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Mihrali GUNDOGDU

Travailleurs turcs de Nouvelle Aquitaine

Mihrali GUNDOGDU
Mihrali GUNDOGDU
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Les séquences

Interviewer : Hurizet Gunder
Lieu : Bordeaux (33000)
Date : 3 avril 2018

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès des travailleurs turcs de Nouvelle Aquitaine, un entretien avec Mr Mihrali GUNDOGDU, avait été réalisé le 3 avril 2018, à Bordeaux (33000). Vous trouverez un résumé de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale en cliquant sur bouton ci-dessous. 

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

Je suis né dans le village de Savaşir près de Posof, dans l’Est de la Turquie. Je suis scolarisé durant cinq ans, jusqu’au CM2 puis je travaille dans la ferme de mes parents. Je fais mon service militaire durant deux ans. Je rejoins ensuite Istanbul, où je trouve un poste dans une entreprise de fabrication de robinets dans le quartier de Maltepe. Le salaire est très faible. Je me marie et j’ai trois enfants. Nous vivons chez mes parents.

Le 30 février 1971, je quitte la Turquie. Avec un visa touristique de trois mois, je rejoins la Belgique par avion pour trouver du travail. Plusieurs de mes connaissances ont fait cette démarche et je suis leur parcours. Je suis accueilli chez eux à Bruxelles. Deux semaines après mon arrivée, je trouve un travail au noir dans le bâtiment. Je dépose une demande de contrat de travail en France qui est acceptée neuf mois plus tard. Je retourne en Turquie en avion. Après avoir passé une visite médicale, j’obtiens un billet de train pour Paris et de la nourriture pour le trajet. 

Le 9 novembre 1972, j’arrive en France. Je suis conduit en voiture par le personnel de l’entreprise à un foyer de travailleurs à Orléans. C’est un immeuble de plusieurs étages avec des chambres pour quatre personnes et une cuisine. De l’argent et de la nourriture me sont offerts. Je travaille dans une usine de fabrication de caoutchouc. “Je n’ai pas accès à des cours de français et je n’ai pas le temps en raison de mon travail. J’apprends sur le tas : je parle le “tarzan”, avec les mains, je me débrouille”. Je me rends en Turquie chaque année.

Huit ans plus tard, en 1980, j’y réside neuf mois et décide d’amener ma famille en France. J’ai six enfants, seuls cinq me suivent : ma mère refuse que ma plus jeune fille âgée de quatre ans nous accompagne. Nous rejoignons la France en minibus avec un visa touristique. Nous nous installons à l’Aigle, à 200 km au nord-ouest d’Orléans où j’ai trouvé un travail dans une fonderie de métallurgie. 

Ma femme et mes enfants obtiennent une régularisation avec l’aide de l’assistante sociale de l’entreprise. Ma plus jeune fille nous rejoint quatre ans plus tard.

Au travail, j’obtiens une médaille et une prime de 500 francs après avoir réussi à réparer une machine en panne alors que le mécanicien avait été incapable de le faire : c’est un moment de fièreté et de bonheur. Je la porte encore aujourd’hui.

En 2001, après vingt années à l’usine de sidérurgie, je dois m’arrêter : j’ai le dos cassé. Je deviens retraité et je m’installe à Bordeaux où mes enfants ont trouvé du travail. Je me rends trois mois par an en Turquie. Je n’y réside pas car j’y ai perdu mes habitudes. 

J’ai apporté à la France ma force, mon travail, mes efforts. Et la France m’a apporté de l’argent. Mais sachez que, peu importe où vous allez, même au bout du monde, la terre où vous naissez, votre patrie, reste unique.

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Interviewer : Hurizet Gunder
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