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Zaïd ALHOU

Ancien combattant marocain
Né en 1932
Engagé en 1950
Arrivé en France en octobre 2001

Zaïd ALHOU
Zaïd ALHOU
/
Les séquences

Interviewer : Joël Guttman
Traducteur : Ahmed Nokri
Lieu : ALIFS, Bordeaux
Date : 23 mars 2009

Présentation

Dans le cadre de la collecte de témoignages oraux auprès des anciens combattants marocains, un entretien avec M. Zahid Alhou a été enregistré le 23 mars 2009 dans les locaux de l’association ALIFS. Vous trouverez un résumé synthétique de cet entretien sur cette page, ainsi qu’une retranscription intégrale de cette interview en cliquant sur bouton ci-dessous.

Retranscription intégrale

Résumé de l’interview

Retranscription de l’interview

JOËL GUTTMAN – Que faisiez-vous avant l’engagement ?

ZAÏD ALHOU – Avant ça, j’étais paysan. J’ai travaillé dans l’agriculture jusqu’à l’âge de 18 ans, puis  je me suis engagé jusqu’à la retraite.

Et pourquoi avez-vous décidé de vous engager ?

Il n’y avait rien à faire… alors je me suis engagé ! Je me suis engagé le 3 mars 1950 pour dix-sept mois en Indochine. Pour m’engager, j’étais allé dans une compagnie à Bouleman et c’est là-bas qu’ils m’ont intégré pour partir en Indochine. Je me suis engagé volontairement, et j’envoyais la solde que je touchais à la famille. Je connaissais d’autres personnes qui, comme moi, sont allées s’engager. Des personnes du même village… du côté de Beni Mellal. Eux aussi, ils se sont engagés volontairement. Aucun d’eux n’y était de force… Ceux qui ne sont pas partis, sont restés travailler dans l’agriculture. Et moi aussi, si je ne m’étais pas engagé, je serais resté agriculteur. Donc pour moi, l’engagement c’était bien mieux. Agriculteur, il n’y avait pas d’avenir, c’était vraiment dur.

Il n’y avait rien à faire… alors je me suis engagé !

Quelles sont les opérations principales que vous avez connues ?

Je suis parti en Indochine, on est resté sur le terrain, puis on est retourné au Maroc. On a été affecté à Tiznit jusqu’en 1956 et après j’ai intégré l’Armée royale. Ma fonction militaire se concentrait sur le transport. Je conduisais une jeep, toujours pour la compagnie. Et dans la guerre tout est dur… Mais ce qui était le plus dur, c’était de rester sans manger. On restait parfois quinze jours sans même un morceau de pain !

Est-ce que vous avez été en contact avec la population civile ?

Effectivement, on avait des contacts avec des civils. On les respectait, on ne les terrorisait pas, parce que ce n’est pas bien… Éthiquement, ce n’est pas bon…

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre relation avec les autres combattants. Par exemple, dans votre unité, est-ce qu’il y avait d’autres Marocains, des Sénégalais, des Algériens, des Français ?

Il y avait effectivement des Sénégalais et d’autres nationalités, mais nous, nous étions ce qu’on appelle des « Goumiers chérifiens ». Nous étions entre nous, jamais mélangés avec d’autres… À part avec quelques Français. Avec les supérieurs, c’était de bonnes relations, ils nous respectaient du moment où on ne faisait pas quelque chose qui n’est pas commode. Donc personne ne nous touchait… En dehors du cadre militaire aussi il y avait des relations. On se parlait. Et quand on nous commandait de faire quelque chose, on le faisait… pas de problème.

On va parler de votre retour au Maroc. En quelle année, vous êtes revenu ?

On est rentré au Maroc en 1953. On a débarqué à Séfrou et, de Séfrou, on était séparé en plusieurs compagnies à travers le Maroc. Moi, j’étais dans une compagnie à Tiznit jusqu’en 1956. Après 1956, j’ai intégré l’Armée royale et j’y suis resté jusqu’à ma retraite, en 1982.

Est-ce que vous étiez au courant de la cristallisation des retraites de l’armée française ?

On ne sait pas ce que la France a négocié avec le gouvernement marocain… Quel arrangement ont-ils signé ? Qu’est-ce qu’ils leur ont donné ? Nous on sait qu’ils se sont arrangés et que l’état marocain nous donnait l’équivalent de 50 dirhams par an. C’est-à-dire 5 euros… à peu près… Et quand on a fait une demande à l’armée française et au gouvernement français, ils nous ont dit, « À vous, nous ne devons rien. Tout ce que nous vous devions, on l’a transmis à votre État ».

Est-ce que vous avez pu fonder une famille à votre retour au Maroc ?

Oui. En 1953, je me suis marié. Ma femme est marocaine, elle est du même douar, du même village, que moi. J’ai eu quatre enfants avec elle, deux garçons et deux filles. Et aujourd’hui, je n’ai plus qu’une seule fille qui est restée à la maison. Elle est divorcée…

À quel moment vous êtes venu en France ?

Je suis arrivé en France en octobre 2001. Je suis venu parce que j’ai entendu que la France nous donnait nos droits. Nos droits de retraite et de pension… et ils nous ont reçu… Donc voilà, nous les remercions… Quand je suis arrivé, je suis arrivé directement à Bordeaux, ils m’ont donné le logement et tout. Tout le monde venait à Bordeaux.  On avait ensuite un contrat à Sonacotra. Maintenant, je reste pendant six mois en France pour régler la situation, puis après je vais ailleurs, je rentre au Maroc, ou je reste ici…

Dès qu’on dépasse notre droit de séjour de deux jours, ils nous coupent tout ce qu’on touche

Si on est venus à Bordeaux, c’est parce que c’est à Bordeaux qu’il y a l’état-major… la direction de l’armée qui s’occupe de nous. C’est pour cette raison qu’on est arrivés à Bordeaux… Il y avait quelqu’un de mon village qui était déjà ici. Donc, quand je suis arrivé à la gare le matin, je l’ai appelé. Il est venu me chercher puis on est parti en bus. Il m’a amené chez Karim. C’est là où j’ai signé le contrat d’accueil à Sonacotra. J’ai ensuite remis mes papiers à Karim et il m’a donné la chambre. Puis le foyer nous a donné à manger, des couvertures etc. On les remercie tous sincèrement pour tout ça.

Votre situation financière à ce moment-là, quelle était-elle ?

J’étais bien au Maroc, ça allait… Simplement, quand on a entendu dire que la France donnait leurs droits aux anciens combattants marocains, j’ai décidé de venir ici en France.

Est-ce que vous pouvez nous racontez une journée type, comment se déroule-t-elle ?

Rien ne manque, sauf qu’on a quelques problèmes avec la Caisse des Dépôts. Dès que, par exemple, on dépasse notre droit de séjour de deux jours, ils nous coupent tout, les assurances, toutes les primes, tout ce qu’on touche. Ils nous ont donné le droit de passer six mois ici, six mois au Maroc, mais si on dépasse de deux jours, ils nous coupent la pension. C’est vraiment injuste ! Pour ma pension, je perçois 633 euros…

Au quotidien, est-ce qu’il y a des quartiers dans lesquels vous aimez aller vous promener ?

La vie… il y a un manque dans cette vie. On vit loin de nos enfants, loin de nos familles… On fait nous-même nos linges… On prépare nous-mêmes nos repas… Mais à part ça, la vie est bien. Mais il y a tout de même ce manque-là. L’éloignement ! Sinon, quand je me lève le matin, je sors, je vais vers Saint-Michel, je fais les magasins, mes courses, et après je retourne chez moi.

Vous parvenez à rencontrer d’autres personnes, des anciens combattants aussi ou d’autres personnes, pas forcément du même statut ?

Je connais d’autres gens qui ne sont pas des anciens combattants. Mais bon, on n’est qu’entre nous, qu’entre Marocains…

Nous ce qu’on souhaite, c’est qu’ils nous donnent même la moitié de ce qu’on doit toucher, et qu’on rentre chez nous. Parce que nous, on est vieux, on ne peut plus faire des aller-retour…

Est-ce que votre vie vous convient ou est-ce que vous aimeriez retourner vivre au Maroc ?

La vie est dure. La vie au pays nous manque, on pense aux enfants… C’est ça qui est dur… La séparation… On est trop éloigné de nos enfants. Donc oui, je souhaite obtenir mes droits et retourner au Maroc, oui. C’est mon souhait le plus cher. Et je suis confiant ! Nous ce qu’on souhaite, c’est qu’ils nous donnent même la moitié de ce qu’on doit toucher, et qu’on rentre chez nous. Parce que nous, on est vieux, on ne peut plus faire des allers-retours entre la France et le Maroc, tous les papiers…C’est trop dur !

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Interviewer : Joël Guttman
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