’habitude un peu, certainement. Alors, et pi, au fond de la sacoche il y avait un tube d’acier. Enfin, une ferraille. Et il lève et puis en levant, il voit quelque chose de blanc dedans. Alors il regarde, et il va trouver son patron. Et il sort un journal. Alors son patron, comme en première page, enfin à la page de devant, il y avait l’Espagne, en filigrane, la carte d’Espagne. Alors il y avait marqué « reconquista d’Espana ». Hein. Euh, il s’en va à la gendarmerie, et porte ça aux gendarmes, les gendarmes quand ils ont vu ça ils étaient heureux comme tout, parce que, ça faisait un bon point. Le gendarme a téléphoné à la préfecture, la préfecture a envoyé les machins,’ fin bref. Alors ça fait que à midi déjà, pas mal de copains se sont fait arrêter à Fumel. Et lui aussi paradis, il s’est fait arrêter, avant même qu’il aille récupérer son vélo. Ils ont passé à tabac. enfin . le lendemain, c’était à Villeneuve, c’était son cousin, qui lui donnait … et pis y’avait(bruit du coucou), bon, euh, euh, et moi et d’autres qu’on faisait parti du groupe de la direction de de Villeneuve. Alors, ils vont arrêter son cousin. Au moment où ils vont arrêter son cousin, un des dirigeants de la région, de toute la région, des dirigeants espagnols de la résistance nationale, et ben il se trouvait là parce que en travaillant là il s’était blessé, il travaillait. Et, celui qui a été le maire de Monflanquin, euh comment il s’appelait déjà, fin bref c’est le marchand de céréales là, y’a une une grosse grosse boîte maintenant. Fin bref, alors il était venu pour passer la visite à l’hôpital. Et comme il avait il est venu avec le car, le matin le car venait de Monflanquin-Villeneuve et le soir montait de Villeneuve à Monflanquin . Alors il fallait qu’il attende le. Alors à midi, il allait manger chez Noé Palacin. Alors les gendarmes arrivent, et lui va manger avec son plat en bandoulière, et tout ça, il arrivait là quand il y avait les gendarmes. « Qu’est-ce-que vous venez faire ici ? » Et alors il raconte qu’il travaille chez.. à Monflanquin, c’est pour ça qu’il est venu passer la visite , enfin ça se voyait bien. Alors « Foutez-moi le camp ». […]Les gendarmes n’avaient pas fait attention que la photo du bonhomme elle était déjà à la gendarmerie. Ils l’avaient peut-être vu, ou ils l’avaient peut-être pas vu mais en tout cas ils l’ont laissé partir. Le bonhomme il demandait pas son reste hein, alors là il demandait pas son reste. Alors il habite par loin y avait un Espagnol, et il est rentré chez l’Espagnol. L’Espagnol l’a fait passer par derrière chez l’autre, et ainsi de suite fin il a disparu dans Villeneuve euh pendant. Et pi, lui il a été arrêté. Le soir, ils m’ont arrêté à moi. Là où j’ai mangé, là où j’avais ma cousine, qui mangeait avec d’autre enfin, qui faisait la cuisine avec d’autres Espagnols, alors euh, je me suis laissé arrêter. Et puis j’ai été passé à tabac aussitôt, hum, euh trois fois j’ai perdu connaissance, et, hum, parmi les policiers, parmi les gendarmes qui nous, qui me frappaient, y avait euh, l’adjudant, un adjudant ou quelques chose comme ça avec qui je buvais souvent l’apéritif, parce que, mon copain l’autre copain de Villeneuve qui était jeune comme moi, euh il travaillait dans une épicerie-bar, lui il tenait le bar et moi je passais souvent après le travail une fois que je m’étais débarbouillé avant d’aller boire la soupe chez ma cousine, je passais le voir. Et on pouvait discuter, on buvait l’apéritif et ainsi de suite. Ca fait que je buvais souvent aussi l’apéritif avec les gendarmes. Donc je les connaissais très bien. Surtout le, bon bref. Trois fois j’ai perdu connaissance. Le lendemain ils arrêtent mon copain, l’autre celui qui était au bar [toux] Enfin, là ça a été pareil, et pi, on nous envoie à la prison, à Agen, à Agen ils réunissent tout le monde ceux qui venaient de Fumel, puis ils en avaient pris à Nérac, dans la région, nous étions vingt-trois, arrêtés. De Villeneuve nous étions quand même 5. Et à Fumel ils étaient peut-être un peu plus. Tandis qu’à ? y en avait un ou deux, ainsi de suite. Là on était assez nombreux (il tousse). Alors en arrivant à Agen, avant de partir pour la prison de Toulouse, le commissaire me fait appeler à moi et à mon copain, le plus jeune de l’équipe. Il avait un an de moins que moi. Alors Il nous fait appeler dans son bureau, on se demandait qu’est-ce que sait qu’il nous voulait, tout le monde était prêt au départ, les cars ils étaient là pour embarquer les les gars, et pi, une fois qu’on est arrivé dans son bureau, il nous fait asseoir, on s’assoie il se lève et il s’en va. (silence) Ellis, Georgem ? (il dit « c’est un piège, j ‘e sais rien mais j’ai dit t’as vu hein, y’a nos journaux. » « oh oui je l’ai vu, et qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? Et si on le mangerait, il n’y serait plus. » Alors vous savez, je ne sais pas comment manger du papier. Mais l’envie de les faire disparaître, ça donne envie de le faire (rires). Je vous rassure, on l’a mangé. Et pi, j’avais mon fameux certi, mon laissez-passer qu’on m’avait donné à la frontière à Port-Vendre. y’avait mon ordre de mission pour le gosse aussi. Y avait pas mal de documents sur le bureau du commissaire qué, que j’ai pu récupérer et que j’ai perdus par la suite. Mais enfin que j’ai pu récupérer. Quant à savoir si c’était un piège, mais de toute façon, je savais que les journaux ils avaient disparu. De ce côté-là, alors dix minutes après, sept ou huit minutes, peut-être un bon moment ils nous laissés seuls, il arrive avec deux gendarmes. Alors les gendarmes me mettent les menottes, « non non, vous allez pas leur mettre les menottes il a dit, vous allez les emmener comme ça jusqu’à Toulouse, et vous leur mettrez les menottes juste avant de rentrer dans la prison. Mais pas là. » Alors le gendarme a dit ‘oui oui ». Ca fait que sur les vingt-quatre ou vingt-quatre qu’on n’était arrêté, y avait que nous deux qu’on n’avait pas les menottes. Y avait autant de gendarmes pourtant. Voilà comment j’ai fait connaissance d’abord avec la prison. Et là il m’est arrivé quelque chose de grave, à moi-même. Donc j’ai vraiment pris conscience ce que c’est que à ce moment là, ce que ça représentait. Euh, juste avant la prison, j’avais tenu le coup, j’avais encouragé les copains qui avaient été tabassés davantage que moi, y en a qui avaient des dents cassés, d’autres des oreilles arrachées, fin bref. On les avait pas soignés, mais les aider tant que j’ai pu. Et puis, en rentrant dans la prison, on disait rien, le gardien non plus. Mais les pieds des gardiens ils avaient des des espèces de sabots, ou des chaussures des sabots qu’à l’époque on faisait même des chaussures avec du bois, je sais pas si vous avez entendu parler… Alors ce son sur les dalles ça m’a frappé. Quand on m’a désigné, quand on était dans la cour qu’on m’a désigné la prison la cellule, là où aller il parait que j’étais décomposé complètement, mais complètement alors là il y avait deux professeurs, un en français, un en russe, à pardon un italien et un russe un professeur italien qui après a été maire de Naples, le gars, bon bref. L’autre parce qu’il était juif. D’origine russe mais enfin il était juif. Alors quand il m’on pris il m’on soigné aussitôt Et il va partir le petit. Alors j’avais perdu le bonheur, (rires). Et puis là, au son des pieds des gardiens (long silence), ça a été ma première déconvenue, vraiment. Là j’ai eu, je sais pas ce qu’il m’est arrivé, j’étais plus moi-même.

Vous vous êtes évanoui ?

Jaime : Non non, ils m’ont parlé, ils m’ont tapé, ils m’ont parlé, ils m’ont fait boire ceci, cela, ils m’ont ils se sont occupés de moi tout de suite, jusqu’à ce que je redevienne un plus normal, ils sentaient que j’avais ils m’avaient plou j’étais tranquilles mais enfin, c’était pas c’était pas normal. C’était la peur Vraiment j’avais eu peur. Et c’était la première fois de votre vie que vous aviez.. peur Jaime : Ah oui vraiment, la première fois. Plus qu’en Espagne, plus, deux fois j’avais été au front, et j’avais pas eu peur comme là. Pourtant je savais que là je risquais davantage. Je sais pas pourquoi, je pourrais pas vous expliquer ça. Les autres ils ont pas compris moi non plus, pourtant c’était deux professeurs qu’il y avait

Et combien de temps alors vous êtes resté dans cette prison ?

Jaime : Six mois, je suis resté près de six mois euh, alors j’ai, j’ai quand même eu de la veine, aussitôt que j’ai repris ma, que le lendemain tout était redevenu normal, déjà le soir ça allait bien, le lendemain ça allait mieux. Et puis le lendemain dans la cour, j’ai fait connaissance d’un gars qui, qui était à l’infirmerie, d’Agen, que je connaissais, nommé Selles. Alors il était content de me revoir, parce que lui il était prisonnier aussi, et il devait passer au tribunal de guerre, euh quelques jours après dans la semaine, à la fin de la semaine, ou au début de l’autre, il devait passer aussitôt au tribunal. Alors, tout d’un coup il me dit : « Dis donc, tu voudrais pas prendre ma place si je suis condamné quand je vais partir ? » Je lui dis « Pourquoi pas ? »il dit je vais en parler d’abord au Parce que l’infirmière titulaire c’était une civile, et le docteur c’était un civil. Mais il ne venait que le matin. Alors l’après-midi il y avait des des messages, des massages à faire, des tisanes, pour apporter quelques médicaments. Alors c’étaient les infirmières qui le faisaient dans l’après-midi. Alors il me dit et bien j’ai dit : « je connais ça, ça va ! J’ai vu faire avec Balanzuel ?, j’ai dit je vais faire pareil ! » C’était (..?) Alors il est condamné à cinq ans de travaux, et il partait pour Lodève. Aussitôt que les autres ils étaient d’accord, l’infirmier étaient d’accord, alors j’ai pris aussitôt sa place. Et là j’ai eu la connaissance d’avoir des prisonniers que je ne connaissais pas, enfin que j’ai fait connaissance comme Berthod, qui après sera le commissaire de la libération à Toulouse, un nommé Berthod, professeur aussi, j’ai eu aussi un nommé Bernard aussi, qui était un baryton du tonnerre, un bonhomme qui faisait jusqu’à 130 kg, et qui là à la prison il faisait soixante-dix. Il avait, je lui faisais des massages presque tous les soirs, il avait mal partout pardis. Et doucement, mais c’était la peau et l’os. Alors au début j’osais pas le toucher. Et puis je me suis fait avec lui, parce qu’il était très gentil. Mais il se sentait foutu. C’était un des premiers gaullistes qu’il y avait à Villeneuve à Toulouse, et qui s’est fait ramasser. M’enfin il y avait eu Cassou, vous avez l’écrivain Jean Cassou, qui a été là juste avant que j’arrive. J’ai pas fait connaissance avec lui. Mais Berthod que c’ était un professeur aussi il le connaissait très bien, il m’en parlait souvent de Jean Cassou. Et puis il y avait dans ma cellule – nous étions trente-et-un – alors je vous ai dit qu’il y avait deux docteurs, mais il y avait des professeurs aussi. Il y avait des ingénieurs, euh il y avait de tout, il y avait des paysans ! Des simples ouvriers comme moi ! Il y avait un peu tout la dedans, on était trente-et-un. Très bien organisé. Mais surtout il y avait un professeur mutilé à la guerre de 14, il lui manquait un bras, et, il avait une usine euh dans la Corrèze. Comme c’était un communiste, on l’avait arrêté en tant que communiste. D’abord, on l’a envoyé au camp de, hum, attendez, pas de Gurs, en montant dans l’Ariège, euh, au camp de de (Bernay voix au loin)hein Bernay, au camp de Bernay. Bon. Alors, comme c’était un mutilé, en plus de ça il avait le titre professeur mais qu’il n’utilisait pas puisqu’ il s’occupait de son usine et de son travail hein. On l’a mis au boulot, évidemment. Et pi il a fini par endormir tout le monde. Puis un beau jour, sa femme arrive avec une voiture, qui l’attendait devant le machin, lui s’habille de la tête aux pieds, le chapeau, etc., il arrive devant la garde du camp, on lui a ouvert les portes du camp et il est parti tranquillement, sans que personne lui demande il le voyait… Il le connaissait tous, hein, alors il va faire une mission ou quelque chose comme ça, ils l’ont laisse passer comme ça. Et alors ce bonhomme là euh il s’est fait arrêter après à Montauban. Euh A Montauban ils avaient acheté une vielle maison, une grande maison, il y avait c’est une maison ancienne qui avait de profonds travaux. Et il avait coupé le plafond, et ils avaient fait un en haut de quoi ça… Et pi, un beau jour, qu’au lieu, pourtant il savait qu’il devait pas trop sortir de la maison parce qu’il était recherché, hum, il avait voulu voir la foire à Montauban. Et il y a un de ses anciens ouvriers, de l’usine de la Corrèze qui l’a qui l’a vu. Il s’est pas fait voir, mais est allé directement au commissariat. Alors bon, eh, le commissariat mobilise son personnel pi ils vont à la maison. A lui ils l’ont pas trouvé, mais ils ont trouvé la veste avec des papiers, avec des faux papiers, qui étaient ils savait pas où ils étaient d’ailleurs fin bref. Ils sont partis, ils ont emmené la femme, à sa place. Alors il a vu un avocat qu’il connaissait très bien de Montauban, et son avocat il lui dit « si vous voulez faire libérer votre femme il faudra que vous vous rendiez, il faudra que vous vous donniez. Y a pas d’autre solution. » Alors il s’est rendu aussi, et pi on l’a mis à Fourgolle , là où je l’ai retrouvé après. Et là il s’est évadé encore de là, le bonhomme. Vous voulez savoir l’histoire du bonhomme ?

Non, et vous alors, comment êtes-vous parti de la prison de Toulouse ?

Jaime : Hé bé, moi je suis parti après. J’ai passé devant le tribunal euh fin novembre, euh devant le tribunal militaire j’ai été relaxé, parce qu’on a pas, y’avait pas de preuves. On n’a pas trouvé les journaux, et par cause. Cette histoire de journaux y en a qui l’ont connu là-bas, qui l’ont pas connue. Mais, les copains qui ont fait les archives dernièrement, ils ont trouvé diverses lettres du procureur général de Toulouse, qui demandait au Préfet à Agen qu’on envoie les, parce qu’ils étaient marqués au procès verbal ! Et, à Fumel ils avaient marqué, Villeneuve les avaient marqué, Agen les avaient marqué, et puis ils avaient disparu. Jusqu’à Agen ils y étaient, et puis après ils avaient disparu. Mais, alors, euh, euh, Villeneuve enfin, le Préfet il cherchait à Fumel, disons à droite et à gauche ils ont cherché à savoir, ils n’ont pas pu finir par le trouver. Ils ont pas trouvé le machin. Alors manque de preuves, j’ai été relaxé. Mais mes compagnons, ils ont été, le jeune homme il a été relaxé avant parce que il travaillait dans cette épicerie que je vous ai dit , et comme il était légèrement plus jeune que moi – ça faisait déjà beaucoup à ce moment-là – euh, hum, au bout de la rue d’Agen, à à à Villeneuve, il y avait une usine de conserves, Schreiber??, et son frère c’était le juge à Toulouse. Alors pour la patronne du garçon intervenue auprès de Schreiber, Schreiber il est intervenu auprès de son frère. Et pi, il l’a mis en liberté provisoire au bout d’un mois – un mois et demi, il savait déjà que quand on a passé au tribunal, il était déjà sorti lui, à cause de sa patronne évidemment.

Et, ensuite vous avez continué alors dans la résistance…

Jaime : Moi j’ai continué, c’est-à-dire que de là je suis allé à Noe. On me libérait mais on me mettait pas en liberté. Euh, le tribunal m’avait relaxé mais j’étais arrêté quand même. Je suis sorti de la prison pour m’envoyer dans un camp. Et, de là on m’a envoyé à Noe. Deux ou trois jours après, au mois trois jours après, je suis allé à Noé, alors c’était le jour où les Allemands avaient désarmé la police à Toulouse. Parce que jusque là les policiers ils avaient toujours un revolver avec. Et les Allemands leur ont pris leurs revolvers, ils les ont désarmés. Et ça a créé la panique générale dans la préfecture. On a été à la préfecture avec deux gardiens là, et pi pendant deux heures personne ne s’occupait de nous, tout le monde euh ça à tout disséminait, ça voulait des papiers, etc. Bon, on cherchait à faire disparaitre pas mal de documents, qu’on voulait pas que les Allemands les prennent. Alors. Et pi finalement on me dit quand même, j’ai insisté moi, j’ai vu un policier qui m’avait amené de la prison à là, et, il me dit « on va t’emmener » et ils ont trouvé le moyen aussitôt, une voiture hop, ils m’ont emmené au camp, avec l’autre copain, de Villeneuve aussi. Lui il était plus âgé. Alors, euh, ils nous ont emmenés à Noe. A Noe, il s’est passé qu’on est arrivé l’après-midi. Fin, ça devait être peut-être midi et quart. Mais, ils avaient téléphoné. Ils avaient téléphoné qu’ils allaient porter deux détenus. Alors, y a, un responsable du boulot qui a qui a qui a resté de garde, pour faire l’entrée etc. Bon Alors quand je suis arrivé à là-bas avec les copains, bon les deux policiers, ils étaient pressés, et ils avaient fait les choses à moitié, m’enfin il fallait quand même un reçu comme ils avaient livré les deux prisonniers vous savez comment ça marche un peu dans les machins. Alors (toux)Et pi, ils sont repartis. Une fois qu’ils sont repartis, j’ai reconnu le bonhomme, on s’est embrassé, je l’avais connu en Espagne, c’était un gars qui venait des Brigades internationales, mais qu’il était dans l’armée parce que, il avait le grade de capitaine dans l’armée, il était instituteur je crois, et il avait, il avait fait la guerre en France lui. Et comme il a resté dans l’armée, euh les Allemands ne voulaient pas qu’il y ait d’armée constituée, mais euh, l’armée passait tous ses grades, tous ses gradés dans des cas comme ça, dans des camps comme ça, c’est-à-dire qu’ils puissent les récupérer facilement. Donc, c’était un de ceux qui étaient, en principe. qui dépendait directement déjà de l’état-major de l’armée, mais qui qui faisait la fonction de simple euh…

Et vous êtes resté longtemps à Noe ? et où c’était Noe exactement ?

Jaime : On est resté le temps qu’on s’embrasse et qu’on reparte. Euh Il m’a dit « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? » (rires) Alors j’ai dit, bon bref. Il me dit : On va faire quelque chose qui est normal. Mais il faudra que tu restes pour toi, pas aux autres deux. Il me dit « je vais te transférer d’ici à Casseneuil, il y a un camp d’Espagnols, et on va te transférer au camp de Casseneuil Alors il nous a fait un un un document qui nous permettait de circuler librement, enfin d’être rouge jusqu’à Casseneuil pour nous présenter au. Alors ils nous avaient donné huit jours pour nous présenter au camp de Casseneuil. Alors il me dit « c’est tout ce que je peux faire pour toi. » Alors il me dit, comme ils étaient en train de désarmer les les policiers, il savait pas ce qui allait se passer encore. Alors, Il me dit « écoute-moi, euh, si c’est la vert ? qui vous contrôle, soyez-tranquille. Mais si c’est la Gestapo autrement on va te retrouver. Alors Essaie d’aller travailler pour des travaux publics, qu’on travaille pour l’armée, pour le gouvernement ou pour l’armée, là tu seras en plein abri. Mais méfie-toi quand même hein, méfie-toi. Et, c’est ce qu’il s’est passé.

Et qu’est-ce que c’était ce camp de Casseneuil ?

Jaime : Le camp c’était un camp de républicains espagnols qui venaient…ils avaient Au début de la guerre mobilisé beaucoup d’Espagnols qui étaient dans le camp, ils les avaient pris et ils les avaient envoyé faire des fortifications, au nord de la France un peu partout. Bon, avec la rédience, avec la débâcle ils sont descendus, et pi euh, un des centres s’est formé à Casseneuil, c’est formé le groupe de médecins, de médical à Vias ?. A l’époque ils devaient contrôler une dizaine de compagnies le camp de Casseneuil…A Casseneuil il y avait, euh déjà, un camp, euh, qui était organisé pour la, hum, euh, pour pour pour pour pour, a ver, euh, pour la poudrière . Alors, comme ils étaient en train de construire la poudrière, et pi alors, aussitôt leur métier s’est arrêté, hein, alors il est, il était trop tard qu’ils travaillaient dans ce camp enfin, dans ce camp enfin pour construire l’usine. Eh ben c’étaient des Espagnols, avec pas mal de Français évidemment mais une grosse partie des républicains espagnols. Euh C’était ça. Alors, les religions étaient toutes faites, pour ceux qui venaient, à mesure qu’ils reculaient, ils les ont affectés, euh ils ont gardé le groupe espagnol et ils les ont affectés à Casseneuil. Alors je vais vous dire, à un moment donné, y avait au mois sept ou huit compagnies espagnoles qui étaient affectées là. Alors, c’était un centre important, alors de Noé, ça a été plus facile, c’était légal. Pour lui, pour moi en cas qu’ il arrive quelque chose c’était légal. J’ai rejoint Casseneuil tant bien que mal, j’ai fait quand même la, euh j’ai marché le dimanche, ça c’était un samedi que je suis allé au camp, j’ai dormi à la sortie de Casseneuil, de Toulouse. Et le matin j’ai entrepris avec mon copain à pied, euh jusqu’à Moissac. (silence) Euh, à pied. Euh. A la fin, j’ai je crois que j’ai compté même les hectomètres. Autrefois entre les kilomètres il y avait des bornes d’hectomètres, de cent mètres, et ben je comptais les bornes (rires) tellement la fatigue, me tenait pourtant j’étais habitué à faire de la marche avant, hein parce que je faisais des marathons en tant que. J’étais sportif aussi, je jouais au foot, je faisais des marathons… Alors voilà comment je suis arrivé à au camp de Casseneuil, et pi là, hum, comme euh, on m’avait relaxé, comme derrière moi ils n’avaient fait un papier le copain en question, euh m’indiquant que, fin il a attendu que que la préfecture lui dise après ses, comment, ça c’était passé à peu près parce que en principe avec mon laisser-passer, ou il avait écrit m’enfin il savait pas exactement comment ça se passait pour nous, on nous avait été bien traité, je suis resté huit jours quand même hein, je suis vite aller chercher du travail, et pi j’ai trouvé le moyen d’arrêter le travail. Ah beh c’est la gare, à ce moment-là la gare d’Agen elle était pas électrifiée, et pour pouvoir l’électrifier il fallait l’abaisser d’un mètre non, un mètre par endroit même un peu plus. Et il fallait l’abaisser (..?), et ainsi de suite. Alors je suis allé travailler là, pour un entrepreneur de Saint-Barthélémy. Et après j’ai été à Marmande.

Oui alors que s’est-il passé euh à Agen lorsque vous avez travaillé à la gare d’Agen.

Jaime : Alors, j’ai tout de suite après ça passé dans la résistance, y’a pas longtemps, alors le soir je sais que je dois être le lendemain, j’avais mobilisé toutes les gardes mobiles, toutes les gendarmeries de la région, il était rentré à Agen, et je préparais le coup pour le lendemain matin. Alors les copains de la résistance à Agen, ils m’ont dit « demain à six heures ils vont commencer certainement, avant le jour », et en effet avant le jour ils avaient commencé. Alors les, les copains il me dit « euh viens coucher chez moi et demain je te trouverai une planque ». Oh, j’ai dit non, merci je suis bien content de toi, mais je préfère. Alors je lui ai dit  » voilà, je vais aller à Villeneuve, de Villeneuve j’irai à Varés, et là j’ai connu un paysan qui m’a, il m’a resté une grande estime, parce qu’entre temps ça je ne vous l’ai pas dit, euh ce paysan là il a été mis en résidence surveillée euh De Varés à Monflanquin pendant six mois à peu près. Sa femme, ses gosses ils passaient à Villeneuve euh comme le car venait de Tonneins à Villeneuve, mais pour Monflanquin il fallait attendre le soir. Le lendemain c’était la même chose, hein bon. Alors ils venaient chez ma cousine. Et on se voyait quand même avec, le machin. Alors quand il a été à machin là, quand il été à, j’avais demandé à mon patron, M. Corne, s’il pouvait m’avancer parce que c’était juste le commencement des congés payés, hein. S’il pouvait me donner les quinze jours en question. Et je lui ai raconté ce qu’il s’est passé à Fernand Ducasse. Alors j’ai dit la veille de la récolte, « euh il n’a pas rentré ni son foin ni ses céréales, alors je voudrais lui donner un coup de main. Il a été gentil avec moi, quand j’étais à Tonneins tout ça enfin bref. » Corne il m’a dit « oui oui, y a pas de problème. » Bon. Alors, je suis venu chez Ducasse, euh travailler une dizaine de jours, pour les aider à rentrer le foin, après je suis revenu aussi pour les pour les moissons, pour faire les moissons. Et là j’ai connu surtout pour les moissons, j’ai connu euh, le paysan de Tours, qui venait de Bègles. Alors j’ai parti avec eux. Et, elle me prenait pour (…) Pas question de mettre. Ce qu’il y avait d’intéressant c’est que, tout de suite j’ avais, y’avait des catholiques et des protestants, parce que c’est une région où il y a beaucoup de catholiques et de protestants. Mais tout le monde était pour aider la famille Ducasse. Que c’était un communiste, déjà connu comme résistant. C’était pas une personnalité comme (..?), mais enfin il était très très connu surtout au point de vue syndical paysan. (il tousse) Alors ça fait que (il tousse à nouveau) Bon, euh ils le disent « béh aller là-bas. et on verra avec Fernand ce que je pourrai faire, sans perdre le contact avec vous autres. » J’avais quand même le contact avec Agen, hein, avec la résistance. Mais c’était avec le groupe Libération, que j’avais à ce moment-là. Alors euh, moi la logeuse, où j’avais trouvé un logement à Agen, son mari était en prison avec moi. Donc je connaissais un peu. Hum, et puis ils avaient ramassé, enfin ils avaient recueilli et qu’après elle est morte, une petite réfugiée espagnole, qu’ils avaient adoptée. Bon. Alors la femme elle était affolée ! Déjà son mari il était encore en prison, tout ça elle était complètement affolée. Euh, j’ai dit non « ne vous inquiétez pas, je m’en vais pas maintenant, c’est la nuit, c’est trop tôt, et là quelqu’un, avec le couvre-feu, qui circule, c’est dangereux. Mais demain, à trois heures du matin, il y a personne dans les rues. Je passerai je sortirais d’Agen, tranquillement, et c’est ce que j’ai fait. A trois heures du matin, je suis parti d’Agen, à pied et pi je suis allé à Villeneuve, comme ça à pied. Et, en descendant la côte de Villeneuve, de ?? à Villeneuve là, à l’époque y avait des haies partout, tout sur la route c’était plein de haies partout, j’entendais ça tapait, eeeeuh, j’ai dit « c’est les gendarmes ça, qui ont des chaussures qui tapent comme ça certainement. » Alors, dans un tournant je me suis mis à l’abri d’une haie, et en effet c’étaient des gendarmes qui montaient, parce que pour monter la côte à vélo c’était trop pénible, alors ils montaient à pied, avec le vélo à la main là. J’ ai laissé passer, pi Ca m’a valu que je me suis refroidi, parce qu’ils ont pris un moment. Pour me relancer il m’a fallu bien descendre la côte presque jusqu’à Villeneuve avant que les muscles me soient bien souples. Et alors à Villeneuve tout le monde me connaissait aussi, c’était encore de bonne heure. Alors j’ai dit « il faut pas que tu passes », alors je me suis caché, pour aller à Romanche, où il y a maintenant Leclerc, hein, avant le Leclerc, un peu plus par ici, euh, j’ avait une famille d’Espagnols, qui étaient français mais qui étaient d’origine espagnole, qu’on se servait comme boîte de renseignements enfin, pour pour laisser des messages. Alors je suis allé là-bas, pour passer la journée pour reprendre à à la nuit la route pour Varés. Et même euh comme vous savez je venais de passer six mois en prison ,même que ça faisait trois mois que j’étais encore libre, je n’avais plus la force que j’avais avant. Alors en arrivant en haut de la route de la route de la …pour aller chez Ducasse, je me suis arrêté chez Dubordieu, que je connaissais déjà, à Tonneins. J’y suis resté cinq jours là, parce qu’il me voyait très fatigué, il me dit « repose-toi avant de descendre la Torgue (..?). (..?) Alors je suis allé voir Fernand, et alors là avec Fernand ça a commencé vraiment, la résistance. On parlait déjà, on a parlé tout de suite de la possibilité de créer un groupe armé. Dubourdieu y avait un moment qu’il lui cassait la tête à Fernand qu’il voulait un groupe armé, et il fallait, bon. Y en avait d’autres dans la région qui voulaient, mais à qui le confier ? Pas à moi, j’avais pas fait l’armée moi. J’avais été dans l’armée oui, mais j’avais pas fait de l’armée. Euh (sonnerie de porte) Sur ces entre faits il est arrivé un copain là, espagnol, que lui avait fait l’armée. Attendez.

Oui, est-ce que dans votre tête vous aviez toujours l’envie de revenir en Espagne ?

Jaime : Oui, oui vous avez vu qu’on avait été en prison à cause de ça, pour « la reconquista de Espagne ». L’esprit de tous les républicains espagnols, c’était pas le mien, c’était celui de tous. C’est de revenir en Espagne, euh sans Franco. Ca c’était dans la tête de tous les républicains espagnols. Alors moi j’étais avec !

Et vous pensiez que cette guerre c’était aussi la vôtre quoi.

Jaime : Par la force des choses, même si nous on pas reçu comme on aurait dû avoir hein, je parle pas qu’ils nous reçoivent avec des fêtes non non mais. Même qu’il y avait eu les camps au début, ils auraient été plus, moins mauvais, euh l’histoire des fils de fer barbelés et les gendarmes, avec les machins, avec les …, ainsi de suite. Y en a qui ont très, fin. On a été mal reçu. L’armée républicaine a été mal reçue. Tiens Tout le monde n’a pas eu la veine que j’ai eue. Alors pour les autres, ça a été affreux. Malgré ça, euh, pourquoi j’ai pris la parole au restaurant à Casseneuil, à Cancon. pourquoi Parce que je me suis senti, j’étais pas français, je me suis senti outré quand il a dit que les communistes, les socialistes, sa femme ma soeur, et cele de sa mère et les 40h enfin pas 40 h seulement quarante-huit heures et pi tout ça, c’était la faute du du Front populaire et tout ça, hein, alors si je réagis c’est parce que dans mon intérieur y avait « qu’eusse qui pouvait faire quelque chose pour la France. Donc nous étions tous, pas moi, pour tous les Espagnols là ça a été mon cas mais les autres ils étaient valables.

Alors avec Ducasse, comment est-ce que s’est organisée la résistance armée ?

Jaime : Voilà, nous arrivons au moment, on a passé un peu, j’ai vu quand même avec Fernand Ducasse qui m’a fait une énorme confiance, euh, j’étais son agent de liaison par la suite, il me faisait une grande confiance. et, on a eu une réunion euh de divers groupes de résistance, hum, sur le haut (..?), je pense que ça s’est passé au mois d’avril, mois d’avril 43 par là euh , le docteur Vautier (?), un vétérinaire de Tonneins est venu en chercher Fernand, enfin Fernand pour le convoquer, pour l’inviter pour aller alors Fernand il a dit :j’amène le copain, c’est un républicain espagnol tout ça enfin bref, ah mais oui oui oui oui d’accord… Bon je suis allé là-bas, alors là j’ai assisté à une séance des dirigeants de la résistance de la région, donc de fait je me suis joint à eux, je rentrais de plein avec. Après, pour former l’armée, il fallait qu’on trouve d’abord un moyen. On avait la possibilité de créer des groupes, mais encore d’après Fernand il fallait un gars qui commande, un gars qui, parce que qu’est-ce qu’on avait là, eh, les gens qui étaient dans les fermes, les trois-quarts c’étaient ceux qui voulaient pas aller travailler dans les en Allemagne, pour le machin obligatoire. Bon alors, c’étaient des jeunes, ils avaient pas fait l’armée, ils avaient bon, il fallait quand même leur apprendre le maniement des armes, et puis la discipline que c’est le plus difficile à apprendre, faire apprendre. Il fallait quand même quelqu’un qui soit capable, et c’est là que ça nous a donné l’occasion que vers la fin du mois de mai, ou au début du mois d’avril peut-être, peut-être c’est le mois d’avril, aussi, euh quand il y a eu le 4, ou peut-être le 7, l’évasion du ‘duplaï?’ et du groupe de ‘Boussès ?’ au camp de ‘Boussès’?il y a eu plusieurs groupes que la résistance a libéré. Bon Parmi ceux-là, il y a avec le ‘général’ Dupla ?, lui il est allé en Dordogne, d’autres ont été envoyés un peu partout. Et un des bonhommes, c’était un cousin de Fernand Ducasse, ils l’ont envoyé dans le Lot. Dans le Lot, il s’est trouvé trop loin de ceux qu’ils connaissaient, puis de sa famille, alors comme il avait son cousin Fernand, il dit avec Fernand « on trouvera quelque chose ». Et il était pas en rapport avec d’autres organisations. Alors, Quand il est arrivé, Fernand il a dit « voilà, maintenant je peux donner satisfaction à Dubourdieu, à tous les autres qui voulaient qu’on crée un groupe, on va pouvoir le créer. Mais pour cela il faut, comme c’est des jeunes, (…) Pierre il va le tenir, c’est ce qu’il a fait. Voilà comment il a com . Avec un fusil, deux revolvers, pour huit hommes. Et huit hommes, d’autres, deux autres, …,alors on avait fait un trou, à la ?, dans un champ, qui avait un fourré, un (..?) d’une centaine de mètres de large, qui allait jusqu’à la route. Mais que là un chat un chien ils seraient pas rentrés. Tellement c’était, et, pour y accéder il fallait passer la ? sous un arbre qui faisait le pont. Donc, il a fait un trou, où il y avait la place pour huit hommes, avec une vache et des machins. Et, le gars, pendant la journée dormait ou lisait, ou la journée il devait pas parler, s’il y a quelques choses à faire il faisait le soir, la nuit, hein. Alors voilà comment ça a commencé. Il a fallu trouver des vélos. Alors c’était commode parce que pas loin il y a les roses, et les roses montent en direction de la (?).Et ça nous permet, ça permettait d’aller un peu partout, sans trop avoir de gendarmerie devant à notre nez. Et c’était pas seulement magnifique, seulement c’était pas commode.

Et donc là vous étiez dans le maquis, vous reveniez..

Jaime : Là c’était, non. moi je suis pas encore été au maquis, je suis pas rentré dans le trou, moi j’étais encore de ceux qui étaient dehors, et j’avais des liaisons à faire et c’était à travers moi qui les faisait souvent. Bon, mais c’était, j’étais dans le groupe, j’étais dans le groupe. voilà comment ça …Et pi, il a fallu d’autres qui sont arrivés, alors il a fallu créer un deuxième groupe, qu’on a mis à la (..?), sur les coteaux de Clairac, hein. Et pi un troisième groupe qu’on a mis euh sur le bas de, attends, sur le bas de Saint-Géraud (?). Voyez les les difficultés de la tête, la mémoire est pas si bonne que ça hein. Enfin bref. A un moment donné, il est près de 40,alors, les, le mois d’octobre, euh, euh, vers le 3 ou 4 octobre, euh on a eu la visite d’Arthur, c’était un chef régional des rescapés. Et, qui était avec, euh les Libération et les communistes ensemble, hein. Bon. Euh, il est venu à la Torgue nous présenter un nouveau chef de groupe, qui allait faire évoluer et apprendre les machins à tout, à tout le monde.(toux) Ce gars-là s’appelait Arthur, nom de guerra, qui a été assassiné quelques jours après à l’église Saint-Hilaire, à Agen. Et nous nous avons pris le maquis de la Torgue a pris comme nom à ce moment-là Arthur, bataillon Arthur. Nous étions un petit bataillon puisque nous étions que 35-40 à peine. Mais enfin, c’était quelque chose

Et comment vous étiez armés ?

Jaime : Attendez. Alors l’ arrivée de ce nouveau gars que ce, son père a été fusillé par les Allemands, euh sa mère a été déportée, euh bon, il avait une haine dans le ventre énorme, mais il connaissait beaucoup de monde dans la région où il était, c’était du côté de, de l’autre côté de la Garonne, et, il y a eu des parachutages qui venaient de se faire. Ces parachutages, euh c’étaient les Anglais qui envoyaient ces armes, mais, il fallait pas en donner aux communistes, mais ils avaient personne non plus pour s’en occuper des armes, alors ils les plaçaient chez des gars, qui ils trouvaient le moyen d’envoyer les à d’anciens communistes. Bon alors, on a su qu’il y a eu des armes là-bas, ils nous ont donné d’abord un cantinier deux cantiniers ainsi de suite et pi là on a eu les mitraillettes, là il y a eu les fusils mitrailleurs. Et, ça allait assez vite à ce moment-là. Tellement bien qu’un, un jour les gendarmes au pont de Casseneuil, ils ont voulu arrêter la voiture pour leur demander des papiers ou quoi, et quand ils ont vu les mitraillettes et les machins ils ont dit « partez partez », c’était un gars social il a tombé en panne, les gendarmes ils ont poussé derrière pour faire partir la… pour vous dire, et c’est de notre groupe qu’il y a eu des armes qui ont été envoyées à la prison à Istres. Hein, parce qu’ils venaient de cette même région, et puis on est allé en chercher d’autres, qu’on allait encore envoyer à Istres. y avait nous et attendez, il est mort y a pas longtemps, le général, le résistant qui était dans le Lot là, euh, Ravanel, Ravanel avait promis d’envoyer des armes aussi. Alors Ravanel d’après ce qu’il m’a expliqué lui-même Ravanel après, parce que je lui ai reproché moi pourquoi ils n’ont pas donné les armes, ils n’ont pas envoyé des armes à Istres (?),alors Ravanel quand il a après avoir dit à la résistance que : son groupe allait fournir des armes, quand il est passé à Toulouse, on voit qu’il dirigeait la région, et, seulement le gars il a dit que oui puis parce que il avait peur que ses armes tombent entre les mains des communistes, alors ça a fait qu’il n’y a pas eu les armes qui devaient. Mais nous on devait en porter une autre fois, on n’a pas pu les porter parce que, les, euh, on arrive le 11, euh, ou le 12 janvier 44. Hum, les copains y avaient pas mal de gars qui venaient de Bord, de Tonneins même, et pi qui connaissaient le chef de la milice, et qui avaient à coeur, l’envie de descendre le chef de la milice. Alors ils ont trouvé le moyen -Fernand Ducasse le savait pas, moi non plus, moi je l’ai su après aussi – ils ont trouvé le moyen de faire un coup euh pour le descendre. Seulement manque de pot , ça, ça a mal réussi c’est-à-dire que c’était à la nuit avant quand il tombait quand il sortait de l’imprimerie le gars, le chef de la milice, et, lui fermait tout le temps à la même heure, et au mois de janvier il fait nuit de bonne heure, bon, alors le gars ils savaient l’heure qu’il fermait et au moment où il allait sortir ils devaient le descendre. Juste au moment où les copains voient le gars sortir, qu’ ils s’étaient mis en, à l’abri dans la rue, mais qu’ils ont été obligés de rentrer dans la rue pour le descendre. Une voiture arrive en face avec les phares, a vu les armes que les copains portaient. Alors bon bref, ça a été, ils ont arrêté puis ça a été la, lui s’est cassé, il a été blessé légèrement il a pas mort malheureusement, mais enfin, euh ça a été le machin. Alors mais les miliciens ont trouvé le moyen de blesser un gars de chez nous. Heureusement que ce gars-là ne connaissait pas tout le monde, c’était un de la région parisienne, il ne connaissait que le paysan, une ferme de paysans où il avait dormi, parce que on le changeait tous les huit jours, même pas parti du groupe, une semaine ici, une semaine de l’autre côté bien à l’opposé et ainsi de suite, hein, mais dans des hangars à tabac, dans des machins, défense de sortir parce que vous voyez ce que ça aurait fait quarante hommes qui ont été dans la nature, ils se seraient fait non, bon enfin bref. Il se rappelait de la maison, le dernier et il a donné ce nom, c’était la Cassagne, de machin. Alors, bon ben la Cassagne euh les miliciens vont chez lui, ils fouillent partout, ils ont pas trouvé des armes mais ils lui ont emporté le saucisson, tout ce qu’il avait, le cochon tout ça, et, (toux) juste au moment un peu avant, le voisin d’en face curieux, de voir la milice euh la dedans et puis ils faisaient du bruit évidemment, il se fait voir par les miliciens, les miliciens le ramasse aussi, alors ils l’ont emmené avec lui, et pi, juste au moment où ils partaient les miliciens, voilà que son commis arrive. Il avait été, dépanouiller enfin faire des manoques de tabac, qui se faisaient entre les entre voisins, à cette époque-là, ça arrivait souvent qu’on s’aidait les uns aux autres, bon, alors il a été manoquer un peu plus loin et pi il rentrait chez lui pour aller dormir juste quand les miliciens partaient. Alors quand ils l’ont vu arriver ils l’ont arrêté ils l’ont questionné, à quatre coups de règle, et puis aussi il s’est mis à table de suite. Alors il a dit « oui, je sais où ils sont ! » (long silence)Et voilà que les armes, ils montent en pleine nuit à travers la brousse, pour aller là où elles étaient cachées les armes. Et en effet ils ont trouvé deux conteneurs, ils étaient en train de remonter de nettoyer parce qu’ils les envoyaient plein de graisse. Fallait enlever la graisse, la sécher la monter le remonter tout ça, alors c’était Marta qui nous faisait ça. (Toux)(il boit). Bon.(Toux) Euh, là les trois, les miliciens les ont fait coucher sur le sol, devant le hangar où il y avait les armes. Ils ont passé la nuit contre le sol. Et puis, ils avaient donné ils sont allés à …le lendemain arrêter euh, celui qui tenait, pas le propriétaire, mais enfin il l’avait en location ça, euh celui qui occupait le hangar et pi, la vieille masure, (il tousse), alors là évidemment il avait pas d’armes non plus, mais il y en avait là, alors ils ont attrapé la charrette, ils ont fait charger les armes, sorti les armes qu’il y avait là-bas, les porter sur la place où il y avait comment il s’appelle la mojera là , un espace comme ça fait une petite place ils ont déposé les armes là en attendant de pour pouvoir les emporter à Aiguillon ou à Agen, enfin le machin là, euh, et pis (il tousse), bon. Euh Ils ont arrêté le propriétaire et son fils, ils ont fait commerce et puis les voisins aussi. Le voisin y en avait un qui venait juste de passer la nuit parce qu’à ce moment là il fallait garder les, le bois, le bois de chemin de fer il fallait les paysans ils allaient le garder dans la nuit, alors ils venaient de rentrer de garder le, quand il s’est fait ramassé chez lui. Un autre on l’a, il a fallu qu’il donne sa charrette et les boeufs pour aller chercher les armes, enfin bref ça a été, (il tousse),donc ça a été la fin de nos armes. Et ça a donné comme résultat, euh huit ou neuf déportés, y en a deux qui sont rentrés, les autres ils sont morts là-bas en déportation, et, hum, sur douze arrêtés attendez neuf y en a trois… Oui, c’était neuf alors,9 et 3 douze , parce que les blessés ça faisait parti du groupe aussi qui a été déporté après, hein, donc.

Et ça a été le démantèlement de de ce maquis ?

Jaime : Ils ont pris ceux qui avaient fait le coup, ils les ont passé à tabac, ils les ont menacés, ils ont enfermé les autres et puis finalement ils les ont déportés, euh tous les gars. Et puis le maquis de la Torgue c’était fini. Et hum, quand j’étais en face, moi j’habitais en face chez Ducasse, et puis il avait envoyé quelqu’un pour que je rentre en vitesse chez lui, parce que dans la journée aussi on pouvait communiquer, mais dans la nuit c’était pas commode, et surtout quand on allait dormir, hein. Alors j’ai compris qu’il y avait quelque chose de grave alors il me dit « voilà ce qui vient de se passer, alors y a Jean, Omar, Pierre, qu’avant on l’a vu, il était plus, il était chef de groupe, enfin, il était chef quand même mais il n’était plus le le le celui qui commandait l’ensemble du groupe. A ce moment-là c’était Jeannot, euh lui Richon, lui c’était celui qui commandait tout le groupe, les gendarmes qu’on avait fusillé sa mère et son père et pis , c’est lui qui commandait tout le groupe. Alors(il tousse) alors bon Jean-Omar il se trouve qu’il était venu chez Ducasse aussi. Alors Fernand il lui a dit « tu vas monter vite à la Morelle, et tu vas, vous allez déplacer les armes. » « D’accord ». Alors les voilà parti, et puis moi j’ai eu une autre mission à faire. Euh, on était tranquille parce que euh c’était 2h du matin ça, à peu près. on savait que Alors le gars il arrive, Pierre arrive, euh c’est le propriétaire ou il y avait les armes qui se connaissaient très bien ils se sont parlés (..?) machin là, et comme c’était un résistant aussi le bonhomme, fin, ils ont dit « on va casser la croûte ». Ils ont cassé la croûte,(on entends le coucou de l’horloge) très bien et puis en mangeant, et pi un coup supplémentaire, il nous a fait dire « qui veux-tu qui sache où sont les armes ? Personne ne trouvera les armes là-bas. » alors Ils ont décidé de pas les toucher. Il suffisait de déplacer de quelques mètres seulement, ils n’auraient pas trouvé dans la paille. Tout était fini. Ils l’ont pas fait. Alors ça a eu les arrestations que je vous ai dit, de tout le voisinage, et deux autres en bas ou ils avaient été logés quelques jours avant, le gars en question là, (il tousse). Alors là, euh tout l’ensemble du groupe est parti, dans les Landes (il tousse).

Et le commandant Arthur, qu’est-ce qu’il était..

Jaime : Arthur, il a été, Je vous l’avais dit, euh on avait parlé de lui au début quand il était venu nous présenter hum, Richon. (il tousse) Mais, le, (silence), le 9 ça c’était quelques jours avant je peux pas peut-être que je sais pas si Marta s’en rappellerait, moi je me rappelle pas totalement. Mais je sais que c’est quelques jours avant. Hum… (il réfléchit) Comment te pouvoir expliquer ça. Là je, (long silence), j’ai une absence. (silence) Je pose la question.

Oui, ben, qu’est-ce qu’il s’est passé alors dans les Landes une fois que vous êtes arrivés dans les Landes ?

Jaime : Dans les Landes on n’y a été qu’après. On y a été le 12 on traversait la Garonne, pour aller dans les Landes. Dans les Landes évidemment les espaces ils étaient assez grands pour pouvoir trouver de quoi se loger. Euh, même le groupe de quarante bonhommes, ou trente-cinq ou trente-six qu’ils étaient. Moi j’y suis pas allé ce jour-là avec eux encore. Euh mais il y avait de la place pour tout ça. Et au bout de quelques jours, il y avait un petit groupe aussi qui s’était constitué de résistants, et c’était celui qui avait reçu les armes qu’ils avaient caché chez les communistes euh du côté de Marmande là. Euh qui avait créé un petit groupe, et qu’ils étaient au Crialet (??) et là ils se sont fait voir par un par un apprenti gendarme, euh, qui voyait la, nos cochons de monter en gare . Et pi, ils ont décidé d’attaquer, c’était au Crialet (??), avec les (…), là les miliciens ils nous ont pas, ils étaient pas, y avait les infirmières et puis y avait la gendarmerie à ce moment-là au Crialet, et notre groupe qui n’ était pas loin, qu’on a attendu la première pétarade eh béh elle s’est déplacé pour créer la confusion sur la gendarmerie et sur les C.R.S. Ils étaient pourtant nombreux hein, je crois qu’ils étaient presque plus de cent. Mais les autres ils avaient tellement tiré qu’ils ont fini par l’avoir à la fin, ils ont. Et puis ça a permis à part ceux qui ont été blessés sur place, çà a permis de s’échapper. Ca a été la première action qu’ils ont fait armé, mais on a oublié auparavant de vous dire que les copains ils avaient porté les armes à Villeneuve pour la centrale de Arx ?. Les, la petite révolution qu’il y a eu à la centrale de Arx ?, c’était avec les armes qui venaient du maquis de la Torgue. C’étaient les armes, que nos copains ont portées là-bas. Moi j’étais pas avec mais enfin, c’étaient les copains qui les avaient portées là-bas. Alors , euh, c’était un artisan menuisier je crois, ou, quelque chose, fin qui travaillait dans, qui faisait travailler des prisonniers dans la prison dans la centrale de Istres alors il fallait qu’ils rentrent la marchandise, ils rentraient du bois que les autres façonnaient et ainsi de suite, alors avec la marchandise qui rentrait ils ont fait passer les armes. S’ils avaient eu le temps d’avoir le deuxième groupe d’armes, ils auraient peut- être mieux ce défendu le coup de la centrale de Arx ?. Là ça a été juste, y avait juste qu’un fusil mitrailleur et pi il y avait des mitraillettes et des grenades mais c’était pas suffisant pour rompre le cercle, enfin bref. Alors çà c’était bien avant qu’on parte encore de là, à ce moment-là on était toujours à la Torgue, hein, notre maquis c’était toujours une quarantaine de bonhommes je vous dis, qui se déplaçaient en groupes de huit à dix, pas plus. Ils se déplaçaient d’une hangar à l’autre, d’un coin à l’autre. Ca fait que les gens de la région tous, il faut leur rendre hommage parce qu’ils ont été merveilleux avec nous. Euh les catholiques comme les protestants, presque tous le savaient et presque tous nous ont aidé, nous ont caché, nous ont nourri, c’était pas merveilleux ça ? Hein, il en faut pourtant, il en faut. Ca a été une région comme on n’en trouve pas beaucoup. Toute la région qui monte de la Torgue soit par les Roses, soit par l’autre côté ils ont été merveilleux. Ils étaient tous dans la résistance ! Parce qu’il suffisait qu’un gars le dénonce pour qu’on l’envoie en déportation et qu’on prenne sa famille. Vous vous rendez compte ? Ils savaient le danger qu’il y avait et même quand il y en avait un de blessé, il fallait bien qu’il se cache quelque part. Ils le prenaient comme comme ses enfants.

Oui alors, vous avez participé à la libération d’Agen ?

Jaime : Oui oui, on a participé, mais avant de participer à la libération d’Agen j’ai participé à la libération de Casteljallou, je suis parti à la libération d’Oyes (??), dans Auch, et puis on a eu le combat soit à Casteljallou, soit à Oyes, mais là ça bouchait ça bouchait, on a beaucoup touché les Allemands et les miliciens. Et, à Lons ils nous ont, quand une colonne allemande est venue, pour nous faire sortir – les Espagnols surtout là hein, là les Espagnols avaient créé un groupe, autonome qu’on était soudé avec le bataillon Arthur nous étions tout le bataillon Arthur mais on avait créé un groupe uniquement d’ espagnols – et pis là on avait notre quartier, et c’était au milieu du bois. Alors pour nous faire sortir du bois ils avaient mis le feu, tout le long de la route, d’un côté et de l’autre. Et ce jour-là ils ont arrêté pas mal de monde à, à Lons. Je sais pas je sais pas si c’est le jour où ils ont tué le maire et pas mal d’arrestations. Et deux de nos copains qui se trouvaient là-bas pour le ravitaillement aussi ils ont été tués. Mais, ce qu’ils cherchaient c’était notre groupe, alors ils ont mis le feu, et comme avec ces chenilles, avec ces machins ils tournaient le long de la route, parce que c’était une ligne droite, hein, et, on pouvait pas sortir contre les, nous on a fait le contre feu. On avait dans un espace assez large, y avait un petit ruisseau qui était juste à côté, qui donnait un peu d’eau, la nuit, le jour à peine mais enfin il y avait quad même il y avait quelques espaces om il y avait de l’eau, et, nous étions là, le devant on a ratissé tout ça, on a réuni on l’a remis au milieu de l’ emplacement on l’a fait brûler, et tous les côtés, c’est-à-dire quand le feu est arrivé à notre emplacement c’était déjà consumé et puis de notre côté, on avait le ruisseau où il y avait les arbres tout verts qui tenaient aussi. Alors on a passé comme ça toute l’après-midi en question, les Allemands sont partis tard, comme il y avait le feu dans le bois on pouvait pas sortir. Pour nous c’était, Y avait pas de nuit, avec le feu c’était clair comme en plein jour, euh on est resté là jusqu’au lendemain. Le lendemain soir on a eu un orage qui est arrivé sur les coups de six-sept heures qui nous a permis de sortir de la région. Sans ça on était enfermé là dedans. Mais enfin, notre dépôt de munitions, ils avaient envoyé l’aviation, ils nous ont envoyé les avions, c’était la première non la deuxième fois puisqu’ils avaient bombarbé Oyes (??) avant. Et, ils nous ont envoyé, ils savaient où nous étions les Espagnols – alors ils ont envoyé l’aviation et là c’était pas mal de grenades et petites grenades, dix ou quinze kilos, et puis surtout ce qu ils mitraillaient, on savait bien qu’on se mettait de le long de la rivière, du ruisseau parce que c’était couvert y avait quelques arbres encore. On a eu de la veine on n’a pas eu de blessés, et notre dépôt d’armes on l’avait enterré, on avait fait un grand trou une fois que le bois a été brûlé, on avait mis du sable dessus, avec on l’avait recouvert avec des couvertures, qu’on avait, tout ce qu’on trouvait pour pouvoir faire étanche, et pi dans la terre beaucoup de -là il y avait du sable c’était facile, c’était facile. Et pi on avait mis quelques branches pour l’aviation. Mais les autre ils savaient bien, enfin ils savaient pas où était le dépôt mais ils savaient bien que nous étions là.

Alors après la Libération, pourquoi pourquoi êtes-vous resté dans la région ?

Jaime : Allez attendez, ça c’est pas le plus intéressant pour Moi je tiens à vous parler, bon ça a été pour nous les Espagnols ça a été un coup assez terrible, de devoir supporter le feu euh pendant deux jours. Mais après on a trouvé le moyen de les combattre, la première fois qu’ on a pu le combattre comme il faut c’était à Boussès ?. Et on savait que les Allemands allaient manger sur place, parce qu’ils avaient arrêté une cantine sur la place de Boussès, alors on savait aussi comment faire pour les approcher. Alors là, on les a attaqué, et, le bois est juste au bord de la place. On les a attaqué et sur la route avec des fusils mitrailleurs et pi parce qu’il fallait un autre, un autre, notre ordre c’était de mener l’attaque quelques minutes puis se replier. Parce qu’on pouvait contre le tank et tout ça, on pouvait y avait trop d’espace pour aller jusqu’au tank. Alors on pouvait pas le faire. Bon mais on a réussi quand même à semer pas mal de grenades, et pi les, là où ils mangeaient pour rejoindre les engins, ils étaient sur la portée de mire des, des, des fusils mitrailleurs, il y en avait 2. Alors ça fait qu’on a fait déjà pas mal de dégâts. Et puis après, on s’est retiré dans le bois. Là aussi ils ont mis le feu. Ils ont mis le feu mais, pi ils ont surveillé la route, on a passé un bon moment pour sortir du bois avant de rejoindre un autre groupement. Et pi après il y a eu comme grande, comme machin, comme grand combat c’était à, à Arx c’était un petit village juste à la limite du Lot-et-Garonne et des Landes, et, nous avons été là-bas, nous avions plusieurs groupes parce qu’il y avait des jolis bois, donc on pouvait se ,on n’était pas loin, et les Allemands avaient attaqué le groupe Néracais, la veille ou l’avant-veille, et pi ils avaient décidé euh de les surprendre par derrière, mais par derrière il y avait un ruisseau, une rivière, il y avait un pont, il fallait franchir le pont. La camarade de groupe Néracais là, ils avaient euh ils avaient préparé pour le faire sauter. Alors, ils avaient ordre que si les Allemands cherchaient à traverser le pont, il fallait faire sauter. Alors nous Comme nous savons quand ils ont passé devant nous, un peu loin quand même, quand ont les a entendu passer, on savait qu’en arrivant là-bas, il suffisait d’entendre l’explosion du pont pour savoir qu’ils vont revenir parce qu’ils n’avaient pas d’autres solutions, il fallait qu’ils reviennent. Alors là, on les attendait au retour. Et c’est là que au retour le commandant, un de nos commandants de notre groupe d’espagnols là Marta, a fait sauté la première chenillette de tête de groupe qui mobilisait du coup toutes les, alors quand tous les gens ils ont voulu sauter du camion et tout ça, c’est à travers les grenades, les mitraillettes et tout ça, on a fait quand même d’après les officiels il y a eu une soixantaine de morts, moi je pense qu’il y en avait davantage. Et, pas mal de blessés, ça je peux pas savoir le nombre. Et on les a tenu en merci pendant deux heures, après évidemment la queue de machin ils ont rentré dans le bois, mais enfin, ça a été un bon combat et on savait qu’ils revenaient le lendemain, et on savait aussi qu’on pouvait les attaquer à nouveau. Alors là c’était la passe de gloire du bataillon Arthur. Hein, au point de vue on a réussi à faire le combat aux Allemands là où on voulait, et comme on voulait.

Et, ce commandant Marta vous pouvez en dire quelques mots ?

Jaime : (rires) J’aurais beaucoup à vous dire, le pauvre, il est est mal en point, il est malade. Ils allaient débarquer, mais les Anglais, les Américains, les Français ils savaient qu’on allait débarquer et on avait pour ordre de ramasser un maximum de monde pour les contrer par la suite. Alors c »est ce qu’on a fait, on avait quitté le coin, on a venu chercher des copains qu’on avait à Castelmoron, à Casseneuil, à Villeneuve et tout ça, alors on était venu le jour même le matin, on est allé directement moi je suis allé directement à Villeneuve. Lui il s’occupait de Casseneuil et de machin, euh pour les copains. En même temps y avait, on a su qu’un de nos copains qui devait venir avec nous s’était fait arrêter dans la semaine et il était dans la prison du camp de Casseneuil. Y avait une prison dans le camp. Bon, alors euh, on avait ordre qu’en cas de débarquement de tout laisser tomber, de rejoindre euh un le point de départ, c’était Casseneuil, nous regrouper, et repartir aussitôt au groupe, de rejoindre l’unité, ça c’était les ordres qu’on avait. Alors euh, quand on est arrivé à Casseneuil, lui moi quand je suis arrivé à Villeneuve je savais pas qu’il y avait le débarquement encore. Ce n’est que à Villeneuve je l’ai su, les gens que j’allais envoyer pour recruter les copains qui devaient venir avec nous, euh, qui se connaissaient bien, qui ont demandé de mettre Radio Londres. Et alors là j’ai su qu’il y avait eu le débarquement. Alors là j’ai dit aussitôt oup « J’arrête, il faut que je m’en aille. » Les gens m’ont dit « vous allez manger, quand même ?! » J’ai dit « non on n’a pas le temps, merci ». Il m’ont fait quand même manger à 11h et j’ai mangé bon. Et pi aussitôt qu’on a fini de manger je suis part de Villeneuve et en plein midi, c’était pas commode j’avais peur aussi qui y a des espagnols qu’on me reconnaisse, des gens même les Français qui me reconnaissent, et qui savaient que je m’étais fait arrêter. Enfin, j’ai pris par derrière le cimetière, comme j’avais travaillé en même temps que j’étais chez (..?) et que Borthumi ? il avait un dépôt qui était pas loin du cimetière et que je connaissais bien le coin, alors j’ai passé par là et quand j’arrive à la route, au moment où j’allais arriver à la route et y avait une patrouille allemande qui arrêtait tout le monde d’un côté et de droite et de gauche. Tout le monde arrêté. Et je me trouve là avec mon vélo, parce que c’était une partie plate là. Et j’avais un quelque chose comme ça, euh une chemise avec des des poches devant hein!!. J’avais deux grenades qui étaient attachées à ma ceinture, mais, avec la chemise c’était caché. Et mon portefeuille il était comme ça dans la dans la partie extérieure. C’est-à-dire pas…euh qu’on avait toujours l’impression d’aller chercher une arme quand tandis que bon, c’était mon point de vue. Et quand j’arrive à quinze mètres, l’Allemand qui me fait comprendre, ils arrêtaient tout le monde!!: « Passez », est-ce que j’étais trop gros, et trop gras, il m’a pris pour un gamin, et je vous assure que j’avais peur. Mais j’étais décidé à les descendre, à les descendre s’il le fallait alors les grenailles étaient dégoupillées j’avais juste qu’à tirer. C’était ma défense, je croyais bon à la grenade. Alors bon aussitôt ben on a rejoint le camp et dans la nuit, on a dit « on va pas au camp comme ça », euh enfin on rejoint pas le groupement dans les Landes on va réveiller les copains qui a au camp de Casseneuil, on n’était que trois, on s’est présenté tous les trois devant le camp. On commence par couper le… le téléphone avant, et puis on rentre, on coupe tout et puis on va, l’un va s’occuper d’une chose, un d’une autre et puis on gueulait tous les trois, et puis on avait, on donnait l’impression qu’il y avait de la garde autour du camp. Les copains espagnols ils croyaient que j’ai qu’il y avait beaucoup de copains hein, on connait… alors on appelait la ba… les le coup on a pris ils avaient une petite fourgonnette, non une fourgonnette c’était un plateau, comment on appelle ça, une camionnette, et, oui fin bref, et puis on a rempli les archives du camp de Casseneuil, on les a mis là-dedans, tous les archives, et pi de la nourriture et pi pas mal de choses qui nous intéressaient, mais c’est surtout les archives qui nous qui nous intéressaient. Et on a libéré, et y en avait quand même vingt-et-un en prison, y en a qu’un qui nous a suivis, les autres ils ont pas voulu venir au maquis. Mais on les a libérés quand même. Les copains après ils étaient quatre, et en route on a ramassé un cinquième. Alors ça fait qu’on est arrivé dans (incompréhensible…), pour aller attaquer Casteljaloux après.

Et alors ensuite pourquoi donc vous êtes resté euh ici en le Lot-et-Garonne, pourquoi vous n’êtes pas retourné en Espagne…

Jaime : Pour se faire fusiller en Espagne ? Qu’est ce que vous croyez qu’il faisait Franco… Pendant quarante ans, les hommes de Franco y avait pas que lui seul mais les hommes de Franco, ils ont assassiné des centaines de milliers de gens… Pour un rien ! hein, Y avait, les hommes de Franco et puis ceux y avait ceux qui profitaient de la situation, y en avait qui si vous aviez une belle maison, une propriété intéressante un truc comme ça et que vous aviez des gosses, que vous aviez que vous étiez républicain, eh beh on vous dénonçait aussitôt. Et pi les gendarmes venaient, on vous arrêtait, et puis, ceux qu’ils étaient chez vous on les envoyait en résidence surveillée en Andalousie. Et pi là-bas ils avaient pas de travail, alors il fallait que la famille nous envoie du travail. Alors la famille était obligée de vendre ses biens pour rien, parce que souvent ils , on lui volait ses biens. Et pi, quand ils étaient pas fusillés c’était déjà pas mal. Mais beaucoup beaucoup on était assassiné.

Donc vous avez fait votre trou ici en Lot-et-Garonne, vous vous êtes marié, vous avez eu des enfants… Vous avez trouvé un travail…

Jaime : Oui, oui oui. Oh ben ça ça me donnait pas de la peine puisque quand j’avais trouvé du travail déjà quand je suis arrivé je n’avais pas le droit de travailler. Ca me faisait pas peur de travailler.

Et vous êtes installé à Monclar depuis quand ?

Jaime : Ben il fallait bien s’installer quelque part et recommencer la vie. J’avais mes cousins qui sont venus travailler ici, ma cousine est tombée malade elle a été à l’hôpital à Toulouse. Du coup mon cousin il a déménagé à Toulouse, moi je suis resté ici, et pi ici encore.

Qu’est-ce-que vous avez fait comme travail ici ?

Jaime : A l’époque j’étais cordonnier, mon cousin était cordonnier, y avait le grand-père aussi il était cordonnier, et béh j’ai fait comme eux, mais au début j’étais encore plutôt commis voyageur. Comme des marchandises ici on n’en trouvait pas tant que ça, à part le cuir parce que le le le gars à Villeneuve il nous fournissait du cuir comme on lui fournissait le cochon, des trucs comme ça, le jambon, tout ça à l’époque, il fallait une contrepartie pour avoir la Alors y avait qu’à Paris qu’on trouvait la marchandise et encore il fallait une contrepartie. Il fallait porter le du jambon, du saucisson, ce qu’il y avait dans dans la région et avec ça on trouvait tout après. Alors, j’allais chercher la marchandise à Paris, on la travaillait ici, jusque quand ma cousine est tombée malade.

Et vous êtes revenue en Espagne ? En quelle année ?

Jaime : J’ai plus revenu je suis était en Espagne oui mais je suis plus revenu en Espagne. Pour moi l’Espagne est finie, euh pour moi l’Espagne le seul endroit où je veux c’est un cimetière. Où y a pas mal de mes copains, de mes camarades je présume qu’ils sont là euh, y a le four, le cimetière de la ?? qu’on appelle, c’était une immense carrière qu’il y avait avant, une immense carrière de Barcelone et alors, là, pendant deux mois, tous les soirs on déchargeait des hommes qu’on venait de fusiller. Alors y avait des Espagnols qui étaient prisonniers qui avaient mission de les enterrer, ils les mettaient un à côté de l’autre dans cette esplanade et quand c’était plein, on remettait de la terre et on recommençait. On calcule qu’on doit avoir entre, les les plus modestes disent cent vingt-quatre mille et les autres disent quarante-et quelques mille dans cette esplanade, alors quand maintenant depuis que le régime a changé ça a été cimenté, alors n’importe où dans cette grande esplanade vous pouvez laisser un bouquet de fleur, y a les copains qui dorment dedans.

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Interviewer : Oumar Diallo
LieuMonclar
Date : 01 avril 2009

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