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Ahmed AAMARA

Ancien combattant marocain
Né en 1925
Engagé en 1944
Arrivé en France en 2005

Ahmed AAMARA
Ahmed AAMARA
/
Les séquences

Interviewer : Joël Guttman
Traducteur : Aziz Jouhadi
Lieu : ALIFS, Bordeaux
Date : 08 avril 2009

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès des anciens combattants marocains, un entretien avec M. Ahmed Aamara, avait été intégralement réalisé en langue arabe le 8 avril 2009, dans les locaux de l’association ALIFS. Vous trouverez un résumé de la traduction française de cet entretien réalisé dans les locaux d’O2 radio sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale de cette traduction en cliquant sur bouton ci-dessous.

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

AHMED AAMARA – Je suis né en 1925 mais je ne connais pas le jour de naissance. On m’a donc attribué une date… le 1er janvier 1925. J’habitais dans la région de Marrakech, à El Kelaâ des Sraghna. J’étais agriculteur, comme mes parents. Ils étaient aisés et avaient des terres et du bétail.

Je me suis engagé en 1944, parce que nous travaillions pour l’État, sous la contrainte… À ce moment-là, je me suis dit, « Si je dois travailler pour l’État, alors il vaut mieux s’engager ». On allait donc au marché, puis le crieur annonçait que celui qui s’engagerait serait libre, avec toute sa famille. Que de mensonges ! Malgré tout, à l’appel du crieur, je me suis engagé.

Juste après l’engagement, nous avons reçu une instruction militaire. Nous sommes donc allés six mois à Marrakech, puis nous avons été transférés à Oujda, où nous sommes restés deux ans. Après nous avons été transféré en Allemagne fin 1947.

JOËL GUTTMAN – Parlez-nous de votre carrière militaire, des pays que vous avez traversés, ainsi que des batailles auxquelles vous avez pris part…

D’abord, au Maroc, j’avais suivi un entraînement de six mois à Meknès pour devenir caporal. Ensuite, du Maroc, nous avons embarqué pour la France, à Bourges. On nous a fait intervenir lors d’une grève ouvrière à Chalons, puis nous sommes restés dans la région jusqu’à la fin 1948. Je suis allé ensuite à Fontainebleau pour quelque temps. Après, nous sommes retournés au Maroc, à Kenitra. À ce moment-là, dans notre groupe, il y a eu un mouvement de révolte à propos de l’indépendance du Maroc. De ce fait, on nous a assigné des soldats sénégalais pour nous surveiller, et on nous a désarmés.

En 1953, je suis parti pour l’Allemagne, où je suis resté à peu près deux ans. Puis ce fut l’Algérie… Là-bas, j’étais aux Aurès, à Batna et dans toutes ces montagnes… Nous sommes restés entre sept et huit mois, et moi, j’étais sergent, au service auto, au garage. J’avais la responsabilité de tout ce qui concerne le garage, et c’était moi qui affectais les chauffeurs pour les missions.

Fin 1948, il y a eu un mouvement de révolte pour l’indépendance du Maroc. On a tous le sentiment de patriotisme et on n’a pas accepté ce qui se passait. On nous a alors emmené des soldats sénégalais pour nous surveiller, et on nous a désarmés…

Quand vous étiez embarqué pour l’Algérie, on vous a dit que vous alliez combattre le FLN ?

On nous avait dit qu’on partait pour la civilisation, alors que, quand on est arrivés, ça n’était pas vraiment le cas. Les Français, ils ont abattu un âne qu’ils ont ensuite mangé… Nous n’avons pas accepté cela… C’est haram ! Nous étions 17 personnes, dont deux officiers, à ne pas vouloir manger. Nous avons expliqué au colonel que nous ne mangions pas une viande haram. Il nous a rassurés par son écoute, mais, à partir de cet événement, on nous a mis à part des autres. Après, en Algérie, il y avait des jours où nous combattions, d’autres non. Il y avait des fois où nous avons été attaqués, et nous avons répliqué.

Nous sommes ensuite rentrés au Maroc, à Marrakech, au Diar 114, où nous sommes restés un an, en 1954. Nous sommes restés un an sous surveillance, car nous avons été soupçonnés de prendre part au mouvement de la libération. Mais nous n’avions rien à voir avec tout cela et l’armée a fini par le reconnaître. Après cela, j’ai été affecté au 2ème RTM de Marrakech pour deux semaines. J’étais désigné comme chauffeur du colonel. Et après, on a été rendu à l’armée marocaine.

Combien de temps avez-vous passé dans l’armée marocaine ? Et dans quel endroit ?

J’ai été partout au Maroc. À Tafilalt dans le Sahara, à Midelt dans la région de Fès… Nous étions en intervention avec le Roi, à Tazaa, à Oujda et partout… Nous étions sa garde ! Nous l’accompagnions pour tous ses déplacements, jusqu’à la dissolution de l’armée de la libération. Après nous avons été affectés au 11ème Bataillon, à Casablanca, à la caserne de la Jonquière. Je suis resté dans l’Armée royale jusqu’en 1980, et après je n’ai plus travaillé…

Nous étions en intervention avec le Roi, à Taza, à Oujda et partout… Nous étions sa garde. Nous l’accompagnions pour tous ses déplacements, jusqu’à la dissolution de l’armée de la libération…

Dans l’armée française, avec vous, y-avait-il des combattants d‘autres nationalités ?

Non, nous n’étions que des Marocains avec des Français. Il n’y avait avec nous, ni Tunisiens, ni Algériens. Nous étions tous séparés, chaque groupe dans un bataillon à part.

Pouvez-vous nous parler de votre arrivée en France et de comment vous avez entendu parler de vos droits ?

J’ai rencontré des gens qui m’ont parlé de tout cela et j’ai demandé à mon beau-frère, qui vit en France de voir comment je pourrais obtenir un visa, pour venir réclamer mes droits ici. J’ai attendu que ma fille, en dernière année de droit, ait pu venir en France et c’est elle qui m’a envoyée les documents pour avoir le visa.

En arrivant à Bordeaux, je ne connaissais personne, je suis venu directement au foyer. Je n’ai rencontré aucune difficulté ici. Nous étions aidés, mais pas assez… Mais il existait sans doute une association que je ne connaissais pas, elle nous aidait pour remplir les papiers et elle nous guidait dans nos démarches administratives, pour la C.R.A.M.A., pour le dossier de la Caisse des Dépôts, ou pour le R.M.I.

Je passe mes journées à m’ennuyer… Même s’il y a à manger et à boire, il n’y a rien à faire ici ! Il n’y a pas de lieux de rencontres dans les foyers…

Comment se passent vos journées ? Où allez-vous ?

Je passe mes journées à m’ennuyer, même s’il y a à manger et à boire… Il n’y a rien à faire ici ! Il n’y a pas de lieux de rencontres dans les foyers…

Vous souhaitez un café où vous pourriez aller ?

Tout à fait ! Et le foyer ne sera pas perdant, car la personne qui travaillera pour servir les gens sera payée par la recette de ce café. Actuellement, il y a deux personnes qui travaillent une demi-journée chacune. Il peut y en avoir une troisième, qui serait là en tant qu’écrivain public, pour rédiger ou lire nos courriers et nous orienter.

Comment passez-vous vos journées d’une manière générale ?

Je pars vers 9h30 à Saint-Michel, où je reste jusqu’à midi trente à peu près. Après je rentre au foyer, où je reste jusqu’au lendemain sans pouvoir sortir, car mes dépenses sont limitées. Elles sont réparties en trois : le quotidien, les enfants au pays et la mutuelle.

Maintenant, vous espérez obtenir vos droits ? Et si cela se fait, repartirez-vous au Maroc ?

Je repartirai au Maroc, je n’ai plus rien à faire ici ! Même ma femme a refusé de venir ici, malgré le visa qu’elle avait obtenu !

Si j’obtiens mes droits… Je repartirai au Maroc, je n’ai plus rien à faire ici !

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