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Bouazza CHKHICHEKH

Ancien combattant marocain
Né en 1933
Engagé en 1953
Arrivé en France en 2008

Bouazza CHKHICHEKH
Bouazza CHKHICHEKH
/
Les séquences

Interviewer : Joël Guttman
Traducteur : Ahmed Nokri
Lieu : Foyer ADOMA, Bordeaux
Date : 23 octobre 2009

JOËL GUTTMAN – Nous sommes le vendredi 23 octobre 2009, il est à peu près 09h15 du matin. Dans le cadre de la mémoire des immigrations en Aquitaine, la collecte de témoignages oraux, on est ce matin au Foyer Adoma, 151 cours du Médoc à Bordeaux, moi, Joël Guttman pour les questions en français et la partie technique, et Ahmed Nokri pour la  traduction et l’interprétariat.

Retranscription de l’interview

Et on a le plaisir de pouvoir  mener cet entretien avec Bouazza Chkhichekh, donc déjà Ahmed, on va souhaiter la bienvenue à Bouazza et le remercier de nous accorder cet entretien.

BOUAZZA CHKHICHEKH – Merci beaucoup.

Voilà, donc on va parler de votre vie avant l’engagement militaire, et est-ce que vous pouvez nous parler de cette période de votre vie, en commençant, par exemple, à nous dire quand et où êtes-vous né ?

Je vais raconter tout ce que je faisais en tant que civil, ensuite en tant que militaire. Tout d’abord, j’étais agriculteur jusqu’à l’âge de 20 ans. Ensuite je me suis engagé en 1953 durant la guerre d’Indochine. Je me suis engagé pour deux ans et quatre mois. J’ai commencé cette guerre du début jusqu’à la fin. 

On va reparler plus en détail de cette partie qui concerne la guerre. Donc on va revenir quand vous aviez moins de 20 ans, avant de vous engager, c’était quoi les conditions de travail à ce moment-là ? Est-ce qu’elles étaient particulièrement dures ou est-ce que ça allait ?

Je me suis engagé à l’âge de 20 ans, j’étais agriculteur donc je m’occupais des animaux et de la terre pendant un moment et lorsque la France est arrivée, elle a demandé à ce qu’on s’engage, je me suis engagé volontairement et directement dans la guerre d’Indochine. J’ai fait deux ans et quatre mois, donc j’ai fait toute la guerre d’Indochine contre le Vietnam, en partant à partir de Kénitra.

J’avais de la famille qui était engagée auprès de la France, donc j’ai défendu le drapeau de la France et je me suis engagé… J’aime la France. Et donc je me suis engagé parce que j’aime le drapeau.Et aujourd’hui…j’aime encore la France !

Et là quelles étaient les raisons, vos motivations pour vous engager ? Est-ce que c’était par exemple pour faire comme des amis, comme des membres de la famille ? Quelles étaient les raisons, tout simplement ?   

Donc j’avais de la famille qui était engagée auprès de la France, donc j’ai défendu le drapeau de la France et je me suis engagé. Et je suis allé jusqu’au bout, jusqu’à l’armistice.

Quelle a été la réaction justement de votre entourage, famille et amis, quand vous vous êtes engagé ? Donc s’il y avait déjà des membres de votre famille, c’est qu’il y avait un environnement favorable, mais est-ce qu’ils ont accepté que vous vous engagiez ? Est-ce qu’il a fallu discuter ? Ou vous l’avez fait sans vous soucier des avis des uns et des autres ? Donc ça s’est passé comment ? L’entourage, qu’est-ce qu’il en pensait ?

Je me suis engagé, il y avait une commission à l’époque qui venait à Tedders demandant des volontaires pour s’engager pour cette guerre. Donc je me suis engagé, défendant le drapeau de la France. J’aime la France, et donc je me suis engagé parce que j’aime le drapeau, jusqu’à aujourd’hui… j’aime encore la France !

Est-ce que vous avez hésité néanmoins à vous engager ? Parce que, là, on vous sent, bien sûr, là, très motivé, à ce moment, mais est-ce que vous avez néanmoins douté ou hésité car quand même, c’était s’engager pour aller faire la guerre. C’était comment votre état d’esprit  à ce moment-là ?

J’ai fait l’instruction à Kénitra et donc on a appris à faire la guerre, et je me suis engagé par rapport à la France en portant le drapeau de la France. C’était pour la guerre d’Indochine.

J’ai défendu la France, j’ai lutté auprès de la France et je le referai, même si on me le demande maintenant !

Voilà, donc on va parler de votre vie militaire mais juste une question auparavant. Si c’était à refaire, est-ce que vous referiez le même choix ? Est-ce que vous réengageriez à nouveau, si on était des années en arrière ?

Oui ! Je le fais…j’ai défendu la France, j’ai lutté auprès de la France, et je le fais même si on me le demande maintenant !

Alors, vous nous avez parlé tout à l’heure de votre engagement, donc l’Indochine, vous y êtes resté deux ans, quelles opérations vous avez connues, notamment en Indochine ?

J’ai participé à toutes les opérations de Thái Bình à Kin Han [?], donc jusqu’à la fin et même après la fin, je suis resté aussi pour participer au ramassage du matériel militaire, pour le ramener en France. Jusqu’au bout, je suis resté jusqu’au bout.

Quel rôle vous aviez ? Est-ce que vous aviez un grade ? Est-ce que vous avez été gradé ?

Je n’avais aucun grade à l’époque, il n’y avait rien, donc…j’étais deuxième classe.

Ce n’était pas par choix, vous n’aimiez pas commander ? Quelles en étaient les raisons ? On peut très bien être un bon soldat, aimer le drapeau comme vous le rappeliez, mais pas forcément avoir le goût pour le commandement, c’était pour quelles raisons ?

Moi, j’étais au service du génie, donc je m’occupais des ponts, je m’occupais des mines, je m’occupais des routes… donc là où il y avait une guerre, on était tout le temps là, on était tout le temps présent. Donc on s’occupait de ça.

Et sur cette époque justement, en dehors du conflit lui-même, qu’est ce qui a été le plus dur pour vous? Est-ce que c’était l’éloignement de la famille, les conditions, le climat… en dehors du conflit, qu’est ce qui a été le plus dur ?

Le plus difficile… Évidemment tout était difficile, mais quand on est militaire la seule chose qu’on avait comme mission c’était la patience, la patience et le sérieux. Il fallait être très patient, très patient, très patient. Aussi, le courage…quand on défend un drapeau, on doit être courageux. Il faut être un homme ! Un homme… donc courageux, et  sérieux, et patient ! C’est ça, qu’il fasse froid, qu’on tire… il faut être courageux. C’est ça le métier d’un militaire.

Et est-ce qu’en Indochine vous avez été en contact avec la population civile ? Soit, pourquoi pas, des prisonniers, ou des contacts si vous meniez des opérations comme cela dans un village ?

Au niveau civil, je ne connaissais personne… il y avait les militaires de Boudet de l’autre côté, et nous, on était dans le civil, mais sinon, on ne connaissait personne au niveau des civils. Je ne connaissais personne du civil.

Les Sénégalais, ils étaient tous seuls. Les Marocains, ils étaient tous seuls. Les Algériens aussi. On était des groupes, mais on était guidés par les gradés… Mais eux, c’étaient des Français.

Et là, en Indochine, est-ce que vous étiez avec des militaires que vous  connaissiez avant de vous engager ? Est ce qu’il y avait des amis, des proches ou des voisins qui venaient de votre village ou de votre région ?

En effet, il y avait du monde de Tedders et de Khémisset mais lorsqu’on est arrivé là-bas, on nous a dispatchés sur plusieurs villes. Moi j’étais dans la région du Tonka, donc là j’y suis resté jusqu’à la fin de la guerre, jusqu’à l’armistice. En effet il y en avait plusieurs, mais on ne s’est pas rencontrés… on était dispatchés.

Est-ce que vous pouvez nous parler de vos relations avec les autres combattants ? Est-ce que vous restiez qu’entre Marocains, ou est-ce que vous pouviez rencontrer par exemples des Sénégalais, ou des Algériens, ou des Français ?

Les Sénégalais, ils étaient tous seuls, les Marocains, ils étaient tous seuls, les Algériens aussi. On était des groupes, mais on était guidés quand même par les gradés, ce sont des Français. Donc les commandants, les chefs et tout, c’était que des Français, et notamment au niveau du génie, donc chacun faisait son travail. Chacun avait quelque chose à faire.

Donc, il pouvait y avoir des compagnies uniquement composées de Marocains, d’autres de Sénégalais, d’Algériens, mais est-ce que vous vous croisiez néanmoins, même si chacun pouvait être de son côté ? Est-ce qu’il arrivait que vous vous croisiez, et est-ce que vous discutiez ? Est-ce qu’il y avait une barrière de culture, de langue ou est-ce que vous arriviez à vous côtoyer, ne serait-ce que de temps en temps ?

En effet, on rencontrait des Sénégalais ou des Algériens, mais on ne travaillait pas ensemble, parce qu’on travaillait nous avec nos gradés, ce sont des Français. On travaillait avec la France et chacun était dans son coin. On se croisait mais on n’avait pas le temps de travailler dans le même groupe.

Et quelles étaient vos relations avec vos supérieurs ? Des relations de respect ? Bon, évidemment il y a une hiérarchie, un grade, mais quelles étaient les relations ? Est-ce que, par exemple, vous pouviez  vous côtoyer en dehors de l’exercice ? Quelles étaient les relations ?

La relation était une relation de sérieux. Quand on travaillait bien, il n’y avait pas de problèmes avec les gradés. Là  où on nous demande, on était là, donc c’est une relation d’ordre… On exécutait, sans problème. Donc, quand on travaille bien, on est des hommes, donc ça se passe bien.

La guerre est difficile et dure ! … Ça reste en mémoire…ceux qui sont mort…c’est normal qu’il y ait des souvenirs qui reviennent. La guerre est très difficile à vivre…

Est-ce que dans le civil, des années plus tard, vous avez retrouvé soit des supérieurs, ou d’autres soldats avec qui vous étiez en Indochine ? Vous êtes-vous rencontrés des années plus tard, et si oui, dans quelles circonstances, et de quoi parliez vous à ce moment-là ?

J’ai rencontré les Marocains, ceux de Khémisset, oui, on s’est rencontrés, ceux qui sont restés vivants hein ! Par contre au niveau des Français, non, je n’ai pas rencontré ces gradés-là.

Et là, de quoi vous parlez quand vous vous rencontrez ? De souvenirs de guerre, de la vie en général, de sujets de tous les jours ? Ou vous reparliez de cette période de conflit ?

En effet… Entre nous, on parlait de tous nos souvenirs, que ce soit les opérations faites, que ce soit les rencontres là-bas, la guerre d’Hô Chi Minh. La guerre est difficile et dure… ! Ça  reste, en tant que militaire. En effet à chaque fois quand on se rencontre, il y a là où on a passé des moments, là où on a fait des opérations, donc les souvenirs, ils sont toujours là.

Est-ce qu’on a des pensées d’ailleurs dans ces moments-là, quand vous vous retrouvez des années plus tard, pour ceux qui malheureusement sont décédés, sont morts sur le front ? Est-ce que vous avez des pensées pour des gens que vous avez côtoyés, ne serait-ce que quelques instants, quelques semaines, quelques mois ?

En effet, il y a quand même des souvenirs, oui… on se souvient de certains, on se souvient des moments passés dans des lacs d’eau, ou des moments qu’on a passé dans des ponts. Donc en effet, ceux qui sont mort, c’est normal qu’il y ait des souvenirs qui reviennent. La guerre étant très difficile… La guerre c’est le courage… mais avec la France ! Et la France nous a demandé de venir, donc on était avec, et on est avec même maintenant. Si elle nous demande de venir maintenant, on est encore avec !

Je présume qu’il y a souvent des souvenirs qui vous reviennent, vous en parliez à l’instant. Est-ce que vous avez un souvenir en particulier, une anecdote, une situation de guerre qui vous revient fréquemment et si oui pour quelle raison ?

En effet, il y avait des souvenirs, on était contents. On a passé un bon moment avec la France, donc la France… On était des jeunes quand on s’est engagés… Engagés auprès de la France, du drapeau de la France. On a défendu le drapeau, on le défend toujours. Donc, on demande à la France quand même qu’elle… On s’est occupé d’elle, qu’elle s’occupe de nous. Je pense que tant qu’on est vivant, « hamdullah », on ne demande que notre droit, qu’elle s’occupe de nous jusqu’à que l’on parte définitivement…

J’ai fait presque trente ans en tant que militaire marocain… De 1956 jusqu’en 1984, engagé dans l’armée Royale marocaine.

On va parler de ces droits dans quelques instants, c’est justement ma dernière question sur le conflit. Est-ce que vous avez combattu en Algérie, ou vous n’avez fait que passer pour embarquer, par exemple pour l’Indochine ?

Non

À l’armistice c’était quoi votre sentiment, la délivrance « ça y est on a gagné ! », c’était quoi ? On était heureux de la fin du conflit, le sentiment premier quand vous avez entendu parler de l’armistice ?

Au niveau de la France, elle n’a jamais perdu, elle a toujours été gagnante même avec l’armistice. C’était un grand pays, c’était un pays courageux, avec les Marocains, donc on était toujours là. La France était un grand pays, donc elle n’a jamais perdu, elle a toujours été gagnante. Quand on a terminé la guerre, donc moi je suis resté jusqu’au dernier moment parce que j’ai ramassé le matériel de la France qu’on a ramené de là-bas jusqu’en France, on l’a mis dans le bateau, tout le matériel, jusqu’à la fin.

Et là, qu’est-ce que vous avez fait après l’armistice, vous vous êtes réengagé dans l’armée française ou dans l’Armée royale marocaine ? Vous avez préféré mener une vie de citoyen, de civil ?

Quand j’ai terminé avec la France, je suis rentré au Maroc.

Je suis revenu après l’armistice, en rentrant au Maroc, je me suis engagé auprès de l’armée marocaine.

Et là quand vous vous êtes engagé donc, c’était en quelle année et combien de temps vos états de service dans l’Armée royale marocaine, pendant combien d’années ?

J’ai fait presque trente ans en tant que militaire marocain… De 1956 jusqu’en 1984, engagé dans l’Armée royale marocaine.

1984, ça correspondait à l’âge de la retraite où vous avez arrêté ?

Oui, en effet, c’était l’âge de la retraite avec la France et avec le Maroc !

Et là, c’était quoi votre vie de retraité à ce moment-là ? On va parler, juste en suivant de votre arrivée en France, dans quelles circonstances bien sûr, mais là, après la retraite de l’Armée royale marocaine, comment vous viviez ? Est-ce que là c’étaient des jours heureux ? On profite de la vie, de sa famille ? C’était quoi votre vie juste à ce moment-là ?

Ça va, ça va, « hamdoullah »… ! On pense de temps en temps à cette guerre-là. On pense à plein de choses. Quand je touche mon dû ici, je l’envoie à mes enfants là-bas, donc tout va bien. 

Sans rentrer dans le détail de votre vie privée, vous êtes marié ? Vous avez des enfants ?

J’ai trois enfants, j’en ai un aux États-Unis, un au Canada et une fille qui travaille au tribunal.

Et là, à quel moment êtes-vous arrivé ici, en France ?

Ça fait un an et quatre mois que je suis là.

La vie est « un petit peu » difficile… Il y a quelque chose qui manque, en effet… On est là, tout seul, on prépare à manger tout seul, ce n’est pas évident, il y a quelque chose qui manque.

Et là, vous êtes revenu récemment France, qu’est-ce qui est le plus dur au jour d’aujourd’hui, d’être éloigné de votre famille même si vos enfants sont dispatchés aux quatre coins du monde ? Qu’est-ce qui est le plus dur à vivre : c’est de ne pas avoir une pension qui vous permettrait de vivre au Maroc ? L’éloignement de la famille, les conditions de vie ? C’est quoi le plus dur ? 

En effet, la vie est « un petit peu » difficile… Il y a quelque chose qui manque, en effet… Ce que je demande à la France, c’est qu’ils nous donnent notre pension… cette pension qui nous donne ici, qu’ils nous la donne là-bas, et que l’on vive avec les nôtres. C’est vrai que la vie… Il y a quelque chose qui manque. On est là, tout seul, on prépare à manger tout seul, ce n’est pas évident, il y a quelque chose qui manque. Si on nous donne notre pension chez nous, ce sera mieux.

Est-ce que vous êtes confiant ? Justement, est-ce que vous pensez que le gouvernement français va vous accorder cette pension qui vous permettrait de vivre auprès des vôtres au Maroc ? Est-ce que vous êtes confiant ? Est-ce que vous pensez que ça va arriver ? Si oui, est-ce que vous mettez un échéancier ? Est-ce que vous dites que ce sera dans un an, deux ans, plus ?

C’est la France qui décide, c’est la France qui a tout en main. Si elle a envie de le faire, en une journée elle le fera, nous donner nos droits et nous les envoyer. Elle peut le faire, puisque que tout maintenant est automatique en termes de travail. Il suffit de nous dire vous y êtes, et vous aurez votre pension là-bas.

Je n’ai pas d’avocat, ni une association, depuis que je suis venu, j’attends ! Je me tais et j’attends… La France est un grand pays, le pays de droits de l’homme, elle sait ce qu’elle a à faire. Elle DOIT nous donner nos droits !

Alors, sur ce sujet précis, d’autres anciens combattants nous parlaient qu’ils avaient un avocat, d’autres sont assidus, ils fréquentent des associations comme ALIFS. Vous, par rapport à l’obtention, votre souhait d’obtenir ce droit, d’avoir une pension, de pouvoir retourner au Maroc, quelles sont vos démarches ? Est-ce que vous avez un avocat ? Est-ce que vous allez voir des associations comme ALIFS ? Comment vous arrivez à vous renseigner en même temps sur ce sujet qui est sensible ?

Je n’ai pas d’avocat, ni une association, depuis que je suis venu, j’attends ! Je me tais et j’attends. Je demande quand même à la France de nous donner nos droits, de nous les donner là-bas parce que la vie, ici, tout seul, à préparer à manger, séparé de ses enfants, des siens, c’est très, très difficile…

La France est un grand pays, la France est un pays de droits de l’homme, donc elle connaît bien la loi, donc elle sait ce qu’elle a à faire, donc elle DOIT nous donner nos droits ! Pour nous, la vie… j’ai 76 ans…donc c’est pas aussi simple pour préparer à manger, être séparé de ses enfants, etc, etc.

Ce que je demande quand même à la France, c’est qu’elle s’occupe de nous, parce qu’il y a quand même des anciens combattants qui ont perdu leurs jambes, qui souffrent, qui préparent à manger tout seuls… Je demande et nous demandons à la France de faire quelque chose POUR NOUS AIDER.

On a bien compris les conditions actuelles, mais quand vous êtes arrivé à Bordeaux vous aviez des connaissances, ici ? Ou vous êtes vraiment arrivé tout seul avec tout ce que cela implique ? Votre arrivée proprement dite à Bordeaux ?

Bordeaux était connu, Bordeaux c’est la France, c’était les anciens combattants, c’est le lieu où on venait…on déposait nos dossiers, donc c’était connu.

Est-ce qu’il y a des lieux que vous aimez particulièrement ici à Bordeaux ? Soit parce que c’est le lieu en lui-même qui vous plaît, ou parce que vous pouvez y voir d’autres anciens combattants, d’autres amis, pourquoi pas ? Des lieux, par exemple ?

Toute la France, toute la France…tous les lieux de la France sont sympathiques ! Donc il n’y a rien à dire à ce niveau-là. Ce que je demande quand même à la France, c’est qu’elle s’occupe de nous, parce qu’il y a quand même des anciens combattants qui ont perdu leurs jambes, qui souffrent, qui préparent à manger tout seuls… Je demande et nous demandons à la France de faire quelque chose POUR nous aider. Voilà, ma demande, c’est qu’elle s’en occupe.

Et je présume que votre vœux le plus cher, c’est de pouvoir rentrer chez vous et de pouvoir vivre financièrement et puis dans votre vie de tous les jours ? C’est vraiment votre souhait le plus cher ?

« Inchallah »… « Inchallah »… Merci beaucoup, merci à vous, merci la France, merci à toute la France, merci pour tout.

AHMED NOKRI – Merci à vous, pour vos réponses…

Je suis moi aussi très content d’échanger avec vous, que vous discutiez avec nous, que l’on puisse échanger un moment, je suis très content.

JOËL GUTTMAN – Merci beaucoup…

On s’est occupé de la France, qu’elle s’occupe de nous maintenant. Je pense que tant qu’on est vivant, Hamdullah, on ne demande que notre droit… Qu’elle s’occupe de nous jusqu’à ce que l’on parte définitivement…

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