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Abdullah ERUSTA

Travailleurs turcs de Nouvelle Aquitaine

Abdullah ERUSTA
Abdullah ERUSTA
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Les séquences

Interviewer : Hürizet Gunder, Keziban Yildiz
Lieu : Bordeaux (33000)
Date : 26 avril 2018

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès des travailleurs turcs de Nouvelle Aquitaine, un entretien avec Mr Abdullah Erusta, avait été réalisé le 26 avril 2018, à Bordeaux (33000). Vous trouverez un résumé de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale en cliquant sur bouton ci-dessous. 

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

Je suis né à Tüzköy près de Samsun. Je ne vais que deux années à l’école qui est loin de mon village. Je travaille dans la ferme familiale. Je me marie et j’ai quatre enfants. Je travaille plusieurs années à Istanbul dans le bâtiment. En 1958, je m’installe à Samsun. Nombre de mes compatriotes partent travailler en Europe. Je présente ma candidature et passe un test professionnel, puis une visite médicale.

La séparation est très difficile : je quitte ma famille et mon pays. Le 3 juillet 1974, un train à Istanbul me mène en deux jours en Yougoslavie. Un homme originaire de Karadeniz m’accompagne. Nous changeons de train pour la France. Arrivé à la gare de Digne-les-bains, près de Gap dans les Hautes Alpes, je séjourne trois jours à l’hôtel, offerts par l’entreprise Colombien. Puis un tracteur de l’entreprise vient me chercher pour me conduire sur un chantier de construction d’un pont à Veynes. Je suis en costume-cravate et commence mon premier jour de travail dans cette tenue : une avance de 500 francs m’est offerte afin que je puisse m’acheter des habits et faire mes premières courses. Mon patron est un homme bien, que je regrette encore aujourd’hui. Il m’apprend le métier en patience : nous sommes une dizaine de turcs salariés dans son entreprise. Nous logeons dans des petites maisons de chantier, plutôt confortables avec salle de bains et toilettes. Je cuisine, même le mouton que nous achetons et découpons. Je travaille toute la journée, et la nuit je pense à ma famille et mes enfants restés en Turquie. Je communique avec eux par lettre et leur envoie une partie de mon salaire.

En 1976, deux ans après mon arrivée en France, je quitte mon emploi pour retourner en Turquie visiter ma famille : j’arrive en train la valise chargée de cadeaux et de chocolats. Je repars pour le France empli d’émotions fortes. Mon objectif est de gagner suffisamment d’argent en France pour rentrer en Turquie et y acheter un tracteur. A mon retour, je rejoins Nice ou je trouve un emploi mais pas de logement. Je gagne alors Lyon où je suis recruté durant sept mois sur un chantier. Puis, je trouve un poste à Narbonne où je travaille durant deux ans. 

En 1982, n’arrivant pas à épargner suffisamment pour retourner vivre en Turquie, je décide de ramener ma famille en France. Je vais chercher femme et enfants en train. Nous sommes refoulés à la frontière italienne et retournons à Samsun. Je suis contraint de rentrer seul à Narbonne où mon travail m’attend.

En 1984, je dépose une demande de regroupement familial et j’obtiens un logement social. Ma famille me rejoint enfin en France. Ma fille aînée, majeure et mariée, ne peut pas nous l’accompagner : c’est encore aujourd’hui une grande tristesse. 

En 1985, nous nous installons à Bordeaux où j’ai trouvé un poste d’ouvrier qualifié. Je loue l’appartement d’un ami qui s’est fait construire une maison. Mon fils crée ensuite sa propre entreprise et nous travaillons ensemble durant quatre ans. A la faillite de son entreprise, je connais le chômage tandis que mon fils retrouve du travail. A la suite d’un accident de travail, il est déclaré inapte et ne peut plus travailler. Mes enfants retournent un à un en Turquie. 

Je participe à la création du Centre Culturel Turc de Bordeaux : notre objectif était le rapprochement de nos valeurs mais aussi la diversité culturelle turque. 

Je n’ai pas appris le français et n’ai pas demandé la nationalité française : “Je suis turc, ma patrie c’est la Turquie, mon drapeau c’est le drapeau turc. Et je crains que l’on me retire ma carte d’identité turque.”

Aujourd’hui, je suis retraité. Après avoir travaillé quarante-quatre ans en France, ma pension n’est que de 800 euros et ne me suffit pas. Je la cumule avec ma retraite turque. Je réside chaque année six mois en Turquie où vivent désormais mes enfants. Je les aide dans les travaux des champs et dans le ramassage des noisettes. Ce que la France m’a apporté, c’est le travail, de l’argent à investir et de beaux jours. Ce que j’ai apporté à la France c’est 44 ans d’efforts. Je suis très satisfait de mon parcours. 

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Interviewer : Hürizet Gunder, Keziban Yildiz
Lieu : Bordeaux (33000)
Date : 26 avril 2018

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